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vendredi 3 décembre 2010

Bring me the Head of Tom Flanagan

Oscar Wilde dansant Salomé


BRING ME THE HEAD OF TOM FLANAGAN

C’est à peine croyable! L’Australien Julian Assange est mis sous mandat d’arrêt international par la Suède! C’est à se demander quelle(s) puissance(s) frustrée(s) par les révélations de WikiLeaks fait (font) pression sur Stockholm pour obtenir la tête du messager parce qu’on manifeste sa mauvaise humeur à la lecture du message. Sur la nature odieuse et hypocrite des échanges diplomatiques de gouvernements qui n’ont mépris que pour leurs propres peuples et pour le processus démocratique lui-même, les documents publiés par WikiLeaks cette semaine ne taisent plus rien. Il n’y a que noise derrière les soi-disants dangers pour la sécurité occidentale à dévoiler ces documents; nous n’y retrouvons seulement que la révélation de cette nature profonde des liens tissés entre des puissances dites amies, mais n’hésitant pas à se donner des coups de Jarnac quand leurs intérêts privilégiés sont menacés. Tirer sur le messager, c’était déjà la politique des anciens empereurs absolus, comme elle l’est encore des rois-nègres africains. Si ce n’était que des «menaces de mort», on en serait revenu! Qui a oublié la mise à prix de la tête de l’écrivain Salman Rushdie par l’Ayatollah Khomeiny après la publication des Versets sataniques. Ou plus récemment les menaces, qui, entre autres, ont mené au meurtre du cinéaste Théo Van Gogh par un fanatique musulman, puis les appels similaires venus après la publication des caricatures d’Allah par un dessinateur danois. Pourquoi nous révolter contre ces meurtres au nom de la liberté d’expression quand nos propres dirigeants occidentaux «appellent» à l’assassinat, réel ou juridique, de M. Assange.

«Nos archives de documents diplomatiques ont été disséminées vers 100 000 personnes sous forme de dossiers cryptés» déclare Assange. C’est-à-dire que, désormais, les indécences diplomatiques - dont les corruptions afghanes pour lesquelles on envoie se faire tuer des tas de jeunes soldats occidentaux au nom du progrès de la démocratie - s’étalent sous nos yeux comme la guidoune qui se tortille le long du poteau au bar de danseuses. Mais, M. Assange connaît ceux à qui il a affaire: «”S’il devait nous arriver quelque chose, les clés de cryptage seraient automatiquement délivrées“ à ces 100.000 personnes». Tandis que Washington (oui, le Washington d’Obama ce grand démocrate) et Paris (celui de Sarkozy le Juif hongrois - c'est de ses origines, probablement, qu'il tient sa haine des Roms -, métèque élu des Français), non seulement cherchent à stopper les fuites, mais ne cessent d’attaquer WikiLeaks en surchargeant le site d’envois simultanés de milliers d’ordinateurs. Comme toujours, on mise, en dernière instance, sur une enquête pour «viol et agression sexuelle en 2008 en Suède» comme prétexte pour régler le compte au messager, un peu comme la résurrection des accusations portées contre le cinéaste Polanski par les autorités américaines avaient pour but de régler les comptes du milieu du cinéma américain avec un enfant terrible qui avait réussi à lui échapper, exportant son talent cinématographique et ses recettes au box office ailleurs qu’à Hollywood.

Le plus honteux pour un Canadien - un habitant de Harperland -, c’est comment un ex-conseiller et biographe du Premier Ministre Harper, Tom Flanagan, un Américain d’origine, professeur à l’université de Calgary, a affirmé sur les ondes de CBC (le réseau national), que M. Assange «devrait être assassiné». Bien qu’il se soit rétracté le lendemain, se justifiant de n’avoir fait qu’«un commentaire désinvolte à propos d’un enjeu sérieux», et, pince sans rire, d’ajouter que si M. Assange, dont il ignorait probablement la nature du mandat d’emmené suédois, était arrêté, avait droit à «un procès juste et équitable». Quand on veut ajouter l’insulte à l’outrage, on prend modèle sur les propos désinvoltes du professeur Flanagan.

Assange, moins hystérique, répond que «M. Flanagan et les autres qui font sérieusement ce genre de déclarations devraient être mis en accusation pour incitation à commettre un meurtre». Effectivement, les entarteurs ont goûté, à l’époque de Jean Chrétien, crime de lèse-majesté honni, de peines de détention. Pourquoi M. Flanagan serait-il épargné? Parce qu’il est conservateur? Parce qu’il est professeur? Parce qu’il est d’origine américaine? Parce que c’est un imbécile? Parce qu’il fut conseiller du Premier Ministre?

La lâcheté conservatrice a tout de suite tenue à prendre ses distances vis-à-vis des propos désinvoltes de leur idéologue de pacotilles. «Interrogé à ce sujet, mercredi et jeudi, le leader parlementaire du gouvernement conservateur, John Baird, a souligné que M. Flanagan ne parlait qu'en son nom et que ces déclarations ne représentaient en aucun cas l'opinion du gouvernement. “Cet individu n'est plus conseiller du premier ministre depuis longtemps. Je suis en désaccord avec ses propos. Et c'est la position du gouvernement”», a dit M. Baird», de rapporter la journaliste du cyberpresse. Avec plus de force, parce que dans l’opposition, les Libéraux fédéraux peuvent hautement se pavaner comme de nouvelles sainte Nitouche: «Selon le député libéral Ralph Goodale, de tels propos vont à l'encontre de la Charte canadienne des droits et libertés. “Un homme de cette importance, qui est appelé, à titre d'expert, à commenter l'actualité sur les chaînes de télévision du pays devrait faire très attention à ce qu'il dit et assumer l'entière responsabilité de ses propos, a souligné M. Goodale. Et le gouvernement devrait se dissocier clairement de ces commentaires”.» On voit tout de suite la sincérité de leurs propos quand la même journaliste, non sans ironie, rapporte: «Quant à savoir si M. Flanagan pourrait être poursuivi en justice pour incitation à commettre un meurtre, comme le soutient M. Assange, les députés de l'opposition restent prudents». C’est tout un parlement qui se fait complice des propos désinvoltes de M. Flanagan. Oui, les Mickey Mouse sont en demande sur la colline parlementaire! On le constate quand on poursuit la lecture du cyberpresse: «Ce que le professeur Flanagan a dit, c'est très honteux. Mais je ne pense pas honnêtement qu'il puisse être mis en accusation en vertu du code criminel, a estimé le député néo-démocrate Joe Comartin, avocat de formation. Je pense qu'il faut que le premier ministre et son gouvernement dénoncent, en premier lieu, ce genre de commentaires, et qu'il y ait des mesures disciplinaires prises par l'Université de Calgary.» Enfin, the last but not least, l’université de Calgary a décidé que M. Flanagan ne ferait face à aucune mesures disciplinaires. Harperland est décidément la Cacanie du Nord, M. Musil.
Tommy est aussi consultant pour l'Institut Fraser
qui bénéficie de ses avis les plus savantasses, de
ses conseils réféchis et sans aménité.

Ce qui est révoltant, je vais vous le dire. D’abord la chasse à la liberté d’expression, liberté dont l'Occident aime se vanter afin de donner des leçons aux pays à dictatures qui, pourtant, font l’affaire des plaideurs de la richesse et du développement capitaliste mondial. Les documents publiés sur WikiLeaks sont-ils des faux ou des vrais? Ils sont vrais. Alors, autant assumer le fait que nous sommes une race de salauds et que nous passons notre temps à nous entrenculer avec un sourire étampé sur la face lorsque nous nous penchons devant des pipeux de pétrole, tel ce Sheik qui demandait à ce qu’on attaque ouvertement l’Iran. Ce gros porc ne faisait que dire, comme un rêve d’Éden, ce que la diplomatie occidentale souhaitait depuis George W. Bush. Écraser l’infâme! S’il ne porte plus la calotte comme au temps de Voltaire, il porte le turban, et c’est encore pire. Mais il ne faut surtout pas le dire.

L’entrenculage est un jeu collectif basé sur la chaise musicale. Et il est normal que nous nous enculions entre amis avant d’y faire passer les autres. Voilà ce que révèle les correspondances diplomatiques entre les capitales occidentales. Voilà aussi, pourquoi, le gouvernement américain a tenu à avertir ses différents partenaires internationaux, une semaine avant la publication des documents sur WikiLeaks, de ne pas en tenir compte. Il savait très bien quelle serait la teneur de ces documents. Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Laurence Cannon, un gros canon à petites douilles, simagrait devant les caméras de télévision qu’il ne fallait pas accorder trop d’importance à ces révélations. Tout comme les propos désinvoltes de M. Flanagan, les ministres conservateurs jouent à la diplomatie comme des enfants qui pissent sur leurs châteaux de sables dans leur cours de C.P.E..Ça finit par durcir, mais oh là là l’odeur!

Or, que révèlent, entre autres, les documents de WikiLeaks sur les opinions américaines concernant le Canada? Que le Canada est un pays, un peuple, qui souffre d’un sentiment d’infériorité face aux Américains. Qu’en juxtaposant le jeune et athlétique Barack Obama à côté de l'épais lourdeau Stephen Harper, le sentiment d’infériorité n’en sera que plus affecté; et la triomphale tournée du Président Obama au marché By devait jurer, plus tard, avec la visite au Tim Horton’s de Harper, venu y manger de bons gros beignes fourrés aux framboises, lorsque les séances de l’O.N.U. devenaient trop indigestes pour son esprit de brontosaure fatigué, mais non pour son estomac resté apte à accumuler des tonnes de mal bouffe. Entre les petits gâteaux raffinés du Président et les beignes graisseux et sucrés du Premier Ministre, oui, psychologiquement, tout ce que disent les papiers américains est objectivement vrai et démontrable. C'est même une vérité de la «Police» aussi connue pour elle que Mickey Mouse dans la Passion! Mais, se le faire dire, se le faire mettre sur le nez, hypocritement, voilà qui est irrecevable. Alors, M. Assange. Un peu de discrétion, je vous prie…

Le gouvernement canadien est révolté par contre d’apprendre à quel point les valises de M. Kharzei sont remplies à défoncer d’argent tiré de la corruption. D’où vient cet argent? De l’aide internationale à la démocratisation des Afghans, sans doute. Des partis de poker diplomatiques pour acheter les chefs de tribus et les mobiliser contre les Talibans fanatiques: fanatisme ou corruption, que préférons-nous en tant que nature occidentale? La corruption… La corruption… La corruption… C’est dit. Ah! j’oubliais, la drogue? Mais, à part le marché international, ne peut-on pas imaginer nos braves petits Harpies se laissant entraîner, un peu comme leurs aînés au Vietnam, jadis, dans l’usage de cette drogue que l’on aurait tort de n’en point goûter la qualité alors qu’elle est cultivée sous la protection des canons de l’O.T.A.N.? Entre le Tim Horton’s, de Khandahar - décidément le restaurant favori de Harper et des petits Harpies - et les champs de culture de marijuana, il y a sûrement une voie céleste impraticable pour les esprits grossiers des électeurs civils. À condition, toutefois, de ne pas se perdre ou mettre le pied sur une mine anti-personnelle made in Canada et recyclée par les Talibans; en quels cas «Priez Mari, ne la fumez pas…»

Mangeux de beignes et liseux de cahiers bibliques à colorier - Yann Martel aurait beau lui envoyer l'intégral de la bibliothèque d'Alexandrie, Stephen Harper n'en lirait pas un seul rouleau qu'il userait, «pragmatiquement», en torche-cul -, tel est le triomphe de la culture harperienne en ce Canada du premier-XXIe siècle. «Ton front est ceint de fleurons glorieux, car ton bras sait porter l’épée…» Biensûr, on ne dit pas s’il est ceint de laurier ou de hash! Et M. Flanagan qui appelle à l’assassinat de M. Assange! Voilà une profonde pensée fasciste qui évoque le sort réservé à Gramsci par Mussolini ou celui des étudiants de la Rose Blanche, décapités à la hache par les bourreaux de Hitler, pour avoir distribué des tracts anti-nazis sur le campus de l’université de Munich. Le fascisme sous toutes ses couleurs, voilà ce que nous en sommes venus à accepter, tacitement, malgré notre amour de la liberté, nos serments de fidélité à nos principes, notre bonne volonté à améliorer le sort du monde et notre compassion chrétienne pour tous ceux qui souffrent. Notre cynisme politique, amoureusement cultivé par les politiciens, tous partis confondus, tous paliers de gouvernement complices, donne enfin ses fruits. Dans le concert canadien, le Québec ne cède pas sa place. Depuis près de trente ans, il se laisse régir par une loi suprême à laquelle il se refuse, obstinément, d'adhérer ou de se détacher, et comme si ce scandale constitutionnel ne suffisait pas, voilà près de dix ans que les Libéraux de la province lui financent un mercenaire pour tenir le rôle de Premier ministre, alors que personne ne s’étonne de ce paradoxe: l'incompatibilité du mercenariat avec une démocratie authentique! Ce n’est pas grave! Tous ces gens finissent par passer à la télé, à jouer à «Paquet Voleur» ou à répondre aux questions idiotes de Guy A. Lepage, où ils font généralement preuves de complaisance à toute épreuve.

C’est ce deuxième point qui est le plus grave. La pratique de l’appel à l’assassinat d’un journaliste, d’un adversaire politique. Cette pratique est apparue en Occident à la fin du XIXe siècle, avec les appels des Rochefort et autres journalistes nationalistes contre les adversaires démocrates ou socialistes. Ils ont conduit à l’assassinat de Jaurès en juillet 1914, à la veille du déclenchement de la Grande Guerre. Un Charles Maurras, un Léon Daudet y appelaient constamment au meurtre politique, contre Zola lors de l’Affaire Dreyfus, contre Blum avant et après la prise du pouvoir du Front Populaire en 1936. Et il y eut des morts. De Gaulle crut mettre les intellectuels au pas en refusant la grâce à Brasillach qui affichait son antisémitisme virulent et assassin dans les pages de Je suis partout tout au long de l’Occupation. Céline fut condamné, exilé, puis amnistié. Depuis, on avait perdu cette étourderie d’en appeler à l’assassinat d’un individu au nom d’une action politique, surtout en période de paix, qui est celle dans laquelle nous vivons. Jusqu’à ce que le divin professeur Flanagan… Alors? Joignons nos voix à ses désinvoltes appels!

Oui, c’est à l’assassinat de M. Flanagan que j’appelle, et je ne suis plus désinvolte. Faison goûter aux conservateurs leur médecine avant qu’ils ne l’appliquent eux-mêmes. Car c’est un esprit qui se cache derrière les propos scabreux de M. Flanagan, l’esprit fasciste dans toute sa laideur, dans tout ce qu’elle a de méprisable, de hideux, d’odieux. L’intolérance aussi, le manque de courage d’assumer ses erreurs, ses sottises, ses bassesses. L’horreur de la vérité, les taches de marde qui souillent les sièges de la diplomatie à l’O.N.U. au nom de la Raison d’État et de l’unité des partenaires militaires et financiers. Qu’on m’amène la tête de M. Flanagan sur un plateau d’argent et je danserai, comme une nouvelle Salomé, afin de satisfaire tous les désirs lascifs des Hérodes et de toutes les Hérodiades qui, aujourd’hui, après s’en être servi, essaient de nous faire croire qu’ils se distancient des propos désinvoltes de Tommy Flanagan. Dans un monde où les travailleuses du sexe ne sont plus des putes, les putes travaillent toujours: elles se trémoussent en enseignant dans les universités, en conseillant les Présidents et Premiers Ministres, en faisant aller leurs clapets puants sur les ondes des postes de radio et de télévision. Danton était peut-être un corrompu, mais il avait de la tenue, du courage …et de l’audace. Eux sont corrompus, mais veules, pitoyables, pathétiques alors que rien, aucune révolution, aucune émeute ne les menacent. Ils chient la mort.

Oui, Bring Me The Head of Tom Flanagan… pour que les Canadiens retrouvent un peu de dignité dans leur fange⌛

Montréal,
3 décembre 2010

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