vendredi 22 août 2014

L'entrée du virus Ebola au Québec

Son agent, Yves Bolduc
Notre ami, le virus Ebola
 











L’ENTRÉE DU VIRUS EBOLA AU QUÉBEC

Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler les hommes…

HENRI HEINE, Almansor, 1821

On savait depuis longtemps que c’était un imbécile. On l’avait vu gérer le ministère de la Santé dans le gouvernement de Jean Charest après la démission de Philippe Couillard. La clarté de ses intérêts lui a permis de  s’enrichir de $ 210.000 lors de son furtif passage dans l’opposition durant les 18 mois du gouvernement du Parti Québécois. Comme la vierge qui s’est depuis longtemps condamnée à la putasserie, il a réfuté les assertions de trafic de bénéfices indus sous l’amour du travail. Un tel dévouement - ou un tel dévoiement - lui permettait de prendre une quantité de patients appropriée à la médecine à la chaîne. Il a soulevé le haut-le-cœur parmi ses confrères qui voyaient là une faute déontologique impardonna-
ble. Et puisque Couillard l’a forcé à rendre une partie de cet argent, faut-il croire que le médecin-ministre était aussi honnête et sincère qu'il le prétendait? Avec le docteur Yves Bolduc, on est loin du serment d’Hippocrate – qu’il n’a sans doute jamais lu. Puis, lorsque le nouveau Premier-ministre Couillard l’a rappelé au gouvernement pour lui donner, en guise de consolation, le ministère de l’Éducation, le docteur Bolduc a décidé de faire des enfants du Québec un double portrait de lui-même.

Pour justifier ses coupes dans le domaine de l’Éducation, le docteur Bolduc n’a qu’à se cacher derrière la burka libérale de l’Austérité. Comme s’il n’y avait plus aucune richesse au Québec et que nous étions endettés à un point tel que les huissiers internationaux attendaient à la porte pour débarquer, demain matin, dans les chaumières des Québécois pour liquider leurs actifs et les disperser aux quatre coins du monde comme esclaves. Répétons-le, la dette est un fantasme. Elle est comme le tabernacle de jadis qu’on ouvrait pour y découvrir la présence de Dieu et s’apercevoir que la cabane était vide! Les «chaînes de papiers», dont parlait Solon, quand même considéré comme l’un des neuf sages de l’Antiquité, sont devenues plus pesantes que des boulets de fer attachés aux pieds des gouvernement et, avec eux, à leurs populations. Et tant que le commun des mortels croira à cette farce concoctée par les milieux financiers pour détourner le régime démocratique et imposer leur diktat sur les finances des États, il est prêt à écouter la sirène néo-libérale et s’étrangler avec le mythe de la dette. C’est ainsi que Jean Charest nous a refiler cette lourde plaisanterie qu’est le fonds des générations, inventée pour répondre aux pressions terroristes des milieux financiers. Le trio économi-
que du gouverne-
ment, ces trois Stooges de la débandade que sont Martin Coîteux, Carlos Leitão et Philippe Couillard, impose aux ministères des compressions absurdes que n’exigent même plus ni la Banque mondiale, ni le Fond monétaire international (qui commencent à comprendre qu’au niveau économique, le monde est passé à autre chose qu’à ces mesures privatives et inefficaces). Comme on retarde toujours dès qu’il s’agit de problématiques économiques, le gouvernement du Québec s’attarde aux vieilles solutions ignobles du temps de Lucien Bouchard. Et ce brillant ministre de l’Éducation emboîte le pas, évidemment, sans se poser plus de question.

La journaliste Mélanie Loiselle pose ainsi l’état de la situation : 
«La grande majorité des bibliothèques scolaires du Québec risque de voir leur budget d’achat de livres diminué de moitié, voire entièrement coupé pour l’année 2014-2015. Selon ce qu’a appris Le Devoir, les commissions scolaires ne sont maintenant plus obligées d’injecter le 7 $ par élève exigé auparavant par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) pour l’acquisition de livres. Et nombreuses sont celles qui ont choisi de ne plus investir, au point de faire craindre le pire à l’industrie du livre au Québec.

Le portrait semble catastrophique à l’échelle du Québec, plusieurs commissions scolaires ont choisi de couper quasi entièrement les sommes attribuées à l’acquisition de livres dans leurs bibliothèques”, rapporte Lyne Rajotte, qui siège au conseil d’administration de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec.

Dans la foulée des compressions budgétaires, les commissions scolaires ont dû couper, ces dernières semaines, dans divers programmes, dont le Plan d’action sur la lecture mis sur pied en 2005. Dans ce plan, le gouvernement s’était engagé à offrir une enveloppe de 8,3 millions de dollars par année, en plus d’exiger aux commissions scolaires d’en faire autant pour regarnir les bibliothèques. Dans les faits, le ministère donnait 9 $ par élève aux commissions scolaires si elles investissaient, elles aussi, 7 $ par élève pour l’achat de livres destinés à leur bibliothèque.
Or, cette condition ne s’applique plus si on se fie au document Règles budgétaires pour l’année scolaire 2014-2015 des commissions scolaires.On s’était battu ces dernières années pour avoir une enveloppe dédiée à l’achat de livres. Mais ce sont maintenant les commissions scolaires qui vont décider ou pas d’investir”, note Marie-Hélène Charest, présidente de l’Association pour la promotion des services documentaires scolaires».
Certes, que l’industrie du livre au Québec s’inquiète, et surtout du manuel scolaire, cela va de soi. Surtout que la «patente» des manuels scolaires est une vieille source de favoritisme politique. Comme l’asphaltage de routes. Mais les bébelles électroniques qui ont envoûté Jean Charest l’ont déboulonnée. Les fameux TBI, ces Tableaux Blancs Interactifs, qui ont coûté une petite fortune dans la «modernisation» de l’enseignement, s’avèrent des jouets capricieux qui amusent plus qu’ils n’instruisent. Quand on investit dans ce genre de jouets, c’est bien évident qu’il reste moins d’argent pour l’essentiel, je parle des enseignants et des livres. Ce n’est pas là faire preuve de modernité et d’adaptation technologique, c’est purement et simplement passer des contrats payants à des compagnies de production de ces tableaux-jouets anti-pédagogiques (anti-pédagogiques, car au lieu de stimuler la concentration chez l’élève ils suscitent la dispersion et la diversion) qui, en retour, contribuent à la caisse électorale du Parti Libéral. Pour le reste, rien n’a changé. Les résultats sont toujours aussi décevants et la «magie» de la normalisation des notes dissimulent toujours plus d’ignorance des gradués… jusqu’à l’Université y compris.

Mais l’insulte ajoutée à l’outrage sort de la bouche même du ministre :
«Le ministre de l’Éducation Yves Bolduc ne voit aucun problème à ce que les commissions scolaires coupent dans les achats de livres pour leurs bibliothèques. Dans un contexte de restrictions budgétaires, il soutient que ce n’est pas à lui de dire où les commissions doivent couper et qu’elles peuvent faire leurs propres choix. Un discours en apparence contradictoire avec celui de la ministre de la Culture, Hélène David, qui a promis d’aider l’industrie du livre, grandement dépendante des ventes scolaires.
L’achat de livres dans les bibliothèques n’est donc pas essentiel pour le ministre de l’Éducation? “Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s’empêcher de lire, parce qu’il existe déjà des livres [dans les bibliothèques], affirme le ministre Bolduc, en ajoutant que les commissions scolaires n’ajouteront seulement pas de livres dans leur collection et achèteront moins de nouveautés littéraires ces prochaines années. “J’aime mieux qu’elles achètent moins de livres. Nos bibliothèques sont déjà bien équipées. […] Va dans les écoles, des livres, il y en a, et en passant, les livres ont été achetés l’an passé, il y a 2 ans, ou 20 ans.”»
Ces répliques montrent assez l’ineptie de la personnalité du ministre et son incurie en tant que détenteur d’une fonction aussi importante que celle de ministre de l’Éducation. Une bibliothèque n’a jamais assez de livre. C’est un principe de base de la liberté. Liberté de connaître, liberté de penser, liberté de conscience et liberté d’action. C’est en véritable ministre du Soviet Suprême que pense Bolduc. Ensuite, les bibliothèques du Québec – et la Bibliothèque nationale en premier – sont peut-être parmi les seules dans le monde à liquider sur le marché leurs fonds de réserve. Dans cet esprit, les bibliothèques du Québec deviennent tout simplement des librairies commerciales et font défection à leur mission première : la conservation du trésor national (qui ne se limite pas à la production locale mais à l'ouverture sur l'universel). À cela s’ajoute cette barbarie qui consiste à mutiler les livres, à les empoisonner de flux d’hémoglobines d’encre des marqueurs couleurs verte, rouge ou bleue afin de souligner, souvent de la première à la dernière ligne du livre, ce qu’on pense être l’important du contenu. Cette pratique ne fait que démontrer l’incapacité de lire des utilisateurs qui ne savent distinguer les idées principales des idées secondaires. Comme l’espérance de vie d’un livre est plutôt assez courte, ces pratiques de vandalisme finissent par être coûteuses. Sans compter qu’elles entravent la vieille discipline de copier sur des fiches (même informatiques) les extraits, idées, citations que l’on veut retenir d'une lecture pour un travail ou pour son agenda personnel. Du temps où l’on considérait «La bibliothèque : un instrument de travail», aujourd’hui, celle-ci n’est plus qu’un cimetière à bouquins où l’on trouve des jouets cassés pour se distraire.

Au moment où la grande «philanthrope» Lucie Chagnon meurt d’Alzheimer après avoir joué avec ses livres à colorier dans sa baignoire, les «pensées» du ministre Bolduc nous montrent comment l’analphabétisme est honoré au Québec. Les Québécois, en général, ont une relation défectueuse avec les livres. Le rapport à l’objet a toujours été un problème fondamental dans la psychologie de notre nation. Celui aux livres est aussi grave que le rapport que les Américains ont avec la culture et la connaissance. À l’impératif clérical de la censure qui a tant fait mal au journalisme critique, à la littérature poétique et romanesque non religieuse, voire même aux livres de science, la légèreté d’esprit qu’Alice Chagnon et Yves Bolduc appréhendent le livre est foncièrement pathologique. Un livre n’est pas un jouet. Il n’est pas là pour nous divertir ou nous apporter la paix de l’esprit. Ce n’est pas une «chose» qui se limite à sa valeur d’usage. Le livre, bien avant l’argent, est la base de la valeur d’échange. L’échange d’informations, depuis les vieux rouleaux qui constituaient la Bibliothèque d’Alexandrie aux codex reliés vélins et cousus et maintenant aux livres reproduits par des méthodes de photocopies plutôt que d’imprimerie, passe par des objets qui sont comme les sépultures des tombeaux d’auteurs. Marquer un livre équivaut à profaner une sépulture. Le livre ne fait pas que transmettre des idées, des informations ou des pensées, il contient généralement une weltanschauung, une vision du monde (celle de l’auteur, celle de son époque), ce qui se traduit plus difficilement par le médium informatique.

Est-ce à dire que le médium informatique est moins valable qu’un livre? Non, mais il y a une limite à ce qu’il peut traduire en termes de qualité et de complétude des savoirs. Semblable à la revue plus qu’au livre, ses capacités techniques créent une médiation divertissante, limitée et souvent superficielle. Un article d’un blogue ressemble plus à un article d’une revue populaire, d’un quotidien ou d’une revue spécialisée. Voilà pourquoi aux yeux de Bolduc, une patente à gosses comme le TBI est un choix plus pertinent qu’un livre. Opinion d’ignare diplômé.

Évidemment, une telle «opinion» a fait bondir les bibliothécaires des écoles :
«“Je suis vraiment ahurie de voir que cet homme est notre ministre de l’Éducation, lance Lyne Rajotte, qui siège au conseil d’administration de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec. “Dire qu’il y a beaucoup de livres dans les écoles, c’est mal connaître notre réalité et surtout celle des régions qui ont de plus petits budgets et qui ont toutes les misères à avoir des livres pour couvrir toutes les matières d’apprentissage.” Mme Rajotte mentionne que les bibliothèques scolaires jouent un rôle fondamental pour donner le goût aux enfants de lire en leur proposant des œuvres littéraires jeunesse de qualité. Elle a peine à croire que le ministre Bolduc ne considère pas l’achat de livres comme une priorité “Et avec le taux d’analphabétisme, il faut être gonflé pour dire ça.”»
C’est dire que ce médecin si travaillant lorsqu’il s’agit d’entendre le bruit de la castonguette ne met pas la même ardeur au travail lorsqu’il se livre à sa tâche de ministre de l’Éducation. Après le passage des Marie Malavoy et Pierre Duchesne durant les mois de gouvernement du Parti Québécois, qui avaient tenté d’amorcer une restauration du ministère de l’Éducation laissé en bien piteux état par dix années de gouvernance libérale, l’arrivée de Yves Bolduc est comparable à celle du virus Ebola dans un organisme déjà mal nourri et mal soigné.
Mélanie Loiselle du Devoir poursuit : 
«N’empêche, le ministre Bolduc martèle que les commissions scolaires sont obligées de faire des choix et quece n’est pas toujours au ministrede leur dire quoi faire. Il reconnaît toutefois que cette situation est loin d’être idéale, mais qu’il faut s’attendre à ce qu’il y ait des impacts dans un contexte budgétaire difficile.Faire le choix de ne pas acheter de livres, ça peut donc être un choix acceptable des commissions scolaires, dit-il».
Voilà la petite culotte économique qui vient masquer l’essentiel de l’incurie du Parti Libéral à agir en gouvernement responsable de la société et non seulement des intérêts d’une minorité dominante colonisatrice qui loge de plus en plus à l’extérieur du Québec. À l’exemple du mythe de la Grande Noirceur, il s’agit de former les porteurs d’eau qui serviront de main-d’œuvre (SI NÉCESSAIRE) au développement de la business. Le résidu inemployable de population surnuméraire n’aurait pas droit - pas plus que Malthus le pensait en son temps - de demeurer au banquet de la nature. Il serait donc incorrect, aujourd’hui, d’accepter que le gouverne-
ment dépense pour elle puisqu’elle ne servira à rien dans la production économique de l’avenir. Voilà comment l’aliénation de l’Éducation à l’Économique enseigne la déshumanisation et la brutalisation du monde. La logique avec laquelle Bolduc considère l’importance des livres pourra très bien s’appliquer alors : nous n’avons pas besoin de plus de population et nous pouvons la limiter à la baisse, voire s’en remettre à liquider un surplus passif. Comme le disait Henri Heine, un auteur inconnu de la bibliothèque du Parti Libéral : «Là où l’on brûle des livres, on finit par brûler des hommes». Comme le suggère Mme Loiselle, l’attitude de Bolduc demeure celle d’un gros paresseux aux idées courtes et à l’opportunisme étroit :
«En fait, le ministre laisse aux commissions scolaires le soin d’évaluer leurs besoins et leurs priorités en précisant qu’une enveloppe globale de 293 millions de dollars est disponible pour répondre aux besoins des élèves. Cette nouvelle enveloppe budgétaire appelée “mesures d’appui” peut servir à financer autant l’aide au devoir que le programme de sensibilisation à l’entrepreneuriat et que l’acquisition de livres dans les bibliothèques scolaires».
Qu’a-t-on à faire de la «sensibilisation à l’entrepreneuriat» au niveau primaire? Et même secondaire? Finit la tête bien formée de Montaigne; ce qu’on veut, ce sont des têtes pleines de chiffres, de management, d’entrepreneurship, de gouvernance, d’empowerment et tutti quanti. L’association de la cupidité et de la bêtise conduit à un «pragmatisme» vain, sans valeur et dont le but est d’offrir des fantasmes de certitudes qui pallient aux variables de l’existence. À l’exemple des sociétés totalitaires, nos gouvernements néo-libéraux font passer les intérêts particuliers des meneurs au détriment des intérêts de la collectivité. Ce léninsme politique anti-démocratique apparaît comme une sénilité qui risque de produire aujourd’hui ce qu’il a produit pendant soixante-dix ans en Russie : une stagnation qui a transformé une culture en fossile-vivant où le stakhanovisme appliqué méritait sa prime d’effort au travail. C’est ainsi que le docteur Bolduc voit d’ailleurs la médecine : un atelier de réparation de corps humains. Et comme on répare de moins en moins les objets défectueux pour les remplacer par des nouveaux, il est symptomatique que la première mesure votée par le nouveau gouvernement libéral soit le projet de loi «mourir dans la dignité». Pourquoi ne pas donner aux jeunes filles une prime à l’avortement, ça irait tellement dans la logique compulsive financière et absurde du gouvernement? 

Le ministre Bolduc non seulement agit comme un irresponsable – ce que l’on constatait depuis son accès au ministère avec l’avortement de la réforme de l’enseignement de l’histoire mise en place au cours du bref mandat minoritaire du Parti Québécois -, mais en plus, il opère comme un agent nocif. Au Québec, le virus Bolduc purge notre cerveau comme le virus Ebola purge le corps des malheureux Africains :
«Comme le rapportait Le Devoir, jeudi, le gouvernement s’était jusqu’ici engagé à offrir une enveloppe de 8,3 millions de dollars par année, en plus d’exiger aux commissions scolaires d’investir 6,7 millions de dollars pour regarnir les bibliothèques. Or, rien n’oblige désormais les commissions scolaires à utiliser leurs budgets pour l’achat de livres. Avec les compressions exigées par le gouvernement Couillard, la majorité des commissions scolaires ont donc décidé d’amputer une partie de leur budget pour l’acquisition de livres. La Commission scolaire de Kamouraska–Rivière-du-Loup nous a, entre autres, a [sic!] confirmé qu’elle avait décidé de couper 30 % son budget d’achat pour les bibliothèques. La Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles a aussi laissé savoir à un libraire qu’elle n’aurait aucun budget, cette année, pour garnir ses bibliothèques.»
Or, le manque à gagner des libraires sera compensé par un montant que la ministre de la Culture, Hélène David, va distribuer aux commerçants. À quoi sert une politique d’«austérité», si l’on donne de la main gauche ce que l’on retire de la main droite? Si la politique libérale entend sauver le commerce du livre (déjà fluet) et que le ministre de l’Éducation accepte que des Commissions scolaires coupent dans l’approvisionnement en livre, la mesure apparaît dans toute sa netteté : il s’agit d’une mesure d’acculturation volontaire. La justification économique tombe ici et laisse dévoiler l’obscénité du gouvernement Couillard. Disons-le, depuis la réforme Fournier en 2005, du temps du premier gouvernement Charest, la liquidation de l’enseignement d’une culture distincte propre à un peuple distinct est dans la mire du Parti Libéral du Québec. L’abolition des cégeps, suggérée par les Jeunes Libéraux, s’inscrit dans ce processus d’assimilation à l’américanisme. La gouvernance libérale agit comme une méningite sociale qui finira par ramener une population incertaine dans un climat de barbarie sous les apparences d’une consomma-
tion tout azimut. Toute cette paresse, toute cette vision médiocre et haineuse de soi, irres-
pectueuse de soi, de sa propre progéniture, sont tout simplement écœurantes. Un homme comme Bolduc devrait être éradiqué comme on tente d’éradiquer le virus Ebola de l’Afrique noire car, avec des hommes comme lui, le Québec s’apprête à retomber dans une noirceur encore plus grande que celle qu’on attribue au gouvernement Duplessis, pourtant plus éclairé que les gouvernements Charest et Couillard en matière de financement des écoles et des laboratoires.

Il ne s’agit plus de chanter «Débarrassons-nous des Libéraux». Le temps de ces enfantillages est passé. Devant les maladresses du gouvernement Marois, la population québécoise a préféré la contami-
nation libérale à la quête d’alternatives nouvelles aux partis périmés ou lunatiques (C.A.Q et Québec Solidaire). En annonçant la victoire d’un gouvernement libéral majoritaire le 4 avril dernier, les téléjournaux annonçaient que la vingt troisième heure venait de sonner pour l’avenir des Québécois. Tous les moyens seront désormais bons pour sauver le patient qui se meurt de la contamination du virus Bolduc

Montréal
22 août 2014

mardi 12 août 2014

Chronique de la mort de l'abbé Gravel


Raymond Gravel (1952-2014)


CHRONIQUE DE LA MORT DE L'ABBÉ GRAVEL

N.D.L.R. Un midi, en regardant le Téléjournal du réseau Ici Radio-Canada - ce devait être au mois de juin -, un reportage présentait l'abbé Gravel qui était entré dans la phase ultime de son cancer du poumon. Il s'agissait de l'un de ces reportages «dramatiques» qui font que, depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001, les bulletins d'information sont de plus en plus calqués sur les téléromans.Trente quatre années après le film de Bertrand Tavernier, La mort en direct, mettant en vedette Romy Schneider, la télévision canadienne nous promettait un condensé des pensées et réflexions de l'abbé Gravel devant la mort. Cet homme simple, pas intellectuel pour deux sous, avait préféré, à l'ultimatum de Jean-Paul II de se retirer de la politique active (indépendantiste de longue date, il siégeait aux Communes, à Ottawa, sous l'étiquette du Bloc Québécois), plutôt que de faire comme Lamennais et de choisir la liberté contre l'obéissance indue. Comme j'ai toujours considéré qu'à être niaiseux, mieux valait l'être jusqu'au bout, je me suis mis à publier sur mon site Facebook cette chronique : «La mort de l'abbé Gravel», série dramatique du Téléjournal de Ici Radio-Canada. 

Mon but n'est évidemment pas de me moquer de l'agonie de l'abbé Gravel, pas plus que de qui que ce soit, mais de ce goût mi-barbare, mi-mièvre pour les événements dramatiques qui frappent une personnalité publique. Chaque jour, des centaines de personnes meurent au Québec. Ou apprennent qu'ils sont atteintes d'un cancer ou d'une maladie dégénérative. Les réseaux d'informations en captent quelques unes et en font des symboles ou des modèles pédagogiques pour les autres. C'est ce qui est arrivé avec la «dramatisa-
tion» de la fin de vie de l'abbé Gravel. Des vedettes de la télévision ne se font pas prier pour venir raconter leurs malheurs devant les objectifs des caméras. On les acclame dans des émissions de grande écoute.  La réalité est apprêtée comme une fiction tandis que les auteurs invitent les téléspectateurs à regarder la fiction comme une réalité. La confusion mentale, entraînée par les effets spéciaux, rend de plus en plus difficile pour un individu, tenu à distance, de bien distinguer là où s'arrête l'une et où commence l'autre. Le tout baigne dans l'huile des meilleurs sentiments, de l'émotionnalisme à l'américaine et de la bêtise des commentateurs. Ne réécrit pas L'Imitation de Jésus-Christ qui veut.

Généralement, les malades atteints d'un cancer n'ont pas une fin très prolongée. Ils meurent rapidement. Ce ne fut pas le cas de l'abbé Gravel, dont la longue agonie fut entrecoupée de rémissions. Mais aujourd'hui, 11 août 2014, l'abbé est mort peu avant l'heure du dîner, de sorte qu'on annonça sa mort en entrefilet, juste avant la publicité, publicité qui contribue à faire des bulletins d'information des «nouvelles» où il devient de plus en plus difficile de partager la vérité de l'idéologie et du mensonge puisque durant cette heure, tout doit être tenu pour vrai. C'est donc de la médiocrité de nos bulletins télévisés de Radio-Canada et de TVA que nous entretenons le lecteur. De même, de la participation volontaire des vedettes à se prêter à ce type de dramatisation de mauvais goût. La mort en direct, c'est d'abord notre voyeurisme insatiable, notre manque de pudeur et de respect envers l'individu dans ses souffrances et ses angoisses, notre soif rapace de dévorer tout ce que la communication de masse amène dans ses moraines de boues et de rochers. La télévision a fait de chacun de nous une commère, une pie bavarde, un porte-panier digne de la satire la plus mordante. Aussi, je ne me restreint nullement. Âmes pleurnicheuses, s'abstenir.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal de Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 1.

En vue de trouver un remède miracle à l'abbé Gravel, le Dr. House essaie un nouveau médicament sur Steve McQueen (un rat dans une cage).

Sponsorisé par la morphine Leitão, celle qui calme vos douleurs en vous siphonnant le cerveau. La nouvelle morphine Leitão, approuvée par les docteurs Barrette, Bolduc et Couillard, est en vente dans tous les bons Jean-Coutu.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 2.

Alain Crevier, le pastoraleux de Second Regard, apporte une boîte de sucre à la crème préparé par sœur Angèle pour réconforter l’abbé Gravel que l’on vient d’intuber.

Sponsorisé par la morphine Leitão, celle qui calme vos douleurs en vous siphonnant le cerveau. La nouvelle morphine Leitão est la préférée des Junkies qui s’y connaissent. En capsule ou en sirop, la morphine Leitão se digère facilement et évite la constipation. La morphine Leitão, un petit bonheur pour partir à la bonne heure.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 3.

L'archevêque de Montréal, Mgr LaPine exorcise l'abbé Gravel de ses trois démons : l’Indépendance du Québec, Peter Jackson et la Drag Queen qui sommeillait en lui. À coups de goupillon savamment manipulé, visant le moribond aux bons endroits. Les trois démons s'enfuient dans des cris épouvan-
tables. Mgr LaPine avait échangé l’eau pour de la morphine bénite.

Sponsorisé par la morphine Leitão, celle qui calme vos douleurs en vous siphonnant le cerveau. L’Église catholique soutient la commandite de la morphine Leitão qu’emploie régulièrement l’ex-pape à la retraite Benoît XVI. C’est elle qui lui donne cet air empreint de bienheureuse gaieté primesautière. Leitão, la morphine qui vaut mieux que l’opium du peuple. Un nom à se souvenir : Leitão.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 4.

Afin de convertir l'abbé Gravel, sur ses derniers milles, Dalila Awada vient lui faire une danse du ventre avec une capine de burka sur la tête, puis Adil Charkaoui lui explique comment fabriquer une bombe en vue de faire sauter la cour céleste du Dieu des chrétiens. L'abbé succombera-t-il à la conversion venimeuse?

Mais non. Grâce à la morphine Leitão, l'abbé résistera de ses dernières forces aux tentations de l'Islam. Aux 72 vierges offertes au paradis d'Allah pour les martyrs de l'Islam, l'abbé préfère les 11,000 verges du paradis catholique, et pour soutenir une telle ardeur, il aura besoin d'un supplément vitaminique à sa morphine Leitão dans les prochaines minutes. Leitão, la morphine qui vous donne du pep quand vous arrivez au ciel.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 5.

La ministre de la culture, madame Hélène David, vient porter un bouquet de fleurs à l’abbé Alain Gravel, de la part de tous les Québécois. Mais l’abbé dort comme un ange qu’il va bientôt devenir; aussi, madame la ministre veut bien nous entretenir de la morphine Leitão et du trio santé du gouverne-
ment Couillard.

«Ça a commencé par une douleur au poignet droit, je suis venue voir mon urgentologue, le docteur Bolduc, qui par certitude, me l’a définitivement fracturé. Puis, il m’a envoyée passer des radiographies au bureau du docteur Barrette, qui les garde pour sa collection personnelle. Enfin, le docteur Couillard, pour calmer ma douleur, m’a conseillée une forte dose de morphine Leitão. Depuis, je ne sens plus rien. Je me sens flotter sur un nuage. Tout mon bras social-démocrate dont parle ma sotte de sœur ne m’atteint plus et la vie est belle, belle, belle…» La morphine Leitão, un autre produit culturel des Québécois». Leitão, n’oubliez pas le nom : la morphine qui calme vos douleurs tout en vous siphonnant le cerveau.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 6.

Le ministre Pierre Moreau est venu rendre une petite visite à l’abbé Gravel. Mais comme monsieur l’abbé est bercé par les doux rêves de l’agonie sous la morphine Leitão, il a bien voulu nous dire quelques mots sur le futur décédé.

«La morphine Leitão, je l’utilise depuis la dernière convention à la chefferie du Parti Libéral. Elle m’a rendu vif d'esprit, alerte, totalement aiguillé sur mes hautes responsabilités. Grâce à la morphine Leitão, je peux désormais compter sur une aide appropriée pour accomplir mes tâches les plus délicates avec perspicacité et vivacité. Je recommande la morphine Leitão à toutes les mamans qui veulent éduquer leurs enfants dans le respect des lois». Leitão, la morphine qui calme vos douleurs tout en vous siphonnant le cerveau.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 7.

L’abbé Gravel ne souffre pas. Il a le sourire des bienheureux. Si l’angoisse de la mort ne l’atteint plus, jusqu’à ce matin, il avait encore des spasmes liés à l’angoisse de l’austérité. C’est alors qu’on a redoublé la dose de morphine Leitão, et le moribond est redevenu tout serein.

Leitão, la morphine qui endort les courbatures, les jointures, les atrophies et l’austérité budgétaire. Grâce à elle, se serrer la ceinture et se priver de services sont devenus des moments de pure sérénité que vous voudrez partager avec toute votre famille. Dites-le à vos amis.  Une famille qui se shoot au Leitão est une famille de bonobos et une famille de bonobos est une famille qui se shoot au Leitão. N’oubliez pas le nom, Leitão.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 8.


L’abbé Gravel a eu un choix difficile : choisir entre la mauvaise et la bonne mort. La mauvaise, c'est de laisser les démons de la bonification des services publiques, de l'argent des contribuables honnêtement dépensé, de l'équité sociale et de l'égalité devant la loi, de l'investissement dans les ressources humaines, de la protection des régimes de retraites et autres diables sortis tout droit de l'Enfer. Mais il a préféré la bonne mort que lui procure la morphine Leitão : les archanges du fonds des générations et du remboursement de la dette; les chérubins de la corruption et des paradis fiscaux; les séraphins de l'austérité et des ruptures des conventions signées, enfin tous les anges collecteurs mafieux d'Hydro-Québec ou des monopoles privés. Faites comme l'abbé Gravel et choisissez la bonne mort libérale.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 9.

Un employé de la Maison Minus Poirot est venu s'entendre avec l'abbé Gravel pour l'organisation de ses funérailles. Pour l'animation de la célébration de la Parole, l'abbé choisit  une série de tunes tirées du répertoire de Sweet People avec un texte du prophète Habaquq lu par Éric Salvail. Le ténor Luciano Pataterôtie interprètera les plus beaux airs de Ginette Ravel, accompagné à l'accordéon par Ti-Joe du Bar-Salon «Chez Huguette» de Saint-Donat. Parce qu'il était allergique de son vivant, l'abbé préférerait des fleurs en plastiques plutôt que des vraies. De plus, pour le brunch, après le service funéraire, l'abbé aimerait que ses invités se bourrent la face avec des crevettes de Matane, du caviard de la Baltique, des Ritz au fromage, du Whiskas biologique pour les animaux de compagnie et des pains de Première Moisson. Afin que la cérémonie demeure sobre et empreinte de dignité, monsieur l'abbé aimerait que les enfants, plutôt que de se livrer à une chasse à courre entre les momies et les urnes ou se mettent à faire des bruits de pets pendant les hommages des familiers, qu'ils soient gardés à la garderie Les Petits Monstres du centre funéraire. Entre le sarcophage égyptien et l'urne kitsch grecque ancienne, le choix de l'abbé balance et préfère laisser à Mgr LaPine le soin de choisir lui-même le coffret dans lequel il reposera jusqu'au Jugement Dernier.

(Le fait que l'agonie de l'abbé Gravel est interminable, nous manquons de morphine Leitão pour la commandite).

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 10.

Une infirmière surprend l'abbé Gravel en train de lire Chronique d'une mort annoncée de Gabriel Garcia Marquez. Elle s'empresse d'augmenter sa dose de morphine.

La morphine Leitão n'est pas faite pour stimuler l'envie de lire. Des livres en plus! Seulement des budgets! Et encore! Pourquoi vous casser la tête à lire des livres plates quand la morphine Leitão vous offre un forfait bonheur tout inclus. Leitão, la morphine qui soulage vos douleurs tout en vous siphonnant le cerveau. Tant que vous ne serez pas Alzheimer, souvenez-vous du nom : Leitão.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 11.

Ricardo prépare le repas des condamnés à l'abbé Gravel. Pour l'occasion, il lui sert un foie de veau rissolé, accompagné d'une sauce à la moutarde de dijon avec des petites patates rondes. Comme breuvage, un excellent Bordeaux livré en hélicoptère à l'hôpital même.

La morphine Leitão ne coupe pas l'appétit. Elle ne laisse pas de goût amer dans la bouche et permet ainsi de savourer tous les repas que l'on peut préparer durant votre agonie, pour autant que vous ne souffriez pas d'un cancer de la bouche. Comme le dit Bob le chef : Foie de Ricardo, c'est Leitão qu'il vous faut.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 12.

Gilles Duceppe vient rendre une dernière visite à son ami, l'abbé Gravel. Pour le divertir dans ses sombres pensées, il ressort le bonnet qui a tant fait jaser. L'abbé, le voyant, est saisi de convulsions atroces.

Mais, ne vous inquiétez pas. Grâce à la morphine Leitão, l'abbé Gravel a pu retrouver un semblant de paix et de calme. Leitão, la morphine qui assoupit les pires souffrances. N'oubliez pas. Leitão, la morphine qui calme vos douleurs tout en vous siphonnant le cerveau.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 13.

Lucien Bouchard rend visite à l'abbé agonisant. Il l'engueule en haussant le ton de se laisser mourir plutôt que d'aller sur le marché de l'emploi. Que c'est un paresseux qui veut attirer la pitié sur lui; un fainéant bon à rien puisqu'il reste ses journées étendues à dormir. Le divin Lucien donne des coups de sa canne sur le bord du lit pour secouer l'abbé qui tombe dans un profond coma : «Travaille ou Crève!» Lucien Bouchard sort de la chambre en proférant des gros mots.

Que voulez-vous! Tout le monde ne peut pas apprécier la morphine Leitão à se juste mesure. L'important, souvenez-vous : la morphine Leitão calme vos douleurs tout en vous siphonnant le cerveau.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 14.

En ce jour de la fête du Canada, Justin Trudeau rend visite à l'abbé Gravel pour le remercier de son dévouement au service du Canada. Mais l'abbé, toujours sous l'euphorie de la morphine Leitão a de la misère à distinguer les Trudeau et sa vision s'embrouille.

Vous voulez voler parmi les éléphants roses, les brontosaures bleus et les tournesols dans un ciel parsemé de beaux nuages fleuris? Rien de tel qu'une bonne dose de morphine Leitão injecté directement dans l'avant-bras, dans le jarret ou, si vous avez un ami(e), dans une fesse. Avec la morphine Leitão, le Canada devient beau, le Québec souriant et le Parti Libéral du Québec honnête. Leitão, la morphine qui soulage vos souffrances sans payer votre compte à l'Hydro. Rappelez-vous du nom : Leitão. Dans toutes les bonnes piqueries de la rue Frontenac.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 15.

L'ex-lieutenante gouvernante, Lise Thibault, se roule dans son fauteuil roulant auprès de l'abbé Gravel pour lui collecter une donation avant son trépas. La Fondation Lise-Thibault pour son approvisionnement personnel en cupcakes et en sirop d'érable. Elle se plaint que ses avocats lui volent tout son argent; que les juges sont vicieux à son égard et que ses varices la font terriblement souffert. L'abbé ronfle sous son nez, un sourire béat sur ses lèvres.

Quand vous recevez de la visite indésirable, rien de tel que de se donner une bonne dose de morphine Leitão. Ainsi, vous ne ressentirez rien de la sottise et de la vulgarité des gens qui vous entourent. Vous aurez l'impression que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et vous ne réaliserez même pas que ce n'est pas vrai. Avec la morphine Leitão, vos souffrances sont calmées et votre cerveau libéré. Leitão, la morphine des mélancoliques, qui soutient la politique de Québec Solitaire sur Pharma-Québec, qui, sous une gouvernance libérale, achèterait davantage de morphine pour la population de la belle province.
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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 16.

Denis Coderre vient tirer quelques selfies avec son i-phone de l'abbé Gravel pendant qu'il prépare son sermon sur Ali-Baba et les 40 voleurs. Puis un grand nombre de selfies avec un bonnet sur la tête, un soluté de Kool-Aid rouge, des toutous et des pandas en peluche pour sa collection de selfies avec des personnalités, des extra-terrestres et des sénateurs libéraux à la retraite. Le maire Coderre entend intituler son album : P6. (Pour Six Packs).

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 17.

À cause des coupures à Radio-Canada, il a fallu diminuer de 20% la dose prescrite de morphine Leitão à l'abbé Gravel.

Leitão, c'est pas une morphine pour les pauvres. Qu'on se le dise. No money, no Leitão!

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 18.

Avis important Vue les coupures de budget, Ici Radio-Canada doit utiliser maintenant des nobodies comme sous-vedette à ses émissions. Nous préférons vous en avertir.

Daniel Tremblay rend visite à l'abbé Gravel et lui déroule le listing de toutes les séries américaines de science-fiction, d'horreur, de zombies et d'adaptations de Stephen King et autres du même genre qui seront renouvelées pour la saison 2014-2015. L'abbé lui demande si Second Regard sera renouvelé pour la même période. Le visiteur s'empresse de fermer son ordinateur et de prendre la poudre d'escampette.

Leitão. Une morphine qui vous rend zombie. Quand vous ne l'êtes pas déjà...

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Épisode 19.

Se portant manifestement mieux, l'abbé Gravel anime une cérémonie de la Parole à la chapelle de son hôpital où il émoustille les infirmières lorsque le thème de son homélie repose sur le Premier Livre de Samuel 18  25-27.

La morphine Leitão ranime les morts, c'est connu. Jésus en utilisa pour ressusciter Lazare. En ce jour du Seigneur, ne lésinez pas sur les injections de Leitão, la drogue qui rime avec impôt. N'oubliez pas : Leitão, la morphine des Libéraux.

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Ne sachant que faire avec la série LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL, qui s'étirent interminablement, le directeur des programmes de Ici Radio-Canada a convoqué, pour ce lundi matin 7 juillet 2014, son équipe de brainstorming afin de décider de l'avenir d'une série qui a moins d'auditeurs que Adam et Ève, jadis. Ce qui est tout un cas.

Monsieur Hubert T. Lacroix a d'emblée de jeu, mis le tout sur la table : «Il faut faire disparaître, peu importe le moyen, l'abbé Gravel».

Sur ce, un conseiller a suggéré de lui faire attraper une brocho-pneumonie. Avec son cancer, ce serait fatal.

Trop long, a répliqué M. Lacroix.

«Un pot-pourri des tunes de Michel Louvain, un soir de canicule, pas d'air climatisé, ça serait bien», a suggéré un autre.

Trop cruel, a répondu M. Lacroix.

«On pourrait, amène un troisième, le faire sortir de l'hôpital où il irait se faire frapper par une auto dans une entrée asphaltée de garage. C'est niaiseux mais Lise Payette l'a déjà fait pour plusieurs comédiens qu'elle ne pouvait plus sentir».

Après une certaine hésitation, M. Lacroix a prétexté qu'il faudrait tourner des scènes extérieures, ce qui est fort coûteux, avec les tarifs syndicaux, etc. etc.

Une conseillère, très avisée en matière de liquidation de personnages gênants à la télé» a suggéré à son tour que l'abbé Gravel pourrait s'étouffer avec un pet de sœur Angèle.

Mais, M. Lacroix a trouvé cette fin trop «décadente»… Puis, il s’est enragé! «Comment avez-vous pu partir cette dramatique en plein téléjournal! Même Jean Garon a eu le temps de crever avant la fin de la série sur «les derniers jours»… entendez-vous, «les derniers jours de l’abbé Gravel!» C’est désopilant. C’est risible.Quelle maladresse!»

«On s’est simplement trompé de claudo» a répliqué le premier conseiller. «On pouvait pas savoir qu’il s’éterniserait…»

«Notre sponsor, les morphines Leitão… au si bon goût chanvré de vins de Bordeaux lorsqu'on la prend oralement… menace de cesser de commanditer la série si on l’achève pas d’une manière ou d’une autre. Forcez-vous les méninges pour une fois. On ne peut pas toujours aller chercher Lesbienne Farouche pour nous sortir du trou à l’heure des grandes écoutes!!!

Après un long moment de silence embarrassé. Un conseiller s’est levé:

«Je ne vois qu'une solution. Elle ne coûtera pas cher. On va aller chercher Marc Collin...

(à suivre)

Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Vous assisterez (enfin) au dernier épisode.

(Conformément au brainstorming de Hubert T. Lacroix, directeur de la programmation à Ici Radio-Canada, le pupitre du Téléjournal a fait appel à l'expert en miracles médicaux et pharmaceutiques, le Docteur Marc Collin (photo ci-jointe) qui vient annoncer une excellente nouvelle à l'abbé Gravel)

Le Dr Collin explique les résultats de ses travaux à l'abbé qui n'en revient tout simplement pas (il est vrai qu'il est toujours sous la désopilante morphine Letão) :

«C'est parce que l’esprit autoritaire règne sur la médecine hospitalière qui ne permet pas son ouverture aux thérapies nouvelles, complémentaires ou alternatives que vous avez été hospitalisé. L'ahurissante affaire montée par le Dr Barrette en est la meilleure preuve.

Le cancer, monsieur l'abbé, c'est business as usual. Le Dr Gaétan Barrette est cancérologue et chef d’un service d’oncologie à l’hôpital Robert-Bourassa. Mais au moment où il a voulu bifurquer vers la politique, l’administration a voulu fermer son unité.

Ce qu’on lui reprochait, c’était d’appliquer aux ostéosarcomes (cancer des os) un protocole non conventionnel développé aux États-Unis. À l’époque où il a été introduit, seuls 40 % des patients atteints d’ostéosarcomes survivaient dans les hôpitaux. Les dumbells mourraient dans la majorité des cas. Avec sa méthode, il a obtenu 80 % de dumbells. Aussi, souhaitait-on fermer son service.

Afin de sensibiliser l’opinion publique à cette affaire, Marc-André Lavoie, réalisateur très connu dans le domaine des médecines naturelles pour ses documentaires scientifiques de qualité (tel l'hilarant film, succès de l'été passé, Hot-Dog), propose un film courageux qui s’appelle Cancer, business mortel. La SPIN (Société Pour l'Inoculation Nosocomiale) a assisté le 20 juin dernier à sa diffusion en avant-première au Cinéma Ève. Dans la salle, l’émotion du public était palpable. On comptait de nombreux patients du Dr Barrette ou des coproducteurs, le film ayant été réalisé grâce à la participation de plus de 400 personnes. Étaient également présents des membres de l’association Arsène-Nick créée pour défendre les intérêts de la morphine Leitão et soutenir le service de cancérologie.

Et en effet, le film est bouleversant. Il nous permet de rencontrer tous les acteurs de soutien du Dr Barrette : patients, soignants et même stars amies (interviennent notamment Sam Hamad et Éric Lapointe) qui témoignent en faveur du maintien de cette unité hospitalière dont ils défendent les résultats et la qualité d’accueil (surtout le service des barmaids pour Éric Lapointe).

Les autorités de santé exigent des firmes pharmaceu-
tiques qu’elles fassent des études très lourdes avant d’autoriser les médica-
ments. Ce sont les fameuses études en double-aveugle, dites Lucky One, où l’on compare les résultats entre un groupe de patients ayant pris une dose A de morphine Leitão un autre groupe de patients ayant pris un placebo. Les uns et les autres ne savent pas à quel groupe ils appartiennent.

Ces études font avancer la science parce qu’elles donnent aux médecins, aux chercheurs et aux laboratoires qui fabriquent les produits, une information précieuse sur le médicament testé. On peut savoir s’il occasionne des effets secondaires, et s’il est efficace sur les humains comme il a pu l’être précédemment sur des rats ou des singes.

Dans le cas de pathologies graves comme votre cancer, monsieur l'abbé, les traitements testés sont particulièrement lourds et toxiques, et vous auriez dû pouvoir choisir si vous vouliez ou non rentrer dans ces essais; en particulier s’il existe déjà un traitement éprouvé comme c’est le cas pour les ostéosarcomes. Mais comme vous n'aviez qu'un cancer de poumon, le protocole de recherche a été tout simplement suspendu. Après tout, qu'est-ce qu'on avait à cirer de votre consentement, non?

C'est une chose courante, dans notre économie médicale néo-libérale que les patients soient systématiquement orientés vers des essais thérapeutiques sans en être nécessairement prévenus bien que ce soit là leur droit le plus strict. Mais les droits, à quoi ça sert, hein, monsieur l'abbé, sinon qu'à créer des chicanes de plaideurs?


Voici comment les choses se sont déroulées : on vous a proposé un traitement très cher en vous expliquant que c’était pour votre bien et que c’est ce qu’il y avait de mieux. On vous a fait signer des papiers et on a commencé l’essai thérapeutique. Ah ah! La joke, c'est qu'on ne vous a pas mis au courant du processus réel. On vous a proposé un traitement qui jusqu’à présent n’a été essayé que sur des animaux et pour que ça passe inaperçu, on vous a monté aux soins palliatifs.

Dans son rapport:  "Le cancer, un fléau qui rapporte", le Dr Barrette explique que le fond du problème est politique.

La pression sur son service existe depuis que le Ministre de la Santé de l'époque, le Dr Bolduc, a fait voter les Plans Joyeux-Cancer et créé l’organisme en charge de leur mise en œuvre : le SPIN. Ses missions sont larges : elles englobent la coordination des actions de lutte pour le cancer, l’évaluation du succès de la maladie, la désinformation du public et des professionnels, la formation de nouveaux fumeurs, le financement des comités palliatifs et la mise en marche des Cancéropodes.

En quelques années, avec la création du SPIN, des Plans Joyeux-Cancer et de plusieurs lois-cadre, on a créé une politique de santé publique nationale qui permet d’imposer des protocoles par le haut à l’ensemble des médecins. On a ainsi rendu la tâche bien plus facile aux laboratoires pharmaceutiques : au lieu de tenter de convaincre les médecins un par un, grâce aux visiteurs médicaux armés, il suffit de s’entendre avec la tête du système. Les décisions sont prises au niveau du SPIN et les autorités régionales de santé se chargent de les faire appliquer. Et pour ce faire, elles disposent des outils juridiques nécessaires : le SORT, c'est-à-dire les Tarifs Recommandables Ou Suggérés en cancérologie (On a inversé l'acronyme pour effrayer les bénéficiaires un peu trop superstitieux). 

Ce système industriel du soin est très pratique pour la fabrication de masse de médicaments, mais il détruit toute alternative au traitement majoritaire imposé par consensus. Exit la médecine individualisée, exunt les médecines complémentaires et alternatives… Aussi, selon le protocole, vous ne pouviez qu'avoir un Cancer aux poumons et seule la morphine Leitão pouvait vous guérir, surtout utilisée en fortes doses payées par les contribuables.

À quoi bon former des médecins pendant quinze ans puisque, in fine, ils ne seront que des exécutants, me demanderez-vous? Précisément, pour qu'ils déchrissent de la profession et s'en aillent poursuivre leurs ravages en politique. Le bassin de pathologies potentielles est plus vaste et les occasions de crosses plus nombreuses.

Et cela vous concerne car c’est vous qui, par vos impôts, payez le SPIN.

Voilà pourquoi, grâce à la morphine Leitão, vous n'êtes pas seulement guéri de votre cancer, mais vous pouvez continuer votre beau travail. Dites-le au monde entier, il vous croira :

LA MORPHINE LEITÃO FAIT DES MIRACLES!
ALLELUÏA!
SAINT CARLOS LEITÃO DE ROBERT-BALDWIN,
PRIEZ POUR NOUS, PAUVRES CANCÉREUX.

Au fait, il serait bon que vous débarrassiez la chambre pour 1 heure de l'après-midi.

Merci, bonsoir.

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Aujourd'hui, dans la dramatique du Téléjournal Ici Radio-Canada. LES DERNIERS JOURS DE L'ABBÉ GRAVEL. Spécial : les derniers moments de l'abbé Gravel

(Dans le corridor des soins paliatifs, une infirmière avertit les visiteurs).

L'infirmière : Il n'en a plus pour longtemps. Une demi-heure peut-être. Soyez donc bref. Il est sous une surdose de morphine Leitão, la morphine qui soulage vos bobos tout en vous siphonnant le cerveau.  Ne parlez pas trop fort. Touchez-le, faites-lui des câlins, il aime bien cela. Allez-y un après l'autre, ce sera mieux. Commençons par vous M. Crevier.

(Une fois dans la chambre, Alain Crevier tend un chèque à l'abbé sous le respirateur artificiel.)

Alain Crevier : Monsieur l'abbé. Ici Radio-Canada vous a fait un chèque généreux pour votre émission quotidienne. Vous n'avez plus qu'à le signer. (le mourant respire sous le masque mais ne bouge pas. Crevier attend un instant, dépose le chèque sur la table de chevet puis s'engage vers la sortie. Il se ravise, fait demi-tour, il reprend le chèque qu’il signe et le fourre dans sa poche.) Merci, monsieur l'abbé, je connais une cause qui m'est très personnelle et qui sera particulièrement heureuse de recevoir votre don. Allez en paix, mon père. (il sort)

Mgr LaPine (entrant) : Je suis accouru dès que j'ai su que vous alliez franchir le seuil qui vous sépare de la vie de l'enfer ou du paradis. Connaissant vos tendances intimes, je n'ai pas pris de risques. (Il sort son goupillon et l'asperge) Vade Retro Satanas. Sort de ce corps Liberace! Va maudire en enfer, Coco Douglas Léopold! Que tes Pride légions périssent du sida. … Bon! Ça devrait faire. Vite, allons à mon cocktail de financement des œuvres diocésaines au club 357c sur la rue de la Commune dans le Vieux-Montréal, là où m’attendent de généreux donateurs et de grands catholiques! (Il sort)

(Entrent Casher et Halal), Me Luciano G. Del Negro et Adil Charkaoui.)

Me Luciano G. Del Negro : Ah! le vilain séparatiste. Le Gazaoui du Canada. Puisse-t-il mil obus te tomber sur la tronche au Sheol. Voilà un ennemi d’Israël de moins sur la terre!

Adil Charkaoui : À qui le dis-tu, mon frère! Il n’a même pas voulu se convertir à l’islam, le chien, le maudit, l’Infidèle (il lui crache dessus). Qu’il aille en enfer avec tous les Chrétiens! (ils sortent)

(Entrent Hélène David et Pierre Moreau)

Hélène David : Pauvre homme! Il n’a pas connu la sagesse politique de toute sa vie!

Pierre Moreau : La meilleure chose qui lui soit arrivée, c’est quand Jean-Paul II lui a cloué le bec. Ça c’est de la religion comme on l’aime au Parti Libéral du Québec! (Ils sortent)

(Entrent une infirmière avec un croque-mort de Minus Poirot. L’infirmière reste à la porte tandis que le croque-mort prend les mesures de la longueur et des épaules du mourant. Puis ils sortent)

Ricardo (entrant, il tient un petit cornet de papier dans sa main) : Mon cher abbé, je suis venu vous apporter l’une de mes petites friandises pour votre trépas éminent. Un fourré aux framboises et au yougourt sûr, vous allez apprécier. (Il tend le cornet. L’abbé ne bouge pas). C’est vrai qu’avec un masque respiratoire, c’est dur à ouvrir la bouche. Attendez, je vais vous aider. (Il lève le masque. L’abbé ne bouge pas). Ah! Je comprends. Vous avez besoin d’un peu d’aide. (Il lui entrouvre la bouche et rentre de force le petit gâteau de manière à ce que la crème ressort par les narines. Une fois que tout le gâteau est entré, Ricardo remet le masque et sort discrètement).

(Entrent Lucien Bouchard et Gilles Duceppe)

Lucien Bouchard : Alors, l’abbé. On en profite parce que c’est le dernier jour de sa vie pour paresser au lit! Allez, du nerf! (Il donne des coups de canne sur le bord du lit) A-t-on jamais vu pareil paresseux. Si vous aviez été plus énergique aux Communes aussi, le Québec serait souverain aujourd’hui.

Gilles Duceppe : Ça c’est vrai, monsieur l’abbé. Vous auriez dû m’encourager à ne pas démissionner; aujourd’hui, le Bloc ne serait pas dans le trou du fond du trou comme il l’est aujourd’hui. C’est votre faute, ça l’abbé Gravel. Mais on vous aime bien quand même.

Lucien Bouchard : Maudit paresseux. Dormir le jour de sa mort! Quelle disgrâce! On ne m’y prendra pas, moi. (Ils sortent)

(Entrent Justin Trudeau et Denis Coderre)

Denis Coderre : Alors, mon p’tit abbé? On agonise?

Justin Trudeau : C’est pas gentil, ça Denis, de faire des blagues à un mourant.

Denis Coderre : Depuis que les Libéraux fédéraux t’ont préféré à moi, tu devines où je me les mets tes réflexions?

Justin Trudeau : Tu as la tête plus grosse que le bédaine du maire Ford.

Denis Coderre : Qu’est-ce que tu dis là mon p’tit enfant de christ?

(Ils se mettent à se battre. L’infirmière entre et les pousse hors de la chambre)

(Entre Lise Thibault au volant de sa wheelchair)

Lise Thibault : Ah! mon cher abbé Gravel. Dans mes bras que je vous embrasse… (Il ne bouge pas) Ben voyons? La plupart des mourants aiment ça quand je leur tends les bras? Ah! Je comprends. Vous faites le difficile. (Elle se met à lui essuyer la figure) On s’est bourré dans les fourrés aux framboises à ce que je vois! Petit gourmand! Ça c’est bien les hommes. Ça passe leur temps à manger. Même le jour de leur agonie. Une chance que nous, les fâmm, savons préparer de bien belles choses pour nos petits coquins. (Elle lève le drap et regarde) Au moins il n’est pas bandé, ce goujat! Chez l’homme, la bite meurt avant l’estomac, c’est connu. Je vais chanter une petite ritournelle pour vous encourager à une bonne mort : 

Elle est morte, la vache à Maillotte,
elle est morte la tête dans le potte.

Son service n’a pas été long
On a braîllé comme des cohcons!

Son service a été chanté
Par la vache à Monsieur l’curé.

Bon! vous riez même pas! Je vais vous laisser à votre mort. On m’attend au Ritz pour une fête d’enfants unijambistes. À la revoyure. (elle tourne et roule jusqu’à la sortie)

Daniel Tremblay, (entrant) : Bonjour monsieur l’abbé. (Il ouvre son portable) Comme vous étiez un homme curieux de nature, j’ai pensé que vous seriez agréablement surpris de savoir que le jour de votre mort on fête l’anniversaire de l'acteur Chris Hemsworth («Thor», «Avengers») qui est né le 11 août 1983 à Melbourne en Australie. C'est aussi l'anniversaire de l'actrice Anna Gunn (Skyler White dans la série «Breaking Bad») qui est née le 11 août 1968 à Santa Fe au Nouveau-Mexique. C'est également la fête du lutteur et acteur Hulk Hogan (Terrence Gene Bollea) qui est né le 11 août 1953 à Augusta en Géorgie. C'est, de plus, l'anniversaire de l'informaticien, électronicien et cofondateur de la société Apple, Steve Wozniak, qui est né le 11 août 1950 à San Jose en Californie. C'est, par ailleurs, l'anniversaire du musicien et chanteur, anciennement du groupe Beau Dommage, Pierre Bertrand qui est né le 11 août 1948 à Montréal. C'est, en outre, l'anniversaire de l'écrivain et cinéaste Fernando Arrabal qui est né le 11 août 1932 à Melilla en Espagne. Ouin! Petite journée pour mourir! (Il sort)

Marc Collin (entrant) : Bon, ben ça assez duré les niaisages. On va finir ça là. (Il change le poste de l’électrocardiogramme qui s’ouvre sur Ici Radio-Canada à l’heure du téléjournal)

Patrice Roy : Bon. eh bien, c’est désormais chose faite! Ici Radio-Canada vous l’avait annoncé en primeur il y a un peu plus de deux mois de cela. L’abbé Gravel est mort à midi, au moment où j’anime cette édition du Téléjournal.

Plus besoin de morphine Leitão. Le cerveau est brûlé et l’abbé Gravel a trépassé. N’oubliez pas le nom, Leitão, la morphine qui soulage vos bobos tout en vous siphonnant le cerveau. Un autre produit libéral du Québec.


APPENDICITE



LA CHRONIQUE SCIENTIFIQUE DE SŒUR RAINETTE

Bonjourrr mesdames.
Oui, mesdames, carrr ce reporrrtage s'adrrresse spécifiquement à vous.

Au début, Rrradio-Canada avait demandé à sœurrr Angèle d’êtrrre votre prrrésentatrrrice.

Mais lorrrsqu’on lui a signifié qu’elle devrrrait se contenter de la moitié de son salairrre, c’était ou demeurrrer à l’antenne de la chrrronique d’État ou retourrrner à TVA co-animer aux Rrrésidences Soleil les célébrrrations plates de la Victoirrre de l’amour.

Aussi, c’est moi, Sœur Rrrainette, celle que le rrréseau anglais appelle Sister Frrrog, qui serrra votre chrrroniqueuse..

Plusieurs d’entrrre vous, mesdames, pensez que depuis la libérrration de la fâmm, vous êtes plus allumées que jamais face aux nécessités de la vie. Et bien, laissez-moi vous dirrre mesdames, que ce n’est pas du tout le cas. Aaah! Où est passé le temps où des P.D.… des Prrrélats Domestiques, veillaient à la formation des futurrres épouses de nos gentils marrris. Vous avez été, mesdames, laissez aux abuseurs de conscience. De sorrrte que, aujourd’hui mesdames, c’est toute votrrre éducation qu’il faut refairrre.

Ppparrrmi l’ample courrrrier que je rrreçois, je tirrre cette lettrrre au hasarrrd.

Elle prrrovient de la petite Marrrtine, de Saint-Agapit. Elle écrrrit.

«Sœurrr Rrrainette, j’habite une rrrésidence patrrrimo-
niale de trrrois étages et chaque fois que je suis devant un escalier, je ne sais que fairrre. Pouvez-vous m’aider de vos judicieux conseils. Marrrtine».

Marrrtine, je comprrrends votrrre désarrrroi devant un ameublement de la maison qui chaque année entrrraîne de multiples accidents, causant même des décès inconvenants.

Le mieux que vous puissiez fairrre, c’est de vous rendrrre face à un escalier. Vous savez comment est composé un escalier? Non? Eh bien, voilà. Ce sont des caissons de bois soutenus les uns sur les autres, le tout en diagonale, qui conduit à un étage supérieur (ou inférrrieur, selon la dirrrection dans laquelle vous rrregarrrdez : verrrs le haut de l’escalier ou verrrs le bas). De chaque côté, carrr généralement mesdames vous êtes munies de deux brrras, il y a ce qu’on appelle une «main courrrante» - je ne sais d’ailleurs pas pourquoi on appelle ça une main courrrante puisqu’elle est fixe? Enfin, contentons-nous de mots simples carrr vous n’êtes qu’une fâmm aprrrès tout, et appelons ça plus commodément, une rrrampe, rrrampe sur laquelle vous pouvez vous appuyez lorrrsque vous montez l’escalier. Ou lorrrsque vous descendez l’escalier.

Donc, vous vous tenez devant l’escalier et vous devez la monter. Vous regarrrdez la prrremière planche, que l’on appelle une marrrche, et vous y poser votrrre pied drrroit (c’est celui qui donne le plus de chance au hasarrrd). Puis, vous levez votrrre jambe gauche afin de poser votrrre autrrre pied surrr le caisson supérrrieur. Puis vous faites de même avec votrrre jambe drrroite afin que le pied drrroit se pose sur le trrroisième caisson. Puis vous rrrecommencez le même mouvement avec votrrre jambe gauche, poser le pied gauche sur le quatrrrième caisson et vous continuez ainsi jusqu’au sommet de l’escalier, en prrrenant garrrde de bien tenir la rrrampe.

En faisant cet exerrrcice, évitez de regarrrder derrrrière vous si vous souffrrrez de verrrtige. Sinon il se pourrrrait que vous perrrdiez l’équilibrrre et que vous descendiez les marrrches sur le cul, ce qui est doulourrreux, peut entrrraîner une rupturrre des verrrtèbres cérrrébrrrales, causant ainsi une morrrt subite. Eh puis, vous aurrriez l’airrr folle!

Lorsqu’il s’agit de descendrrre l’escalier maintenant, il faut vous mettrrre dans la même position et rrregardez vers le bas tout en tenant la rrrampe. Vous posez votre pied drrroit sur le prrremier caisson en bas du niveau de l’étage. Puis vous faites glisser votrrre pied gauche pour qu’il se pose ferrrmement sur le deuxième caisson. Puis vous faites glisser votrrre pied drrroit sur le trrroisième caisson. Et votrrre pied gauche sur le quatrrrième et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de marrrche à descendrrre. Là, vous serrrez sûrrr d’êtrrre sur un sol ferrrme.

Répétez l’exerrrcice monter/descendrrre l’escalier plusieurrrs fois par jour afin de bien maîtrrriser le double mouvement alterrnatif d’ascension et de descente. De plus, monter et descendrrre un escalier est un excellent exerrrcice carrrdio-musculairrre.

Voilà, j’espèrrre que cela rrrrépond à ta question, Marrrtine. 

Avant de vous quitter, je tiens à porrrter à votrrrre attention la parrrution de l’autobiogrrraphie de l’abbé Grrrravel : Moi, Raymong G. prrrostitué, barrrmaid, drrrogué, aumônier, currré et député, avec comme sous-titrre Le parcours exemplairrre d’un politicien québécois. M. Savoie en a déjà commandé une pleine caisse pour distrrribuer dans ses différrrentes Rrrrésidences Soleil.

Enfin, un derrrnier conseil, qui s’adrrrresse à mes consœurrrs en rrreligion. Mes sœurrrs. Rrrremettez vos voiles. Vous serrrez tellement plus sexy pour les membrrres du clerrrgé que cela pourrrait aider à rrrréduire le nombrrre de prrrêtrrre pédophiles et éviter des dépenses honteuses pour l’évêché. Rrregardez nos sœurrrs dans l’Islam, comment elles attirrrent le rrregard et effrrrraient la population.

Eh bien, c’était la chrrronique scientifique de Sœur Rrrrainette. 
Tourrrlou

Montréal,
12 août 2014