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dimanche 6 novembre 2011

Achève-t-on bien les chevaux au Parti Québécois?

Sydney Pollack On achève bien les chevaux. 1969

ACHÈVE-T-ON BIEN LES CHEVAUX AU PARTI QUÉBÉCOIS?


J’attendais l’arrivée du métro, à Montréal, lorsque écoutant la musique d’ascenseur, je reconnu la vieille tune qu’Elvis chantait à Las Vegas: Are you lonesome tonight? Puis, comme dans la première partie du Double assassinat dans la rue Morgue, d'Edgar Poe, je suis passé d’une pensée à l’autre, reliées ensemble par des associations d’idées hétéroclites. D’Elvis, à Las Vegas, je suis passé tout naturellement à C.S.I., me demandant quel soir ça passait, au 12. Puis je me suis mis à pester contre Bell, propriétaire de CTV, qui a transféré une partie de ses meilleurs programmes sur son CTV-Two, sur le câble et les bébelles Bell. Tout ce que touche Bell, c'est pour le transformer en fumier, et lorsque des vendeurs de la compagnie me téléphonent pour m’offrir leurs «forfaits» Bell, ils ne comprennent pas pourquoi je ne veux rien savoir de leurs «services»…

De C.S.I. je suis passé à Pauline Marois, l'actuelle cheftaine du Parti Québécois, opposition officielle au Parlement de Québec. Je me disais qu’Are you lonesome tonight? ce devait être la chanson que lui sussurait son mari, le soir, pour la consoler d'une autre difficile et humiliante journée. Je me disais que son adversaire Jean Charest, chef du gouvernement, lui, n’avait pas de problèmes de solitude. Il trouvait autour de lui des tas d’organisateurs d’élection qui lui montraient, chaque soir, dans chaque comté, comment fonctionne le système des enveloppes brunes afin que sa commission Charbonneau évite de toucher à ces fils sensibles qui dévoileraient tout le pot aux roses. Puis, je me suis demandé,  impertinent, la juge Charbonneau, car comme on sait les nominations de juges sont éminemment politiques, de quelle plogue elle avait bien pu bénéficier? Ça ne pouvait sûrement pas être celle des péquistes. Alors, comme l’alternative vient automatiquement à l’esprit, je me suis dit qu’elle a dû en pincer quelques-unes de ces enveloppes au passage. Mais, comme le veut la légende, dès qu’un soutien partisan passe à la suprême magistrature, il ne peut être qu’impartial afin d’incarner la Loi pour tous les Québécois. Comme Jean Charest est le Premier ministre de tous les Québécois. Ou comme, pensant à Orwell dans Animal Farm, qu’il restait quand même attentif à quelques Québécois plus qu’à d’autres. Mais pour Charest, c’est quand même mieux que feel lonesome tonight.

Puis, inquiet à savoir si je devenais obsessionnel, le fantôme de Pauline vint reprendre le devant de ma pensée. Mais tout de suite, ce sont les voix, en stéréo, de Françoise David et de Jeannette Bertrand qui me rentraient dans la tête, une par l’oreille gauche, l’autre par la droite. Pauvre Pauline. Parce que femme, on lui reprocherait son Moulinsart modèle-réduit, ses revenus, ses propriétés, bref ce qu’on ne reprocherait pas à un homme. Vieille antienne féministe! Il est vrai qu’on a jamais reproché à Desmarais son Silling-en-Québec de La Malbaie! En effet, il paraît plus difficile pour une femme de faire de la politique que pour un homme, encore en 2011 au Québec, en se voyant affliger de préjugés sur sa fortune. Dès le lendemain, Lisa Frula, intarissable dans son caquettage d'oie rouge-sauce à spaghetti, s’offusquait. Non, les Québécois sont entièrement ouverts à l’idée qu’une femme puisse être Premier ministre. Évidemment, elle exprimait son rêve personnel tout en défendant la cheftaine péquiste. Je crois qu’elle avait raison. Mais en écoutant David et Bertrand plaindre Pauline, je me suis dit: voilà ce qu’elle devrait faire. Passer à Tout le monde en parle …et y éclater en sanglots! «Oui, c’est plus difficile pour moi, qui suis une pauvre femme …malgré les apparences. Il y a des préjugés quasi insurmontables à repousser en plus d'être femme chef de parti. On me fait des procès d’intention. On dit que je brade l’indépendance pour satisfaire mon ambition à devenir la première femme Premier ministre au Québec! On m'attribue toutes sortes d'intentions malveillantes. Je veux le bien des Québécois et des Québécoises, moi, et on ne m’entend pas. On préfère un François Legault qui était si imbécile du temps où il n'était que ministre de l’Éducation, imaginez ce que ce sera une fois Premier ministre (snif! snif!)». La voyant s’essuyer les yeux avec son mouchoir en dentelles, Lepage ferait d’une pierre deux coups: une entrevue politique jumelée à une entrevue human interest. Les Québécois seraient tellement affectés, la prendraient tellement en pitié, se diraient : «Oui, c’est vrai, nous avons été injuste envers elle. Oui, nous ne lui avons jamais donné la moindre chance. Oui, Legault c’est d’la merde! Et Pauline… Si tenace. Si dévouée dans tous ses ministères où elle n'a laissé derrière elle qu'une odeur de toilettes parfumée lavande… Élisons-là! Élisons-là tout de suite! N’attendons pas les élections, Pauline au Gouvernement!». Faire ‘tit pâtira’, ça toujours bien marché au Québec. Encore une larme, Pauline, pour devenir première Premier ministre du Québec…

Ah! décidément, ce métro. Il a dû y avoir un autre suicidé qui s’est précipité du haut de la station Berri-UQAM. Un étudiant étranger, un japonais peut-être, surpris à plagier dans un travail d’Études littéraires…

Pensant étudiant, je me rappelais mes années universitaires, lorsque les cocos [les communistes] polluaient l’atmosphère de leur propagande marxiste-léniniste-maoiste et leur centralisme démocratique, anticipant de régenter un Canada uni par le prolétariat avec la même poigne, ouvrant des Goulags au Saguenay ou au Nunavut pour les méchants petits-bourgeois, comme moi, qui ridiculisaient leurs tendances à la mégalomanie. Mais Gilles Duceppe, ne provient-il pas de là? De cette Ligue communiste marxiste-léniniste, devenu le fameux P.C.O. [le Parti Communiste Ouvrier] qui avait impudiquement voler le Trade Mark d’une compagnie d’exterminateurs de coquerelles? Duceppe, qui semble-t-il, a transféré ses rêves de centralisme démocratique à la cause nationale, est-ce sérieux? Lorsqu’il avait fait un hit and run en pensant passer du Bloc au Parti Québécois, les sondages le donnaient loin derrière Pauline Marois. Pourquoi aujourd’hui ferait-il un meilleur Premier ministre qu’elle? L’opinion est changeante, mais qui, de Pauline qui en a reperdu ou de Gilles qui en a regagné, permet de tenir ces sondages l'un plus sérieusement que l’autre? Décidément, c’est du n’importe quoi… (1)

Aussi, Pauline ne se laissa-t-elle pas déloger de ma pensée aussi facilement. Et je me suis dit. Son problème, ce n’est pas elle. C’est son parti le problème. Dans ma jeunesse, le Parti Québécois me faisait rêver. Son candidat, puis député de Saint-Jean, Jérôme Proulx, avait été mon professeur de français à la Polyvalente Marcel-Landry. C’était notre René Lévesque local. Pour un temps. La première élection à laquelle mes dix-huit ans m’avait donné accès, j’avais voté P.Q. …et les Libéraux de Bourassa étaient rentrés avec une majorité écrasante. Mais en 1976, au-delà de ce que nous pouvions espérer, «l’heureuse surprise» infligea au méprisant Pierre Elliot Trudeau la défaite de sa vie en faisant entrer, majoritaire, le Parti Québécois au pouvoir, le 15 novembre. Pendant quatre ans, tous les espoirs étaient permis. Le «Yes, we can» n’était pas encore américain, mais déjà québécois. La fièvre nous a porté jusqu’au 20 mai 1980. La défaite référendaire n’était pas un «à la prochaine fois» comme le voulait René Lévesque, mais une descente aux enfers. La vengeance des Péquistes contre leur base petite-bourgeoise par le vote des décrets fixant les salaires de la fonction publique la veille de Noël, la paranoïa de Lévesque, le bellâtre Pierre-Marc Johnson et son usine Hyundaï et le Québec inc, le retour de Bourassa, comme le fameux Freddy des films d’horreur, les négociations constitutionnelles de Meech bafouées, la longue agonie qui permit à Parizeau de ramener un peu de la fièvre de 1976. L’entrée en scène de Lucien Bouchard. Le désastre de 1995. Non pas le «référendum volé», mythe péquiste, mais l’incurie d’un parti qui voulait à la fois le beurre et le prix du beurre: la souveraineté et les ententes associatives qui fourniraient aux citoyens du Québec les mêmes avantages que du temps de la Confédération. La stratégie Bouchard, qui nous faisait sortir du Parlement canadien par la grande porte d’en avant, pour nous y faire revenir, comme des clochards, par la porte arrière. Les mots malheureux de Parizeau, incorrigible éthylique, s’en prenant à l’argent (qu’il avait pourtant préalablement flatté) et au vote ethnique (qu’il avait pareillement courtisé lui aussi). Pourquoi capitalistes et immigrants quand la majorité québécoise appartenait encore à la vieille souche? Puis le simiesque Bernard Landry…

Ah! Bernard Landry! Je l’entendais encore il n’y a pas si longtemps, Aux coulisses du pouvoir, dire qu’il y avait «des millions de Québécois» qui étaient pour l’indépendance! C’est du pur délire. Où sont ces millions de gens prêts à voter pour l’indépendance du Québec? Pourquoi, lorsqu’il était Premier ministre du Québec, ne les a-t-il pas mis en branle ces millions de Québécois indépendantistes? Pourquoi alors utilisait-il le mot de «souveraineté» et non d’indépendance? Ce double langage des péquistes, voilà ce qui les mine: indépendantistes dans l’opposition, ils deviennent souverainistes au pouvoir. Les deux mots signifient-ils la même chose? Certainement pas. L’indépendance est une rupture totale et radicale d’avec le pacte confédératif. La souveraineté est un pouvoir d’État qui décide pour lui-même et auquel est associé l’idée d’union avec le Canada sur certains avantages de la vie civile (la monnaie, les passeports, l’armée, etc.). Ces substitutions de concepts donnent tout le loisir aux fédéralistes de montrer combien les Souverainistes ont peur de se laisser dépasser par les Indépendantistes (qualifiés d’aile pure et dure du parti). C’est la reprise du vieux débat entre Irlandais et Britanniques pour le Home Rule. On sait qu’il a fallu beaucoup de violences sanglantes pour que les Irlandais en arrivent au Home Rule et forcent l’Angleterre à céder l’indépendance à l’Irlande.

Oups! Pauline ne se laissera pas chasser de ma tête par une belle-mère, devrai-je renvoyer Landry à son lunatisme. Décidément non. Le Parti Québécois, avec ou sans aile de purs et durs, n’est plus un parti d’idées, autre mythe péquiste pour expliquer ses luttes de factions internes. Il n’y a pas d’idée dans ce parti. Du moins l’argent soude-t-il les liens entre libéraux. L’idée d’indépendance pourrait faire de même avec les péquistes. Nenni. Rien. Le mot indépendance est une coquille vide. Le rêve l’a déserté. Aucune vision de la société québécoise, nouvelle, améliorée, aux lendemains de l’Indépendance. Un Québec toujours aussi capitaliste, toujours aussi colonisé, toujours aussi administré par des rois-nègres. Plus que ça change, plus c’est pareil! On s’est souvent fait faire la passe, aussi, chat échaudé craint l’eau froide. Du moins, Jacques Parizeau, en modifiant la structure de son cabinet, laissait-il entrevoir ce que serait l’appareil d’État aux lendemains d’un oui en 1995: un parlement républicain, bicaméral comme aux États-Unis, représentant à la fois les comtés et les régions. C’est le seul germe de nouveauté qui pouvait nous laisser entrevoir ce que serait le Québec après un oui majoritaire au référendum. Côté «projet de société», l'enrobage, là-aussi, était vide. Après, les péquistes sont retombés dans leur silence dubitatif. Les fédéralistes les accusent d’avoir un «agenda caché»; moi je pense plutôt que c’est un vacuum dissimulé derrière une rhétorique de la pure perte de temps. Comme le chat de Lewis Carroll, la dernière chose à disparaître du dernier péquiste - un Sylvain Simard ou un Daniel Turp -, sera son «sourire énigmatique».

Les successeurs de Parizeau n’ont rien apporté de semblable à l’idée d’indépendance du Québec. Bouchard, Landry, Boisclair, Marois… le vide n’a cessé de se creuser et de s’étendre. Bouchard nous a chié dans les mains son déficit 0 pour l’an 2000, que le ministre des Finances du Canada lui a payé pour qu’il rentre chez lui et cesse de nous emmerder. Landry a préféré lécher les tuyaux d’échapement des camions Kenworth pour nous faire croire que tout allait pour le mieux dans le meilleur du monde des affaires du Québec. Boisclair est passé en coup de vent, nous vendant un coffre à outils dont on devinait que la scie n’avait pas de dents et le marteau pas de tête. Enfin Pauline est revenue, plus stock-up que jamais. On ne s’imagine même pas qu’elle puisse avoir des émotions sincères. Pleurer par exemple. Alors qu’on s’imagine fort bien Charest pleurer [de rire, il est vrai], on ne s'imagine pas Pauline Marois éprouver une quelconque émotion qui pourrait relever de l'humanité. Lorsqu'au pire moment de la crise péquiste éprouvée au printemps 2011, les journalistes, lui fourrant le micro sous le nez, lui demandaient comment elle se sentait; elle affichait son maudit sourire hypocrite, nous mentant effrontément en nous disant qu'elle avait bien dormi, ou qu'elle se sentait à l'aise. Visiblement, il n'en était rien.

Pourquoi m’apparaît-elle, soudainement, sous les traits de l’impératrice Catherine II de Russie? Comme Catherine, je la vois affretant un immense traîneau où elle logerait pour faire le tour du plan Nord légué par Charest, avec sa vaste chambre à coucher, sa bibliothèque remplie du Gotha québécois, son bureau, sa salle à dîner, ses salons, le tout tiré par un attelage de chevaux. Son Potemkine, Bernard Drainville, ferait transporter par un train, des décors de cinéma représentant des demeures, des hôtels, des gares, des centres commerciaux, tout en cartons. Il engagerait des figurants qui, à chaque halte, dans des costumes différents, feraient des triomphes à la «souveraine». Ces villages Potemkine, pardon, ces villages Drainville, célébreraient notre Catherine, Pauline, transportée d’un lieu à l’autre aux étapes de son trajet. Ouf! Une chance que l’histoire ne se répète pas. Mais dans ce rêve mégalomaniaque, il y a quelques inquiétudes que je partage avec d’autres Québécois. Le goût baroque de Pauline Marois pour l’ornemental, le magnificent, le triomphalisme, ça nous a déjà coûté assez cher.

Cul-de-sac. Voilà la fin du rêve péquiste qui arrive en même temps que mon métro. Fini, ce projet totalement vidé d’idées et d’utopies. Qui ne se souvient pour l'avoir vu, la scène ultime du film de Sydney Pollack (1969) tiré du roman d’Horace McCoy, On achève bien les chevaux, quand, après un marathon de danses frénétiques, le personnage de Michaël Sarrazin applique le canon de son pistolet sur la tempe de Jane Fonda et la tue? Certes, je ne voudrais pas que Stephen Harper abolisse le registre des armes à feu seulement pour qu’un crackpot conservateur puisse s'en procurer une pour venir tirer une balle dans la tête de Pauline afin de la libérer de sa déjà trop longue agonie, mais ce parti, qui sait si bien indiquer la porte à ses chefs dans lesquels il n’a plus confiance pour les porter au pouvoir, pourquoi ne le fait-il pas pour abréger les souffrances de cette pauvre Pauline? Certes, elle résiste. Elle veut rester à la tête du parti. Elle a la situation sous contrôle, bien en main. Elle s’accroche. Mais elle ment. Elle fait comme le cardinal qui vient d’être élu pape. Elle simule la résistance pour que les cardinaux du parti s’en emparent et la traînent …jusqu’au perron de l’hôtel où le parti tient son conclave, et la sorte d’un coup! Vlan! Porte refermée. Enfin libérée, et nous avec. Cet autre épisode désolant de l’histoire du Parti Québécois est tout simplement insoutenable. Elle assure la réélection des Libéraux de Charest et son troupeau de corrompus, tout en laissant la voie libre à un insignifiant comme Legault pour prendre la relève de l’Opposition avec des lucides qui, comme disait Jean Narrache, n'auraient de lumière qu'au péteux pour éclairer les suiveux. Une telle déchéance mérite qu’on y mette fin le plus tôt possible. Une fois qu’on a fait le deuil de l’indépendance; qu’on ne veut plus entendre parler de constitution tout en acceptant d'être régis par elle; qu’on veut bien se défriser le poil des jambes pour le mépris des conservateurs envers la langue française, gueuler, crier, conspuer, puis rentrer chacun chez soi fêter Noël en famille; qu’importe l’existence de ce malheureux parti qui aura tant fait rêver pour livrer si peu de marchandises. La loi 101 (amputée), le port obligatoire de la ceinture de sécurité en automobile, le financement des partis politiques, la Charte québécoise des droits et libertés… Tout ça, sans cesse bafoués, tant par le Parlement Canadien que par le Parlement Québécois lui-même. Pendant que les Américains se remettent à leur tour de l’immense déception du «Yes, we can» d’Obama - lui qui n’a même pas pu résister au lobby israélien et se résoudre au retrait du financement américain de l’UNESCO pour la punir de la reconnaissance qu’elle accorde aux Palestiniens -, pourquoi réinvestirions-nous de rêves un quelconque parti politique au Québec? Oui, je sais bien que la politique n’est pas le lieu des rêves et qu’il n’y a que la Realpolitik pour accéder aux projets utopiques. Mais la Realpolitik a mauvaise presse. Elle pue le machiavélisme à plein nez, où tous les moyens sont bons pour parvenir à nos fins. Ce sont les méchants qui usent de Realpolitik, pas les âmes sereines comme les nôtres, qui sont certaines d’avoir le bon droit de leur côté parce qu'elles sont consensuelles jusqu'à l'inceste! Parce que nous voulons faire les choses sur le mode idéaliste, réaliser l’impossible quadrature du cercle entre l’indépendance nationale et le moyen démocratique, qui nous assurerait aux yeux de l’Histoire la proximité de la perfection divine, nous ne cessons de cultiver cet orgueil sans limite qu’est le projet référendaire péquiste. Avoir Legault qui dispute Charest, avec Duceppe comme tiers-parti, voilà ce que nous méritons pour notre irréalisme. On achève bien les chevaux? On achève bien aussi les partis politiques qui ont trahi leur «mission historique» comme l'aurait dit le jeune Duceppe lorsque nous chantions, sur l'air de la pub de la compagnie de dératiseur: «C'est ♬ P.♫ C.♩ O».  - R.I.P.  P.Q. Station Mont-Royal⌛


P.S. Aucun animal n'a été maltraité dans ce texte …seulement quelques politiciens qui le méritaient.

 (1) Le lettre ouverte envoyée par Gilles Duceppe à Pauline Marois où il la «limone» d'un respect suave, publiée ce 8 novembre 2011, ne l'empêche pas d'affirmer qu'il n'a aucune «velléité» de briguer la chefferie du Parti Québécois. Or, le mot «velléité» signifie, selon les dictionnaires: «Intention de faire quelque chose qui n'est finalement pas mise en pratique», d'où qu'il peut se mettre «en réserve de la République» tout en attendant que quelque chose se passe. Il l'avertit qu'il a l'intention, mais que pour le moment, il ne la mettra pas en pratique. Qu'est-ce à dire, sinon que ce n'est pas lui qui va la pousser en bas de la roche tarpéienne. Nous retrouvons-là la vieille stratégie communiste: on laisse faire les forces populaires (ici partisanes), mais quand elles ont «agit», le chef arrive en sauveur  de l'ordre et se proclame l'avant-garde éclairé de la dictature des militants (le prolétariat n'existant plus, CQFD). Ce qu'avait de bon les vieux partis communistes des années 70-80, c'était qu'ils formaient des professionnels de la révolution, leurs inculquaient de machiavéliques «techniques du coup d'État»,  leurs apprenaient à noyauter le mouvement syndical ou les militants de partis adverses, avant de les envoyer comme autant d'écus en face des coups de sabres. Si ça ne marchait pas …et au Québec, rien de tout cela n'a marché, les chefs se retiraient en niant toute participation, tout encouragement au désordre social. D'autant plus que certains touchaient à deux tiroirs-caisses en même temps: la contribution des militants et l'argent de la G.R.C. Plus tard, lorsque la révolution s'avéra chimérique, ils se firent professionnels de la politique ou de la bureaucratie; ils surent s'insérer tout aussi bien dans l'appareil des syndicats que dans la fonction publique. De l'engagement, ils n'en retenaient que l'opportunisme et les sophismes. On leur doit ces précieux termes de l'administration publique contemporaine de «gouvernance», d'«empowerment», de «résiliance»… Les derniers cocos «purs et durs» siègent aujourd'hui chez Québec Solidaire, vivant une seconde jeunesse, et où ils ont refilé à leur chef, plus ambitieux qu'idéologue, la vieille joke de la ligne juste et de la ligne erronée! Comme, par définition, un militant est un naïf, il est possible de lui faire faire n'importe quoi, au «nom de la cause». C'est pour ça que le plus sérieux candidat à la succession à Pauline Marois reste, non pas le vieux Duceppe, mais le jeune Khadir (assagi, toutefois, gardant ses chaussures dans ses pieds). Il faudra bien un jour faire une coalition des forces de gauche (en autant que le P.Q. se dit toujours «social-démocrate» sans y croire) contre les forces de droite (l'A.D.Q. associée avec la giblotte à Legault). Un Parti Québécois dirigé par Amir Khadir définirait le mieux ce qu'est ce parti où si le cœur est petit et à gauche, le portefeuille est gros et à droite.

Montréal
6 novembre 2011

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