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samedi 5 novembre 2011

Brutus Turcotte et Médée Gaston à la cour du juge Petaud

La cour du roi Petaud

BRUTUS TURCOTTE ET MÉDÉE GASTON À LA COUR DU JUGE PETAUD

Tout est si triste. Si désespérément triste. Cette affaire Guy Turcotte, décidément, une fois la cause jugée, ne cesse de nous interpeller. Non à cause de la décision des membres du jury mais à cause de cette immense foire aux mensonges qu’est la Justice au Québec,  qui, à défaut de vouloir savoir ce qu’est la vérité ou même ne serait-ce que de s'en approcher, au lieu d’éclaircir la question, la laisse se dissoudre dans le brouillard. Nuit et brouillard. Voilà ce qu’est la Justice au Québec. La mort de l'esprit pue dans tous les corridors de cette Bastille de béton de la rue Notre-Dame qui a l’outrecuidance de se faire appeler Palais de Justice! Et la cause jugée de l’affaire Turcotte se révèle maintenant comme cette immense fraude morale que nous nous faisons à nous-mêmes après un demi-siècle de médiocratie professionnelle.


Nous, qui sommes si loin du Palais de Justice, qu’observons-nous des comptes-rendus des différents journalistes? Des témoignages des experts? Des attitudes théâtrales des accusés et des avocats? Voire même des dessins brossés du pleurnicheur qu’était ce chirurgien cardiologue de bonne réputation? Regardons également les après-coups, une fois la sentence prononcée et la peine énoncée par le juge. Ces lettres d’admiration de violeurs en puissance et d'admiratrices du chirurgien infanticide. Ces entrevues classifiées human interest de la mère, Isabelle Gaston, que l’on retrouve sur tous les réseaux de télévision, dans les journaux Péladeau et autres pistes de cirque de la société hypermédiatisée qu’est la nôtre. Tout ceci parle beaucoup mieux que les embrouillaminies de la cour. S’il était encore possible de jouer les victimes éplorées durant tout le cours du procès, maintenant, on s’en donne à cœur joie dans l’outrageous.

Une historienne, Marie-Aimée Cliche, s’est penchée récemment, en postface de son essai Fous, ivres ou méchants? Les parents meurtriers au Québec, 1775-1965 (Montréal, Boréal, 2011, pp. 207-209), sur le jugement de l’affaire Turcotte. Deux observations sont à retenir: d’abord, la plaidoirie de l’avocat du docteur Turcotte qui, comme le plaideur de Racine dans le procès du chien Citron qui avait volé un chapon, s’exerce à des effets rhétoriques émotionnels plutôt que d’en appeler à la pensée logique du jury. «L’avocat de  la défense a donc souligné “l’incontestable souffrance” de son client, qu’il a présentée comme la cause d’un trouble mental, soit son état dépressif: “Quand on tue ses enfants, la chair de sa chair, est-ce qu’on est normal? […] Quand une personne se livre à des gestes comme ça, c’est la signature de la maladie mentale» (p.  208). Cet argument pro domo n’a aucune base épistémique. Combien de pères et de mères souffrent de dépression sans pour autant tuer leurs enfants? Au contraire, ils cherchent et trouvent auprès d’eux une raison de surmonter leur détresse! En psychiatrie, l’état dépressif est tenu pour un état mineur (comparé aux troubles d’anxiété) de la maladie mentale. L’idée que tuer ses enfants et essayer de se suicider surgit spontanément, dans un moment d’égarement offre une contradiction en soi. L’ampleur du crime commis ne se décide pas sur un coup de tête, comme on achète un i-pod en promotion! Ensuite, «la détresse masculine, qui cadre très bien avec les difficultés que vivent les familles québécoises en ce début du XXIe siècle», suggérée par l’historienne, ne tient pas non plus la route dans l’affaire Turcotte. Si on s’en rapporte à l’étymologie de dé-tresse c’est-à-dire l’état d’un couple en instance de divorce, d’une famille dont les liens entre les membres sont sur le point de se dénouer, de l'hypothèque du statut inégal des deux parents face aux enfants, de la division du patrimoine familial, tout cela, encore, est vécu par des centaines de familles, par année, sans conduire à de telles abominations spectaculaires. Le forfait divorce est maintenant inclus dans le contrat de mariage. Les familles reconstituées sont le pattern de l’avenir. Autant s’y faire lorsqu'on prend engagement. Et si l’on tient compte de l’âge des deux parents dans le procès Turcotte, ils sont assez jeunes pour avoir vécu leur adolescence dans une période (contrairement aux générations précédentes) qui tenait cette éventualité pour fréquente. Ajoutons que l’argument human interest de l’avocat en appelant à «la chair de sa chair» comme un signe évident d’anormalité lorsqu’il s’agit d’un «filicide» - pour reprendre le mot utilisé par notre historienne -, je rappellerai tout simplement que c’est «la chair de la chair» des Québécois et des Canadiens que le gouvernement canadien, depuis dix ans, envoie se faire tuer en Afghanistan sans que cela ne cause aucune culpabilité dans les consciences; au contraire, c’est même de la fierté, malgré la peine éprouvée par des parents dont un rejeton à été abattu en service commandé de la patrie, alors que s’il était revenu éclopé, il aurait eu toutes les misères du monde à avoir une pension convenable et des traitements appropriés à ses handicaps physiques et mentaux et que ses proches en auraient ressenti un sentiment de culpabilité plus grand. Alors, qu’on ne me fasse pas pleurer avec «la chair de sa chair». La capacité de tuer «la chair de sa chair» était contenue à l’origine dans le droit romain, privilège accordé au pater familias, comme il l’est encore dans le droit musulman codifié par la tradition afghane comme le rappelle l’affaire Shafia.

Le jury, plongé dans ce bouillon de culture émotionnel, ne pouvait que prononcer le verdict de «non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux». Qu’importe le fait que ces troubles aient été purement passagers et que la non-responsabilité devrait s’appliquer à des individus totalement aliénés, c’est-à-dire privés de leur faculté rationnelle, ce qui n’est évidemment pas le cas du docteur Turcotte, la formulation de la question posée au jury les invitait à ce verdict. Les membres du jury ont donc respecté la lettre de la loi, tout en en ignorant l’esprit. Celui-ci est beaucoup plus nuancé d’une part, mais aussi plus exigeant sur le plan des faits et des observations que les cliniciens peuvent en rapporter. Afin d'éviter le verdict de culpabilité de meurtre, nous pouvons donc nous demander si les enfants Turcotte-Gaston auraient été sacrifiés, selon le verdict de non-responsabilité, dans la tournure d’esprit de «qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage», ici l’assassin ayant poignardé avec frénésie ses enfants dans un accès de désespoir qui l’aurait rendu enragé? Comment la cour du juge Petaud a-t-elle bien pu faire avaler ce raisonnement pour se débarrasser d’une histoire dont elle ne savait quoi trop penser?

On se souvient que Lucien Bouchard, en commission parlementaire à Québec au printemps 2011, s’en prenant au député Amir Khadir, s’était insurgé contre la façon dont la commission était menée en l’accusant d’être «la cour du roi Petaud». Évidemment, comme il se trouvait devant une assemblée d’incultes, il n’a pu se faire remettre à l’ordre en lui rappelant que la cour du roi Petaud, c’était la cour des miracles et le roi Petaud, celui des misérables, des loqueteux, des galeux, des voyous. En tant qu’avocat des pétrolières et des gazières, en effet, le Parlement du Québec n’était qu’une cour des miracles où s’agitaient des moignons et des jactances qui étaient dignes d’en faire sa cour de roi Petaud. Car, au fond, que veut le gouvernement du Québec face aux pétrolières et aux gazières? Des redevances plus alléchantes. L’argument écologiste, c’est pour la galerie, les naïfs, les bien-pensants de l’environnement. Une fois que tout le monde se sera entendu sur les montants à verser et à recevoir, un temps (rapide) de réflexion rangera les parlementaires du côté du roi Petaud et les idéalistes seront renvoyés en cour où les délais des affaires judiciaires est tellement long qu’une fois les puits creusés, il sera devenu impossible de les remplir. Oui, mon Lucien, l’inconscient, ça parle. Et le tiens parle beaucoup. Dommage qu’il n’y ait personne pour l’entendre. Ça te scierait l’autre jambe, toi qui nous à casser les reins, les jambes, les bras et surtout la têtet avec tes mesures d’austérité obsessionnelles du déficit 0 pour l’an 2000.

Or s’il y a une cour du roi Petaud, il y a des cours de juges Petauds, formées de Couronnes petaudes, de défenses petaudes, de gardiens de sécurité petauds, de policiers petauds, d’experts témoins petauds, de journalistes petauds et de spectateurs petauds. Telle fut la qualité de la cour qui jugea l’affaire Turcotte. Une cour qui refusa de prendre le temps qu’il faut pour bien observer, bien analyser le comportement des individus incriminés ou «responsabilisés» (s’il s’en trouve) dans le «filicide». Il n’est pas suffisant, pour l’historien comme pour le journaliste, de s’en tenir aux statistiques comme si, de fait, un recoupement de données quantitatives nous rendrait le tableau totalement intelligible. Le témoignage des comportements collectifs ne se limite pas aux statistiques.  L'argument de  «la détresse masculine», présentée comme une circonstance atténuante dans ce type de procès, est appelé à un grand avenir. Nul besoin d’être devin pour le prévoir; l’affaire Turcotte présentant un précédent, la porte est désormais entr'ouverte pour toutes les plaidoiries qui voudront s'appuyer sur elle. À la cour du juge Petaud, on commence par isoler le fait, à s'en tenir au seul crime: le meurtre sanglant de deux petits enfants d’un couple en instance de divorce. La défense en profite pour circonscrire le profil psychologique de Turcotte au seul et unique moment où le crime a été commis. L’accusation n’étalera pas davantage le profil autrement que pour souligner la réussite sociale et professionnelle qui, du coup, le ramènerait à la pleine normalité mentale, donc à la pleine responsabilité de l’acte commis, en conséquence faisant le nid des circonstances atténuantes. Une entente tacite, sans doute non voulue, fait travailler les deux parties dans la même direction. Car, disposé ainsi, l'avantage vient à la défense car elle s'en tiendra à la brève durée de la commission de l'acte, alors que l'avocat de la Couronne n'aura d'autres choix que d'étendre la durée sur la vie professionnelle et familiale du couple. Or, que pouvons-nous observer du docteur Turcotte depuis la fin du procès?

D’abord, c’est un narcissique. Il se plaît à l'Institut Pinel, loin des cellules de prison où les autres prisonniers lui auraient fait la peau depuis longtemps en tant que tueur d’enfants. C’est une semi-détention où il est visité par de gentils psychiatres qui suivent l’évolution de son cas. Sa vitesse de récupération est étonnante, au point qu’elle inquiète les médecins de le voir remis en liberté après seulement quelques mois de détention. Ce qui serait le comble de la pétaudière. Il reçoit un courrier de violeurs en admiration devant son geste et même de femmes enamourées du beau docteur si malheureux qu’elles voudraient sans doute, à la fois, le consoler et se faire baiser par un vrai mâle! Puis, il y a les projets délirants du docteur «pour se réhabiliter» aux yeux de la société. Il déménagerait ailleurs où il retournerait tripoter dans les thorax ouverts, se remarierait, puis aurait de nouveaux enfants! Si tout cela ne témoigne pas d’un narcissisme de type 2 - le narcisissme de type 1 crée l’estime de soi, le deuxième ouvre sur la pathologie, car il place l’individu au sommet du monde, risque de déboucher sur la psychose, de créer la personnalité sociopathe ou psychopathe -, alors le juge Petaud pourra penser que le docteur Turcotte est un modèle d’abnégation de ses souffrances morales et veut se racheter en sauvant de nouvelles vies et en semant la terre de petits Turcotte qui remplaceront les deux premiers, liquidés.

Plus important au niveau du comportement collectif, ces lettres reçues par le docteur Turcotte à Pinel. Certes, les réactions de fêlés suivent toujours les procès bénéficiant d'une telle couverture médiatique. Qui ne se souvient pas des commentaires des tribunes ouvertes à la radio, après le massacre de Polytechnique, d’hommes qui avouaient comprendre les motifs de Marc Lépine, voire même de les partager! Comme pour les suicides, ce type d’événement agit comme le chant des Sirènes et évoque la possibilité à d’autres fêlés de répéter le geste initial du docteur Turcotte, mais comme la plupart d’entre ces fêlés n’ont pas l’intelligence ni le savoir-faire du criminel Alpha, ils reculeront devant le geste à commettre. Voilà pourquoi ils tiennent à lui communiquer leur admiration. Le criminel Alpha est celui qui, non seulement a commis l’irréparable, mais l’a fait avec une mise en scène machiavélique qui a confondu tout le monde, en commençant par les experts eux-mêmes. C’est l’intelligence, la planification du meurtre, la tentative «mesurée» de suicide à l'antigel, la sauvagerie sanglante avec laquelle il a tué ses enfants alors qu’il avait tous les moyens de les endormir «doucement», sans souffrances, afin de laisser croire à une crise de rage qui rend impensable qu’on puisse agir ainsi envers «la chair de sa chair» lorsqu’on est en pleine possession de sa raison. Le narcissisme pathologique de Turcotte en a fait un génie du crime. Comme les gens de sa génération, sa formation est purement technicienne, alors que sa maturité psychique reste au niveau de qu’elle était lorsqu’il était un bon élève à sa polyvalente ou à son collège privé.

Finissons-en donc avec ces histoires de lettres d’admiratrices. Les journalistes sont stupéfaits de ce fait. Pourtant, il est fort connu dans l’histoire de la criminalité. Les tueurs en série reçoivent régulièrement des lettres d’amour d’admiratrices lorsqu’ils attendent encore dans l’anti-chambre de la mort. Leur réputation crée autour d’eux un charisme étrange, inquiétant. Comme s’ils étaient, pour une fois, la mort incarnée à qui on pourrait demander d’agir selon notre volonté et non selon le hasard qui fait «qu’elle vient vous chercher comme un voleur». La fascination morbide de ces criminels Alpha a joué dans certaines causes célèbres. Dans sa cellule attendant d’être guillotiné, le sieur de Gambais, Henri-Désiré Landru, qui avait tué neuf femmes et un gamin après les avoir épousées ou dépossédées de leur fortune, recevait encore des propositions de mariage! (Marcel Montarron. Les grands procès d’assises, Hachette, Col. Bibliothèque de Culture historique, s.d., p. 54). En 1939, l’exécution du tueur en série d’origine allemande, Eugen Weidmann (six victimes féminines en six mois) se fit après que le criminel eût reçu en prison «des centaines de lettres d’amoureuses transies qui lui déclaraient leur flamme. Autre détail navrant rapporté par le reporter de Paris-Soir: à peine disloqué le cordon de police qui entourait la guillotine au matin de l’exécution, des femmes, par dizaines, se précipitèrent pour tremper leur mouchoir dans le sang du supplicié qui maculait la chaussée» (Patrick Buisson. 1940-1945 Années érotiques, t. 2: De la Grande Prostituée à la revanche des mâles, Paris, Albin Michel, rééd. Livre de poche, 2011, pp. 81-82). Les crimes du genre attirent les fantasmes de même nature. À celui qui s’approprie la puissance de mort est attribué, sur le même pied, la puissance de vie. Il a, pour un temps, le statut d’un Dieu. Éros et Thanatos, toujours unis, dans le même Tango de la muerte

Devrions-nous avoir le courage d’en appeler au tristement célèbre «masochisme féminin»? «Masochisme victimaire à prédominance féminine» serait, aujourd’hui, la formulation la mieux nuancée. Il faut d’abord comprendre ce qu’est le masochisme contre les préjugés et les stéréotypes qui circulent dans les opinions mal informées. En en faisant la perversion inverse au sadisme, on écarte tout ce qui distingue la nature profonde du masochisme du sadisme. Il n’y a pas de couples sado-masochistes. [Sauf dans la blague à contre-sens: Le masochiste: «- Fais-moi mal». Le sadique: «- Non».] C’est un non-sens dans les termes. Il n’y a que des personnalités sado-masochistes, c’est-à-dire qui cumulent à la fois le plaisir de faire souffrir et celui de souffrir, à la manière des sodomites de Sade. La victimisation est la traduction sociale du pouvoir que détient le masochiste. C’est lui le maître d’œuvre de ses «souffrances délectables». Dans Nana de Zola, à titre d’exemple parce que fort connu, c’est le comte Muffat qui ordonne ses humiliations à la prostituée. La même chose se retrouve chez Séverin dans le roman de Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure. Dans les deux cas, les masochistes sont des hommes, et c’est donc par le comportement masculin, apparemment insensé, que le masochisme est entré dans la littérature romanesque et médicale au XIXe siècle. Ce n’est que progressivement qu’il a glissé afin de s’associer à certains comportements féminins (en particulier chez la freudienne Helen Deutsch).

Quoi qu’il en soit, sadisme comme masochisme appartiennent à un même phénomène: l’érotisation de la douleur. Le masochisme peut remonter à un âge tendre où, étant battu, un enfant ressentait l’affection (ou du moins l’attention) de ses parents, le conduisant à érotiser les fessées ou les mauvais traitements qu’ils lui faisaient subir. L’attention, même douloureuse, est mieux endurée que l’indifférence qui caractérise notre univers isoliste. Comme on disait autrefois dans le catholicisme, «Dieu châtie ceux qu’il aime», la souffrance endurée par l’enfant battu l’attache encore plus étroitement au parent maltraitant qu’à l’autre. L’inceste d’un père, pour une fillette, peut être perçue de manière traumatisante moins que l’indifférence de la mère qui laisse faire. Tout cela révulse notre bon sens, pourtant il en est ainsi. Une fois érotisée, la douleur devient une obsession répétitive qui déplace le but de la pulsion érotique. D’un simple jeu érotique, elle peut conduire à une relation destrudinale. La névropathie est alors très grave.

Au niveau collectif, le masochisme procède de même parmi les groupes sociaux dominés ou persécutés. Les masochismes juif et québécois sont des exemples parmi d’autres. Se mettre dans des états de souffrances économiques ou sociales satisfait notre endurance à la vie, notre «érotisation de l’Histoire». Être conquis vaut mieux qu’être conquérant, ce qui distinguait les Hébreux passés successivement sous la coupe lourde des Assyro-babyloniens, des Grecs et des Romains. La façon dont s’est exercé le poids du colonialisme anglais sur la majorité francophone du Canada l’a inscrite dans la quête des situations humiliantes: défaites devant la nature, devant l’impérialisme capitaliste, devant la corruption politique, devant le sadisme moral de l’Église, devant l’incompétence de ses institutions laïques. Dans tous les cas, plus on crie fort, plus on jouit, et la «marche des zombies» finit par attirer plus de monde que la «marche pour l’Indépendance»… Mais le masochisme est moins national que social. Ce sont les siècles que les esclaves ont enduré non sans jouissance les jeux de gladiateurs; que les serfs ont été humiliés et rabaissés à l’état d’humus du domaine seigneurial; que les ouvriers, les travailleurs, les employés supportent brimades, exploitation, mépris du patronat capitaliste. C’est là où le masochisme part du collectif et accède également dans les profondeurs de la vie individuelle.

Entre masochisme individuel et masochisme collectif, il y a des voies d’échanges encore plus labyrinthiques que l’échangeur Turcot. Il y a l’échangeur Turcotte. D’un narcissiste, enfant-roi de sa génération, chirurgien de prestige, salarié surrémunéré vivant une vie bourgeoise exemplaire, le profil de l’individu pourrait contrasté avec celui de sa collectivité. Or le narcissisme pathologique en appelle à la «volonté de puissance». Turcotte tire de sa carrière un sentiment de puissance: celle issue de sa réussite sociale et professionnelle, mais aussi de son couple (sa conjointe n’est qu’infirmière au même hôpital où il travaille), et de la société (il n’a pas le profil d’un voyou ou d’un assisté social). Il fonctionne donc très bien dans les cadres de la société de production et de consommation capitalistes. C’est un homme bien, de biens, très bien.

Or cette puissance se voit soudainement contredite par les faits. Sa femme le quitte. Le coup est dur à encaisser pour un égo aussi démesuré que le sien et que chaque intervention chirurgicale vient confirmer. Lorsque tout a été plus ou moins facile pour vous, que vous avez sans doute beaucoup travaillé et que vos réussites proviennent de votre éthique professionnelle, accuser le contre-coup d’une contrariété, d’une contrainte, d’une démotion, peut devenir intolérable. La conscience morale n’a pas été éduquée de manière à absorber les chocs, les échecs, les frustrations. Le «non» de l’épouse devient une négation de ses acquis sociaux et de sa supériorité égotiste. Sa frustration se mêle à l’interdit légal et à l’anticipation des sanctions pénales. Le meurtre sanglant des enfants nous raconte l'acte de castration de l’épouse (exactement dans le sens où Freud considérait que l’enfant était le substitut au manque du pénis chez la femme), alors que lui-même se laisse mourir comme un enfant, en ingurgitant de l'antigel (un «lait») pris à dose contrôlée qui est une façon de «manquer» son suicide. Brutus Turcotte a tué ses enfants comme le tribun romain qui fait exécuter ses propres fils qui ont livré la guerre civile à Rome. Dans le célèbre tableau qu’en a tiré David, les femmes en pleurs sont à droite du tableau tandis qu’assis à gauche, Brutus reste impassible devant les corps de ses fils que lui ramènent les licteurs. Tout en défendant l’intégrité de Mama Roma, Brutus a castré la citée et montrer que si elle était mère des Romains, elle n’en était pas pour autant dictatrice de la Loi. L’échangeur Turcotte nous montre donc comment le sadisme du bon docteur, celui qui provient du narcissisme secondaire et pathologique, celui qui lui permet de procréer de même que de sauver des vies humaines en usant avec dextérité le scalpel afin d’ouvrir des thorax pour y tripatouiller le cœur, devant la contrariété, se transforme en masochisme victimaire dont l’énoncé sera élaboré devant le jury par son avocat avec son rappel «de la chair de sa chair». Il ne se dit rien d’autre du haut de la chaire du docteur Turcotte. C’était une vengeance homicide d’un égo narcissiste qui, angoissé par sa propre castration, opéra, par pur sadisme, la castration de sa femme.

Et Isabelle Gaston dans tout ça? N’apparaît-elle pas comme la victime par excellence de l’histoire? Là aussi, les choses sont plus compliquées que ne les présentent les média. On l’a vu pleurer, se révolter, en appeler à la sentence la plus exemplaire pour celui qui avait envoyé ses «petits anges» au paradis avant leur temps. C’est dire que le coup à porté. Ici, nul attitude stoïque. Seulement l’hystérie de la victime endeuillée, mais aussi castrée, humiliée. Après un long moment de silence durant la tenue du procès, la sentence l’a fait sortir de sa réserve. Elle s’est affichée partout où des vampires médiatiques avaient besoin de larmes ou l’entendre énoncer des dits de sagesse que nous retrouvons normalement dans les biscuits chinois. Elle aussi, une heure dans le train avec Josélito, nous a montré qu’elle procédait de la même génération que son mari: narcissiste secondaire, héroïque et sereine, se posant en symbole des mères victimes d’un mari/père maltraitant, assez forte pour surmonter son chagrin après des torrents de larmes utilisés à la quête d’apitoiements, elle appelle maintenant au secours si jamais son mari était relâché dans la société. Il n'y a pas à dire, à chaque torchon sa guenille.

Dans le jeu domestique pervers des Turcotte-Gaston, deux égos narcissistes se sont affrontés, se sont tancés, se sont menacés dans une série de chantages affectifs et de défis castrateurs. Isabelle Gaston aurait pu faire comme Médée qui, pour se venger de Jason qui la trompait, tua les deux enfants qu’elle avait eus de lui. C’est ce scénario, selon l’historienne Marie-Aimée Cliche, qui revient le plus souvent dans les «filicides» où la défense de la mère plaide l’état de détresse dans le meurtre de ses enfants. En confrontant son propre égo et en brandissant la puissance légale que lui conférait le divorce, Isabelle Gaston a précipité l’affrontement violent. Elle ne pouvait, certes, deviner que son mari irait jusqu’à tuer leurs enfants. Mais le fait est qu’une fois le crime commis, et bien senti par le modus operandi, le symbole de la castration s’imposait à elle. Au-delà de la mort des petits, c’est son pouvoir, son narcissisme qui était atteint, bref, sa «volonté de puissance» en tant qu’épouse d'abord, puis femme ensuite, enfin en tant que mère, qui était disparue avec les deux chérubins. Si son mari pouvait jouer le jeu de la victimisation par dépression, elle pouvait le relancer dans le jeu de la victimisation par masochisme. Elle savait, et nous savons avec elle, que Guy Turcotte a sciemment tué ses enfants. Qu’il l’a fait avec une préméditation inconsciente. Qu’il l’a mis en scène selon un langage symbolique compréhensible de tous pour autant qu’on ne prenne pas le dit de la loi au mot à mot. Le déroulement du procès était déjà contenu dans la trame du crime familial. Contre la volonté affirmée, il laissait tout l’espace pour les circonstances atténuantes: la détresse mentale. Le juge Petaud et sa cour, en ne fouillant pas plus loin dans la structure psychique du «drame», ont dicté le seul choix que pouvait prendre le jury. Mise devant le fait accompli - Guy Turcotte ayant deux coups d’avance sur sa femme et le juge Petaud (la détresse mentale et les circonstances atténuantes) -, Isabelle Gaston n’avait plus que les caméras de la télé pour essayer de retrouver sa puissance castrée en «érotisant» sa souffrance avec le public. Dans un processus médiatique de séduction par le mélodrame (le syndrome Aurore l’enfant-martyre) et la mise en produit pour le marché de l’human interest, Isabelle Gaston jouissait de sa souffrance et n’a cessé depuis d’en redemander. Médée, ici, n’avait certes pas tué ses enfants, mais en s’aimant elle-même plus qu’eux, elle les sacrifiait au couteau du grand prêtre du foyer.

Cette génération d’enfants-rois est maintenant dans l'âge de la pleine maturité. Elle pense que l’estime de soi se confond avec la puissance exercée sur soi mais aussi sur les autres, tendant à les réduire en objets créés que pour la satisfaction de leurs propres caprices. On joue à l’amour sans s’aimer. On fait des enfants parce que nos ovaires les réclament et nous jouons avec à la poupée. Les enfants Turcotte-Gaston n’étaient que des monnaies d’échanges, de chantage affectif, de taxage à la pension alimentaire, de puissance et d’arrogance entre les égos parentaux, un peu comme le sont tant d’enfants, même dans les ménages les plus bourgeois et les mieux nantis. Les causes médiatisées d'Éric et de Lola, des épouses Gatti, et du couple Turcotte-Gaston poussent l'indécence jusqu'à jouer le misérabilisme des riches. La maturité adolescente attardée d’un chirurgien cardiologue et d’une infirmière diplômée, deux techniciens hyperspécialisés, laisse craindre le pire pour l'avenir, entre l’étonnant prestige, l’habileté hors-paire, mais aussi le peu de contrôle que la raison exerce sur la Psyché de ces techniciens. Cette raison n’est plus que l’objet de pulsions mises en situations conflictuelles, de rivalités, d’affirmation à la limite de la mégalomanie. Ce sont, effectivement, des névropathes, mais ils fonctionnent dans la société comme le veulent les lois du marché, de la production et de la consommation. Il est donc impensable de les tenir pour des «fous dangereux», ce qu’ils sont lorsque la raison perd le contrôle de leur conscience morale pour l’abandonner à la satisfaction des pulsions autorisée par un climat de licence qui confond le fantasme et la réalité.

La cour du juge Petaud n’était pas en mesure de condamner ou même de comprendre tout le drame qu’elle avait à juger car ses membres pourraient tout aussi bien se retrouver, un jour ou l’autre, dans le box des accusés comme parmi la liste des victimes. Dans la mesure où la victimisation devient la justification raisonnante du pouvoir masochiste d’ordonner la mise en scène de sa souffrance et d’en développer le discours empathique auprès des spectateurs, nous devenons tous complices et parties prenantes de la victime dans laquelle nous retrouvons notre propre castration. De l’individu Isabelle Gaston, c’est tout le Québec qui a finit par se livrer aux remords, au deuil mélancolique, à l’onction larmoyeuse de nos fautes et de nos échecs que nous ne parvenons plus à distinguer les unes des autres. Mieux. Nous accueillons, en même temps, la victimisation de l’assassin, dont la tresse de sa vie domestique s’était dé-tressée dans son conflit, jusqu'à parler de la détresse des hommes comme si elle s’en tenait strictement au modèle du drame de Guy Turcotte. Il n’y a plus de coupable, il n’y a que d’innocentes victimes. Ce retour du tragique, pour reprendre l’heureuse formule de Domenach, ne se fait plus par l’affrontement du Fatum avec la conscience morale, mais dans la faiblesse de cette conscience devant les impératifs du désir et de l’irascibilité. Le pouvoir, qui en est l’enjeu majeur, la «volonté de puissance» des uns sur les autres, l’impératif catégorique du tout est permis si ça satisfait mon plaisir, conduit à la dissolution même du tissu social.

En une image très simple, du commencement à l’après-fin, l’affaire Turcotte n’est qu’une vaste entreprise de manipulations affectives. Manipulations de Guy sur Isabelle et d’Isabelle sur Guy, manipulations des enfants comme monnaie de singes, manipulations de la cour du juge Petaud, manipulations de l’assistance, des média qui en redemandent, des consciences individuelles et de la conscience collective québécoise. Chacun prétend à tirer les ficelles de l’autre et le jeu est encore mené à travers la façon dont Guy Turcotte entend manipuler, même contre leurs recommandations, les craintes des psychiatres et celle dont Isabelle Gaston entend manipuler l'effet révoltant parmi la population.

Enfin il y a le droit. Lâche, odieux, sophiste. On a tant claironné, de génération en génération, la perfection rationnelle, la précision du droit romain, qu’on a pris tout ça au sérieux. Que ce soit le droit civil, criminel ou administratif, ses propositions sur lesquelles le droit occidental s’est relevé à la Renaissance, et sur lesquelles il s’appuie toujours, ne sont que des étalages de sophismes qu’on refuserait à un cégépien dans une dissertation en philosophie. J’omettrai ici le usus, fructus, abusus du droit de propriété, pour m’en tenir qu’à cette formule qui est le comble des âneries: «Res judicata pro veritate habetu», qui veut dire que la chose jugée doit être tenue pour le reflet de la vérité. N’importe quel enfant vous dirait que ce n’est pas parce que un, douze, sept ou huit millions d’individus jugent d’une chose, d’un fait, que le fait s’est vraiment produit tel quel. Ne retrouvons-nous pas là l’idée principale des Douze hommes en colère de Reginald Rose et dont Sydney Lumet a tiré son fameux film de 1957? C’est de cette confusion entre la chose jugée et la vérité objective que provient le vieux rêve épistémique de l’historien positiviste von Ranke, au XIXe siècle, lorsqu’il définissait la tâche de l’historien du wie es eigentlich gewesen; c’est-à-dire de considérer l’objet de la connaissance - et de la méthode - en histoire comme résurrection intégrale du passé. Nous savons, depuis ce positivisme primaire, que tout est objet d’interprétation et de représentations, et que notre savoir ne dépasse pas, en certitude, ce niveau qui rend impossible tout jugement équivalent au fait réel passé ou présent. Tout jugement reste à l’intérieur d’un processus idéologique et moral. Que le droit, dans son énoncé comme dans sa pensée, s’en tienne à ces a priori romains ou kantiens, l’évolution de la pensée rationnelle à suivie, depuis l’époque romaine, un chemin qui nous enseigne que nous nous faisons des idées anachroniques en matière de comportements humains et de jugements sociaux. Voilà pourquoi tant de coupables échappent à la sanction et tant d’innocents doivent passer à l’amende ou à la prison pour des crimes qui ne trouvent aucune raison sinon que dans les profits que les institutions peuvent y soutirer. Dans ce galimatias de jurisprudence, les lettres sont depuis si longtemps desséchées pour exprimer aucune loi vivifiante.

Alors, souvenons-nous que si «la vérité sort de la bouche des enfants», les querelles d’égotismes, le sadisme et le masochisme des narcissistes imbus de «volonté de puissance» ont rendu ces enfants muets pour toujours. Voilà comment s’exerce la justice au Québec et comment la vérité se dit à la cour du juge Petaud⌛
Montréal
5 novembre 2011

7 commentaires:

  1. Vous avez des lettres.

    J'apprécie - règle générale - vos billets, un peu longs, toutefois. Vous auriez tout intérêt à ramasser vos idées, surtout si vous souhaitez les partager avec la plèbe des "incultes".

    Je vous cite: "Évidemment, comme il se trouvait devant une assemblée d’incultes, il n’a pu se faire remettre à l’ordre en lui rappelant que la cour du roi Petaud, c’était la cour des miracles et le roi Petaud, celui des misérables, des loqueteux, des galeux, des voyous."

    Vocabulaire et culture impressionnants. Syntaxe déficiente...

    = = = = =

    De grâce, abstenez-vous de commenter le droit, et laissez-en le plaisir à ceux qui en connaissent les rouages.

    Je vous cite: "...pour m’en tenir qu’à cette formule qui est le comble des âneries: «Res judicata pro veritate habetu», qui veut dire que la chose jugée doit être tenue pour le reflet de la vérité. N’importe quel enfant vous dirait que ce n’est pas parce que une, douze, sept ou huit millions d’individus jugent d’une chose, d’un fait, que le fait s’est vraiment produit tel quel."

    Manifestement, vous n'avez rien compris au concept de la "res judicata". Ça n'a rien à voir avec le poids de l'opinion de "une [sic], douze, sept ou huit millions d'individus" [individu, c'est masculin].

    Définition tirée du dictionnaire du droit, Hubert Reid, 1994, page 90:

    "Chose jugée (force de): qualité qu'acquiert un jugement lorsque, en l'absence d'un droit d'appel ou par suite de l'expiration du droit d'appel... il devient exécutoire."

    De la part d'un Ph.D., je me serais attendu à davantage de rigueur (et c'est sans parler de la qualité trop souvent approximative du français écrit).

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  2. Excusez moi; j'ai fait fi des règles de bienséance les plus élémentaires!

    Je me présente:
    Warren Peace, LL.M.

    Et vous convie ici, puisque le sujet semble vous intéresser:

    http://papitibi.wordpress.com/2011/07/07/laffaire-guy-turcotte-alien-nation-prise-deux/

    N'oubliez pas de parcourir les 263 commentaires, dont certains sont particulièrement éclairants.

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  3. Je ne peux que vous remercier de signaler mes fautes d'orthographe, mes erreurs de syntaxe, de trouver mes textes trop longs, d’appuyer sur mon manque de connaissance des subtilités du droit, ce qui me permettra de me corriger, je l’espère.

    Toutefois, je sens beaucoup d’amertume dans votre réponse. Ce qui vous blesse, c’est que j’aie été butiner dans un jardin que vous semblez, non sans fierté, considérer comme exclusivement vôtre. Comment devrais-je m’abstenir de commenter le droit? Ce n’est pas une question de «plaisir», comme vous dites, mais une question de morale. Pour vous, le Res judicata pro veritate habelu est une formule géniale dont je n’aurais rien compris. Puis, vous me citez un dictionnaire de Droit qui ne répond pas à la question: pourquoi le fait de prononcer un jugement rendrait-il une chose jugée vraie? L’essentiel est là et l’appuyer sur les mécanismes du rouage ne change rien à l’énoncé. La journaliste qui couvre les manchettes criminelles à RDI le dit elle-même. Dès qu’un jugement est prononcé, la chose jugée est traitée comme une réalité objective. Il n’y a aucun rapport de causalité structurelle entre le fait et le verdict.

    Depuis plus d’un siècle, à travers la lutte contre la peine de mort, ce ne sont pas des tribunaux mais des luttes contre des jugements douteux qu’est née la criminologie contemporaine. On s’est mis à faire appel aux témoignages des experts, aux causes circonstancielles, on a multiplié les procédures en cours d’appel et on en est rendu aux conseils au jury donnés par le juge avant délibération. Oui, je n’aurais pas voulu être parmi ces onze personnes honnêtes qui ont jugé l’affaire Turcotte, non pas parce qu’elles étaient confrontées à des données contradictoires, mais parce que leur verdict était déjà téléguidé avant même qu’elles entrent dans la salle des délibérations. Elles n’étaient là que pour le spectacle que le milieu juridique se donne à lui-même et aux «spectateurs» que nous sommes.

    Comme l’ensemble des ordres professionnels (chirurgiens, ingénieurs - on l’a vu avec les crises qui suivent ordinairement les chutes de structures de la voirie -, membres du barreau), les sophismes sont là pour décharger des responsabilités (individuelles et collectives) tout en protégeant le fonctionnement de l’ordre et de sa «machinerie». Combinat de sophismes et d’animisme superstitieux, à cette vieille machine qu’est le droit romain avec son «intelligence» surfaite et la façon surtout dont elle protège le droit de propriété et le patriarcat (ou matriarcat peu importe), légalisant tant de comportements retors qui plongent la société dans l’état de crise de confiance actuel, non, c’est le devoir de tout individu de commenter et de critiquer le droit.

    Que ces commentaires ne vous plaisent pas, grâce au droit constitutionnel vous pouvez l’exprimer. Je reconnais ainsi que tout n’est pas mauvais dans le droit, mais, encore là, il a fallu l’audace des critiques extérieures au monde juridique: des philosophes, des écrivains comme Tolstoï qui, dans Résurrection, ose se permettre de faire le procès des tribunaux et du droit russe de l’autocratie, et même des dramaturges qui, dans le film de Lumet Douze hommes en colère, confrontent la vérité à la «chose jugée». Vous vivez trop de l’esprit de la machine par rapport aux subtilités qui travaillent le monde des vivants. Ici la logique est multiple, ce qui échappe à l’esprit du Dura lex sed lex. La voix sociale, c’est autre chose que Martineau et Poirier. Et elle mérite qu’on s’y intéresse pour ce qu’elle est plutôt que pour les exercices de styles juridiques qui sont pratiquées à ses dépens. Les critiques qui vous plaisent sont celles de ces «incultes» dont vous prenez la défense d’une manière démagogique, car elles vous confortent dans votre maîtrise du droit. Malheureusement, je ne suis qu’un Ph D manquant totalement de rigueur et qui donne, encore là, des réponses trop longues. Jean-Paul Coupal.

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  4. En rapport avec le commentaire précédent, monsieur Simon Picotte a eu l'extrême gentillesse de m'aviser de la «réputation» de M. Peace alias Papitibi. Pour en avoir un aperçu, le lecteur peut visiter le blogue de Patrick Lagacé où ce monsieur a étalé toute sa verve délirante comparable à celle du célèbre président Schreber:

    http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/2008/04/21/je-suis-un-paratonnerre-une-autre-forme-de-pause-kit-kat/

    D'autre part, par respect pour le lectorat de mes blogues, je donne ici le contenu de ma réponse à M. Picotte, car elle se doit d'être partagée par tous ceux qui trouvent mes textes trop longs ou qui considèrent que je ne suis qu'un cuistre.

    «Cher monsieur Picotte.

    Je vous remercie infiniment pour votre mise en garde. Je ne connaissais pas ce type avant qu'il vienne mettre sa patte sur mon territoire - pour parler chat, puisque c'est son «enseigne». À le lire, j'ai fini par comprendre que ce maître ès sciences juridiques avait quelques problèmes entre les deux oreilles. L'insulte, le délire paranoïaque, la mégalomanie sont, comme vous semblez le savoir très bien, symptômes de psychose.

    Mais l'occasion d'un tel billet est toujours une remise en question de ce que l'on fait. Au début, je donne un crédit au lecteur. C'est lui mon seul «juge» si je puis dire, et il a entièrement le droit d'exprimer son désaccord, ses critiques, ses corrections et je me dois d'en prendre note. Mais tout cela dans le respect et la politesse qui nous sont dus à tous. Mon écriture n'est pas parfaite, loin de là, et on a beau savoir des choses, on ne peut prétendre à tout savoir. Là-dessus, son délire porte une trace (mais rien qu'une trace) de vérité. Pour le reste, je suis encore assez confiant en mon équilibre mental et intellectuel pour faire la part de la mauvaise foi et du délire paranoïaque.

    De plus, je vous remercie également de la référence à Patrick Lagacé. Elle me conforte dans ce que je viens de dire, mais je crois que M. Peace, puisque c'est son nom, à le lire, mériterait plutôt qu'on le reconnaisse comme Mickey Mouse dans la Passion. Mais je me garderai, toutefois, de tomber dans son travers. C'est un triste destin et preuve d'une souffrance inimaginable que d'être hanté par tant de ressentiments. La vie nous blesse tous, et arrive un certain âge où le sentiment d'avoir failli à notre existence, à notre destin, nous plonge parfois dans un désarroi où l'on voudrait que les autres expient notre fardeau. C'est là que nous sombrons. La différence entre nous et lui, c'est que nous le savons, i.e. que nous en avons parfaitement conscience.

    Je demeure vôtre, reconnaissant.

    Jean-Paul Coupal

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  5. "Médée, ici, n’avait certes pas tué ses enfants, mais en s’aimant elle-même plus qu’eux, elle les sacrifiait au couteau du grand prêtre du foyer." ça c'est du lourd mon JP, c'est fort à propos. Oui il y a une grand part de mauvais narcissisme (comme le bon et le mauvais cholestérol) dans ce misérabilisme.

    Juste une petite précision si tu me permets , Mme Gaston n'est pas infirmière mais urgentologue. Ça en fait quand même quelqu'un d'inférieur aux yeux du grand cardiologue bien sûr.

    J'ai aussi lu les coms et ça ne me gêne pas du tout que tu parles de droit même si tu n'es pas diplômé en la matière, par contre, concernant la philosophie du droit, tu as sûrement les compétences pour en débattre.


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  6. Merci, chère Rainette, après les sottises de Papitibi et de l'autre zouf, ça met un baume sur les déceptions.

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    1. Des gens comme Papitibi qui n'ont pas de vie, on ne les envie pas. Get a life côlisse War and Peace ! Car j'imagine que ce n'est pas son vrai nom Warren Peace ! Les avocats à la retraite n'ont pas ot chose à faire qu'enquiquiner les bonnes gences ?

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