samedi 20 janvier 2018

Les recettes pompettes de Mathieu Bock--Côté


Philippe Bond et Éric Salvail, aux Recettes pompettes, sur "V"

LES RECETTES POMPETTES DE MATHIEU BOCK-CÔTÉ

(Article publié dans Facebook le·23 octobre 2017, 15 lectures)

Dans son éditorial du Lundi, ce 23 octobre 2017, l'impayable Mathieu Bock-Côté nous présente sa nouvelle trouvaille : «Contre l'intolérance québécoise, le Canada anglais brandit le niqab comme symbole de liberté». Il est facile d'insulter à l'intelligence dans les pages du quotidien de Péladeau : un titre accrocheur (et faux), une allusion au back bashing du Canada anglais sur le dos des Québécois et une image symbolique de la niqabée avec sa charte des droits et libertés du père Trudeau entre les mains; et le tour est joué. Avec Bock-Côté, c'est toujours la même rengaine du 'tit pâtira. Le petit nerd un peu rondelet qui se faisait tasser dans le coin de la cour d'école et qui, depuis, macère ses ressentiments dans la vieille sauce de la survivance. Pas trop difficile de rappeler que «la vraie nature de la relation Canada-Québec : c'est un rapport de subordination politique, et ce dernier est ancré dans l'histoire». Cette insupportable litanie nous empêche précisément de voir la vraie nature dissimulée derrière un racisme bête qui titille les souverainistes qui n'ont plus aucun argument positif pour affirmer l'indépendance du Québec.

Le titre relève d'abord de la désinformation. Devons-nous accepter le fait que les Québécois sont intolérants? Bien sûr que non. En tant que société d'accueil, le Québec a fait plus que sa part pour accueillir, en toute civilité, les demandeurs d'asile. Alors, qu’en est-il de notre soi-disant intolérance; est-elle l'opinion majoritaire chez les Canadiens anglais? Est-ce l'opinion de quelques organes de presse braillards? celle du gouvernement fédéral? Et puis, quel est ce «Canada anglais» dont parle l'éditorialiste? Comment considérer l'affirmation d'une tradition exogène comme un «symbole de liberté» ou d'«asservissement»? Liberté d'une communauté exogène; asservissement selon les valeurs de la société endogène. Bref, on retrouve le mot de Blaise Pascal : «Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà».

Ce parfait oxymoron s'applique bien à la structure canadienne, si on remplace évidemment les Pyrénées par la rivière Outaouais. Et les symboles religieux ne sont pas au cœur de cette distinction, d'où l'inutilité d'associer le niqab à la vraie nature des (car elles sont plusieurs) relations entre le Canada et le Québec (bien sûr, Bock-Côté ne pense, ne voit que les relations politiques et constitutionnelles). Et d'ailleurs, tout commence là : dans son ignorance du au-delà de l'Outaouais; du Canada anglais que dis-je, qui est assez étonnante pour un «sociologue».

Dire que le Canada anglais n'a pas d'identité est une niaiserie des plus opportunistes pour la cause. Car si les Canadiens anglais n'ont pas d'identité, c'est qu'ils envient en méprisant et méprisent en enviant celle des Canadiens français. Deuxième oxymoron corollaire de l'autre. Il est vrai que longtemps, le Canada anglais n'existait qu'en tant qu'identité résiduelle de l'Empire britannique en Amérique du Nord, et ce n'est pas parce qu'on a rangé le Red Ensign que les Canadiens-anglais se sont forgés une identité pour autant. L'historien américain Mason Wade, dans ses Canadiens français depuis 1760, livre écrit bien avant la Révolution tranquille, opposait les impérialistes canadiens (Borden) aux nationalistes canadiens (Henri Bourassa). Ce découpage n'était pas nécessairement linguistique, mais il suivait en général le tracé de la frontière outaouaise. Et la distinction a persisté. Pour les Canadiens anglais, l'identité nationale réside dans l'action de chaque Canadien, peu importe ses origines, sa langue, sa religion. C'est en passant par le sacre de l'individu que le vieil impérialisme s'est recyclé en multiculturalisme. Que ce multiculturalisme renforce une devise qui perdait de sa pertinence : A mare usque ad mare, devise de l'ancien «Dominion», rend inconcevable le fait qu'un peuple québécois puisse se distinguer du reste de l'identité canadienne. En reconnaissant platoniquement la nation québécoise, le gouvernement Harper a placé un beau caillou dans le soulier du gouvernement Trudeau. La communauté qui lie les Québécois contrarie la métaphysique de l'individu isolé, unique et entrepreneur. Ce qui explique, également, que les Canadiens peuvent passer d'un gouvernement Harper à un gouvernement Trudeau sans souffrir le choc que les Américains ont subi de passer de Obama à Trump.

Le «peuple» québécois (et cette notion serait à réviser) est une communauté organiciste (gemeinschaft) tandis que le Canada forme une société mécaniciste (gesellschaft) selon la typologie de la sociologie allemande (de Tönnies à Weber). Les Québécois ont perdu moins rapidement leurs vieux liens familiaux naturels que les Canadiens anglais qui se sont dispersés sur l'immense continent et, par le fait même, ont désarticulé leurs liens familiaux couvés alors par l’impérialisme britannique, pour ne laisser que des individus lancés comme des électrons libres. Le Canadien anglais s'est individualisé encore plus, même, que son voisin américain dont le patriotisme doit constamment rappeler les antiques liens familiaux des origines. Le patriotisme est moins fort au Canada et la nostalgie de la communauté perdue se retrouve encore dans ses séries-télé qui répètent l'inlassable histoire d'Anne et sa maison aux Pignons verts de Lucy Maud Montgomery, comme dans le Canada français, on s'apprête à retremper les Pieds nus dans l'aube de Félix Leclerc.

Comme je le dis toujours, lorsqu'on lit le livre de Margaret Atwood, Survival/Essai sur la littérature canadienne (Boréal, 1987), on s'aperçoit que les mythes canadiens et québécois partagent beaucoup plus nos Imaginaires qu'ils les différencient. Le sentiment d'échec, par exemple, a souvent été dans la littérature comme dans le cinéma des deux Canadas, un thème fort. Ce thème particulier se retrouve encore dans leurs séries-télé. La vie de famille ou du bon voisinage de Coronation street vaut bien celle des familles de Mémoire vive. Dans l’Imaginaire canadien-anglais, on ne retrouve rien du héros américain violent et cynique. À Custer, le Canadien-anglais répond par le super-intendant James Walsh qui accueillit Sitting Bull après le massacre de Little Big Horn. Aux C.S.I., il réplique par les Murdoch Mysteries. La propagande anti-Macdonald assimile un exterminateur américain (genre Andrew Jackson) au Premier ministre du Canada. Mais, pour Bock-Côté, l'essentiel n'est pas de SAVOIR, n'est pas d'APPRENDRE, n'est pas de COMPARER ni de CONFRONTER; tout cela est déjà résolu dans sa tête : c'est toujours se lamenter sa marotte.

Jouer sur le vieux misérabilisme des Québécois persécutés, objets d'éternels complots – comme si les Canadiens anglais n'avaient rien d'autre à faire de leur vie -, dans une sorte de narcissisme négatif, masochiste, qui donne l'impression d'exister que par le Quebec Bashing - qui vaut bien d'autres Bashing sur lesquels, nous aussi, nous cassons notre sucre -, telle est la substance de ce nouveau texte de Bock-Côté. Un peu d'honnêteté face à cet ennuyeux snob qui, à force d'appeler le malheur sur nos têtes, va finir à ressembler moins à un «prophète» qu'à ce Philipullus qui balance la dynamite parce que la fin du monde n'arrive pas assez vite à son goût.

Mais, répliqueront des adeptes de cette fraude intellectuelle, il a raison! Nous disparaissons derrière les étrangers qui revendiquent toutes sortes d'accommodement aussi déraisonnables les uns que les autres; qui refusent notre «identité culturelle», nos «valeurs», notre «devenir» collectif... Et la neutralité religieuse, cette invention du gouvernement Couillard pour sauver la face devant tout le monde, un an à la veille des élections, quelle sournoiserie! Nous sommes assez intelligents pour voir tout ça et Bock-Côté ne nous apprend rien. Nous croulons sous les lieux communs avec nos journalistes et nos analystes qu'on finit par croire que nous sommes, effectivement, un «peuple» de tarés et d'arriérés-mentaux. Une fois qu’on a lu Bock-Côté, la loi 62 en sort indemne, et pour cause...
D‘abord, finissons-en avec cette invention péquiste de la Charte des valeurs québécoises qui n'a jamais été qu'un énoncé des valeurs partagées par l'ensemble de l'Occident, centré surtout sur le statut civil des femmes. Elle ne servait qu’à satisfaire les irritants qui chatouillaient les Québécois traditionalistes devant des voiles qu’ils voyaient davantage dans un spectacle de danse du ventre que dans une église (mosquée).

Et la laïcité? C'est là l'argument principal du ressassement de Bock-Côté : l'illusion que le niqab soit un signe de liberté. Bock-Côté ne vous adresse jamais l'aporie que constitue le fait de revendiquer un État laïque dans une société où sont placés Dieu et la reine d'Angleterre, chef de l'Église anglicane, dans le préambule de la charte constitutionnel du Canada? Ça, notre B.C. n'y pense pas tellement, affairé qu’il est à tout personnaliser. Et pourtant! C'est précisément là que s'enracine les réclamations que nous jugeons aberrantes des imams musulmans qui voudraient l'application de la charia égale aux droits civil et criminel du pays. C'est là, également, que les réactionnaires pro-vies, anti-gays, contre la fin de vie dans la dignité et autres, ancrent en toute logique la supériorité divine aux lois humaines. Les bêtes à bon Dieu que protégeait Trudeau père et lui imposèrent ces mentions spécifiques font d'un État au fonctionnement laïque, un État de nature religieuse et monarchique. Notre constitution, qui, en théorie ressemble entendons-nous, à des États comme l'Arabie Saoudite ou le Califat rêvé par les détraqués de l'État islamique! Maintenant, Trudeau fils doit trouver la quadrature du cercle et déjà la loi 62 vient l'enfarger avec bien peu de choses.

Je ne dis pas que le Québec bashing des Canadiens-anglais n'existe pas ni ne se manifeste plus souvent qu’on le voudrait. Je dis que le Quebec bashing, qu'il provienne de la population, d'une minorité de la population, des journaux conservateurs ou du gouvernement fédéral n'est pas l'explication de tous les problèmes entre le Canada et le Québec. Qu'il ne justifie rien et explique encore moins la situation légale où les contradictions font perdre un temps précieux et combien d'argent alors qu'il faudrait balancer Dieu et la reine par-dessus bord comme des reliques qui ne garantissent que des ennuis dans notre société. Ceux qui s'ébahissent continuellement devant les «trouvailles» de Bock-Côté, comme les madames jadis devant les «recettes de Janette», devraient plus se fier à leur jugement, à leur capacité de penser et de s'instruire qu'à suivre les recettes pompettes de celui qui se crût Rozon alors qu’il n’était que Salvail
 
Montréal
23 octobre 2017
Commentaires
Jérôme Lefebvre
Jérôme Lefebvre Philipullus !!! 🤗🤗😂😂
Quelle belle trouvaille !

Jacques Desrosiers
Jacques Desrosiers Canada bashing de la part de MBC ?
Jean-Paul Coupal
Jean-Paul Coupal Ce n'est pas ce que je dis. Je dis seulement que le bashing n'est pas un argument qui mérite d'être retenu pour expliquer quoi que ce soit. Le bashing est une rhétorique démagogique généralement employé par la presse et qui peut aller dans toutes les directions. Depuis que le Canada est le Canada, et beaucoup plus qu'avant la Confédération, chaque groupe l'utilise pour stigmatiser l'autre. Nous n'avons jamais donné notre place non plus pour faire du Canada anglais (les Orangistes) notre propre bashing. Pour s'en convaincre, il suffit de consulter l'histoire des caricatures publiées dans les journaux francophones depuis 1867. Et c'est de bonne guerre.

Maintenant, le point central de toute l'affaire, c'est que l'impossibilité pour l'État et les institutions canadiennes (y compris les provinces) de se présenter comme un État laïque, ce que je voudrais bien, repose dans le double impératif constitutionnel : Dieu reconnu comme existant; la reine d'Angleterre chef de l'Église anglicane comme chef d'État du Canada. La loi 62, en proclamant la neutralité de l'État québécois, déroge à ce deux impératifs constitutionnels. On comprend pourquoi Coderre et Trudeau se bidonnent du coup de fouet dans le vide puisque devant la Cour Suprême, la loi de Couillard ne peut qu'être débouté. Elle est "inapplicable" puisqu'elle crée un préjudice au nom de la liberté de conscience et de religion. Or, les histoires de voiles et de burqa n'ont rien de fondamentalement religieux puisque ce sont des traditions vestimentaires liés aux moeurs des gens qui viennent du Proche-Orient. La condensation des traditions et de la religion musulmane crée cet impair sur lequel nous trébuchons, par notre ignorance, depuis plus de dix ans.

Lorsqu'on veut être "une conscience" comme monsieur Bock-Côté voudrait l'être en tant qu'analyste, on traite les problématiques avec un peu plus de sérieux que nous ramener le back bashing comme étant la marque de notre soumission au Canada. Les 3 livres noirs de Normand Lester sont suffisamment documentés pour ce sujet, de nous resservir la sauce sans arrêt. Il ne nous apprend rien sur la problématique centrale, ne nous "instruit" pas pour appuyer son corollaire qui serait la solution idéologique qu'il propose. Ou bien il conçoit les lecteurs du Journal de Montréal comme des crétins (y compris ses adeptes), ou bien il a trop de choses à faire et néglige son devoir d'intellectuel, mais il est vrai, comme disait le médiéviste Alain de Libéra, qu'un intellectuel n'est pas nécessairement un universitaire et un universitaire un intellectuel. La fraude est là. Vous voulez faire la propagande pour l'indépendance du Québec, allez-y, mais utilisez les contradictions qui se présentent pour mobiliser votre monde, et non des bêtises pour nous dire comment on s'est fait fourrer une fois de plus chaque fois que le mal est fait.

Jacques Desrosiers
Jacques Desrosiers Oui, je vous avais assez bien suivi. Mais je voulais suggérer qu’il y avait chez MBC une manie de taper constamment sur le Canada comme si c’était pas de notre faute si on est pris dans tous ces problèmes-là.
Jean-Paul Coupal
Jean-Paul Coupal Il arrive qu'à force de refuser de confronter la réalité, on ne trouve plus rien à afficher que le moliéresque "canada anglais". Ceci dit, on comprend bien la confusion d'une constitution qui nous régit depuis plus de 30 ans et ne convient pas à la façon de vivre des Québécois. L'individualisme canadien-anglais ne peut se satisfaire des Québécois qui tiennent à conserver l'intégrité de leurs cultures sur des principes sans doute amenuisés de la communauté organiciste. Le gouvernement libéral du Québec, lui, est pris entre la Constitution canadienne et sa population. Les pays européens, tendant vers la droite, ont interdit le port du voile dans les services publiques et parviennent à équilibrer le "vivre-ensemble", je ne vois pas pourquoi la chose serait impossible ici. D'un autre côté, il apparaît clairement que depuis une décennie environ, le processus de "canadianisation" des Québécois roule bon train. Ottawa voudrait que les Québécois se définissent en tant qu'individus et non que collectivité nationale. La nouvelle technologie informatique, où l'anglais est "l'algorithme", tend, effectivement, à accélérer l'anglais au détriment du français dans la vie personnelle autant qu'au travail. On a jamais subit une telle agression depuis le temps de l'Union en 1840. Les nationalistes comme Bock-Côté ou Bédard y sont hyper-sensibilisés. Ce n'est pas pour rien que Éric Bédard vient de publier un livre intitulé "Survivance" et qui fait suite à son essai sur le Canada sous l'Union. Le mode régressif sur lequel les "souverainistes" s'engagent depuis le début du siècle vise à accompagner le cercueil des funérailles du Québec. Ils jouent donc la partie comme sous les ultramontains et les duplessistes. Même Lionel Groulx n'était pas aussi funèbre qu'ils le sont dans leurs articles comme celui de Bock-Côté. Le problème n'est pas le Canada anglais, c'est notre incapacité, notre non-volonté de reconnaître ce qu'est le Canada malgré un siècle et demi de co-habitation:

Être canadien signifie la domination de la population anglophone sur la population francophone;
la reconnaissance de Dieu et de la Reine d'Angleterre comme chef d'État et de l'Église;
la propriété des individus, en tant que citoyens, pour le service militaire en cas de guerre;
la propriété du territoire québécois aux mains de la nationalisation de l'État fédéral en cas d'urgence...

et bien d'autres choses encore que si les Québécois se donnaient la peine d'y penser une minute, se feraient sans la nécessité de leur consentement, à leur détriment et au mépris de leurs soi-disant "valeurs".

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