mardi 4 novembre 2014

L'irrésistible bêtisier Lebel ou l'usurpation de la mémoire canadienne

Projet du futur pont reliant Montréal à la Rive-Sud.
L'IRRÉSISTIBLE BÊTISIER LEBEL OU L’USURPATION DE LA MÉMOIRE CANADIENNE

Le ministre – j’éviterai de le titrer d’honorable, ce qui ne convient pas à quelqu'un d'aussi peu de mérites – Denis Lebel, ministre de l’Infrastructure, des Collectivités et des Affaires intergouverne-
mentales, en plus d’être ministre de l’Agence de développement économi-
que du Canada pour les régions du Québec, est, comme vous pouvez le constater, un ministre-ramasse poussières. Cette autre invention des électeurs de Roberval qui, depuis, se sont donner Philippe Couillard député libéral au Parlement de Québec et en même temps Premier ministre de la province, est en charge des décisions prises par Harper et les ministres seniors du cabinet fédéral pour la construction du nouveau pont qui doit relier Montréal à la Rive-Sud, en remplace-
ment du pont Champlain que les ingénieurs et les constructeurs de l’époque ont bâclé pour que son espérance de vie se trouve abrégée de 50 ans! Cette première fraude à partir des fonds publics en appelle donc une autre, la construction d’un nouveau pont qui, dans l’esprit de cette bête à Lebel, devra porter le nom de son héros d’enfance, le hockyeur Maurice Richard.

Ce secret de Polichinelle a été révélé par le journal La Presse, le 2 novembre 2014. La conférence de presse pour annoncer cette nouvelle formidable est prévue pour le 9 décembre (le 9 étant le numéro à jamais du Rocket, Maurice Richard dans l’équipe du Canadien de Montréal). Le fils de l’heureux lauréat aurait même été prévenu qu’une grande nouvelle au sujet de son père serait annoncé d’ici peu. Bref, le bêtisier Lebel est en mouvement. Il faudra beaucoup de détermination et de résistance pour que cette nouvelle usurpation de la mémoire des Québécois ne réussisse à s’imposer tant la démagogie des Conservateurs est puissante et l’ignorance des Québécois de leur histoire est fatale.

Ce faux objet de débats va encore créer des réactions acrimonieuses contre des fantômes de l’Histoire. Voilà pourquoi ce n’est pas Maurice Richard la cible de ma vindicte, mais ces faux-jetons d’un cabinet ministériel constitués d’illettrés et de mythomanes. La qualité de la représentation québécoise du gouverne-
ment conservateur passe pour du menu fretins sans éclat, d’insipides personnages comme Maxime Bernier de la Beauce; d’arriérés mentaux comme Christian Paradis, du sénateur qui tient toujours son bout de corde pour se pendre, avec Pierre-Yves Boisvenu, et enfin de grossiers narcissistes comme Denis Lebel. Cet homme, très honorable, qui a confronté de la manière la plus méprisante les pécheurs de l’Est du Québec face aux tripotages qui ont mené aux coupures odieuses de l’assurance-chômage (l’emploi est toujours douteux, mais le chômage, lui, est bien certain). Lorsqu’il y a de la sale job à faire au Québec, Lebel est toujours le bras droit fidèle de Stephen Harper. Cet esprit infantile n’a aucun sens de la dignité (comment le pourrait-il?), et si on lui suggère, par démagogie pour s’attirer le vote des électeurs québécois au scrutin d’octobre 2015, de donner le nom de Maurice Richard au nouveau pont, comment ne sauterait-il pas sur l’occasion.

Pourquoi le fait de conserver le nom de Samuel de Champlain au pont qui joint les deux rives du Saint-Laurent s'impose-t-il contre la vedette du hockey? D’abord par la suite des noms donnés aux autres ponts de la Rive-Sud. Victoria, le plus vieux, est baptisé ainsi en l’honneur de la reine de Grande-Bretagne et de ses colonies au milieu du XIXe siècle; Jacques-Cartier, afin de commémorer le quatre centième anniversaire de la découverte du Canada (1934); Mercier, en l’honneur du Premier ministre libéral du Québec à la fin du XIXe siècle. Le nom de Champlain s’imposait donc lorsqu’un peu avant 1960, le gouvernement fédéral décida de la construction d’un pont plus large, qui répondrait à l’augmentation du trafic routier entre la métropole et les banlieues de la Rive-Sud. Champlain, comme Cartier avant lui, s'était rendu à Montréal et avait navigué dans les eaux tumultueuses du fleuve aux abords de l’archipel. De plus, Champlain a poussé ses voyages de découvertes jusque sur le territoire ontarien, ce qui en fait un symbole pour l’ensemble du Canada.

Il faut reconnaître que Maurice Richard n'est plus qu'un lointain souvenir et tous ses records ont été depuis longtemps dépassé. Il faut remonter à la génération de nos grands-parents pour retrouver quelqu'un qui se souvient encore de l'avoir vu jouer! Samuel de Champlain a créé le Canada. Non seulement par son passage en Acadie. Non seulement par la fondation de l'Habitation de Québec (1608). Mais aussi par l'exploration de toute la vallée du Saint-Laurent. Exploration qu'il a poursuivie, par lui-même et par ses explorateurs, jusque sur le territoire actuel de l'Ontario et des Grands Lacs. Comment peut-on mettre à la même hauteur l'œuvre de Champlain aux buts de hockey d’un joueur mythique?

Il est d’ailleurs extraordinaire que ce soient des anglophones qui aient su le mieux évaluer l’entreprise de Champlain. Des anglophones, mêmes Américains. Après la biographie d’Armstrong, comment ne pas célébrer la somme érudite de l’œuvre de David Hackett Fischer, Le rêve de Champlain (Boréal). Les trois derniers paragraphes méritent d’être cités car ils nous montrent que ce que l’historien américain voit en Champlain, c’est ce qui a manqué le plus aux premiers colons de la Nouvelle-Angleterre :
«Champlain disait que le chef doit être prévoyant. Il ne s’agissait pas pour lui de prévoir l’avenir, mais bien de se préparer à l’imprévu dans un monde de dangers et d’incertitudes, d’apprendre à bien discerner les choses à partir d’un savoir incomplet. Par-dessus tout, il s’agissait de prendre une vue élevée des choses dans les projets de grande envergure, et de songer au long terme. Tous ces éléments sont importants dans le commandement selon Champlain, à tel point que c’est cette idée de prévoyance qui apparaît dans la première phrase de son testament. Elle nous aide à comprendre pourquoi il réussissait là où tant d’autres échouèrent.
L’art de commander selon Champlain devait aussi s’appuyer sur une éthique. Un bon chef, écrivait-il, doit "surtout tenir sa parole s’il a fait quelque composition : car celui qui ne la tient pas est réputé lâche de courage, perd son honneur et sa réputation, quelque vaillant qu’il soit". Il croyait que le vrai chef doit traiter les autres avec humanité, qu’il doit "être libéral selon ses commodités et courtois aux vaincus, en les favorisant selon le droit de la guerre", qu’il ne doit jamais "user de cruauté ni de vengeance, comme ceux qui sont accoutumés aux actes inhumains, se faisant voir par cela plutôt barbares que chrétiens, mais si au contraire il use de la victoire avec courtoisie et modération, il sera estimé de tous, des ennemis même, qui lui porteront tout honneur et respect".
La plus grande réalisation de Champlain n’est pas sa carrière d’explorateur, ni sa réussite comme fondateur. Ce qu’on retient de lui, c’est le leadership exemplaire qu’il a mis au service de l’humanité. C’est ce qui a fait de lui une figure d’envergure mondiale dans l’histoire moderne. C’est l’héritage qu’il nous a laissé à tous» (D. H. Fischer. Le rêve de Champlain, Montréal, Boréal, 2011, pp. 613-614).
Et ce qui est encore plus formidable, c’est le fait que les gouverneurs français qui le suivront, jusqu’à la Conquête, parfois avec chance, parfois avec malchance, s’en tinrent aux conseils de Champlain. C’est lui qui enseigna aux autorités royales à traiter avec les Autochtones plutôt que de faire, comme les Jésuites, des «réductions» ou tenter de les «civiliser». Ses stratégies de contact n’ont pas été comme celles des Américains, qui n’ont pas hésité à faire des guerres d’extermination contre certains peuples autochtones; ni des gouverneurs anglais qui, après la Conquête, pensèrent les parquer, comme des bestiaux, sur des réserves sans respecter les accords conclus, ce qui mena à la révolte de Pontiac.

Penser à Champlain, c’est penser à la finesse de l’organisation administrative dans un monde incertain; l’audace de l’exploration d’un immense territoire inconnu; la témérité indispensable même devant des forces supérieures en hommes et en munitions; c’est penser la colonisation, l’encourager; c’est afficher l’humanisme moderne tel qu’exprimé dans les Essais de Montaigne, son contemporain. C’est préparer un territoire sauvage pour permettre à son successeur dans l’affaire, le cardinal de Richelieu, de commencer le véritable peuplement de la vallée du Saint-Laurent, de Québec à Toronto. Maurice Richard, c’est de la pure démagogie d’un gouvernement dans lequel on ne peut rien reconnaître de ce que légua Champlain comme esprit d’administration et comme autorité mesurée. C’est la sauvagerie des foules qui l’emporte avec Maurice Richard; avec Champlain, c’est l’Humanité des honnêtes travailleurs.

Voilà pourquoi nous assistons ici à une usurpation de la mémoire, c’est-à-dire à une fabrication artificielle de la mémoire selon les valeurs ou les intérêts d’une instance sociale et politique dominante. Maurice Richard sert ici de ce qu’on appelle un souvenir-écran. La mémoire d’un individu et de faits, sans doute honorables, mais qui dissimule un autre individu et d’autres faits objectivement plus importants et plus significatifs qui est que le Canada est une création de la société française du XVIIe siècle que les Anglais ont récupéré par la force des armes. Le gouvernement fédéral reprend ici la stratégie coloniale qui apparaît conforme à sa politique de développement économique, basée sur la prédation des ressources naturelles qui sont envoyées ailleurs pour se faire transformer, et sa politique belliqueuse qui est d’être à la remorque de la métropole (devenue les États-Unis) pour se mêler d’affaires qui ne le concernent pas directement. On verra bien comment les Américains traiteront leur allié septentrional lorsque le Canada revendiquera, contre la Russie et contre les États-Unis, sa domination de la route de l’Arctique. Qui vivra verra.
Si le souvenir-écran est une stratégie de l’inconscient, lorsqu’il est planifié sciemment par une institution consciente de son idéologie, planificatrice de sa stratégie, enfin poursuivant une utopie d’un Canada d’illettrés et de citoyens passifs, béats devant des réalisations dont la valeur symbolique dissimule des pertes réelles en termes d’économie et de propriétés, l’usurpation de la mémoire prend une toute autre portée collective. C’est Albert Memmi, celui qui voilà un demi-siècle a brossé les portraits du colonisé et du colonisateur, qui nous a permis de décrire ce phénomène sur une base théorique. Par après, Mohamed C. Sahli, dans son pamphlet Décoloniser l’histoire, portant sur l’usurpation du passé des habitants du Maghreb, a démonté historiquement le processus d’aliénation coloniale contenue dans la théorie exposée par Memmi. Sur ce point, le processus de «recolonisation» amorcée par le néo-libéralisme des puissances d’argent, n’a guère changé depuis lors. Il s’agit d’usurper la mémoire vive de la population qui prend sens dans le discours historique pour la pétrifier dans des commémorations de mémoire morte qui portent sur des fétiches offerts par l’État (la guerre de 1812; Maurice Richard…) Alors que le souvenir de Champlain invite à la conquête du territoire et à son peuplement, les buts de Maurice Richard invitent moins à se surpasser qu’à compter le plus de buts possibles (aujourd’hui, et ce qui n’était pas encore le cas avec Maurice Richard, équivaut à faire du pognon, plein de pognons). Il y a là un rapetissement culturel évident. Aujourd'hui, la vedette sportive est celle qui, comme le Diable boiteux, Talleyrand, pouvait dire dans sa carriole, en serrant les genoux des deux personnes qui l'encadraient, Benjamin Constant et Boniface de Castellane : «Nous tenons la place; il faut y faire une fortune immense, une immense fortune, une immense fortune, une fortune immense!». Aussi, ce rapetissement consiste-t-il à s'investir dans une pensée magique.

Une pensée magique qui s’attache à des individus classifiés de surhommes pour un quelconque exploit (Terry Fox clopinant sur sa jambe; les buts de Maurice Richard; Chris Hatfield dans l’espace jouant du country sur sa guitare, etc.). La compulsion des fortunes est l’utopie du bêtisier Lebel; elle n’invite ni à la prise de possession, ni à la diffusion, ni à l’amélioration humaniste de la condition des Canadiens (et encore moins des Québécois). Maurice Richard n’est pas le sujet de son histoire. Son talent reste sous la tutelle des dirigeants de la Ligue Nationale de Hockey, c’est-à-dire de Clarence Campbell. Quand celui-ci lui interdit de jouer suite à une punition injuste, la foule de partisans s’enflamme et cause une émeute (17 mars 1955) – la première depuis longtemps -, mais Richard est vite appelée à prendre la parole sur les ondes de la radio pour convaincre ses fans de retourner chez eux sans plus de dommages. Ceux qui considèrent cet incident comme étant le début de la Révolution tranquille, conçoivent-ils qu’elle est bien un reflet du retour la queue entre les deux jambes après avoir osé mordiller le mollet d’un dominant? En ce sens, Maurice Richard nous invitait, passivement, à reprendre notre statut d’objet, pour ne pas dire d'une façon plus brutale, d'avorton : «Le colonisé, lui, ne se sent ni responsable ni coupable, ni sceptique, il est hors de jeu. En aucune manière il n’est plus sujet de l’histoire; bien entendu il en subit le poids, souvent plus cruellement que les autres, mais toujours comme objet. Il a fini par perdre l’habitude de toute participation active à l’histoire et ne la réclame même plus. Pour peu que dure la colonisation, il perd jusqu’au souvenir de sa liberté; il oublie ce qu’elle coûte ou n’ose plus en payer le prix. (A. Memmi. Portrait du colonisé, Montréal, L’Étincelle, 1966, p. 93).

Tout autre est le portrait de Champlain qui assume la prise de possession de l’Acadie en souffrant de terribles hivers. L’Habitation de Québec reste une forteresse fragile qui sera prise et détenue pendant trois ans (1629-1632) par les Anglais, les frères Kirke. La compagnie des Cent-Associés aident peu à l’établisse-
ment des colons. Elle aussi, à l’époque, exhibait l’«austérité» pour ne pas livrer les instruments aratoires nécessaires à Guillaume Couillard, gendre de Louis Hébert et ancêtre de notre actuel Premier ministre, pour développer ses lopins de terre. Dans ce temps, comme aujourd’hui, la fragilité du colonisé équivalait à celle du pot de terre. Aussi, sont-ils bien, comme le chantait L’Internationale, ces damnés de la terre. Alors, il ne restera plus, pour les colonisés, ce que Memmi appellent : les valeurs-refuges, c’est-à-dire la famille, les fêtes communautaires et la religion. Bref, aujourd'hui, le spectacle, le spectacle et encore le spectacle. Refoulé du progrès libéral et capitaliste, le colonisé est refoulé dans son passé primitif : «Tant qu’il supporte la colonisation, la seule alternative possible pour le colonisé est l’assimilation ou la pétrification», remarquait justement Memmi (ibid. p. 99). Et pour le tirer de sa pétrification tout en lui interdisant l’assimilation, les institutions coloniales travaillèrent à extirper de lui toutes ses références historiques. D’où que, selon le même auteur, «le colonisé semble condamné à perdre progressivement la mémoire» (ibid. p. 99). C’est là le côté non-dit de la stratégie du bêtisier Lebel. Fait par un colonisé lui-même, il collabore à rétrécir à sa propre mesure, sa vision de l’histoire de ses compatriotes.

Le colonisateur applique, à sa façon, cette autre strophe de L’Internationale : du passé, faisons table rase. Ou plus exactement, «colonisons l’Histoire» : «La cité se met-elle en fête? Ce sont les fêtes du colonisateur, même religieuses, qui sont célébrées avec éclat : Noël et Jeanne d’Arc, le Carnaval et le Quatorze Juillet…, ce sont les armées du colonisateur qui défilent, celles-là mêmes qui ont écrasé le colonisé, et le maintiennent en place et l’écraseront encore s’il le faut» (A. Memmi. Ibid. p. 100). Triste ironie. Ce sera l’une des tâches spécifiques de l’Éducation que la République donnera à ses coloniaux de substituer à leurs héros nationaux, les héros des métropolitains : «…la mémoire qu’on lui constitue n’est sûrement pas celle de son peuple. L’histoire qu’on lui apprend n’est pas la sienne. Il sait qui fut Colbert ou Cromwell mais non qui fut Khaznadar; qui fut Jeanne d’arc mais non la Kahena. Tout semble s’être passé ailleurs que chez lui; son pays et lui-même sont en l’air, ou n’existent que par référence aux Gaulois, aux Francs, à la Marne; par référence à ce qu’il n’est pas, au christianisme, alors qu’il n’est pas chrétien, à l’Occident qui s’arrête devant son nez, sur une ligne d’autant plus infranchissable qu’elle est imaginaire. Les livres l’entretiennent d’un univers qui ne rappelle en rien le sien…» (A. Memmi. Ibid. p. 101).

Ce processus est celui employé par le gouvernement Harper depuis qu’il a sa majorité. Beaucoup se sont laissé prendre par la reconnaissance des Québécois comme étant une «nation» comme une reconnaissance nationale par le gouvernement fédéral, mais cela dans son esprit ne voulait pas dire grand chose de plus qu’une autre nation parmi les nations d’aborigènes. Aussi, le grand spectacle organisé pour célébrer la Conquête du Canada en 1759 a été sur le point de semer l’émeute et il a dû le retirer, préférant investir dans une guerre «rassembleuse», celle de 1812, que la plupart même des étudiants d’histoire avaient oubliée. Le 1er juillet, fête du Canada, n’est pratiquement pas célébré au Québec, le 1er juillet étant la date des déménagements, une semaine après la Saint-Jean-Baptiste qui demeure la fête nationale de la tribu. Bien sûr, si on apprend qui fut Colbert et Louis XV, du moins appartenons-nous à la même ethnie que les colonisateurs. Et c’est le cas de Champlain qui, bien qu’étant Français, reste le Père de la Nouvelle-France et, par le fait même, du Canada. Une génération après, les d'Iberville et les Jolliet seront d'authentiques Québécois (ou Canadiens si vous préférez). Connaissant la soumission de Maurice Richard aux appels des colonisateurs, le recordman du but par match devient vite un héros anglophone (the Rocket) qui célèbre notre domination et notre prolétarisation.

Depuis l’arrivée des Conservateurs à la tête du gouvernement canadien, le culte des savoirs «niaiseux» est en pleine progression. Avec le trio santé des Diafoirus du gouvernement Québécois, dont le plus bête a été nommé ministre de l’Éduction, les savoirs «niaiseux» ont de l’avenir devant eux. Le rejet, taxé d’élitisme, de la culture savante ou critique contribue à l’aliénation de la population à son rapetissement mental. Tout le Canada a dénoncé les coupures opérées par le gouvernement Harper dans la science. L’ancien ministre de la science et de la technologie, Gary Goodyear, était intimement convaincu de la thèse créationniste contre l’Association des communicateurs scientifiques qui défendaient la thèse évolutionniste. Ce qui n’empêche pas la thèse évolutionniste, combattue par les créationnistes, d’être appliquée par ceux-ci pour expliquer la différence «naturelle» entre les riches et les pauvres! Les dinosaures du Parc Jurassique font fureurs dans tous les centres d’achat d’Alberta comme mascottes locales. S’il apparaît si facile de mutiler les sciences pures, comment le détournement de leurs buts peut se révéler d’une banalité désarmante lorsqu’il s’agit de l’histoire et des sciences humaines…

Résister à la reconversion du pont Champlain en pont Maurice-Richard est une lutte de résistance au rapetissement culturel tant des Québécois que des Canadiens. Maurice Richard a déjà son aréna, qu’on lui donne son nom au centre Bell, ce qui enlèverait au moins ces quatre lettres bleues honteuses d’une compagnie qui a toujours su montré qu’elle était un mauvais citoyen corporatif. Là s’arrête son rayonnement. Celui de Champlain couvre toute la Province et même l’Est du Canada. Plus qu’une chicane de noms, c’est une œuvre de réappropriation de notre mémoire et de notre conscience historique; une capacité à classer les événements et les personnages qui constituent le tissu de cette histoire. C’est une résistance surtout à ce néo-colonialisme conservateur et néo-libéral auquel semble contribuer tous les partis politiques, qu’ils soient fédéraux, provinciaux ou municipaux. Si nous avons pu résister à la recréation insipide de la bataille des Plaines d’Abraham, si nous avons peu célébré les cérémonies de la guerre de 1812, nous ne pouvons que refuser l’attribution d’un nom qui ne convient pas à l’entreprise du nouveau pont majestueux entre Montréal et la Rive-Sud, où, pour reprendre un jeu de mot plus profond qu’il n’y paraît, «le nom du Rocket est là pour cacher le Rackett des ponts payants. Si c’est nous qui devons, en dernière instance, payer pour ce pont à la fois par nos impôts, nos taxes et par les tarifs perçus au passage, alors le choix de son nom dépend des Québécois seuls. Il n’en tient qu’à nous soit de s’inscrire dans le bêtisier Lebel, soit à donner à Champlain le pont majestueux qui lui a été refusé voilà soixante ans. Soyons content d’assumer une intelligence historique qui dépasse les faibles capacités d’esprit du cabinet fédéral

Montréal,
4 novembre 2014

jeudi 23 octobre 2014

Les événements d'octobre

Le Parlement et les endroits où ont été commis des gestes «terroristes».
LES ÉVÉNEMENTS D'OCTOBRE

L'amplification des mots, des images, des slogans atteint un niveau qui dépasse la réalité, sinon l'entendement. Toute la journée du 22 octobre 2014, comme aux jours bénis du 11 septembre 2001 où les média ont découvert que les bulletins d'information pouvaient être aussi du grand spectacle, les réseaux de télévision n'ont cessé de montrer en boucles les rares prises de vues de l'attentat commis au Parlement d'Ottawa. À entendre, à voir les journalistes se pâmer sur ces événements, malheureux certes, j'avais l'impression de me retrouver au moment d'un désastre universel. Patrice Roy, à Ici Radio-Canada, ne cessait de répéter qu'aujourd'hui marquait «la perte de l'innocence» du Canada. Et des Canadiens, va sans dire, car le Canada sans les Canadiens, ça n'existe pas. Bien entendu, personne ne se demandait depuis quand le Canada était un pays «innocent», lui qui n'a cessé de fabriquer des armes, dont les terribles mines anti-personnelles, pour les vendre aux acheteurs du monde entier. Mais, reconnaissons-le, ce n'était qu'une des sottises lancées sur les ondes et il dut y en avoir beaucoup que j'ai manquées tout au long de cette journée.

Tel fut l'interminable spectacle avec lequel on nous a gavé pour susciter colère, révolte, indignation, mais rien de véritablement critique ou d'intelligent. Seulement des «émotions à fleur de peau», comme le promet la publicité du Théâtre Jean-Duceppe! Après tout, toute cette agitation était-elle si différente d'un téléroman? Qu'a-it-on vu? Qu'a-t-on entendu? Beaucoup de bruits, beaucoup de rumeurs. On a sans cesse recrée le fil des événements. Un peu passé 10 heures du matin, voici un type chevelu avec un foulard palestinien dissimulant la moitié du visage. Il tire - on apprendra plus tard qu'il l'a tué - un soldat qui fait la garde d'honneur devant «le plus noble monument» d'Ottawa, comme dira en soirée le Premier Ministre Harper. Puis, du cénotaphe à la mémoire du Soldat Inconnu, le voilà qu'il pénètre par la grande porte du Parlement fédéral en déchargeant son arme d'épaule. Il blesse un gardien de sécurité à la cheville. Plus tard, on verra les agents de la Gendarmerie Royale du Canada entrer et suivre le grand corridor qui mène à la bibliothèque du Parlement. Là, on entend une véritable mitraille que l'écho des colonnes néo-gothiques de l'édifice répercute comme si on était en plein champ de tirs. Le quidam est finalement abattu par un sergent d'armes. Dans les faits, rien de plus. Tout le reste n'est que bavardages. Tantôt, l'assassin a un, puis deux complices. On entend des coups de feu dans un centre commercial tout proche. Tous les édifices de la colline parlementaire sont invitées à se barricader et à ne laisser ni entrer, ni sortir personne. Ottawa est à toute fin pratique une cité assiégée.

Évidemment, Patrice Roy n'en sait pas plus que ses téléspectateurs. Il a avec lui des invités, journalistes ou commentateurs, qui remplissent le temps, comme au soir de l'attentat contre Pauline Marois. Son vis-à-vis est le criminologue Stéphane Berthomet - qui a remplacé Michel Juneau-Katsuya, à qui TVA a offert un meilleur contrat et qui a joué le même rôle auprès de Pierre Bruneau -, pour remplir le vide d'information. Il alterne avec Emmanuelle Latraverse qui étire le temps en répétant des lieux communs sur la vie parlementaire les mercredis matins. Pendant ce temps, on voit des policiers, pistolets à la main, courir dans toutes les directions. On voit des cordons jaunes érigés pour bloquer les rues. Un journaliste de la maison est pris dans une alcôve - c'est-à-dire derrière une colonne -, et répète ce dont il a été témoin - il a vu le tireur passer, c'est tout. Enfin, une communication. Avec le trépident sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, qui nous dit qu'il est, avec ses collègues du caucus conservateur, enfermé dans une salle où les gardiens de sécurité leurs ont dit de ne pas bouger. On les devine, enlacés, comme ces petits singes en peluche enlacés. Le Premier Ministre Harper a été évacué dans un endroit protégé, se pressant au plus vite de sortir au point même que ses propres gardes du corps devaient peiner à le rattraper. Détaler comme des lapins ou enfermés comme des rats, voici comment les démocrates entendent mourir pour la patrie.
Évidemment, tant qu'on aura pas meilleure information, on rappellera les incidents de la veille, à Saint-Jean-sur-Richelieu, mon patelin d'origine, où un détraqué qui, dans le stationnement d'un centre d'achat, a foncé sur deux soldats qui allaient manger un beigne au Tim Hortons tout à côté. L'un des soldats est mort, l'autre blessé. Une chasse à l'homme menée par la Sûreté du Québec s'en suit. La fourgonnette du tueur se renverse dans un fossé, l'abruti sort avec son couteau en lançant des phrases célébrant Allah! Là encore la police mitraille ce martyre qui doit s'amuser en ce moment avec les 72 vierges qui le reçoivent au Paradis. Tout cela est ridicule. Tout cela est pathétique. C'est une programmation de mauvais goût le plus indigeste qui soit.

Car après tout, que doit-on comprendre de tous ces événements? Deux convertis à l'Islam; des fanatiques qui auraient voulu combattre dans l'armée du califat (sic!) de l'État islamique, se trouvent bloqués par la saisie de leur passeport par la Gendarmerie, décident de pratiquer la guerre en tuant des soldats ici même, au Canada. Ils sont frustrés de ne pouvoir rejoindre ces tueurs, ces assassins, ces psychopathes du monde entier rassemblés en Syrie et en Irak, qui violent, qui mutilent, qui torturent et qui massacrent présentement les Kurdes pour la vérité d'Allah - qui est, comme par coïncidence -, la leur. Aussi, isolés dans leurs ressentiments personnels, ils décident de tuer des pions. Car, disons-le, le soldat qui s'en va prendre son café Tim Hortons ou le pion placé symboliquement devant le cénotaphe ne sont rien dans l'ensemble des forces qui confrontent le pays avec la situation internationale. C'est sans doute triste et épouvantable pour les parents et amis des deux victimes, mais politiquement, cela n'empêchera rien de rouler comme à son ordinaire. 

L'assassin de Saint-Jean-sur-Richelieu, Martin Couture-Rouleau qui, converti à l'islamisme radical, était devenu Ahmad Rouleau (on devine les plaisanteries : Ahmad Rouleau à peinture, Ahmad Rouleau à asphalte, Ahmad Rouleau à pâte, Ahmad bigoudis - demandez à Sam tous les jeux de mots qu'on peut faire avec Hamad -, ce n'est pas pour rendre sa cause plus sérieuse). L'autre converti, Michael Zahaf-Bibeau est fils d'une fonctionnaire à l'immigration à Ottawa et d'un père d'origine syrienne, ancien restaurateur à Montréal, et détenteur de quelques casiers criminels (affaires de drogues) à Vancouver et à Montréal. Rien d'édifiant là non plus. Alors? Si ce n'est pas pour les 72 vierges, pourquoi ces fous de la gâchette se mettent-ils à tuer des pions pour se faire ensuite mitrailler par les policiers canadiens?

Il est inutile de chercher l'action d'un quelconque réseau derrière tout cela. Ces têtes brûlées n'agissent que par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Comme dans un jeu de dominos, ils s'encouragent les uns les autres. Il est certain que le gouvernement Harper, avec son goût pour le militarisme et les terroristes, a tout intérêt à monter l'affaire en épingle et souhaiter la prolifération de cette peste islamique. Une mitraillade au Parlement, ça vaut mieux qu'un coup de pied de Magnotta! Et pourtant! Nous sommes bien loin des trois morts et des treize blessés de l'attentat du caporal Lortie au Parlement de Québec, le 8 mai 1984. À part le soldat tué devant le cénotaphe et le gardien de sécurité blessé, il n'y a pas eu d'autres morts que l'assassin. Et pourtant! En 1984, on ne disait pas que le Québec «sortait de l'innocence»!

Patrice Vincent, frappé mortellement à St. Jean-sur-Richelieu
Avouons-le nous une fois pour toutes, les Canadiens n'ont pas la fibre terroriste. S'il s'en trouve parmi eux de prêts à donner leur vie pour une cause, ils le feront à l'intérieur d'un cadre militaire bien précis. Les réseaux terroristes, ça ne marche que dans les films américains. Al-Quaïda est un nom donné à un ramassis de musulmans de diverses provenances, en Afrique ou au Moyen-Orient et de plus en plus d'Europe et d'Amérique du Nord; une réalité a posteriori à des événements isolés que l'on a associé pour faire peur à l'Occident. Après, il suffit d'investir ces délires dans notre conscience paranoïde pour donner une emprise à ce croque-mitaine qui n'est pas très loin d'une simple légende urbaine. C'est facile de récupérer des événements épars, comme le geste de Rouleau et celui de Bibeau, les revendiquer et dire qu'ils ont agi pour la plus grande gloire d'Allah! Et que les Canadiens peuvent maintenant craindre puisque leur idiot de Premier Ministre a déclaré la guerre à l'État islamique, qui n'est pas un État et encore moins un califat et n'a d'islamique que la rhétorique pour justifier des camés, des meurtriers, des violeurs et des
psychopathes qui se ramassent en Syrie et en Irak, outillés d'armes qui viennent de Russie ou même de pays occidentaux. Que les journalistes relaient ces informations - qui n'en sont pas -, ajoutent les commérages de
Nathan Cirillo, tué devant le Cénotaphe d'Ottawa
leurs «experts», et l'on devrait être tous à nous barricader dans nos demeures. Or, le même après-midi où se déroulait l'affaire d'Ottawa, je me promenais sur les trottoirs d'une rue commerciale de Montréal, et les gens - qui ne pouvaient pas ignorer ce qui se passait depuis le matin à Ottawa -, n'avaient guère l'air d'en discuter. Ils vaquaient à leurs affaires comme n'importe quel autre jour. Les visages n'étaient pas sombres, comme aux lendemains du 11 septembre. Tout ça leur tombait dessus comme l'eau sur les plumes d'un canard. Pour cette raison, il est important d'écarter les récits ampoulés des média et considérer, pour les terroristes, que les deux pions qu'ils ont tué sont morts pour rien.

Il y a un art de la terreur. Les États procèdent généralement par des mesures extraordinaires; policières, militaires, judiciaires mais toujours arbitraires. La Terreur rouge comme la Terreur blanche sont des terreurs d'État. Mais le vrai terrorisme individuel est celui, imprévisible, ciblé, stratégique. Voilà pourquoi j'ai toujours admiré ces anarchistes du tournant du XXe siècle qui ne niaisaient pas avec le puck. Entre 1890 et 1910, des rois, une impératrice, des premiers ministres, deux présidents de République sont assassinés par des anarchistes isolés. Ces chefs d'État aussi étaient entourés d'une forte sécurité, protégés souvent par des cotes de mailles, isolés des foules. Pourtant, des individus souvent chétifs, parfois tuberculeux comme les deux assassins de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo en 1914, sociopathes le plus souvent, parvenaient à toucher leur cible avec une arme relativement facile à dissimuler. Voilà pourquoi les chefs d'État n'étaient jamais sûrs lorsqu'ils sortaient pour se rendre à une séance du Parlement, à un garden party ou tout simplement en rentrant chez eux le soir, se demandaient s'ils y arriveraient vivants! Si, aujourd'hui, il est si facile de sauter la clôture entourant la Maison Blanche ou d'entrer dans un parlement, aucun président ni premier-ministre n'est tombé sous les balles d'un terroriste ou la lame d'un djihadiste.

Voyez ces fiers anarchistes à l'œuvre! Caserio qui quitte la file contenue des spectateurs, parvient à poser le pas sur le marche-pied du landau présidentiel et plonger son poignard dans le corps du président Sadi-Carnot à Lyon en 1894. Un coup parfait. Et Czolgosz, le pistolet dissimulé dans son mouchoir sensé couvrir une blessure à la main, tirer dans le bide du gros président McKinley. Pas de niaisage là non plus! Les cibles étaient visées par les assassins. Parfois, il s’agit de pur hasard, comme lorsque, déçu de ne pouvoir trouver de cible célèbre, Luigi Lucheni, bouscule l’impératrice Élisabeth, sur un quai à Genève, la poignardant au cœur. La victime ne s’est aperçue qu’à bord du bateau qui avait quitté le quai qu’elle était en train de se vider de son sang! Bien sûr, le petit ouvrier Lucheni n’était qu’un obsessif, mais son crime n’en était pas moins politique. Le roi Humbert Ier d’Italie est abattu, non par un Italien de chez lui, mais par un Italien venu expressément des États-Unis, du New Jersey plus précisément, Gaetano Bresci. Derrière tous ces «fous» demeurent pourtant des vengeurs de l’oppression des classes laborieuses, des lois anti-sociales, ou du moins anti-socialistes. Et le Canada? Épargné dans son innocence? Nenni. il a fallut qu’un fenian, Patrick James Whelan, pour se glisser derrière Thomas d’Arcy McGee - l’un des Pères de la Confédération! - et lui tirer une balle de pistolet dans la nuque pour que le premier acte terroriste contemporain se déroule au Canada. Il mourra dans les bras de John A. Macdonald qu’il venait à peine de quitter. D’ailleurs, tout au long de cette journée du 22 octobre, on pouvait voir les policiers tournoyer autour de sa statue érigée sur la colline parlementaire! Évidemment, aujourd’hui, personne ne pensait à lui pour rappeler qu’il s’est commis des actes de terrorisme au Canada (souvent visant un ambassadeur étranger, tel celui de Turquie par un Arménien, il y a quelques années)! C’était nouveau. C’était inusité. C’était enlevant. Il se passait enfin quelque chose de sérieux à Ottawa. 

Cette inhabilité s’était déjà vue lors des événements d’Octobre 1970. Pouvez-vous m’expliquer qu’allait faire cet imbécile de Lanctôt avec ses jeunes petits-bourgeois du groupe terroriste F.L.Q. (Front de Libération du Québec) en allant enlever un attaché commercial de bas niveau? Dénoncer le symbole de l’oppres-
sion britanni-
que? Voyons donc! Dans ce cas-là on enlève un consul ou un ambassadeur, comme il se faisait en Europe ou en Afrique du Nord lors de la décolonisation! Un attaché commercial, c’était peu risqué pour nos terroristes d'opérette. Les terroristes québécois sont un mélange paradoxal de courage et de couardise, à l’image de tous les oxymorons baroques qui caractérisent tant notre peuple. Courage, car ça en prend pour foncer sur deux soldats et entraîner derrière soi une cohorte d’autos-patrouilles en sachant qu’on ne sortira pas vivant de cette situation, comme «Ahmad» Rouleau! Mais il faut être en même temps peureux pour ne pas cibler rien de mieux que deux soldats allant aux beignes! 

Même les frères Rose, qui ont commencé par «revendiquer l’exécution» de Pierre Laporte, moins d’un mois après l’enlèvement de l’attaché commercial Cross, ils ont dû faire machine arrière en avouant que c’est par accident que le ministre libéral était mort, s’étouffant avec la chaîne au cou par laquelle les deux «assassins» tentaient de le retenir tandis qu’il essayait de se libérer de ses agresseurs. L’inaptitude et l’incompétence aux gestes terroristes ne pouvaient trouver aveu plus grotesque. Voilà pourquoi l’UQAM a sans doute engagé plus tard «l’exécuteur» pour donner des cours en travail social!

Un terroriste intelligent sait qu’on ne frappe pas une population au cœur, et encore moins un État. Car l’État n’a pas de cœur. Il est ce «monstre froid» dont parlait Nietzsche! Voilà pourquoi les dictateurs, les faiseurs de pronunciamiento ou les commanditaires de coups d’État, depuis Jules César jusqu’aux généralissimes Franco et Pinochet, ces Dupond-Dupont de la torture sadique, savent qu’un État, ça se décapite. C’est la tête qu’il faut viser. Les bourgeois de la Révolution anglaise comme de la Révolution française ont obtenu l'abaissement du despotisme avec les têtes de Charles Ier et de Louis XVI; Lénine et les Soviétiques ont fait assassiner froidement le Tsar et toute la famille impériale. Nos anarchistes, plus haut, ne visaient pas des soldats ou des policiers, mais des rois et des présidents. Certes, la réaction ne se faisait pas attendre. Après l’assassinat de Sadi-Carnot, le nouveau président français, Casimir-Périer, fit voter les lois intolérables; le nouveau président, Théodore Roosevelt, qui succéda à McKinley, fit régner la terreur de son gros bâton contre les organisations syndicales et anarchistes, comme l’International Worker of the World, l’I.W.W. Macdonald ne s’inquiétait pas d’une rébellion populaire des Canadiens puisque Phelan avait tué McGee parce qu’il l’accusait d’avoir trahi la cause de l’indépendan-
ce irlandaise. Les événe-
ments d’octobre 1970 ont créé une situation qui a sidéré les Québécois pour les cinq années suivant les grandes rafles de l’hiver 70. Mais en 1976, ils portaient un gouvernement indépendantiste au pouvoir. Ce qui est venu après, c’est une autre histoire.

Voilà pourquoi je dis que nous assistons depuis quelques jours à un ensemble de gestes erratiques, sans aucune véritable planification d’une quelconque organisation occulte. La facilité avec laquelle Stephen Harper lui-même a laissé les Canadiens s’équiper d’armes d’épaule, en relâchant le cordon du registre des armes à feu, le sert maintenant, même si un malheureux soldat y a perdu la vie. Les coupures de financement aux services policiers a également permis à Rouleau de s’enfuir dans la nature après avoir menti sur un retour sur sa foi islamiste. S’il y a un responsable de tout ce qui vient de se passer, c’est lui. Ce sont ses politiques, tant intérieures qu’extérieures, qui ont permis que de tels crimes se passent sous nos yeux. Ce n’est pas l’innocence que le Canada vient de perdre, c’est la campagne électorale de l’an prochain que Harper vient de gagner en misant sur la démagogie des poubellistes de radio, de télévision et de journaux. Et en cela, tous les Canadiens sont effectivement les perdants

Montréal
23 octobre 2014



vendredi 22 août 2014

L'entrée du virus Ebola au Québec

Son agent, Yves Bolduc
Notre ami, le virus Ebola
 











L’ENTRÉE DU VIRUS EBOLA AU QUÉBEC

Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler les hommes…

HENRI HEINE, Almansor, 1821

On savait depuis longtemps que c’était un imbécile. On l’avait vu gérer le ministère de la Santé dans le gouvernement de Jean Charest après la démission de Philippe Couillard. La clarté de ses intérêts lui a permis de  s’enrichir de $ 210.000 lors de son furtif passage dans l’opposition durant les 18 mois du gouvernement du Parti Québécois. Comme la vierge qui s’est depuis longtemps condamnée à la putasserie, il a réfuté les assertions de trafic de bénéfices indus sous l’amour du travail. Un tel dévouement - ou un tel dévoiement - lui permettait de prendre une quantité de patients appropriée à la médecine à la chaîne. Il a soulevé le haut-le-cœur parmi ses confrères qui voyaient là une faute déontologique impardonna-
ble. Et puisque Couillard l’a forcé à rendre une partie de cet argent, faut-il croire que le médecin-ministre était aussi honnête et sincère qu'il le prétendait? Avec le docteur Yves Bolduc, on est loin du serment d’Hippocrate – qu’il n’a sans doute jamais lu. Puis, lorsque le nouveau Premier-ministre Couillard l’a rappelé au gouvernement pour lui donner, en guise de consolation, le ministère de l’Éducation, le docteur Bolduc a décidé de faire des enfants du Québec un double portrait de lui-même.

Pour justifier ses coupes dans le domaine de l’Éducation, le docteur Bolduc n’a qu’à se cacher derrière la burka libérale de l’Austérité. Comme s’il n’y avait plus aucune richesse au Québec et que nous étions endettés à un point tel que les huissiers internationaux attendaient à la porte pour débarquer, demain matin, dans les chaumières des Québécois pour liquider leurs actifs et les disperser aux quatre coins du monde comme esclaves. Répétons-le, la dette est un fantasme. Elle est comme le tabernacle de jadis qu’on ouvrait pour y découvrir la présence de Dieu et s’apercevoir que la cabane était vide! Les «chaînes de papiers», dont parlait Solon, quand même considéré comme l’un des neuf sages de l’Antiquité, sont devenues plus pesantes que des boulets de fer attachés aux pieds des gouvernement et, avec eux, à leurs populations. Et tant que le commun des mortels croira à cette farce concoctée par les milieux financiers pour détourner le régime démocratique et imposer leur diktat sur les finances des États, il est prêt à écouter la sirène néo-libérale et s’étrangler avec le mythe de la dette. C’est ainsi que Jean Charest nous a refiler cette lourde plaisanterie qu’est le fonds des générations, inventée pour répondre aux pressions terroristes des milieux financiers. Le trio économi-
que du gouverne-
ment, ces trois Stooges de la débandade que sont Martin Coîteux, Carlos Leitão et Philippe Couillard, impose aux ministères des compressions absurdes que n’exigent même plus ni la Banque mondiale, ni le Fond monétaire international (qui commencent à comprendre qu’au niveau économique, le monde est passé à autre chose qu’à ces mesures privatives et inefficaces). Comme on retarde toujours dès qu’il s’agit de problématiques économiques, le gouvernement du Québec s’attarde aux vieilles solutions ignobles du temps de Lucien Bouchard. Et ce brillant ministre de l’Éducation emboîte le pas, évidemment, sans se poser plus de question.

La journaliste Mélanie Loiselle pose ainsi l’état de la situation : 
«La grande majorité des bibliothèques scolaires du Québec risque de voir leur budget d’achat de livres diminué de moitié, voire entièrement coupé pour l’année 2014-2015. Selon ce qu’a appris Le Devoir, les commissions scolaires ne sont maintenant plus obligées d’injecter le 7 $ par élève exigé auparavant par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) pour l’acquisition de livres. Et nombreuses sont celles qui ont choisi de ne plus investir, au point de faire craindre le pire à l’industrie du livre au Québec.

Le portrait semble catastrophique à l’échelle du Québec, plusieurs commissions scolaires ont choisi de couper quasi entièrement les sommes attribuées à l’acquisition de livres dans leurs bibliothèques”, rapporte Lyne Rajotte, qui siège au conseil d’administration de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec.

Dans la foulée des compressions budgétaires, les commissions scolaires ont dû couper, ces dernières semaines, dans divers programmes, dont le Plan d’action sur la lecture mis sur pied en 2005. Dans ce plan, le gouvernement s’était engagé à offrir une enveloppe de 8,3 millions de dollars par année, en plus d’exiger aux commissions scolaires d’en faire autant pour regarnir les bibliothèques. Dans les faits, le ministère donnait 9 $ par élève aux commissions scolaires si elles investissaient, elles aussi, 7 $ par élève pour l’achat de livres destinés à leur bibliothèque.
Or, cette condition ne s’applique plus si on se fie au document Règles budgétaires pour l’année scolaire 2014-2015 des commissions scolaires.On s’était battu ces dernières années pour avoir une enveloppe dédiée à l’achat de livres. Mais ce sont maintenant les commissions scolaires qui vont décider ou pas d’investir”, note Marie-Hélène Charest, présidente de l’Association pour la promotion des services documentaires scolaires».
Certes, que l’industrie du livre au Québec s’inquiète, et surtout du manuel scolaire, cela va de soi. Surtout que la «patente» des manuels scolaires est une vieille source de favoritisme politique. Comme l’asphaltage de routes. Mais les bébelles électroniques qui ont envoûté Jean Charest l’ont déboulonnée. Les fameux TBI, ces Tableaux Blancs Interactifs, qui ont coûté une petite fortune dans la «modernisation» de l’enseignement, s’avèrent des jouets capricieux qui amusent plus qu’ils n’instruisent. Quand on investit dans ce genre de jouets, c’est bien évident qu’il reste moins d’argent pour l’essentiel, je parle des enseignants et des livres. Ce n’est pas là faire preuve de modernité et d’adaptation technologique, c’est purement et simplement passer des contrats payants à des compagnies de production de ces tableaux-jouets anti-pédagogiques (anti-pédagogiques, car au lieu de stimuler la concentration chez l’élève ils suscitent la dispersion et la diversion) qui, en retour, contribuent à la caisse électorale du Parti Libéral. Pour le reste, rien n’a changé. Les résultats sont toujours aussi décevants et la «magie» de la normalisation des notes dissimulent toujours plus d’ignorance des gradués… jusqu’à l’Université y compris.

Mais l’insulte ajoutée à l’outrage sort de la bouche même du ministre :
«Le ministre de l’Éducation Yves Bolduc ne voit aucun problème à ce que les commissions scolaires coupent dans les achats de livres pour leurs bibliothèques. Dans un contexte de restrictions budgétaires, il soutient que ce n’est pas à lui de dire où les commissions doivent couper et qu’elles peuvent faire leurs propres choix. Un discours en apparence contradictoire avec celui de la ministre de la Culture, Hélène David, qui a promis d’aider l’industrie du livre, grandement dépendante des ventes scolaires.
L’achat de livres dans les bibliothèques n’est donc pas essentiel pour le ministre de l’Éducation? “Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s’empêcher de lire, parce qu’il existe déjà des livres [dans les bibliothèques], affirme le ministre Bolduc, en ajoutant que les commissions scolaires n’ajouteront seulement pas de livres dans leur collection et achèteront moins de nouveautés littéraires ces prochaines années. “J’aime mieux qu’elles achètent moins de livres. Nos bibliothèques sont déjà bien équipées. […] Va dans les écoles, des livres, il y en a, et en passant, les livres ont été achetés l’an passé, il y a 2 ans, ou 20 ans.”»
Ces répliques montrent assez l’ineptie de la personnalité du ministre et son incurie en tant que détenteur d’une fonction aussi importante que celle de ministre de l’Éducation. Une bibliothèque n’a jamais assez de livre. C’est un principe de base de la liberté. Liberté de connaître, liberté de penser, liberté de conscience et liberté d’action. C’est en véritable ministre du Soviet Suprême que pense Bolduc. Ensuite, les bibliothèques du Québec – et la Bibliothèque nationale en premier – sont peut-être parmi les seules dans le monde à liquider sur le marché leurs fonds de réserve. Dans cet esprit, les bibliothèques du Québec deviennent tout simplement des librairies commerciales et font défection à leur mission première : la conservation du trésor national (qui ne se limite pas à la production locale mais à l'ouverture sur l'universel). À cela s’ajoute cette barbarie qui consiste à mutiler les livres, à les empoisonner de flux d’hémoglobines d’encre des marqueurs couleurs verte, rouge ou bleue afin de souligner, souvent de la première à la dernière ligne du livre, ce qu’on pense être l’important du contenu. Cette pratique ne fait que démontrer l’incapacité de lire des utilisateurs qui ne savent distinguer les idées principales des idées secondaires. Comme l’espérance de vie d’un livre est plutôt assez courte, ces pratiques de vandalisme finissent par être coûteuses. Sans compter qu’elles entravent la vieille discipline de copier sur des fiches (même informatiques) les extraits, idées, citations que l’on veut retenir d'une lecture pour un travail ou pour son agenda personnel. Du temps où l’on considérait «La bibliothèque : un instrument de travail», aujourd’hui, celle-ci n’est plus qu’un cimetière à bouquins où l’on trouve des jouets cassés pour se distraire.

Au moment où la grande «philanthrope» Lucie Chagnon meurt d’Alzheimer après avoir joué avec ses livres à colorier dans sa baignoire, les «pensées» du ministre Bolduc nous montrent comment l’analphabétisme est honoré au Québec. Les Québécois, en général, ont une relation défectueuse avec les livres. Le rapport à l’objet a toujours été un problème fondamental dans la psychologie de notre nation. Celui aux livres est aussi grave que le rapport que les Américains ont avec la culture et la connaissance. À l’impératif clérical de la censure qui a tant fait mal au journalisme critique, à la littérature poétique et romanesque non religieuse, voire même aux livres de science, la légèreté d’esprit qu’Alice Chagnon et Yves Bolduc appréhendent le livre est foncièrement pathologique. Un livre n’est pas un jouet. Il n’est pas là pour nous divertir ou nous apporter la paix de l’esprit. Ce n’est pas une «chose» qui se limite à sa valeur d’usage. Le livre, bien avant l’argent, est la base de la valeur d’échange. L’échange d’informations, depuis les vieux rouleaux qui constituaient la Bibliothèque d’Alexandrie aux codex reliés vélins et cousus et maintenant aux livres reproduits par des méthodes de photocopies plutôt que d’imprimerie, passe par des objets qui sont comme les sépultures des tombeaux d’auteurs. Marquer un livre équivaut à profaner une sépulture. Le livre ne fait pas que transmettre des idées, des informations ou des pensées, il contient généralement une weltanschauung, une vision du monde (celle de l’auteur, celle de son époque), ce qui se traduit plus difficilement par le médium informatique.

Est-ce à dire que le médium informatique est moins valable qu’un livre? Non, mais il y a une limite à ce qu’il peut traduire en termes de qualité et de complétude des savoirs. Semblable à la revue plus qu’au livre, ses capacités techniques créent une médiation divertissante, limitée et souvent superficielle. Un article d’un blogue ressemble plus à un article d’une revue populaire, d’un quotidien ou d’une revue spécialisée. Voilà pourquoi aux yeux de Bolduc, une patente à gosses comme le TBI est un choix plus pertinent qu’un livre. Opinion d’ignare diplômé.

Évidemment, une telle «opinion» a fait bondir les bibliothécaires des écoles :
«“Je suis vraiment ahurie de voir que cet homme est notre ministre de l’Éducation, lance Lyne Rajotte, qui siège au conseil d’administration de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec. “Dire qu’il y a beaucoup de livres dans les écoles, c’est mal connaître notre réalité et surtout celle des régions qui ont de plus petits budgets et qui ont toutes les misères à avoir des livres pour couvrir toutes les matières d’apprentissage.” Mme Rajotte mentionne que les bibliothèques scolaires jouent un rôle fondamental pour donner le goût aux enfants de lire en leur proposant des œuvres littéraires jeunesse de qualité. Elle a peine à croire que le ministre Bolduc ne considère pas l’achat de livres comme une priorité “Et avec le taux d’analphabétisme, il faut être gonflé pour dire ça.”»
C’est dire que ce médecin si travaillant lorsqu’il s’agit d’entendre le bruit de la castonguette ne met pas la même ardeur au travail lorsqu’il se livre à sa tâche de ministre de l’Éducation. Après le passage des Marie Malavoy et Pierre Duchesne durant les mois de gouvernement du Parti Québécois, qui avaient tenté d’amorcer une restauration du ministère de l’Éducation laissé en bien piteux état par dix années de gouvernance libérale, l’arrivée de Yves Bolduc est comparable à celle du virus Ebola dans un organisme déjà mal nourri et mal soigné.
Mélanie Loiselle du Devoir poursuit : 
«N’empêche, le ministre Bolduc martèle que les commissions scolaires sont obligées de faire des choix et quece n’est pas toujours au ministrede leur dire quoi faire. Il reconnaît toutefois que cette situation est loin d’être idéale, mais qu’il faut s’attendre à ce qu’il y ait des impacts dans un contexte budgétaire difficile.Faire le choix de ne pas acheter de livres, ça peut donc être un choix acceptable des commissions scolaires, dit-il».
Voilà la petite culotte économique qui vient masquer l’essentiel de l’incurie du Parti Libéral à agir en gouvernement responsable de la société et non seulement des intérêts d’une minorité dominante colonisatrice qui loge de plus en plus à l’extérieur du Québec. À l’exemple du mythe de la Grande Noirceur, il s’agit de former les porteurs d’eau qui serviront de main-d’œuvre (SI NÉCESSAIRE) au développement de la business. Le résidu inemployable de population surnuméraire n’aurait pas droit - pas plus que Malthus le pensait en son temps - de demeurer au banquet de la nature. Il serait donc incorrect, aujourd’hui, d’accepter que le gouverne-
ment dépense pour elle puisqu’elle ne servira à rien dans la production économique de l’avenir. Voilà comment l’aliénation de l’Éducation à l’Économique enseigne la déshumanisation et la brutalisation du monde. La logique avec laquelle Bolduc considère l’importance des livres pourra très bien s’appliquer alors : nous n’avons pas besoin de plus de population et nous pouvons la limiter à la baisse, voire s’en remettre à liquider un surplus passif. Comme le disait Henri Heine, un auteur inconnu de la bibliothèque du Parti Libéral : «Là où l’on brûle des livres, on finit par brûler des hommes». Comme le suggère Mme Loiselle, l’attitude de Bolduc demeure celle d’un gros paresseux aux idées courtes et à l’opportunisme étroit :
«En fait, le ministre laisse aux commissions scolaires le soin d’évaluer leurs besoins et leurs priorités en précisant qu’une enveloppe globale de 293 millions de dollars est disponible pour répondre aux besoins des élèves. Cette nouvelle enveloppe budgétaire appelée “mesures d’appui” peut servir à financer autant l’aide au devoir que le programme de sensibilisation à l’entrepreneuriat et que l’acquisition de livres dans les bibliothèques scolaires».
Qu’a-t-on à faire de la «sensibilisation à l’entrepreneuriat» au niveau primaire? Et même secondaire? Finit la tête bien formée de Montaigne; ce qu’on veut, ce sont des têtes pleines de chiffres, de management, d’entrepreneurship, de gouvernance, d’empowerment et tutti quanti. L’association de la cupidité et de la bêtise conduit à un «pragmatisme» vain, sans valeur et dont le but est d’offrir des fantasmes de certitudes qui pallient aux variables de l’existence. À l’exemple des sociétés totalitaires, nos gouvernements néo-libéraux font passer les intérêts particuliers des meneurs au détriment des intérêts de la collectivité. Ce léninsme politique anti-démocratique apparaît comme une sénilité qui risque de produire aujourd’hui ce qu’il a produit pendant soixante-dix ans en Russie : une stagnation qui a transformé une culture en fossile-vivant où le stakhanovisme appliqué méritait sa prime d’effort au travail. C’est ainsi que le docteur Bolduc voit d’ailleurs la médecine : un atelier de réparation de corps humains. Et comme on répare de moins en moins les objets défectueux pour les remplacer par des nouveaux, il est symptomatique que la première mesure votée par le nouveau gouvernement libéral soit le projet de loi «mourir dans la dignité». Pourquoi ne pas donner aux jeunes filles une prime à l’avortement, ça irait tellement dans la logique compulsive financière et absurde du gouvernement? 

Le ministre Bolduc non seulement agit comme un irresponsable – ce que l’on constatait depuis son accès au ministère avec l’avortement de la réforme de l’enseignement de l’histoire mise en place au cours du bref mandat minoritaire du Parti Québécois -, mais en plus, il opère comme un agent nocif. Au Québec, le virus Bolduc purge notre cerveau comme le virus Ebola purge le corps des malheureux Africains :
«Comme le rapportait Le Devoir, jeudi, le gouvernement s’était jusqu’ici engagé à offrir une enveloppe de 8,3 millions de dollars par année, en plus d’exiger aux commissions scolaires d’investir 6,7 millions de dollars pour regarnir les bibliothèques. Or, rien n’oblige désormais les commissions scolaires à utiliser leurs budgets pour l’achat de livres. Avec les compressions exigées par le gouvernement Couillard, la majorité des commissions scolaires ont donc décidé d’amputer une partie de leur budget pour l’acquisition de livres. La Commission scolaire de Kamouraska–Rivière-du-Loup nous a, entre autres, a [sic!] confirmé qu’elle avait décidé de couper 30 % son budget d’achat pour les bibliothèques. La Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles a aussi laissé savoir à un libraire qu’elle n’aurait aucun budget, cette année, pour garnir ses bibliothèques.»
Or, le manque à gagner des libraires sera compensé par un montant que la ministre de la Culture, Hélène David, va distribuer aux commerçants. À quoi sert une politique d’«austérité», si l’on donne de la main gauche ce que l’on retire de la main droite? Si la politique libérale entend sauver le commerce du livre (déjà fluet) et que le ministre de l’Éducation accepte que des Commissions scolaires coupent dans l’approvisionnement en livre, la mesure apparaît dans toute sa netteté : il s’agit d’une mesure d’acculturation volontaire. La justification économique tombe ici et laisse dévoiler l’obscénité du gouvernement Couillard. Disons-le, depuis la réforme Fournier en 2005, du temps du premier gouvernement Charest, la liquidation de l’enseignement d’une culture distincte propre à un peuple distinct est dans la mire du Parti Libéral du Québec. L’abolition des cégeps, suggérée par les Jeunes Libéraux, s’inscrit dans ce processus d’assimilation à l’américanisme. La gouvernance libérale agit comme une méningite sociale qui finira par ramener une population incertaine dans un climat de barbarie sous les apparences d’une consomma-
tion tout azimut. Toute cette paresse, toute cette vision médiocre et haineuse de soi, irres-
pectueuse de soi, de sa propre progéniture, sont tout simplement écœurantes. Un homme comme Bolduc devrait être éradiqué comme on tente d’éradiquer le virus Ebola de l’Afrique noire car, avec des hommes comme lui, le Québec s’apprête à retomber dans une noirceur encore plus grande que celle qu’on attribue au gouvernement Duplessis, pourtant plus éclairé que les gouvernements Charest et Couillard en matière de financement des écoles et des laboratoires.

Il ne s’agit plus de chanter «Débarrassons-nous des Libéraux». Le temps de ces enfantillages est passé. Devant les maladresses du gouvernement Marois, la population québécoise a préféré la contami-
nation libérale à la quête d’alternatives nouvelles aux partis périmés ou lunatiques (C.A.Q et Québec Solidaire). En annonçant la victoire d’un gouvernement libéral majoritaire le 4 avril dernier, les téléjournaux annonçaient que la vingt troisième heure venait de sonner pour l’avenir des Québécois. Tous les moyens seront désormais bons pour sauver le patient qui se meurt de la contamination du virus Bolduc

Montréal
22 août 2014