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mercredi 21 décembre 2011

Franchise et honte à Hydro-Québec

Schadenfreude à Hydro-Québec

FRANCHISE & HONTE À HYDRO-QUÉBEC

Bravo!!! Oui, il n’y a que ce mot-là pour féliciter ce maladroit qui, au lieu d’utiliser la langue de bois habituelle, a osé dire franchement les choses: ce qu’est Hydro-Québec et ce qu’est le capitalisme monopoliste d’État, que l’on confond avec la nationalisation. Car ce n’est pas pour ça, ce n’est pas pour se féliciter de l’accroissement de la pauvreté et de la détresse que rencontrent les gens à travers leurs difficultés de paiement qu’a été nationalisé l’électricité. Cette lettre à la fois franche et honteuse dit ceci:

À tout le personnel de l'unité Interruptions et remises en service

Bonjour,

La présente est pour vous faire part de notre grande satisfaction en lien avec les excellents résultats obtenus au cours de la saison 2011 qui s'achève. +55 700 coupures

En effet, malgré les inquiétudes soulevées en raison de la grève des postes, vous avez su relever le défi avec brio.

Il a fallu tout un travail d'équipe pour en arriver à de tels résultats et nous tenons à remercier l'ensemble des représentants-agents, commis, aviseurs, agents principaux et spécialistes. Sans votre contribution de tous les jours cela aurait été impossible.

Encore une fois BRAVO !!! et merci pour votre excellent travail.

Nous profitons de l'occasion pour vous souhaiter de très belles Fêtes à vous, ainsi que votre famille.

Votre comité de gestion»

Il est vrai que ce n’est pas une question de franchise par code éthique. Le contenu débonnaire de cette lettre n’était pensable que dans la mesure où elle resterait confinée à l’interne: des félicitations «pour les excellents résultats obtenus au cours de la saison 2011 qui s’achève». À première vue, avec la couronne [de Noël ou funéraire, l'image est floue] qui orne la lettre, il s’agirait seulement d’une sorte de «carte de Noël» que la direction enverrait à ses employés. La sottise vient quand cette même haute direction écrit: «Malgré les inquiétudes soulevées en raison de la grève des postes, vous avez su relever le défi avec brio…» Qu’est-ce que cette niaiserie-là? Il s’agit des 12 journées de grèves tournantes auxquelles la compagnie d’État fédéral a ajouté 13 jours de lock-out national en juin 2011. Il n’y avait pas que des comptes d’Hydro parmi les 62 000 lettres en souffrance, mais aussi des chèques de la Solidarité sociale (les B.S.) au nombre d’environ 20 000, 17 000 dont des remboursements d’impôts du Québec (Revenu Québec), 25 000 au moins de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST). On voit mal comment une société d’État qui fait de gros profits annuels puisse se féliciter d’avoir survécu à 25 journées de grèves postales à l’ère de l’informatique?

Ainsi, au second trimestre de l’année 2011, le bénéfice net d’Hydro atteignait $ 452 millions, soit $ 76 millions ou 20% de plus pour la même période en 2010, faisant sauter les revenus de $ 2,6 à $ 2,8 milliards, soit un bond de 5,7%! Constatons, par ailleurs, que les profits ont bondi de $ 157 millions lors de la période de trois mois qui a pris fin le 30 septembre - comprenant la période de la grève des postes - pour atteindre $ 384 millions, une augmentation de 69%. La société explique cette augmentation non par les recouvrements des mauvais payeurs, mais par la hausse des exportations pendant la période estivale et une réduction de ses coûts d’exploitation. En sus, Hydro a encaissé des revenus de $ 22 millions de la vente de licences de sa technologie de batteries au phosphate lithié! Un chausson avec ça? Enfin, à trois mois de la fin de son exercice financier, Hydro affiche un bénéfice net de $ 2,2 milliards, comparativement à $ 2 milliards pour la même période de l’année 2010. Tant de chiffres étourdissent, et donnent le vertige, voilà pourquoi Hydro ne pouvait que manifester sa joie en cette veille de Noël. Mais, en aucune façon, la grève (ou plutôt le lock-out) des postes n’a mis sérieusement en danger cette balance des profits. Hydro ment donc à ses employés tout en les félicitant.

«Encore une fois BRAVO !!!» se permet d’insister la lettre impudique. Au réseau TVA, le chef intermédiaire Mario Létourneau et d’autres chefs de région déclarent qu’«Il a fallu tout un travail d'équipe pour en arriver à de tels résultats». Pourquoi? Parce qu’au cours des dernières années les coupures de service ont augmenté de façon inquiétante. En 2009, 18 641 clients avaient été débranchés, puis en 2010, 36 010 consommateurs, mais ce chiffre serait maintenant de 50 680 coupures, une hausse de 41% sur un an. Or, tous les raccordements n’ont pas été faits. Ce que se félicite Hydro, ce sont les effets des intimidations et des sanctions en vue de raccorder les «mauvais payeurs». Ceux qui vivent sans électricité, elle s’en torche tout simplement. Voilà pourquoi Charles Tanguay de l’Union des consommateurs s’indigne: «Franchement, on trouve cela répugnant! On s'attendrait de la part des services de recouvrement d'Hydro-Québec qu'il ait une sensibilité un peu plus élevée pour les ménages les plus pauvres». Évidemment, il ne s’agit pas d’une question de «sensibilité». Séraphin Poudrier ne disait-il pas «qu’en affaires, il n’y a pas de parents pas d’amis».

Ça reste à voir lorsqu’il s’agit du sommet de la pyramide. Le salaire du dirigeant d’Hydro-Québec, Thierry Vandal (qui porte bien son nom), le PDG des sociétés d’État du Québec le mieux payé, a touché un salaire, pour l’année 2010, de $ 570 096, soit 2,0% de plus qu’en 2009 pour les $ 12,3 milliards de revenus enregistrés par la Société d’État qui, cette année-là, avait perdu 3,0%. Le résultat net de la société s’enregistrait à $ 3 milliards, en perte de 3,3% et donnnait donc $ 2,16 milliards en dividende gouvernemental, donc une perte de 3,7% pour l’État du Québec. Nous trouvons-là une des raisons pour presser le citron des citoyens québécois alors que la lubie du gouvernement Charest passe par le Plan Nord où l’Hydro est fortement sollcitée. Chaque sous compte pour la bourse du Gouvernement.

À cela, lisons comment Hydro fait son mea culpa: «En lisant la lettre, le ton et les mots choisis ne sont pas appropriés. C'est certain que l'objectif n'était pas d'offenser qui que ce soit», répond l’attaché de presse d’Hydro, Patrice Lavoie. Et, pour ajouter l’outrage à l’insulte, cette lettre a été envoyée aux 27 agents de recouvrement dont le poste vient d’être coupé! C’est évidemment un peu trop de franchise! La Société d'État se défend d’agir comme une entreprise privée en soulignant que ses méthodes de recouvrement fonctionnent avec les ententes de paiements, qui ont augmenté de 12%. Or les ententes de paiements se retrouvent dans toutes les entreprises privées et la Société ne fait rien d’autres que se comporter avec la même violence et la même insolence que n’importe quelle entreprise capitaliste envers ses clients. Les usagers d’Hydro-Québec sont des clients, et non des actionnaires, contrairement à ce qu’essaie de nous faire croire la langue de bois que les dirigeants emploient dans leurs communiqués de presse. Et M. Lavoie parle avec la langue de bois, contrairement au billet qui a été envoyé aux agents de recouvrement. Que 27 de ces agents aient reçu peu après un avis de licenciement, voilà l’outrage ajouté à l’insulte, ce qui fait réagir le Syndicat qui, autrement, se serait gardé une petite gêne après avoir déployé tant d’astuces, d’intimidations et de contraintes envers les clients mauvais payeurs. Les syndicats de fonctionnaires ne comprendront jamais qu’il est difficile, en temps de crise salariale, d’avoir parmi la population de l’empathie pour ceux qui en manquent tant lorsqu’ils sont en position de force devant un plus faible qu’eux.

S’agit-il d’une «nouvelle mentalité» dans la culture des affaires se demande Charles Tanguay? Bien sûr que non. C’est un dérapage. La franchise a pris le pas sur la langue de bois avec laquelle les entreprises entretiennent leurs relations publiques. Hydro-Québec a toujours privilégié, comme n’importe quelle compagnie privée parmi les plus sales (je pense à Bell Canada qui détenait, jusqu’à une dizaine d'années environ, un monopole sur la téléphonie), les profits plutôt que la clientèle. Il a fallu un demi-siècle de formation en P.R. (Public Relations) pour s’inventer une logique (le sophisme) et un langage (la langue de bois volée aux soviétiques) pour parvenir à jumeler le pire des deux mondes. Devant une clientèle atomisée, isolée, angoissée, incapable de se coaliser pour mettre au pas ces dangereux personnages, il est normal que l’effronterie et l’indécence finissent par s’avouer ouvertement. Pour une fois où le cynisme bat en retraite, nous devrions être contents! Là où la conscience délire, l’inconscient parle, et le plaisir honteux (schadenfreude, la joie provoquée par le malheur d'autrui) se révèle dans ce simple cri qui vient du fond du cœur : BRAVO!!!

Il y a deux catégories de clients pour Hydro-Québec. D’abord, la plus importante, celle qui met la compagnie sur la carte des affaires en Amérique du Nord: ses clients étrangers - le Nord-Est des États-Unis et l’Ontario). Ce sont eux ses clients privilégiés. Pour cette clientèle, Hydro se mettra d’accord avec le gouvernement afin de réduire les tarifs d’usage industriel de l’électricité que des investisseurs étrangers mériteraient s’ils venaient s’implanter au Québec, ne serait-ce que pour siphonner les matières premières. C’est avec ces «associés» que la compagnie d’État entend faire de meilleures affaires dans le développement du Plan Nord. C’est la vente du surplus de production dans un nord des États-Unis, frappé depuis quelques années par des hivers rigoureux alors que le sud du Québec (la zone la plus densément peuplée) évite coup sur coup tempêtes de neiges et gels excessifs. qu'entend se reprendre la compagnie d'État. Le Jet Stream s’est montré bon pour nous depuis quelques années, mais un peu moins pour les Américains. C’est là où Thierry Vandal peut travailler de toutes ses «forces», d’un cocktail à l’autre, d’un coup de plume ici et d’une enveloppe brune là (son salaire, bien évidemment!) pour améliorer la fortune des Québécois. Monsieur Réingénérie d'entreprises en déroute, ou Monsieur congédiements massifs c’est la même chose, ne voit pas ce qui le préoccuperait davantage.

L’autre catégorie de clients d’Hydro, c’est celle qui justifie son monopole d'État par la nationalisation: la population québécoise. Devrait-elle être en reste de gratitude envers cette population? Nenni. La langue de bois sortira son argument sophiste massue: les habitants des autres provinces du Canada paient leur électricité plus cher qu’au Québec. Une fois cette énoncé lancée, il n’y a plus qu’à se taire devant la vérité des chiffres. Mais, comparaison n’est pas raison. Pourquoi devrions-nous toujours céder aux augmentations tarifaires parce que les autres paient leur électricité plus cher? Là est le sophisme. C’est une «petit gêne» que les fonctionnaires d’Hydro injecte dans la conscience coupable des Québécois. Il n’y a aucune culpabilité à payer notre électricité moins cher que partout ailleurs au Canada ou aux États-Unis parce que ce sont nos richesses naturelles et que nous devons les mettre d’abord à notre profit collectif, au service de toute la population du Québec et non seulement aux vandales et aux ostrogoths de la business. C’est pour se débarrasser de la Southern Canada Power ou la Schawinigan Light, Heat and Power qui exploitaient notre électricité pour les bénéfices étrangers que le gouvernement Lesage a procédé à la nationalisation de l’électricité. Toutes ces compagnies ont été payé pour l’achat de leurs équipements et la remise de leurs capitaux et intérêts. Aucune n’a été expropriée comme dans les pays communistes. Au-delà de l’exploitation d’une ressource naturelle, c’était aussi une culture d’entrepreneurship qui était condamnée. Or une compagnie publique, nationale, ne peut opérer avec un même type de culture d’affaires envers ses soi-disant actionnaires qui sont en même temps ses clients. Si une compagnie est prise à manipuler ses actionnaires d’une manière ou d’une autre, ou si ses gestionnaires et son personnel cadre les malmène ou les insulte, la prime de départ arrive assez vite sur le bureau et un nouvel administrateur se charge de les chasser manu militari de leurs fauteuils. Or, ou les Québécois sont les actionnaires (en plus d’être les clients) d’Hydro, ou ils ne sont que des clients taxables et corvéables à merci. Et le ton de la lettre semble laisser croire qu’Hydro pense ainsi de la société québécoise.

Ce mode de fonctionnement fait la joie de ceux qui, comme l’ancienne ADQ ou la nouvelle CAQ. voudraient voir privatiser Hydro-Québec. Tant à se comporter comme des bandits, aussi bien livrer la patentes aux vrais, du moins ne serons-nous pas abusés par le faux-semblant de la nationalisation. Et la gestion d’un Vandal vise à cet effet. Libérées de la couverture de l’État, les hydros du Québec se développeraient selon le mode de la «libre concurrence». Les tarifs avec lesquels se font les affaires avec les Américains leur coûteraient d’autant moins chers que nos factures grimperaient encore bien plus hautes qu’elles ne le sont présentement. Nous reviendrions vite au temps du capitalisme sauvage sous les Taschereau et Duplessis. Dans la logique régressive où le Canada s’est engagée, nous retrouverions la logique coloniale qui est réellement la nôtre en Amérique du Nord. Voilà pourquoi il demeure indispensable de conserver intégralement Hydro-Québec société d’État et qu’il faut mettre immédiatement sa culture d’entreprise au pas. Le respect des Québécois prime avant les profits. C’est tout le contraire du généreux BRAVO!!! lancé par cet étourdi. Ce n’est ni par son talent de gestionnaire ni par les contrats qu’il ramasse qu’un Vandal mérite son salaire surréaliste, ce n’est qu’une feuille de vigne qui cache la laideur par laquelle la franchise de la gestion capitaliste dévoile tout simplement son obscénité.

Le 55 700 coupures effectuées par Hydro ne devraient pas être considérées comme un «succès», mais bien comme une défaite de l’économie québécoise. Elles traduisent ce que la langue de bois du ministre Bachand n'oserait avouer ouvertement. Nous n'avons pas échappé à la crise de 2008 pas plus que nous échapperons à celle qui s'esquisse de l'autre côté de l'Atlantique, et le fait que «nous nous en sortions mieux» que les autres n'est qu'une autre de ces comparaisons qui ne font pas raison de ce chiffre qui révèle l’accroissement de la pauvreté des Québécois. C’est ici qu’Hydro, si elle respecte la confiance que les Québécois ont mis en elle depuis plus d'un demi-siècle, devrait accomplir sa mission. d'être véritablement au service des Québécois et non pas se satisfaire de ses commandites de spectacles souvent niaiseux avec lesquels elle entend couvrir ses extorsions. La vocation de la nationalisation qui lui a été conférée en 1960 ne tenait pas à fournir des distractions mais de l'électricité au plus bas taux, non du marché mais de la capacité de production dans son rapport au pouvoir d'achat des consommateurs. Cest du moins ainsi que la population l'entendait. Si elle s'est trompée, c'est qu'on l'a trompé. Que l'on soigne nos rivières et cours d'eau; que l'on économise l'énergie; que l'on paie ses factures à temps, j'en suis. Mais qu'on ne coupe pas du même coup, la possibilité de la clientèle d'assumer ses responsabilités. Autrement, les vantardises du gouvernement du Québec et de sa bonne vache à lait, la Société d'État Hydro-Québec n'ont plus le droit à notre fierté, mais sont la honte de notre impotence⌛

Monréal,
21 décembre 2011

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