samedi 20 janvier 2018

Les larmes de sir Basil


SHITHOLE
LES LARMES DE SIR BASIL
 
Peu avant que je me retire du réseau Facebook était parue l'une des informations provenant de la bouche du «génie stable» qu'est le président des États-Unis d'Amérique, Donald Trump. La nouvelle du Huffingtonpost.fr disait : «Trump s'en prend aux immigrants en provenance de "pays de merde". Lors d'une réunion, c'est ainsi qu'il a demandé si les États-Unis devaient accueillir les immigrants africains et haïtiens». Un ami fb se permit alors d'écrire cet encart : 

«Y A-T-IL OU PAS, DES PAYS DE "MERDE"?

Vous ne savez pas? Et bien demandez-vous si vous avez envie de vous réincarner (même si vous n'y croyez pas) en Haïti ou au Bangladesh dans votre prochaine existence? Vous devriez entendre la réponse dans votre tête! Je ne me sens pas tellement en affinité avec Trump, mais j'apprécie BEAUCOUP, depuis le début, qu'il n'a pas la langue de bois, qu'il ne se conforme pas au politically correct...!!! Et ce, même s'il se contredit peu après, pour faire semblant qu'il est poliment correct!
»

Cet ami, qui se croit «catholique», nous avoue ainsi que peu importe s'il est franc ou non, l'important est de dire que Haïti ou le Bangladesh sont des pays de merde. Hérésie en sus dans la mesure où la «réincarnation» est incompatible avec la foi chrétienne et l'eschatologie de la Résurrection. Nos «bons chrétiens» sont aussi morons que n'importe quel islamiste ou protestant fondamentaliste. Et les queues de comètes se font entendre : Ginette, la première : «Tu n as pas tort». Évidemment, c'est plus facile de formuler la phrase au négatif qu'au positif, vieille aliénation québécoise de toujours dire ce qu'on ne veut pas plutôt que ce que l'on veut. Puis vient Linda : «oui il y en a et il n apportent rien a mon pays». L'avantage d'être une cloche dans un carillon, c'est qu'elle ne sonne pas toute seule.

Émile, lui, veut bien qu'on le lise avec les oreilles ouvertes : «IL A RAISON IL NE JOUE PAS L AVEUGLE», écrit-il en majuscules. La grosseur l'emporte sur la vérité. Trump a raison; c'est un baromètre des sociétés... Sauf la sienne, évidemment! Dans ce florilège de sottises, Martial ne peut s'empêcher d'ajouter son doigt : «Moi j'appelle cela des pays mal chier. Lol» Lorsqu'on ne peut rien sortir d'original, on renverse la boulette sur le grill. René, lui, confirme que notre ami a bien raison : «Richard j'approuve ton affirmation car il (Trump) énonce certaine vérité sans tact mais ça demeure des vérité et si ces pays veulent prouver le contraire, il n'ont qu'a appliquer une gestion honnête et équitable en vers leurs population». Tout est tellement si simple pour les autres peuples, les autres pays, qu'on se demande pourquoi nos gouvernements sont si corrompus et nos sociétés si mal foutues! N'oublient-ils pas, j'espère, que la saison des impôts commence. Jean-François, lui, aimerait bien mettre un peu de bon sens dans ce niaisage : «Ne pas avoir la langue de bois, ça ne lui permet pas de dire toutes les conneries qui lui passent par la tête».

C'est là qu'on aimerait entendre la petite voix de Descartes qui nous lançait, en ouvrant son Discours de la méthode, que «le bon sens est la chose la mieux partagée du monde»!!! Un autre René, moins subtil, répond alors : «Il n'a pas de classe c'est évident mais certains préfère un mensonge qui rassure à une vérité qui dérange». À l'ère des fake news, René a de ces discernements que nous aimerions partager! Jean-François lui réplique : «La vérité étant un point de vue. Et pas toujours nécessaire de le proclamer sur tous les toits, ce point de vue», difficile de se donner du style devant tant de grossièretés. Dernier pieux porté à l'esprit, cette affirmation de Marie-Josee : «oui car ce ne sont pas des conneries..c'est la vérité et la preuve en est que les citoyens de ces pays quittent en masse au péril de leurs vies souvent pour envahir le reste du monde et ne jamais retourner dans leurs pays..et que ceux restés la revent de quitter aussi...pays ou regne corruption des dirigeants, pauvreté endémique, violence etc...pays de merde..voila...et ça n'a rien de raciste..il parlait pas des gens mais des pays...et il a raison....». Elle est mûre pour donner le cours de sciences sociales à l'École de l'Humour. Ghislaine répète la même idée que Marie-josee : «Quand t'es prêt à mourir pour quitter l'endroit ou ne pas y retourner, me semble que c'est pas signe que c'est le Paradis. Anti-Trump depuis sa campagne, c'est la première fois que je suis d'accord avec lui. Disons que c'est dit vulgairement, mais les Haitiens traitent leur pays comme un pays maudit». Il suffit d'un peu de voudou pour faire d'une anti-Trump une Trump finie.

La bêtise n'a pas de race ni de sexe, de langue ou de culture. Elle souffle avec le vent et ventile les moindres espaces réduits de la planète. Eco avait raison de dire que les réseaux sociaux ramenaient les pires divagations au niveau de ce que les gens instruits ou cultivés pouvaient écrire. Bien sûr, il n'y a pas plus de bêtises dans les réseaux sociaux que dans les rues ou les cafés, les studios de radio ou de télévision. En effet, elle a remplacé Dieu dans sa omniprésence et son omnipotence. Elle ne se distingue plus de la sagesse, de la nuance, de la compassion ou de la critique. Elle tombe comme une masse – un tas – sur l'ensemble de l'humanité, d'où que nous ne sommes pas les mieux placés pour juger du reste du monde, de comment il vit, comment il pense, comment il travaille. Puis, comme tout cela m'écœure, et bien que je saches que ça ne changera rien d'essentiel, j'ai fait une première intervention :

«Basil Davidson, un historien britannique de l'Afrique noire a écrit un livre au très beau titre de Mère Afrique, et il est vrai que les ossements les plus vieux de l'espèce Homo ont été retrouvés dans les gorges de l'Olduvai en Afrique. Si l'Afrique est un "shithole", alors Trump en est un de ses étrons, comme nous tous.

Aurions-nous oublier qui a été foutre la merde dans ces pays? Les Arabes d'abord avec le commerce de l'esclavage dont Espagnols, Portugais puis Anglais s'approvisionnaient. Les Britanniques pour les mines de diamant en Rhodésie. Les Afrikaners qui ont fait la guerre aux Zoulous pour s'approprier les ressources naturelles. Les Belges qui épuisaient les Africains, quitte à leur couper les bras s'ils ne ramenaient pas la quantité d'hévéa qu'exigeaient les producteurs de caoutchouc pour les pneus. Les Français et les Allemands qui exploitèrent, souvent avec des méthodes qui seront repris par les Nazis, les populations de l'Afrique de l'Ouest et de la Tanzanie et que dire de Madagascar! Et Haïti, où les Espagnols ont exterminés le peuple heureux qui l'habitaient, les Taïnos, par l'orpaillage, les obligeant à délaisser ainsi leur agriculture de survivance. Une fois la tribu exterminée, on y a fait parvenir des Noirs d'Afrique pour les remplacer, substitution suggéré par le "libérateur des Indiens", Las Casas!

Oui, nous pouvons dire que l'Afrique noire est mal parti, comme le disait Louis Dumont il y a un demi-siècle, mais c'est notre merde à nous, Occidentaux, ne l'oublions pas et les peuples Noirs méritent d'autant plus notre respect qu'après avoir semé la zizanie entre les tribus sous domination de Rois-Nègres entretenus par les dollars et les sterling occidentaux, les avons réduits à ce bourbier sur lequel nous levons aujourd'hui le nez avec dédain. Voilà une réaction typiquement chrétienne et bourgeoise.
Félicitations
!»

Après ma tartine, Jean-François me semble se ressaisir : «Sophisme, c'est le mot qui me vient en tête. Une fois réincarné, la personne n'aura pas conscience de sa 'malchance'. On ne choisi pas le lieu de notre naissance et nous devons vivre avec les contingences qui nous sont imposées». Au moins ose-t-il reconnaître que tout ce qui a été dit auparavant relevait du pur sophisme. C'est alors que l'ami sort de son mutisme : «L'incarnation est tributaire du capital spirituel; on a plus ou moins de liberté de choix pour les circonstances... Le hasard n'existe pas!» Beaucoup sont morts sur le bûcher pour avoir osé proférer des hérésies moins pires que ça! D'où la remarque de Jean-François : «Le fardeau de la preuve est sur vos épaules svp!» Difficile à prouver, en effet, à moins de goûter d'une mixture catho-ésotérisme hystérimental! Apparaît alors Julie qui nous ramène à l'essentiel du sophisme : «La question est bien simple pourtant. Si vous aviez à vous réincarner, quel pays choisiriez-vous. On vous demande de choisir là, présentement, un pays pour une éventuelle réincarnation». Pas sûr que je choisirais les États-Unis en tous cas! Et notre ami d'applaudir des deux nageoires : «Bonne question, Julie! Le propos de l'encadré demandait précisément cet exercice "hypothétique" pour faire prendre conscience aux esprits "angéliques" (mais qui sont toujours prêts à faire des procès d'intentions aux autres), qu'il y a des différences considérables entre les différentes régions du Monde». C'est fou comme tout est simple lorsqu'on se refuse à couper les cheveux en quatre!

Et devant tant de mauvaises volontés, pour ne pas dire de mauvaise foi, comment ne pas s'incliner : «Tout cela est du pharisaïsme. C'est le pharisien québécois qui est là devant Dieu et qui se vante de son talent de débrouillard alors qu'il regarde le publicain en arrière et le traite de trou de cul du monde. De l'Évangile, je ne vois qu'une incompréhension mesquine». Intervient alors Mario, qui veut extraire le débat de l'obsession de la pauvreté et de la merde pour celle de l'impérialisme strictement anglo-saxon : «il ne faut pas confondre les peuples chrétiens d europe qui ne sont pour rien dans l exploitation honteuse du sol africain et des populations qui y vivaient. Ce sont toujours ces memes familles l oligarcs issues des riches familles protestantes alliées a la judeo protestante maconnerie et aux siecles auparavant, ce sont les juifs maranes qui semerent le trouble dans les antilles et l on fait porter le blame au christianisme....les contoirs d esclaves étaient largement établis bien avant la conquete espagnole ou les moins noirs vendaient les plus noirs....en échange de biens que l afrique était incapable de produire a l époque....il y eut des échanges favorables mais la betise continue de plus belle avec cette élite mondialiste qui n on t pas beaucoup plus de considérations pour nous...». Bon! Les Anglais! Oui, Mario, la betise. Ça dit tout. Mon père aussi haïssait les Anglais au point de dire qu'ils étaient la cause de tous les malheurs du monde.

L'ami réplique à tout ceci : «Les exploiteurs de l'Afrique aujourd'hui, ce sont les Chinois!». Céline aussi était passé, dans sa paranoïa, des Juifs aux Chinois. Ibidem Mario : «je suis bien d accord». Et moi de répondre : «Encore, les Chinois n'exploite pas toute l'Afrique mais seulement l'Est, et surtout en ponction pétrolière; ils font ce que les Occidentaux leurs ont enseigné jadis». Mais ça ne me tente pas de repartir avec une inutile tartine sur l'état de la Chine sous le colonialisme occidental du XIXe siècle. Ça ne sert à rien d'épuiser les moindres forces qui nous retiennent en vie devant un tel tissu de mépris et d'ignorance crasse. Mario met un terme au débat en présentant une carte de l'Afrique où l'on ne voit aucun drapeau anglais, ni chinois d'ailleurs! «les élites protestante toujours»


Ainsi la tweetosphère, ou plus exactement Facebook, sert à confondre les esprits, les cultures, les affirmations, vraies et fausses. Nous ne savons guère plus de l'Afrique ou de l'Asie que nos lointains ancêtres du Moyen Âge et nous en parlons avec autant de certitudes liées à des rumeurs et humeurs. Du moins, pour les Franciscains des XIIIe et XIVe siècles, ne voyaient-ils pas ces contrées comme des shitholes, mais des mondes pleins de merveilles à explorer et à découvrir. Et si, malgré son marasme, l'Afrique était l'avenir du monde?

Montréal
21 janvier 2018

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