mardi 23 décembre 2014

Luka Magnotta versus la dinde de Noël


«Le plus beau moment de l'amour, c'est lorsqu'on monte l'escalier». Georges Clemenceau
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 LUKA MAGNOTTA VERSUS LA DINDE DE NOËL

Pendant que la dinde décongèle au micro-onde et que maman prépare la farce, toute la famille  reste suspendue aux lèvres de la speakrine de Radio-Canada ou de TVA afin de savoir quel sera le sort que le jury réservera à Luka Rocco Magnotta, le dépeceur du malheureux chinois Lin Jun à Montréal au début de l’été 2012. Inutile de rappeler toute la saga de l’affaire qui est bien connue. Ramené manu militari d’Allemagne, où il s’était fait prendre dans un cybercafé, poussé dans un avion affrété par le gouvernement du Canada – Stephen Harper n’avait pas apprécié qu’un pied de la victime se soit retrouvé dans un colis suspect aux bureaux du Parti Conservateur -, cette image du jeune homme, insensible à son sort, menotté, pressé entre les officiers de police et la peau presque aussi verte que son T-shirt est la dernière qui nous ait été transmise de Magnotta. Le fusain des dessinateurs nous présente un type qui est loin de lui ressembler. Des chroniqueurs d’affaires bizarres écriront sans doute dans un siècle que, comme le Christ ou Louis XIV, il y aurait eu substitution et que Magnotta courrait encore dans les ruelles de Montréal à dépecer des chatons et des pédés.

Comme Magnotta a reconnu sa culpabilité dans le meurtre filmé de l’étudiant chinois, le procès a été essentiellement une suite de dépositions visant à distinguer si le meurtrier était véritablement en pleine possession de ses moyens mentaux lorsqu’il a commis le crime. Derrière le procès criminel se tient un tout autre procès, parallèle, et qui explique les difficultés des malheureux membres du jury. Un procès entre la conduite morale et le comportement psychologique. Car il ne suffit pas de dire que Magnotta est un psychopathe ou un sociopathe (on confond souvent les deux, mais il y a une certaine différence), encore faut-il qu’il ait été en mesure de distinguer le bien du mal au moment de la commission du crime, et cela nous ramène à un autre procès fort médiatisé, celui de Guy Turcotte. La sentence du juge dépend du verdict du jury, et toute l’attente tient à savoir si  Magnotta finira ses jours en prison sans possibilité de libération, ou s’il se trouvera interné en institution psychiatrique avec promesse de suivre un traitement et, éventuellement, retourner à la société tant il est difficile de le considérer comme criminel dangereux puisque nous ignorons s’il aurait continué à commettre d’autres crimes. Psychopathe oui, tueur en série, non.

Les quatre verdicts offerts par le juge Cournoyer sont : non criminellement responsable, ce qui veut dire que Magnotta ne saisissait pas la portée morale de son acte, incapable de distinguer le bien du mal; coupable de meurtre prémédité, ce qui veut dire qu’il était parfaitement conscient de la portée morale de son geste et qu’il avait ourdi le piège où s’est trouvé prise sa victime; coupable de meurtre non prémédité, ce qui veut dire qu’il aurait agi sur un coup de tête, emporté par une folie passagère (c’est la similitude avec le cas Turcotte), enfin coupable d’homicide involontaire, ce qui voudrait dire que le tout est un accident de parcours, que le jeu entre Magnotta et Lin Jun aurait dépassé la convention des deux amants. En fait trois des verdicts le mèneraient en institution psychiatrique. Tout tourne donc autour de la santé mentale de l’accusé au moment où le crime a été commis. Comme Jeanne d’Arc, entendait-il des voix? Comme Turcotte a-t-il été pris d’une folie meurtrière? La chimie de son cerveau était-elle déficiente au moment du crime ou bien, et c’est la thèse de la Couronne, Magnotta n’est-il qu’un narcissiste qui tenait à épater la galerie des média sociaux en commettant un geste monstrueux qui soit authentique et non pas simulé? Comment douze pauvres bêtes qui ont passé des semaines pénibles à écouter tout ce qu’un spécialiste venait démolir d’un autre spécialiste pourraient-ils trancher en la matière, pressés qu’ils sont entre la fatigue et les festivités de Noël?

En plaidant coupable, Magnotta s’est donné toutes les chances de s’en tirer avec le moins de mal possible. Il est entendu que la vie en institution, même isolée, serait moins pire que dans une prison où aucun délit commun ne voudrait se voir associé à ce psychopathe. Voilà pourquoi l’accusation a cherché par tous les moyens de prouver qu’il mentait; qu’il feignait la maladie qu’il aurait hérité génétique-
ment de son père; qu’il a toujours été en pleine possession de ses moyens et a toujours su distinguer le bien du mal dans la commission du crime. Magnotta savait que poignarder et décapiter est mal et interdit par la loi; qu’il avait décidé en pleine conscience la commission de cet acte et qu’en le commettant sciemment, il avait prémédité le mal et devait en supporter la responsabilité et ses conséquences. En fait, vaguant dans un univers de cinéma, de pornographie et de violence, il aurait été inspiré par la première scène du film Basic Instinct, sorti en 1992, dans laquelle on voit un homme lié aux montants du lit par les poignets se faire larder de coups de pic à glace par la femme qui le chevauche au moment de l’orgasme. Le procureur de la couronne voulait même faire visionner cette scène au jury, mais la défense s’y est opposée considérant que la scène était «trop violente» pour les malheureux jurés qui en avaient vu d’autres. De sorte que le juge Cournoyer a préféré épargner au jury le visionnement de ce film à rebondissements et à scandales.

Évidemment tout tournait autour de trois éléments du crime : le pic à glace et le foulard blanc, communs au film et au crime et le miroir suspendu au plafond qui est l’œil par lequel on voit se commettre le crime dans Basic Instinct. Il est vrai également que l’homme sacrifié par Sharon Stone dans le film, Johnny Boz, était joué par un modèle porno Bill Cable, qui fut victime, quelques années plus tard, d’un violent accident de moto (1996) et mourut en 1998 de ses blessures. Magnotta, grand consommateur de films, connaissait Basic Instinct, mais le vrai problème est le suivant : tous ceux qui ont vu cette scène du film et qui a dû attirer un grand nombre de psychopathes, ont-ils recopié cette scène dans la réalisation de leur fantasme criminel? Ce type de comportement sadique se retrouve dans bien des films porno hard et qui ont probablement été tous visionnés par Magnotta. C’était un argument peu convaincant en soi qu’apportait la Couronne, à l’image de ceux qui accusent la télévision ou les jeux vidéos d’encourager le comportement violent des enfants et des adolescents. Là encore, il y a plus de légendes urbaines dans tout cela que de réalités statistiques véritables de relations de causes à effets.

Tout récemment, le spécialiste français des serial killers, Stéphane Bourgoin, a publié un xième livre sur le sujet : Qui a tué le Dahlia Noir? Après le romancier James Ellroy (pour qui ce meurtrier serait le même qui avait tué sa mère), le policier-enquêteur à la retraite Steve Hodel (pour qui le meurtrier serait papa), enfin l’enquêteur et romancier Don Wolfe qui cible la mafia comme à l’origine de ce crime sordide, Bourgoin nous dit qu’avec lui, l’énigme est enfin résolu et qu’en étudiant le modus operandi du meurtrier du Dahlia Noir, ce serait le même qu’on surnommait le Boucher fou de Cleveland, appelé aussi the Cleveland Torso Muderer. Ce tueur en série non identifié a sévi dans le quartier misérable de Kingsbury Run, à Cleveland, Ohio, entre 1934 et 1938. Surnommé Torso, il tuait par décapitation puis tranchait les mains et les pieds de ses victimes, rendant difficile leur identification. Treize victimes, hommes et femmes, lui sont imputés mais seulement deux d’entre elles ont pu être identifiés : un jeune homme, Edward Andrassy et une femme Fio Polillo. L’affaire est même confié à l’enquêteur du F.B.I. le plus coté de l’époque, Eliot Ness, qui est nommé Safety Director de Cleveland. Celui-ci va faire un tel gâchis que jamais l’on parviendra à identifier formellement cet assassin.

J’ignore si Torso est l’assassin du Dahlia Noir, autant laissé à Bourgoin le soin de développer son analyse. C’est le personnage de Torso lui-même qui doit ici nous interpeller. Avant l’ère des média sociaux et de l’appareil avec lequel Magnotta a filmé son crime avant de le lancer dans la tweetosphère, Torso savait que le meilleur moyen de saisir la population, c’était d’offrir à la presse des corps démembrés à déguster au petit déjeuner. Au début des années 30, Cleveland, ville alors prospère peuplée de 900 000 habitants, est heurtée par la crise économique. «Le ravin connu sous le nom de Kingsbury Run est comme une cicatrice qui défigure downtown Cleveland, la partie basse de la ville. Profond de vingt mètres à divers endroits, le lit de cette ancienne rivière asséchée est traversé par une trentaine de lignes de chemins de fer reliant les usines locales à des cités telles que Pittsburgh, Chicago ou Youngstown. Pendant la Dépression, Kingsbury Run sert de refuge aux innombrables camps de chômeurs et de vagabonds, ainsi que de terrain de jeux pour les enfants. On compte ainsi six immenses bidonvilles, rien qu’à Kingsbury Run. Vers le milieu des années 1930, ce lieu devient le point central d’un des plus célèbres "cold cases" des annales criminelles américaines» (S. Bourgoin. Qui a tué le Dahlia Noir?, s.v. Ring, Col. Murder Ballads, 2014, p. 241). C’est dans ce décor, déjà sordide, que le premier corps est découvert par un fouilleur de détritus, ou plutôt la moitié inférieure du corps d’une femme, le 5 septembre 1934. Elle restera connue sous le sobriquet de La Dame du Lac. Tous ce que les enquêteurs recouvreront, ce sera le tronc de la victime. C'est à partir de ce jour qu'on commencera à donner le surnom de Torso au meurtrier. Les jours qui suivent, d’autres morceaux de corps émergent des marais. Un an plus tard, presque jour pour jour, deux autres corps – ceux d’hommes cette fois – sont découverts nus et décapités dans un endroit semblable. L’autopsie révélera que le plus vieux des deux est mort 5 heures après le plus jeune. On ne trouve aucune trace de sang sur les corps qui ont été lavés. L’un d’eux est identifié, c’est celui d’Edward Andrassy, 29 ans, connu des policiers pour un nombre incalculable de délits mineurs. Son cadavre a été émasculé. Bisexuel, alcoolique, joueur invétéré, querelleur et batailleur, c’est un infirmier dans un institut psychiatrique. Ce qui est horrible dans ce cas, c’est que le meurtrier a décapité sa victime au couteau alors qu’elle était encore vivante. Comme le corps de l’autre individu, qui est mort de manière identique, n’a pu être identifié, on s’en tient à mener l’enquête à partir d’Andrassy.

Ici, ce n’est pas une vidéo, mais une série de clichés qui font surgir le suspens du crime : «Les enquêteurs concentrent leurs efforts sur la personnalité d’Edward Andrassy, ses (mauvaises) fréquentations et les rumeurs qui indiquent qu’il a cocufié bon nombre de maris. Dans les dernières semaines de son existence, il reste terré au domicile familial, craignant visiblement pour sa vie, mais ne se confie à personne. La meilleure piste provient d’une malle qui contient ses effets personnels où l’inspecteur Peter Merylo trouve quatre négatifs non développés. Une fois les photos tirées, on reconnaît Andrassy qui pose, vêtu de ses plus beaux atours, dans un décor kitsch avec des estampes des femmes à moitié dénudées et une lampe japonaise. Les quatre clichés sont publiés dans la presse locale, avec un appel à témoins : "Reconnaissez-vous cette pièce, avec la victime du ‘Tueur aux torses’?" Le lendemain, John Moessner, un célibataire endurci de cinquante-six ans, se présente pour déclarer qu’il est l’auteur de ces quatre photographies qui datent de plusieurs années…» (ibid pp. 247-248). Ce Moessner est un type louche. Lui aussi a été arrêté pour sodomie et la police le détient un certain temps jusqu’à ce que l’enquête menée à son sujet se révèle non concluante.

La découverte suivante est encore plus horrible : «Le dimanche 26 janvier 1936, il règne un froid polaire sur Cleveland, un temps glacial qui perdure depuis des semaines, avec des températures qui avoisinent en permanence les moins dix à moins vingt degrés. Le quartier qui englobe Central Avenue et East 20th Street a perdu de sa splendeur depuis des décennies, avec ses petites usines, quelques rares commerces, des bâtiments à l’abandon et des habitations désuètes qui côtoient de nombreuses maisons closes. Les rondes des différents veilleurs de nuit ne remarquent rien de particulier. Vers six heures du matin, des voisins de l’usine Hart Manufacturing Plant, au 2315 East 20th Street, entendent plusieurs chiens aboyer furieusement, avant que le silence ne retombe comme une chape de glace. Puis les animaux reprennent leur sérénade. Une femme, excédée, se décide à affronter le froid pour voir de quoi il s’agit. Elle fait le tour de l’usine Hart pour découvrir deux paniers en osier qui reposent dans la neige près d’un mur d’enceinte en briques. Elle examine rapidement le contenu qui est empaqueté dans du papier, avant d’emprunter une allée qui mène au White Front Meat Market, au 2002 Central Avenue. Elle aperçoit Charles Page, le propriétaire de la boucherie, et lui annonce qu’elle a trouvé des jambons derrière chez Hart. Page se précipite sur place, car il croit que sa boutique a été cambriolée. Il se rend compte que les deux paniers contiennent des membres humains gelés.

Ving-cinq minutes plus tard, plus d’une vingtaine de policiers sont déjà sur place. Le torse inférieur d’une femme, le bras droit, deux cuisses et la main droite sont enveloppés dans des pages de papier journal du Cleveland Plain Dealer du 11 août 1935 et du Cleveland News. Un technicien de laboratoire de police prend des clichés de la main, avant que le corps ne soit conduit à la morgue à treize heures. Une demi-heure plus tard, la victime est identifiée : Florence Polillo, une prostituée de quarante et un ans, alcoolique et qui fréquente les bas-fonds de Cleveland. Son casier judiciaire mentionne plusieurs arrestations en 1931 et 1934, non seulement à Cleveland, mais aussi à Washington D.C.…» (ibid. pp. 249-250).

Fio Polillo possède quantité d’identités diverses selon les comtés ou les états où elle a déjà été arrêtée. Alcoolique invétérée, elle est bien connue à Cleveland. Son torse montre des traces de mutilations au niveau des organes génitaux. De plus, comme Andrassy, elle a été décapitée vive avec un couteau. Sa tête ne sera jamais retrouvée. Au mois de juin suivant, on retrouve la tête d’un homme enroulée dans des vêtements ensanglantés. Lui aussi aurait été décapité vivant. Puis un autre corps nu d’un homme tatoué qui semble avoir été tué sur place. Puis d’autres cadavres, surtout des hommes dont certains émasculés, sont retrouvés au cours des mois suivants. Un véritable cirque médiatique envahit Cleveland. Sept cadavres ont été découverts depuis la première femme trouvée dans le lac. À la fin de 1936, alors que la panique s’empare progressivement de Cleveland et que l’on parle d’un nouveau Jack l’Éventreur, le maire de Cleveland place Ness en charge de l’enquête, jouant un doublet avec l’officier Merylo. En février 1937, une deuxième Dame du Lac est découverte dans le même lac que la première. D’autres morceaux de femmes et d'hommes tués et découpés seront retrouvés au cours de l’année 1937. Les têtes de même que les mains apparaissent rarement, d’où la tâche quasi impossible à l’époque d’identifier les cadavres. Le boucher n’est pas toujours un maître dans la découpe. Parfois, sa main semble hésiter avant d’être saisie par la fureur. Ainsi, de cette femme dont le rapport d’autopsie en mai 1938 dit : «La victime a été décapitée vivante. Le meurtrier n’a pas réussi à couper entièrement la tête. Il l’a arrachée à mains nues» (ibid. pp. 285-286). Sur d’autres corps, on retrouve une véritable opération chirurgicale digne de Jack l’Éventreur. Ainsi sur le cadavre de cet homme où «la décapitation est beaucoup plus hésitante», mais dont  «Il a éventré la partie inférieure du torse pour en retirer tous les organes internes. Puis il a découpé de manière très propre la poitrine pour en ôter le cœur, à la base de l’aorte. Aucun de ces organes ne sera jamais retrouvé» (ibid. p. 282). Le Boucher de Cleveland a véritablement mérité le surnom que la presse lui a donné. Et pour le faire savoir, le prochain meurtre sera encore plus spectaculaire.

Le 16 août 1938, trois ouvriers afro-américains trébuchent sur des blocs de béton auprès desquels un empilage de vêtements, de papiers et de restes humains dégage une forte odeur de putréfaction : «Vers seize heures qua-
rante-cinq, les inspecteurs Peter Merylo et James Hogan sont sur les lieux, accompagnés du légiste Samuel Gerber. Pourtant habitués à visiter les scènes de crime du "Boucher", les policiers sont choqués par l’effroyable vision qui s’offre à eux. Un torse humain est enveloppé dans une première couche de papier marron, du même type que celui qu’utilisent les bouchers, puis dans une veste d’homme déchirée, une couverture en patchwork coloré et cousue main enrobant le tout. Enfoui à l’abri des rocs et sous le tronc, le même papier de boucher contient les cuisses, maintenues ensemble par un gros ruban en caoutchouc. À un mètre cinquante de là, un paquet similaire entoure la tête coupée. Un peu plus loin, un carton laisse entrevoir les pieds et les bras. Deux sacs en toile et une page arrachée de Collier’s Magazine du 5 mars 1938 sont également repérés près des restes. Pour la première fois depuis la sixième victime, le serial killer a laissé un corps entier» (ibid. pp. 287-288).

L’autopsie révèlera qu’il s’agit d’une femme blonde. Une heure plus tard, un autre corps en décompo-
sition, celui d’un homme cette fois, est signalé par un couple au bord du lac. Le Boucher de Cleveland accélère le rythme de ses meurtres. C’est alors que, de son côté, Eliot Ness passe à l'action, et elle sera terrible : «Deux jours plus tard, le 18 août 1938, Eliot Ness décide qu’il faut une opération d’envergure pour rassurer les habitants de Cleveland. Il est minuit quarante lorsqu’il dirige en personne une fouille et une rafle de tous les vagabonds qui peuplent les bidonvilles de Kingsbury Run. Vingt-
cinq inspecteurs mènent des dizaines d’agents en uniformes pour réveiller en sursaut les S.D.F. afin de les amener dans les différents commissariats. De gigantesques projecteurs installés sur des camions de pompiers illuminent cette scène dantesque. Eliot Ness ordonne ensuite la destruction de ces cabanes qui sont brûlés par les soldats du feu. Quelques jours plus tard, un éditorial du Cleveland Press donne le ton : "Le résultat de ce raid du Directeur de la sûreté est proche du néant, il a détruit quelques misérables huttes et mis sous les verrous leurs occupants. Nous ne trouvons aucune justification à un tel acte. Emprisonner sans raison des miséreux et détruire leurs maigres possessions est un acte inexcusable"…» (ibid. pp. 289-290). Inutile de dire que ce coup de force médiatique n’a rien donné et Ness aura toujours plus de succès dans la guerre aux gangs que dans la poursuite d’un tueur en série.

Enfin un suspect est arrêté, un maçon. Frank Dolezal. Il avoue pour ensuite se rétracter. On le retrouvera pendu dans sa cellule. Les analyses effectuées infirment les aveux de Dolezal. C’est un autre coup manqué pour la police. Et le Boucher fou, pendant ce temps? Il envoie un message au chef de police Matowicz de Cleveland lui disant qu’il prend des vacances en Californie! Un dernier cadavre, en effet, est retrouvé en août 1938. Ensuite, plus rien. Du moins, pas avant 1950 où un dernier cadavre , celui d’un homme décapité, est retrouvé en juillet. Il s’agit d’un type connu de la police, Robert Robertson. Où était-il entre 1938 et 1950? Pour Bourgoin, il ne fait aucun doute qu’il alla commettre quatre crimes identiques en Pennsylvanie et, en 1947, à Los Angeles, le meurtre de Elisabeth Short (le Dahlia noir), dont le corps dénudé fut trouvé, découpé en deux et possédant plusieurs mutilations à la bouche, au sein et aux organes génitaux.

Le boucher fou de Cleveland est plus qu'une vulgaire imitation de Jack l'Éventreur : il en est un émule qui a su hisser au plus haut niveau le crime sadique parfait. D'où la fascination qu'il exerce, même encore aujourd'hui, avec les romans, le cinéma et la bande dessinée qui ne cessent d'évoquer son fantôme. Il a même suscité en Ontario une imitatrice. Evelyn Dick. Le 16 mars 1946, un groupe de 5 enfants découvrent, le long d'un escarpement appelé la Montagne, à Hamilton, un tronc humain. La tête, les bras et les jambes sont manquants et une profonde blessure à l'abdomen laisse présager qu'on a voulu couper le tronc en deux. On parvient à identifier les restes comme ceux appartenant à John Dick, un conducteur de train. Des traces de brûlures laissent présager que l'assassin aurait tenté de brûler le tronc dans une fournaise. Il apparut que Evelyn Dick avait un âge mental de 13 ans et se trouvait impliquée dans d'autres relations, ce qui aurait créé une tension dans le couple. Durant l'enquête, à la résidence du 32 Carrick Avenue, on découvrit au grenier une valise beige contenant les restes momifiés d'un enfant mâle, Peter David White, un enfant qu'Evelyn aurait eu d'un matelot stationné durant la guerre en Europe et dont on a aucune preuve de l'existence. Evelyn avoua alors aux policiers qu'un certain Bill Bohozuk, un prétendant évincé, avait tué l'enfant et John Dick. On trouva des trous de balles, un revolver et des munitions, des scies et les souliers ensanglantés qui appartenaient à John Dick au sous-sol de la résidence de Donald MacLean, le père d'Evelyn. Bohozuk et MacClean furent accusés et reconnus coupables du meurtre de Dick et de l'enfant tandis que, condamnée, Evelyn Dick échappa à la pendaison en purgeant une peine de détention jusqu'en 1958 lorrsqu’elle fut relaxée de la prison pour femmes de Kingston et se fit oublier. Mais la légende ne l'oublia pas. On a fait un film mélodramatique sur sa vie, et une chanson populaire à double sens vulgaire qui a même été endisquée en 1989 par le groupe Forgotten Rebels.
You cut off his legs...
You cut off his arms...
You cut off his head...
How could you Mrs Dick?
How could you Mrs Dick?
Il est évident que derrière ce crime isolé plane toujours le fantôme du boucher fou de Cleveland.

Bien sûr, Magnotta n’est pas le Torso de Cleveland, mais ce que nous pouvons apprendre du Torso nous aide à nous faire une meilleure idée de la personnalité psychique de Magnotta. Le coroner Samuel Gerber, qui a procédé aux autopsies des victimes du Boucher, écrit ceci dans un rapport intitulé Quelle sorte de personne est le tueur aux torses? :

«Tous les faits récoltés grâce aux examens anatomiques des victimes, des lieux où les corps ont été découverts et du background de celles qui ont été identifiées me laissent penser qu’elles proviennent des couches les plus défavorisées de la société. Ou qu’elles sont tombées de plus haut, à cause d’accidents de parcours dans leur existence.

En conséquence, le meurtrier doit être une personne qui s’associe avec cette couche de la société. En toute probabilité, il devait fréquenter les sphères les plus élevées, avant de tomber au plus bas. Par le passé, il a pu être un médecin, un interne, un boucher, un ostéopathe, un chiropracteur, un infirmier ou un chasseur, ce qui lui a permis d’effectuer des dissections avec une telle finesse.

L’assassin a gagné la confiance et, probablement, l’amitié de ses victimes avant de les tuer. Ce type de personnes provient de trois catégories différents (1) ceux qui sont réellement fous, tels les paranoïdes, qui vont passer à l’acte à cause de délires de persécution. Le schizophrène tue sans mobile apparent et sans passion. (2) Le psychopathe est aux limites de la démence, ce sont des individus qui ne savent pas différencier le bien du mal. Leur désir de meurtre s’accompagne d’une pulsion sexuelle anormale, comme une certaine forme de perversion. (3) Les faibles d’esprit commettent leurs crimes pour posséder un objet, de l’argent ou quoi que ce soit d’autre, à l’instant où ils accomplissent le forfait.

En me basant sur l’examen anatomique des douze victimes du "Tueur aux torses", l’assassin est probablement un schizophrène, si l’on considère le sang-froid (nécessaire) de sa méthode de tuer, de disséquer les restes et d’en disposer par la suite. Lors des premiers crimes, il y a eu des mutilations génitales et il est concevable que le meurtrier appartienne à ce groupe borderline de la folie, le psychopathe constitutionnel» (ibid. pp. 312-313).

Nous n’en saurons pas tellement plus sur le Boucher de Cleveland, même si le récit de Bourgoin nous conduit à des suspects identifiés mais peu susceptibles d’être les auteurs de ces nombreux assassinats. Ce que le coroner Gerber écrit sur Torso est à peu près ce que les psychiatres sont venus dire devant le jury au procès Luka Rocco Magnotta. Les victimes de 1936-1938 sont d’abord des victimes de la vie pour ne pas dire de la crise et probablement que l’assassin partageait avec ses victimes une même ambivalence sexuelle et une même déchéance socio-économique. Malgré ses déclarations selon lesquelles Magnotta aurait été hétérosexuel, il est bien connu que partout où il passait, il se tenait dans les quartiers gays. Escorte et acteur de films pornos, issu lui-même d’une famille dysfonctionnelle, Magnotta est un être déchu vivant dans un monde déchu. Il est plus un personnage de roman à qui manque la conscience dostoievskienne de son propre drame qu’un paranoïaque nécrophile. La schizophrénie a été évoquée par les psychiatres des deux partis pour dire que Magnotta entendait des voix, tout comme son père; que son narcissisme était inassouvissable, qu’il n’éprouvait aucune émotion ni devant le plaisir ni devant la souffrance. Sa personnalité est glacée comme la mort. Il n’a pas su manier le couteau avec la dextérité du Torso. Il n’a pas été jusqu’à conserver ou distribuer des morceaux de viande humaine comme Fritz Haarmann le boucher du Hanovre (1923-1925) qui avait opéré une décennie plus tôt en Allemagne, ni Jeffrey Dahmer le Cannibale de Milwaukee (1978-1991). Le cannibalisme de Magnotta qui se découpe une tranche de fesse relève du Guignol puisqu’on ne le voit pas la manger. De même, on ne le voit pas émasculer le cadavre car ce n'est pas à la virilité qu'il s'en prend mais à la tête, siège de la pensée, de l'esprit, de l’unité de l'Être. Le Torso était un psychopathe accompli. Travaillait-il dans un wagon réfrigéré garé sur une voie latérale d’une des nombreuses lignes de chemins de fer ou dans l’une ou l’autre des maisons luxueuses de Cleveland pour venir, en auto,, la nuit, se débarrasser des cadavres nettoyés en les balançant dans le Kingsbury Run, s’arrangeant pour conserver des «trophées» et faire en sorte que jamais les corps ne puissent être entièrement reconstitués? Tous ces démembrements de corps et le plaisir de décapiter vivante la victime et de la dépecer a aussi son air de rituel satanique. Plus sérieusement, surtout dans un cas de schizophrénie où la double personnalité du Torso se révèlerait tantôt méthodique dans le travail chirurgical des corps, tantôt hystérique dans le démembrement est une métaphore de la personnalité éclatée, déchiquetée et dont le rituel de la décapitation vive renverrait à une façon de mimer l’excision du lieu de pouvoir du corps : la tête.

L’un des films pornos qui m’ait été donné de voir de Magnotta le montre se faisant sodomiser par un asiatique. Toute la mise en scène séquentielle de One lunatic, one ice pick est également une méta-
phore de la person-
nalité psycho-
pathologique de Magnotta. Lui, placé devant la caméra veut maintenant passer derrière, mais c’est impossible, aussi est-ce son fantôme qui est derrière l’appareil pendant que lui-même renverse les rôles. Il est vêtu et sa victime est nue; il agit en mettant en scène sa victime réduite à la passivité, droguée, à demi consciente, comme un acteur qui exécute tout ce que le metteur en scène lui demande. Tout cela sous l’affiche montrant Ingrid Bergman dans Casablanca, offert comme un sublime hommage à l’icône d’un âge du cinéma bien loin de nous maintenant. «Tourné» dans un appartement sordide de la partie la plus sordide du quartier Côte-des-Neiges, le court-métrage pourrait être aussi un hommage à B.T.K., Dennis Rader, un tueur en série qui sévissait entre 1974 et 1991 dans la région de Wichita, au Kansas. B pour ligoter, T pour torturer et K pour tuer. Après tout, y a-t-il autre chose de plus dans le film de Magnotta?

Oups! Maman entend la cloche du four micro-onde qui lui dit que la dinde est décongelée. Ne reste plus qu'à la préparer. Au même moment, le jury paraît devant le juge, les avocats, l'accusé et prononce le verdict de culpabilité avec préméditation. Comme dans le cas de Paul Bernardo, le jury de Montréal s'est prononcé sur la responsabilité du tueur en série. Bernardo était un psychopathe beaucoup plus puissant et avancé dans le crime que Magnotta qui n'y avait mis pourtant qu'un pied! Paul Bernardo enlève, le 15 juin 1991, Leslie Mahaffy, âgée de 14 ans, la viole, la torture et l’étrangle. Il démembre son corps et le coule dans des blocs de ciment jetés dans le lac Gibson près de Saint Catherines en Ontario. Puis, c’est au tour de Terri Anderson, 14 ans également. Par après, il enlève Kristen French avec l’aide de son épouse Karla Homolka, qu’il viole, torture et étrangle. Il devient le violeur de Scarborough. Bernardo sera finalement arrêté pour 43 viols et agressions sexuelles. On découvrira par après des vidéos qu’il avait tournées de ses crimes, y compris de ses meurtres avec la complicité de Karla Homolka. Il n’y a pas jusqu’à Tammy, 15 ans, la propre sœur d’Homolka, à avoir été droguée, violée et morte après s’être étouffée dans son vomi. Autre personnalité narcissique, Bernardo, comme Magnotta, aime changer de noms. En 1995, il est devenu Paul Teale. Autant de noms pour autant de personnalités? La peine de mort étant abolie au Canada, Bernardo/Teale a été condamné à la prison à perpétuité et déclaré criminel dangereux, ce qui le condamne à l’isolement pour le reste de ses jours, un peu comme Charles Manson. Cette affaire remonte à plus de 20 ans et n’a pas cessé de ressurgir périodiquement dans les affaires publiques.

Les longues délibérations du jury montrent combien la psychopathologie des grands criminels rend difficile le partage entre la Psyché et la morale. Ce procès devrait nous amener à nous poser les questions suivantes : Sommes-nous tous plus à même de vraiment distinguer le bien du mal «hors de tous doutes raisonnables»? Le Socius repose sur les institutions, les lois, le droit qui ne sont que des visions de l’esprit humain que des gouvernants interprètent et appliquent selon des standards tout à fait relatifs, d'où la question suivante : sont-ils réellement en mesure de vraiment distinguer le bien du mal «hors de tous doutes raisonnables» dans les prises de décisions dont les effets s'imposeront à une partie ou à l'ensemble de la collectivité? Politiciens, technocrates, hommes d'affaires et de culture demandent régulièrement la confiance aveugle de la part des citoyens; si leur vertu morale est souvent plus que douteuse, qu’en est-il de leur équilibre psychique? Le machiavélisme suppose une éviction de tout dilemme moral et malgré leur prétention à gouverner pour le bien de la majorité, on sait que ce machiavélisme étroit perce derrière chaque décision, chaque geste des gouvernants. Et les collectivités elles-mêmes, ne peuvent-elles pas devenir psychopathes d’une manière ou d’une autre? À la façon dont les civilisations se conduisent, il y a matière à se poser de sérieuses questions. Il ne faut pas attendre que des intoxications fanatisées, comme il y en a eues sous le nazisme et les com-
munismes ou dans des tribus ethniques d’Afrique ou du Moyen-Orient, se radicalisent pour que la communauté interna-
tionale se mobilise et intervienne afin d’éradiquer les maladies psychiques des collectivités. On ne peut risquer de précipiter la communauté universelle dans des guerres et des terrorismes sanglants inutiles sous prétexte que l’une ou l’autre de ses classes, de ses nations, de ses sectes, a le droit de persécuter les membres de sa collectivité au mépris des droits humains à l’intégrité physique et morale. Là où la pathologie mentale sévit dans une collectivité, elle sévit dans l’ensemble de la Cité terrestre. Le jury au procès Magnotta, après avoir minutieusement étudié les avis contradictoires des experts, a conclu qu’il était livré à lui-même et a marqué un grand X sur tous ces rapports, se livrant à ce que Descartes considérait comme la chose la mieux partagée au monde : le bon sens. Les relations entre les minorités dominantes, la majorité silencieuse et l’intermédiaire des gouvernants apparaissent souvent aussi malsaines que les relations d’un Magnotta avec l’univers fantaisiste ambiant de la société du spectacle dans laquelle il se mouvait. Les corruptions universalisées, les conflits d’intérêts mesquins, les idéalisations de fantaisies religieuses ou idéologiques toxiques courent les corridors des Parlements, nichent au creux des ordinateurs des systèmes policiers, gangrènent les shows aliénants appelés à conditionner cette masse silencieuse. Il règne dans One lunatic, one ice pick une atmosphère d’AUSTÉRITÉ MORBIDE qui n’est pas loin de ressembler à certains slogans politiques machiavéliques qu'entendent appliquer des dirigeants occidentaux actuels. Il conviendrait au bon sens de savoir si ces positions morales reposent peut-être sur des motivations que le jury a trouvé inacceptables dans le cas d’un individu, alors, pourquoi en serait-il autrement pour la conduite des institutions humaines?

En cette fin d’année 2014, je considérerai toujours l’ex-lieutenant-gouverneur Lise Thibault comme plus criminellement responsable que Luka Rocco Magnotta. Magnotta n’aura abusé que de la confiance d’un seul individu alors que Lise Thibault, et ceux qui ont été derrière elle pour la pousser au fauteuil prestigieux de chef de l’État québécois, auront abusé de la confiance de toute une population. Ce qui a été bon pour pitou doit être également bon pour minou⌛

Montréal,
22 décembre 2014

mardi 4 novembre 2014

L'irrésistible bêtisier Lebel ou l'usurpation de la mémoire canadienne

Projet du futur pont reliant Montréal à la Rive-Sud.
L'IRRÉSISTIBLE BÊTISIER LEBEL OU L’USURPATION DE LA MÉMOIRE CANADIENNE

Le ministre – j’éviterai de le titrer d’honorable, ce qui ne convient pas à quelqu'un d'aussi peu de mérites – Denis Lebel, ministre de l’Infrastructure, des Collectivités et des Affaires intergouverne-
mentales, en plus d’être ministre de l’Agence de développement économi-
que du Canada pour les régions du Québec, est, comme vous pouvez le constater, un ministre-ramasse poussières. Cette autre invention des électeurs de Roberval qui, depuis, se sont donner Philippe Couillard député libéral au Parlement de Québec et en même temps Premier ministre de la province, est en charge des décisions prises par Harper et les ministres seniors du cabinet fédéral pour la construction du nouveau pont qui doit relier Montréal à la Rive-Sud, en remplace-
ment du pont Champlain que les ingénieurs et les constructeurs de l’époque ont bâclé pour que son espérance de vie se trouve abrégée de 50 ans! Cette première fraude à partir des fonds publics en appelle donc une autre, la construction d’un nouveau pont qui, dans l’esprit de cette bête à Lebel, devra porter le nom de son héros d’enfance, le hockyeur Maurice Richard.

Ce secret de Polichinelle a été révélé par le journal La Presse, le 2 novembre 2014. La conférence de presse pour annoncer cette nouvelle formidable est prévue pour le 9 décembre (le 9 étant le numéro à jamais du Rocket, Maurice Richard dans l’équipe du Canadien de Montréal). Le fils de l’heureux lauréat aurait même été prévenu qu’une grande nouvelle au sujet de son père serait annoncé d’ici peu. Bref, le bêtisier Lebel est en mouvement. Il faudra beaucoup de détermination et de résistance pour que cette nouvelle usurpation de la mémoire des Québécois ne réussisse à s’imposer tant la démagogie des Conservateurs est puissante et l’ignorance des Québécois de leur histoire est fatale.

Ce faux objet de débats va encore créer des réactions acrimonieuses contre des fantômes de l’Histoire. Voilà pourquoi ce n’est pas Maurice Richard la cible de ma vindicte, mais ces faux-jetons d’un cabinet ministériel constitués d’illettrés et de mythomanes. La qualité de la représentation québécoise du gouverne-
ment conservateur passe pour du menu fretins sans éclat, d’insipides personnages comme Maxime Bernier de la Beauce; d’arriérés mentaux comme Christian Paradis, du sénateur qui tient toujours son bout de corde pour se pendre, avec Pierre-Yves Boisvenu, et enfin de grossiers narcissistes comme Denis Lebel. Cet homme, très honorable, qui a confronté de la manière la plus méprisante les pécheurs de l’Est du Québec face aux tripotages qui ont mené aux coupures odieuses de l’assurance-chômage (l’emploi est toujours douteux, mais le chômage, lui, est bien certain). Lorsqu’il y a de la sale job à faire au Québec, Lebel est toujours le bras droit fidèle de Stephen Harper. Cet esprit infantile n’a aucun sens de la dignité (comment le pourrait-il?), et si on lui suggère, par démagogie pour s’attirer le vote des électeurs québécois au scrutin d’octobre 2015, de donner le nom de Maurice Richard au nouveau pont, comment ne sauterait-il pas sur l’occasion.

Pourquoi le fait de conserver le nom de Samuel de Champlain au pont qui joint les deux rives du Saint-Laurent s'impose-t-il contre la vedette du hockey? D’abord par la suite des noms donnés aux autres ponts de la Rive-Sud. Victoria, le plus vieux, est baptisé ainsi en l’honneur de la reine de Grande-Bretagne et de ses colonies au milieu du XIXe siècle; Jacques-Cartier, afin de commémorer le quatre centième anniversaire de la découverte du Canada (1934); Mercier, en l’honneur du Premier ministre libéral du Québec à la fin du XIXe siècle. Le nom de Champlain s’imposait donc lorsqu’un peu avant 1960, le gouvernement fédéral décida de la construction d’un pont plus large, qui répondrait à l’augmentation du trafic routier entre la métropole et les banlieues de la Rive-Sud. Champlain, comme Cartier avant lui, s'était rendu à Montréal et avait navigué dans les eaux tumultueuses du fleuve aux abords de l’archipel. De plus, Champlain a poussé ses voyages de découvertes jusque sur le territoire ontarien, ce qui en fait un symbole pour l’ensemble du Canada.

Il faut reconnaître que Maurice Richard n'est plus qu'un lointain souvenir et tous ses records ont été depuis longtemps dépassé. Il faut remonter à la génération de nos grands-parents pour retrouver quelqu'un qui se souvient encore de l'avoir vu jouer! Samuel de Champlain a créé le Canada. Non seulement par son passage en Acadie. Non seulement par la fondation de l'Habitation de Québec (1608). Mais aussi par l'exploration de toute la vallée du Saint-Laurent. Exploration qu'il a poursuivie, par lui-même et par ses explorateurs, jusque sur le territoire actuel de l'Ontario et des Grands Lacs. Comment peut-on mettre à la même hauteur l'œuvre de Champlain aux buts de hockey d’un joueur mythique?

Il est d’ailleurs extraordinaire que ce soient des anglophones qui aient su le mieux évaluer l’entreprise de Champlain. Des anglophones, mêmes Américains. Après la biographie d’Armstrong, comment ne pas célébrer la somme érudite de l’œuvre de David Hackett Fischer, Le rêve de Champlain (Boréal). Les trois derniers paragraphes méritent d’être cités car ils nous montrent que ce que l’historien américain voit en Champlain, c’est ce qui a manqué le plus aux premiers colons de la Nouvelle-Angleterre :
«Champlain disait que le chef doit être prévoyant. Il ne s’agissait pas pour lui de prévoir l’avenir, mais bien de se préparer à l’imprévu dans un monde de dangers et d’incertitudes, d’apprendre à bien discerner les choses à partir d’un savoir incomplet. Par-dessus tout, il s’agissait de prendre une vue élevée des choses dans les projets de grande envergure, et de songer au long terme. Tous ces éléments sont importants dans le commandement selon Champlain, à tel point que c’est cette idée de prévoyance qui apparaît dans la première phrase de son testament. Elle nous aide à comprendre pourquoi il réussissait là où tant d’autres échouèrent.
L’art de commander selon Champlain devait aussi s’appuyer sur une éthique. Un bon chef, écrivait-il, doit "surtout tenir sa parole s’il a fait quelque composition : car celui qui ne la tient pas est réputé lâche de courage, perd son honneur et sa réputation, quelque vaillant qu’il soit". Il croyait que le vrai chef doit traiter les autres avec humanité, qu’il doit "être libéral selon ses commodités et courtois aux vaincus, en les favorisant selon le droit de la guerre", qu’il ne doit jamais "user de cruauté ni de vengeance, comme ceux qui sont accoutumés aux actes inhumains, se faisant voir par cela plutôt barbares que chrétiens, mais si au contraire il use de la victoire avec courtoisie et modération, il sera estimé de tous, des ennemis même, qui lui porteront tout honneur et respect".
La plus grande réalisation de Champlain n’est pas sa carrière d’explorateur, ni sa réussite comme fondateur. Ce qu’on retient de lui, c’est le leadership exemplaire qu’il a mis au service de l’humanité. C’est ce qui a fait de lui une figure d’envergure mondiale dans l’histoire moderne. C’est l’héritage qu’il nous a laissé à tous» (D. H. Fischer. Le rêve de Champlain, Montréal, Boréal, 2011, pp. 613-614).
Et ce qui est encore plus formidable, c’est le fait que les gouverneurs français qui le suivront, jusqu’à la Conquête, parfois avec chance, parfois avec malchance, s’en tinrent aux conseils de Champlain. C’est lui qui enseigna aux autorités royales à traiter avec les Autochtones plutôt que de faire, comme les Jésuites, des «réductions» ou tenter de les «civiliser». Ses stratégies de contact n’ont pas été comme celles des Américains, qui n’ont pas hésité à faire des guerres d’extermination contre certains peuples autochtones; ni des gouverneurs anglais qui, après la Conquête, pensèrent les parquer, comme des bestiaux, sur des réserves sans respecter les accords conclus, ce qui mena à la révolte de Pontiac.

Penser à Champlain, c’est penser à la finesse de l’organisation administrative dans un monde incertain; l’audace de l’exploration d’un immense territoire inconnu; la témérité indispensable même devant des forces supérieures en hommes et en munitions; c’est penser la colonisation, l’encourager; c’est afficher l’humanisme moderne tel qu’exprimé dans les Essais de Montaigne, son contemporain. C’est préparer un territoire sauvage pour permettre à son successeur dans l’affaire, le cardinal de Richelieu, de commencer le véritable peuplement de la vallée du Saint-Laurent, de Québec à Toronto. Maurice Richard, c’est de la pure démagogie d’un gouvernement dans lequel on ne peut rien reconnaître de ce que légua Champlain comme esprit d’administration et comme autorité mesurée. C’est la sauvagerie des foules qui l’emporte avec Maurice Richard; avec Champlain, c’est l’Humanité des honnêtes travailleurs.

Voilà pourquoi nous assistons ici à une usurpation de la mémoire, c’est-à-dire à une fabrication artificielle de la mémoire selon les valeurs ou les intérêts d’une instance sociale et politique dominante. Maurice Richard sert ici de ce qu’on appelle un souvenir-écran. La mémoire d’un individu et de faits, sans doute honorables, mais qui dissimule un autre individu et d’autres faits objectivement plus importants et plus significatifs qui est que le Canada est une création de la société française du XVIIe siècle que les Anglais ont récupéré par la force des armes. Le gouvernement fédéral reprend ici la stratégie coloniale qui apparaît conforme à sa politique de développement économique, basée sur la prédation des ressources naturelles qui sont envoyées ailleurs pour se faire transformer, et sa politique belliqueuse qui est d’être à la remorque de la métropole (devenue les États-Unis) pour se mêler d’affaires qui ne le concernent pas directement. On verra bien comment les Américains traiteront leur allié septentrional lorsque le Canada revendiquera, contre la Russie et contre les États-Unis, sa domination de la route de l’Arctique. Qui vivra verra.
Si le souvenir-écran est une stratégie de l’inconscient, lorsqu’il est planifié sciemment par une institution consciente de son idéologie, planificatrice de sa stratégie, enfin poursuivant une utopie d’un Canada d’illettrés et de citoyens passifs, béats devant des réalisations dont la valeur symbolique dissimule des pertes réelles en termes d’économie et de propriétés, l’usurpation de la mémoire prend une toute autre portée collective. C’est Albert Memmi, celui qui voilà un demi-siècle a brossé les portraits du colonisé et du colonisateur, qui nous a permis de décrire ce phénomène sur une base théorique. Par après, Mohamed C. Sahli, dans son pamphlet Décoloniser l’histoire, portant sur l’usurpation du passé des habitants du Maghreb, a démonté historiquement le processus d’aliénation coloniale contenue dans la théorie exposée par Memmi. Sur ce point, le processus de «recolonisation» amorcée par le néo-libéralisme des puissances d’argent, n’a guère changé depuis lors. Il s’agit d’usurper la mémoire vive de la population qui prend sens dans le discours historique pour la pétrifier dans des commémorations de mémoire morte qui portent sur des fétiches offerts par l’État (la guerre de 1812; Maurice Richard…) Alors que le souvenir de Champlain invite à la conquête du territoire et à son peuplement, les buts de Maurice Richard invitent moins à se surpasser qu’à compter le plus de buts possibles (aujourd’hui, et ce qui n’était pas encore le cas avec Maurice Richard, équivaut à faire du pognon, plein de pognons). Il y a là un rapetissement culturel évident. Aujourd'hui, la vedette sportive est celle qui, comme le Diable boiteux, Talleyrand, pouvait dire dans sa carriole, en serrant les genoux des deux personnes qui l'encadraient, Benjamin Constant et Boniface de Castellane : «Nous tenons la place; il faut y faire une fortune immense, une immense fortune, une immense fortune, une fortune immense!». Aussi, ce rapetissement consiste-t-il à s'investir dans une pensée magique.

Une pensée magique qui s’attache à des individus classifiés de surhommes pour un quelconque exploit (Terry Fox clopinant sur sa jambe; les buts de Maurice Richard; Chris Hatfield dans l’espace jouant du country sur sa guitare, etc.). La compulsion des fortunes est l’utopie du bêtisier Lebel; elle n’invite ni à la prise de possession, ni à la diffusion, ni à l’amélioration humaniste de la condition des Canadiens (et encore moins des Québécois). Maurice Richard n’est pas le sujet de son histoire. Son talent reste sous la tutelle des dirigeants de la Ligue Nationale de Hockey, c’est-à-dire de Clarence Campbell. Quand celui-ci lui interdit de jouer suite à une punition injuste, la foule de partisans s’enflamme et cause une émeute (17 mars 1955) – la première depuis longtemps -, mais Richard est vite appelée à prendre la parole sur les ondes de la radio pour convaincre ses fans de retourner chez eux sans plus de dommages. Ceux qui considèrent cet incident comme étant le début de la Révolution tranquille, conçoivent-ils qu’elle est bien un reflet du retour la queue entre les deux jambes après avoir osé mordiller le mollet d’un dominant? En ce sens, Maurice Richard nous invitait, passivement, à reprendre notre statut d’objet, pour ne pas dire d'une façon plus brutale, d'avorton : «Le colonisé, lui, ne se sent ni responsable ni coupable, ni sceptique, il est hors de jeu. En aucune manière il n’est plus sujet de l’histoire; bien entendu il en subit le poids, souvent plus cruellement que les autres, mais toujours comme objet. Il a fini par perdre l’habitude de toute participation active à l’histoire et ne la réclame même plus. Pour peu que dure la colonisation, il perd jusqu’au souvenir de sa liberté; il oublie ce qu’elle coûte ou n’ose plus en payer le prix. (A. Memmi. Portrait du colonisé, Montréal, L’Étincelle, 1966, p. 93).

Tout autre est le portrait de Champlain qui assume la prise de possession de l’Acadie en souffrant de terribles hivers. L’Habitation de Québec reste une forteresse fragile qui sera prise et détenue pendant trois ans (1629-1632) par les Anglais, les frères Kirke. La compagnie des Cent-Associés aident peu à l’établisse-
ment des colons. Elle aussi, à l’époque, exhibait l’«austérité» pour ne pas livrer les instruments aratoires nécessaires à Guillaume Couillard, gendre de Louis Hébert et ancêtre de notre actuel Premier ministre, pour développer ses lopins de terre. Dans ce temps, comme aujourd’hui, la fragilité du colonisé équivalait à celle du pot de terre. Aussi, sont-ils bien, comme le chantait L’Internationale, ces damnés de la terre. Alors, il ne restera plus, pour les colonisés, ce que Memmi appellent : les valeurs-refuges, c’est-à-dire la famille, les fêtes communautaires et la religion. Bref, aujourd'hui, le spectacle, le spectacle et encore le spectacle. Refoulé du progrès libéral et capitaliste, le colonisé est refoulé dans son passé primitif : «Tant qu’il supporte la colonisation, la seule alternative possible pour le colonisé est l’assimilation ou la pétrification», remarquait justement Memmi (ibid. p. 99). Et pour le tirer de sa pétrification tout en lui interdisant l’assimilation, les institutions coloniales travaillèrent à extirper de lui toutes ses références historiques. D’où que, selon le même auteur, «le colonisé semble condamné à perdre progressivement la mémoire» (ibid. p. 99). C’est là le côté non-dit de la stratégie du bêtisier Lebel. Fait par un colonisé lui-même, il collabore à rétrécir à sa propre mesure, sa vision de l’histoire de ses compatriotes.

Le colonisateur applique, à sa façon, cette autre strophe de L’Internationale : du passé, faisons table rase. Ou plus exactement, «colonisons l’Histoire» : «La cité se met-elle en fête? Ce sont les fêtes du colonisateur, même religieuses, qui sont célébrées avec éclat : Noël et Jeanne d’Arc, le Carnaval et le Quatorze Juillet…, ce sont les armées du colonisateur qui défilent, celles-là mêmes qui ont écrasé le colonisé, et le maintiennent en place et l’écraseront encore s’il le faut» (A. Memmi. Ibid. p. 100). Triste ironie. Ce sera l’une des tâches spécifiques de l’Éducation que la République donnera à ses coloniaux de substituer à leurs héros nationaux, les héros des métropolitains : «…la mémoire qu’on lui constitue n’est sûrement pas celle de son peuple. L’histoire qu’on lui apprend n’est pas la sienne. Il sait qui fut Colbert ou Cromwell mais non qui fut Khaznadar; qui fut Jeanne d’arc mais non la Kahena. Tout semble s’être passé ailleurs que chez lui; son pays et lui-même sont en l’air, ou n’existent que par référence aux Gaulois, aux Francs, à la Marne; par référence à ce qu’il n’est pas, au christianisme, alors qu’il n’est pas chrétien, à l’Occident qui s’arrête devant son nez, sur une ligne d’autant plus infranchissable qu’elle est imaginaire. Les livres l’entretiennent d’un univers qui ne rappelle en rien le sien…» (A. Memmi. Ibid. p. 101).

Ce processus est celui employé par le gouvernement Harper depuis qu’il a sa majorité. Beaucoup se sont laissé prendre par la reconnaissance des Québécois comme étant une «nation» comme une reconnaissance nationale par le gouvernement fédéral, mais cela dans son esprit ne voulait pas dire grand chose de plus qu’une autre nation parmi les nations d’aborigènes. Aussi, le grand spectacle organisé pour célébrer la Conquête du Canada en 1759 a été sur le point de semer l’émeute et il a dû le retirer, préférant investir dans une guerre «rassembleuse», celle de 1812, que la plupart même des étudiants d’histoire avaient oubliée. Le 1er juillet, fête du Canada, n’est pratiquement pas célébré au Québec, le 1er juillet étant la date des déménagements, une semaine après la Saint-Jean-Baptiste qui demeure la fête nationale de la tribu. Bien sûr, si on apprend qui fut Colbert et Louis XV, du moins appartenons-nous à la même ethnie que les colonisateurs. Et c’est le cas de Champlain qui, bien qu’étant Français, reste le Père de la Nouvelle-France et, par le fait même, du Canada. Une génération après, les d'Iberville et les Jolliet seront d'authentiques Québécois (ou Canadiens si vous préférez). Connaissant la soumission de Maurice Richard aux appels des colonisateurs, le recordman du but par match devient vite un héros anglophone (the Rocket) qui célèbre notre domination et notre prolétarisation.

Depuis l’arrivée des Conservateurs à la tête du gouvernement canadien, le culte des savoirs «niaiseux» est en pleine progression. Avec le trio santé des Diafoirus du gouvernement Québécois, dont le plus bête a été nommé ministre de l’Éduction, les savoirs «niaiseux» ont de l’avenir devant eux. Le rejet, taxé d’élitisme, de la culture savante ou critique contribue à l’aliénation de la population à son rapetissement mental. Tout le Canada a dénoncé les coupures opérées par le gouvernement Harper dans la science. L’ancien ministre de la science et de la technologie, Gary Goodyear, était intimement convaincu de la thèse créationniste contre l’Association des communicateurs scientifiques qui défendaient la thèse évolutionniste. Ce qui n’empêche pas la thèse évolutionniste, combattue par les créationnistes, d’être appliquée par ceux-ci pour expliquer la différence «naturelle» entre les riches et les pauvres! Les dinosaures du Parc Jurassique font fureurs dans tous les centres d’achat d’Alberta comme mascottes locales. S’il apparaît si facile de mutiler les sciences pures, comment le détournement de leurs buts peut se révéler d’une banalité désarmante lorsqu’il s’agit de l’histoire et des sciences humaines…

Résister à la reconversion du pont Champlain en pont Maurice-Richard est une lutte de résistance au rapetissement culturel tant des Québécois que des Canadiens. Maurice Richard a déjà son aréna, qu’on lui donne son nom au centre Bell, ce qui enlèverait au moins ces quatre lettres bleues honteuses d’une compagnie qui a toujours su montré qu’elle était un mauvais citoyen corporatif. Là s’arrête son rayonnement. Celui de Champlain couvre toute la Province et même l’Est du Canada. Plus qu’une chicane de noms, c’est une œuvre de réappropriation de notre mémoire et de notre conscience historique; une capacité à classer les événements et les personnages qui constituent le tissu de cette histoire. C’est une résistance surtout à ce néo-colonialisme conservateur et néo-libéral auquel semble contribuer tous les partis politiques, qu’ils soient fédéraux, provinciaux ou municipaux. Si nous avons pu résister à la recréation insipide de la bataille des Plaines d’Abraham, si nous avons peu célébré les cérémonies de la guerre de 1812, nous ne pouvons que refuser l’attribution d’un nom qui ne convient pas à l’entreprise du nouveau pont majestueux entre Montréal et la Rive-Sud, où, pour reprendre un jeu de mot plus profond qu’il n’y paraît, «le nom du Rocket est là pour cacher le Rackett des ponts payants. Si c’est nous qui devons, en dernière instance, payer pour ce pont à la fois par nos impôts, nos taxes et par les tarifs perçus au passage, alors le choix de son nom dépend des Québécois seuls. Il n’en tient qu’à nous soit de s’inscrire dans le bêtisier Lebel, soit à donner à Champlain le pont majestueux qui lui a été refusé voilà soixante ans. Soyons content d’assumer une intelligence historique qui dépasse les faibles capacités d’esprit du cabinet fédéral

Montréal,
4 novembre 2014