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mardi 4 novembre 2014

L'irrésistible bêtisier Lebel ou l'usurpation de la mémoire canadienne

Projet du futur pont reliant Montréal à la Rive-Sud.
L'IRRÉSISTIBLE BÊTISIER LEBEL OU L’USURPATION DE LA MÉMOIRE CANADIENNE

Le ministre – j’éviterai de le titrer d’honorable, ce qui ne convient pas à quelqu'un d'aussi peu de mérites – Denis Lebel, ministre de l’Infrastructure, des Collectivités et des Affaires intergouverne-
mentales, en plus d’être ministre de l’Agence de développement économi-
que du Canada pour les régions du Québec, est, comme vous pouvez le constater, un ministre-ramasse poussières. Cette autre invention des électeurs de Roberval qui, depuis, se sont donner Philippe Couillard député libéral au Parlement de Québec et en même temps Premier ministre de la province, est en charge des décisions prises par Harper et les ministres seniors du cabinet fédéral pour la construction du nouveau pont qui doit relier Montréal à la Rive-Sud, en remplace-
ment du pont Champlain que les ingénieurs et les constructeurs de l’époque ont bâclé pour que son espérance de vie se trouve abrégée de 50 ans! Cette première fraude à partir des fonds publics en appelle donc une autre, la construction d’un nouveau pont qui, dans l’esprit de cette bête à Lebel, devra porter le nom de son héros d’enfance, le hockyeur Maurice Richard.

Ce secret de Polichinelle a été révélé par le journal La Presse, le 2 novembre 2014. La conférence de presse pour annoncer cette nouvelle formidable est prévue pour le 9 décembre (le 9 étant le numéro à jamais du Rocket, Maurice Richard dans l’équipe du Canadien de Montréal). Le fils de l’heureux lauréat aurait même été prévenu qu’une grande nouvelle au sujet de son père serait annoncé d’ici peu. Bref, le bêtisier Lebel est en mouvement. Il faudra beaucoup de détermination et de résistance pour que cette nouvelle usurpation de la mémoire des Québécois ne réussisse à s’imposer tant la démagogie des Conservateurs est puissante et l’ignorance des Québécois de leur histoire est fatale.

Ce faux objet de débats va encore créer des réactions acrimonieuses contre des fantômes de l’Histoire. Voilà pourquoi ce n’est pas Maurice Richard la cible de ma vindicte, mais ces faux-jetons d’un cabinet ministériel constitués d’illettrés et de mythomanes. La qualité de la représentation québécoise du gouverne-
ment conservateur passe pour du menu fretins sans éclat, d’insipides personnages comme Maxime Bernier de la Beauce; d’arriérés mentaux comme Christian Paradis, du sénateur qui tient toujours son bout de corde pour se pendre, avec Pierre-Yves Boisvenu, et enfin de grossiers narcissistes comme Denis Lebel. Cet homme, très honorable, qui a confronté de la manière la plus méprisante les pécheurs de l’Est du Québec face aux tripotages qui ont mené aux coupures odieuses de l’assurance-chômage (l’emploi est toujours douteux, mais le chômage, lui, est bien certain). Lorsqu’il y a de la sale job à faire au Québec, Lebel est toujours le bras droit fidèle de Stephen Harper. Cet esprit infantile n’a aucun sens de la dignité (comment le pourrait-il?), et si on lui suggère, par démagogie pour s’attirer le vote des électeurs québécois au scrutin d’octobre 2015, de donner le nom de Maurice Richard au nouveau pont, comment ne sauterait-il pas sur l’occasion.

Pourquoi le fait de conserver le nom de Samuel de Champlain au pont qui joint les deux rives du Saint-Laurent s'impose-t-il contre la vedette du hockey? D’abord par la suite des noms donnés aux autres ponts de la Rive-Sud. Victoria, le plus vieux, est baptisé ainsi en l’honneur de la reine de Grande-Bretagne et de ses colonies au milieu du XIXe siècle; Jacques-Cartier, afin de commémorer le quatre centième anniversaire de la découverte du Canada (1934); Mercier, en l’honneur du Premier ministre libéral du Québec à la fin du XIXe siècle. Le nom de Champlain s’imposait donc lorsqu’un peu avant 1960, le gouvernement fédéral décida de la construction d’un pont plus large, qui répondrait à l’augmentation du trafic routier entre la métropole et les banlieues de la Rive-Sud. Champlain, comme Cartier avant lui, s'était rendu à Montréal et avait navigué dans les eaux tumultueuses du fleuve aux abords de l’archipel. De plus, Champlain a poussé ses voyages de découvertes jusque sur le territoire ontarien, ce qui en fait un symbole pour l’ensemble du Canada.

Il faut reconnaître que Maurice Richard n'est plus qu'un lointain souvenir et tous ses records ont été depuis longtemps dépassé. Il faut remonter à la génération de nos grands-parents pour retrouver quelqu'un qui se souvient encore de l'avoir vu jouer! Samuel de Champlain a créé le Canada. Non seulement par son passage en Acadie. Non seulement par la fondation de l'Habitation de Québec (1608). Mais aussi par l'exploration de toute la vallée du Saint-Laurent. Exploration qu'il a poursuivie, par lui-même et par ses explorateurs, jusque sur le territoire actuel de l'Ontario et des Grands Lacs. Comment peut-on mettre à la même hauteur l'œuvre de Champlain aux buts de hockey d’un joueur mythique?

Il est d’ailleurs extraordinaire que ce soient des anglophones qui aient su le mieux évaluer l’entreprise de Champlain. Des anglophones, mêmes Américains. Après la biographie d’Armstrong, comment ne pas célébrer la somme érudite de l’œuvre de David Hackett Fischer, Le rêve de Champlain (Boréal). Les trois derniers paragraphes méritent d’être cités car ils nous montrent que ce que l’historien américain voit en Champlain, c’est ce qui a manqué le plus aux premiers colons de la Nouvelle-Angleterre :
«Champlain disait que le chef doit être prévoyant. Il ne s’agissait pas pour lui de prévoir l’avenir, mais bien de se préparer à l’imprévu dans un monde de dangers et d’incertitudes, d’apprendre à bien discerner les choses à partir d’un savoir incomplet. Par-dessus tout, il s’agissait de prendre une vue élevée des choses dans les projets de grande envergure, et de songer au long terme. Tous ces éléments sont importants dans le commandement selon Champlain, à tel point que c’est cette idée de prévoyance qui apparaît dans la première phrase de son testament. Elle nous aide à comprendre pourquoi il réussissait là où tant d’autres échouèrent.
L’art de commander selon Champlain devait aussi s’appuyer sur une éthique. Un bon chef, écrivait-il, doit "surtout tenir sa parole s’il a fait quelque composition : car celui qui ne la tient pas est réputé lâche de courage, perd son honneur et sa réputation, quelque vaillant qu’il soit". Il croyait que le vrai chef doit traiter les autres avec humanité, qu’il doit "être libéral selon ses commodités et courtois aux vaincus, en les favorisant selon le droit de la guerre", qu’il ne doit jamais "user de cruauté ni de vengeance, comme ceux qui sont accoutumés aux actes inhumains, se faisant voir par cela plutôt barbares que chrétiens, mais si au contraire il use de la victoire avec courtoisie et modération, il sera estimé de tous, des ennemis même, qui lui porteront tout honneur et respect".
La plus grande réalisation de Champlain n’est pas sa carrière d’explorateur, ni sa réussite comme fondateur. Ce qu’on retient de lui, c’est le leadership exemplaire qu’il a mis au service de l’humanité. C’est ce qui a fait de lui une figure d’envergure mondiale dans l’histoire moderne. C’est l’héritage qu’il nous a laissé à tous» (D. H. Fischer. Le rêve de Champlain, Montréal, Boréal, 2011, pp. 613-614).
Et ce qui est encore plus formidable, c’est le fait que les gouverneurs français qui le suivront, jusqu’à la Conquête, parfois avec chance, parfois avec malchance, s’en tinrent aux conseils de Champlain. C’est lui qui enseigna aux autorités royales à traiter avec les Autochtones plutôt que de faire, comme les Jésuites, des «réductions» ou tenter de les «civiliser». Ses stratégies de contact n’ont pas été comme celles des Américains, qui n’ont pas hésité à faire des guerres d’extermination contre certains peuples autochtones; ni des gouverneurs anglais qui, après la Conquête, pensèrent les parquer, comme des bestiaux, sur des réserves sans respecter les accords conclus, ce qui mena à la révolte de Pontiac.

Penser à Champlain, c’est penser à la finesse de l’organisation administrative dans un monde incertain; l’audace de l’exploration d’un immense territoire inconnu; la témérité indispensable même devant des forces supérieures en hommes et en munitions; c’est penser la colonisation, l’encourager; c’est afficher l’humanisme moderne tel qu’exprimé dans les Essais de Montaigne, son contemporain. C’est préparer un territoire sauvage pour permettre à son successeur dans l’affaire, le cardinal de Richelieu, de commencer le véritable peuplement de la vallée du Saint-Laurent, de Québec à Toronto. Maurice Richard, c’est de la pure démagogie d’un gouvernement dans lequel on ne peut rien reconnaître de ce que légua Champlain comme esprit d’administration et comme autorité mesurée. C’est la sauvagerie des foules qui l’emporte avec Maurice Richard; avec Champlain, c’est l’Humanité des honnêtes travailleurs.

Voilà pourquoi nous assistons ici à une usurpation de la mémoire, c’est-à-dire à une fabrication artificielle de la mémoire selon les valeurs ou les intérêts d’une instance sociale et politique dominante. Maurice Richard sert ici de ce qu’on appelle un souvenir-écran. La mémoire d’un individu et de faits, sans doute honorables, mais qui dissimule un autre individu et d’autres faits objectivement plus importants et plus significatifs qui est que le Canada est une création de la société française du XVIIe siècle que les Anglais ont récupéré par la force des armes. Le gouvernement fédéral reprend ici la stratégie coloniale qui apparaît conforme à sa politique de développement économique, basée sur la prédation des ressources naturelles qui sont envoyées ailleurs pour se faire transformer, et sa politique belliqueuse qui est d’être à la remorque de la métropole (devenue les États-Unis) pour se mêler d’affaires qui ne le concernent pas directement. On verra bien comment les Américains traiteront leur allié septentrional lorsque le Canada revendiquera, contre la Russie et contre les États-Unis, sa domination de la route de l’Arctique. Qui vivra verra.
Si le souvenir-écran est une stratégie de l’inconscient, lorsqu’il est planifié sciemment par une institution consciente de son idéologie, planificatrice de sa stratégie, enfin poursuivant une utopie d’un Canada d’illettrés et de citoyens passifs, béats devant des réalisations dont la valeur symbolique dissimule des pertes réelles en termes d’économie et de propriétés, l’usurpation de la mémoire prend une toute autre portée collective. C’est Albert Memmi, celui qui voilà un demi-siècle a brossé les portraits du colonisé et du colonisateur, qui nous a permis de décrire ce phénomène sur une base théorique. Par après, Mohamed C. Sahli, dans son pamphlet Décoloniser l’histoire, portant sur l’usurpation du passé des habitants du Maghreb, a démonté historiquement le processus d’aliénation coloniale contenue dans la théorie exposée par Memmi. Sur ce point, le processus de «recolonisation» amorcée par le néo-libéralisme des puissances d’argent, n’a guère changé depuis lors. Il s’agit d’usurper la mémoire vive de la population qui prend sens dans le discours historique pour la pétrifier dans des commémorations de mémoire morte qui portent sur des fétiches offerts par l’État (la guerre de 1812; Maurice Richard…) Alors que le souvenir de Champlain invite à la conquête du territoire et à son peuplement, les buts de Maurice Richard invitent moins à se surpasser qu’à compter le plus de buts possibles (aujourd’hui, et ce qui n’était pas encore le cas avec Maurice Richard, équivaut à faire du pognon, plein de pognons). Il y a là un rapetissement culturel évident. Aujourd'hui, la vedette sportive est celle qui, comme le Diable boiteux, Talleyrand, pouvait dire dans sa carriole, en serrant les genoux des deux personnes qui l'encadraient, Benjamin Constant et Boniface de Castellane : «Nous tenons la place; il faut y faire une fortune immense, une immense fortune, une immense fortune, une fortune immense!». Aussi, ce rapetissement consiste-t-il à s'investir dans une pensée magique.

Une pensée magique qui s’attache à des individus classifiés de surhommes pour un quelconque exploit (Terry Fox clopinant sur sa jambe; les buts de Maurice Richard; Chris Hatfield dans l’espace jouant du country sur sa guitare, etc.). La compulsion des fortunes est l’utopie du bêtisier Lebel; elle n’invite ni à la prise de possession, ni à la diffusion, ni à l’amélioration humaniste de la condition des Canadiens (et encore moins des Québécois). Maurice Richard n’est pas le sujet de son histoire. Son talent reste sous la tutelle des dirigeants de la Ligue Nationale de Hockey, c’est-à-dire de Clarence Campbell. Quand celui-ci lui interdit de jouer suite à une punition injuste, la foule de partisans s’enflamme et cause une émeute (17 mars 1955) – la première depuis longtemps -, mais Richard est vite appelée à prendre la parole sur les ondes de la radio pour convaincre ses fans de retourner chez eux sans plus de dommages. Ceux qui considèrent cet incident comme étant le début de la Révolution tranquille, conçoivent-ils qu’elle est bien un reflet du retour la queue entre les deux jambes après avoir osé mordiller le mollet d’un dominant? En ce sens, Maurice Richard nous invitait, passivement, à reprendre notre statut d’objet, pour ne pas dire d'une façon plus brutale, d'avorton : «Le colonisé, lui, ne se sent ni responsable ni coupable, ni sceptique, il est hors de jeu. En aucune manière il n’est plus sujet de l’histoire; bien entendu il en subit le poids, souvent plus cruellement que les autres, mais toujours comme objet. Il a fini par perdre l’habitude de toute participation active à l’histoire et ne la réclame même plus. Pour peu que dure la colonisation, il perd jusqu’au souvenir de sa liberté; il oublie ce qu’elle coûte ou n’ose plus en payer le prix. (A. Memmi. Portrait du colonisé, Montréal, L’Étincelle, 1966, p. 93).

Tout autre est le portrait de Champlain qui assume la prise de possession de l’Acadie en souffrant de terribles hivers. L’Habitation de Québec reste une forteresse fragile qui sera prise et détenue pendant trois ans (1629-1632) par les Anglais, les frères Kirke. La compagnie des Cent-Associés aident peu à l’établisse-
ment des colons. Elle aussi, à l’époque, exhibait l’«austérité» pour ne pas livrer les instruments aratoires nécessaires à Guillaume Couillard, gendre de Louis Hébert et ancêtre de notre actuel Premier ministre, pour développer ses lopins de terre. Dans ce temps, comme aujourd’hui, la fragilité du colonisé équivalait à celle du pot de terre. Aussi, sont-ils bien, comme le chantait L’Internationale, ces damnés de la terre. Alors, il ne restera plus, pour les colonisés, ce que Memmi appellent : les valeurs-refuges, c’est-à-dire la famille, les fêtes communautaires et la religion. Bref, aujourd'hui, le spectacle, le spectacle et encore le spectacle. Refoulé du progrès libéral et capitaliste, le colonisé est refoulé dans son passé primitif : «Tant qu’il supporte la colonisation, la seule alternative possible pour le colonisé est l’assimilation ou la pétrification», remarquait justement Memmi (ibid. p. 99). Et pour le tirer de sa pétrification tout en lui interdisant l’assimilation, les institutions coloniales travaillèrent à extirper de lui toutes ses références historiques. D’où que, selon le même auteur, «le colonisé semble condamné à perdre progressivement la mémoire» (ibid. p. 99). C’est là le côté non-dit de la stratégie du bêtisier Lebel. Fait par un colonisé lui-même, il collabore à rétrécir à sa propre mesure, sa vision de l’histoire de ses compatriotes.

Le colonisateur applique, à sa façon, cette autre strophe de L’Internationale : du passé, faisons table rase. Ou plus exactement, «colonisons l’Histoire» : «La cité se met-elle en fête? Ce sont les fêtes du colonisateur, même religieuses, qui sont célébrées avec éclat : Noël et Jeanne d’Arc, le Carnaval et le Quatorze Juillet…, ce sont les armées du colonisateur qui défilent, celles-là mêmes qui ont écrasé le colonisé, et le maintiennent en place et l’écraseront encore s’il le faut» (A. Memmi. Ibid. p. 100). Triste ironie. Ce sera l’une des tâches spécifiques de l’Éducation que la République donnera à ses coloniaux de substituer à leurs héros nationaux, les héros des métropolitains : «…la mémoire qu’on lui constitue n’est sûrement pas celle de son peuple. L’histoire qu’on lui apprend n’est pas la sienne. Il sait qui fut Colbert ou Cromwell mais non qui fut Khaznadar; qui fut Jeanne d’arc mais non la Kahena. Tout semble s’être passé ailleurs que chez lui; son pays et lui-même sont en l’air, ou n’existent que par référence aux Gaulois, aux Francs, à la Marne; par référence à ce qu’il n’est pas, au christianisme, alors qu’il n’est pas chrétien, à l’Occident qui s’arrête devant son nez, sur une ligne d’autant plus infranchissable qu’elle est imaginaire. Les livres l’entretiennent d’un univers qui ne rappelle en rien le sien…» (A. Memmi. Ibid. p. 101).

Ce processus est celui employé par le gouvernement Harper depuis qu’il a sa majorité. Beaucoup se sont laissé prendre par la reconnaissance des Québécois comme étant une «nation» comme une reconnaissance nationale par le gouvernement fédéral, mais cela dans son esprit ne voulait pas dire grand chose de plus qu’une autre nation parmi les nations d’aborigènes. Aussi, le grand spectacle organisé pour célébrer la Conquête du Canada en 1759 a été sur le point de semer l’émeute et il a dû le retirer, préférant investir dans une guerre «rassembleuse», celle de 1812, que la plupart même des étudiants d’histoire avaient oubliée. Le 1er juillet, fête du Canada, n’est pratiquement pas célébré au Québec, le 1er juillet étant la date des déménagements, une semaine après la Saint-Jean-Baptiste qui demeure la fête nationale de la tribu. Bien sûr, si on apprend qui fut Colbert et Louis XV, du moins appartenons-nous à la même ethnie que les colonisateurs. Et c’est le cas de Champlain qui, bien qu’étant Français, reste le Père de la Nouvelle-France et, par le fait même, du Canada. Une génération après, les d'Iberville et les Jolliet seront d'authentiques Québécois (ou Canadiens si vous préférez). Connaissant la soumission de Maurice Richard aux appels des colonisateurs, le recordman du but par match devient vite un héros anglophone (the Rocket) qui célèbre notre domination et notre prolétarisation.

Depuis l’arrivée des Conservateurs à la tête du gouvernement canadien, le culte des savoirs «niaiseux» est en pleine progression. Avec le trio santé des Diafoirus du gouvernement Québécois, dont le plus bête a été nommé ministre de l’Éduction, les savoirs «niaiseux» ont de l’avenir devant eux. Le rejet, taxé d’élitisme, de la culture savante ou critique contribue à l’aliénation de la population à son rapetissement mental. Tout le Canada a dénoncé les coupures opérées par le gouvernement Harper dans la science. L’ancien ministre de la science et de la technologie, Gary Goodyear, était intimement convaincu de la thèse créationniste contre l’Association des communicateurs scientifiques qui défendaient la thèse évolutionniste. Ce qui n’empêche pas la thèse évolutionniste, combattue par les créationnistes, d’être appliquée par ceux-ci pour expliquer la différence «naturelle» entre les riches et les pauvres! Les dinosaures du Parc Jurassique font fureurs dans tous les centres d’achat d’Alberta comme mascottes locales. S’il apparaît si facile de mutiler les sciences pures, comment le détournement de leurs buts peut se révéler d’une banalité désarmante lorsqu’il s’agit de l’histoire et des sciences humaines…

Résister à la reconversion du pont Champlain en pont Maurice-Richard est une lutte de résistance au rapetissement culturel tant des Québécois que des Canadiens. Maurice Richard a déjà son aréna, qu’on lui donne son nom au centre Bell, ce qui enlèverait au moins ces quatre lettres bleues honteuses d’une compagnie qui a toujours su montré qu’elle était un mauvais citoyen corporatif. Là s’arrête son rayonnement. Celui de Champlain couvre toute la Province et même l’Est du Canada. Plus qu’une chicane de noms, c’est une œuvre de réappropriation de notre mémoire et de notre conscience historique; une capacité à classer les événements et les personnages qui constituent le tissu de cette histoire. C’est une résistance surtout à ce néo-colonialisme conservateur et néo-libéral auquel semble contribuer tous les partis politiques, qu’ils soient fédéraux, provinciaux ou municipaux. Si nous avons pu résister à la recréation insipide de la bataille des Plaines d’Abraham, si nous avons peu célébré les cérémonies de la guerre de 1812, nous ne pouvons que refuser l’attribution d’un nom qui ne convient pas à l’entreprise du nouveau pont majestueux entre Montréal et la Rive-Sud, où, pour reprendre un jeu de mot plus profond qu’il n’y paraît, «le nom du Rocket est là pour cacher le Rackett des ponts payants. Si c’est nous qui devons, en dernière instance, payer pour ce pont à la fois par nos impôts, nos taxes et par les tarifs perçus au passage, alors le choix de son nom dépend des Québécois seuls. Il n’en tient qu’à nous soit de s’inscrire dans le bêtisier Lebel, soit à donner à Champlain le pont majestueux qui lui a été refusé voilà soixante ans. Soyons content d’assumer une intelligence historique qui dépasse les faibles capacités d’esprit du cabinet fédéral

Montréal,
4 novembre 2014

3 commentaires:

  1. It’s interesting to observe your own blind spots on the subject of colonialism.

    When it comes to Champlain, you seem loath to recognize that his activities were at the service of French imperialism. You write that he went on “voyages of discovery” (as if the lands he visited weren’t already known by the Innu, the Mi’kmaq and the Algonquins), that he “created Canada” (as if it was a virgin land before the arrival of French colonists), that he displayed “the audacity of exploring a vast unknown territory” (unknown to whom, exactly? the Hurons? the Iroquois?).

    You then proceed to whitewash the history of French colonialism in North America. Let’s not forget that your own ancestors came here as the agents and beneficiaries of French imperialism and that their presence was made possible by the genocide, enslavement, and dispossession of indigenous people. Let’s not forget the near-extermination of the Huron caused by the French. Or the massacres of the Fox people in the early 18th century. Or that fully half of all French colonists in the commercial district of Montreal in 1725 owned slaves, most of them Native.

    Without this pattern of dispossession, the Québécois people simply would not exist today—in the same way that Canada and the United States are the products of colonialism. And let’s not forget that these colonialist policies continue to the present day: witness Hydro-Québec’s efforts to crush the Cree way of life in James Bay, the Oka Crisis, systemic racism against Algonquins and Innu people by the SQ in rural towns in the north, et j’en passe….

    What you are expressing is settler-colonial ideology of most hypocritical kind: an account of colonial history that attempts to erase all traces of French colonialism. What makes it worse in your case is that you place it in an anti-colonial frame, invoking Memmi when discussing Quebec’s relations with the ROC, but eliding the question of colonialism altogether when discussing Quebec’s own history.

    And I would add: since the Quiet Revolution, Québécois nationalists have eagerly signed on with the French Fifth Republic’s program of neo-imperialism (see the work of Darryl Leroux on this point). Most recently, French neo-colonial attitudes were expressed in the “debate” over the Charter of Values, in which “enlightened” white francophone intellectuals put themselves in the position of “saving” brown women from brown men. (See the work of Joan Scott for teasing out the colonialist/racist attitudes behind this position.)

    Neo-colonialism is also expressed through the systemic discrimination against non-whites in Quebec society today. In case you didn’t know, immigrants with university degrees in Quebec have an unemployment rate three times greater than whites with the same qualifications. The income of Canadian-born visible minority men in Montreal have incomes 31 percent below that of their white counterparts. Every single senior administrator who has been appointed in the Quebec government over the past four years has been white and francophone.

    Interestingly, the structure of Quebec replicates the structure of the French empire in the 18th and 19th centuries. At the top, you will find a privileged class of white francophones, who benefit from lucrative administrative posts and state-supported monopolies. At the bottom, you will find an impoverished laboring class of visible minorities, mostly drawn from former French colonies such as Haiti, Morocco and Algeria.

    I realize that it’s great fun to constantly spit on the English, but I wonder if this habit keeps you from critically examining your own society’s colonial past.


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  2. "Québécois nationalism is not revolutionary nationalism then, but reactionary White nationalism. It is a White nationalism that attempts mask itself in the revolutionary rhetoric of the oppressed nations. The particular White nationalism of the Québéc Sovereigntist Movement can best be understood as the ideology of a losing colonialism. The québécois did not arrive on this continent kidnapped and enslaved like Afrikans, nor were their lands stolen and people exterminated like what onkwehón:we, Xikanos and Borincanos experienced. The québécois, just like their hated rival, anglo-kanada, came to Anówarakowa Kawennote with one goal in mind: to settle the land in the name of france, and expropriate the resources of the indigenous people in the pursuit of the french colonialist-imperialist project. The québécois settler project was established on this continent as parasitic and at the expense of the indigenous people from day one."
    http://onkwehonwerising.wordpress.com/2013/07/23/settler-colonialism-in-disguise-an-indigenist-critique-of-quebecois-nationalism/

    “There is a significant body of individuals and groups who refuse intersectionality because they do not want to have a serious discussion about the legacy of colonialism and ongoing racism,” Mugabo said. She noted that an indicator of this has been the reluctance of feminists to engage in a discussion of whiteness and white privilege.

    “A very concrete and basic example of this is the refusal by the majority [of feminists] to speak of white women in Quebec as just that: ‘white women.’” The Quebec feminist movement’s unwillingness to recognize white privilege, she argued, is due to the movement’s ties to Quebec nationalism, which “requires Quebec white people to be regarded as oppressed and colonized, and makes it hard to recognize the white privilege that Québécois people necessarily possess.”

    Particularly difficult for some members of the feminist movement, Mugabo said, was freeing themselves from the nationalist narrative. That story goes that, “Anglos colonized Native people and did the same with francophones. Ottawa now treats Native people like minors and there’s nothing we can really do about it until we achieve independence.” She quoted her co-panellist David Austin in calling this “a tale of innocence and victimhood that conveniently omits [Quebec’s history of] the colonization of Indigenous peoples, the practice of slavery and racial exclusion.”
    http://www.nationnews.ca/quebec-in-question-scholars-attack-provinces-colonial-history/

    "What we’re witnessing is an attempt to further situate Québec within the French republican sphere and outside Anglo-Saxon dominance. If we understand it for what it is – an orchestrated strategy to turn to Europe and its unique genius when it comes to questions of race and empire, then it becomes much easier to see what’s happening in Québec as the flip side of what is currently going on in Canada, with the turn to the monarchy and symbols of past British military 'victories' paving the way for widespread support for the exclusion of (certain targeted) racialized migrants on the grounds that they represent threats to the nation and its values."
    http://www.mediacoop.ca/story/whose-values-nationalism-english-canada-and-qu%C3%A9bec/18877

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  3. Je n'entrerai pas dans ce misérabilisme complaisant qui voudrait nous faire porter l'odieux d'un monde qui fut autre. Champlain avait au moins la capacité de reconnaître ceux qui parmi les Amérindiens avaient de la vaillance et du courage, ce que vous rappelez rarement vous-mêmes dans vos polémiques. Vous parlez aujourd'hui la langue du conquérant britannique qui a exterminé sur le continent plus que les seuls Renards. L'utilisation que vous faites de vos références sont tout simplement malhonnêtes et inexacts quant à leur interprétation. De quelle nature est votre «nationalisme»? De gauche? J'en doute. Le retour à un âge d'or idéal où les autochtones vivaient sereinement en Amérique? Ça s'appelle de la régression et on en voit les conséquences quotidiennement. Que faites-vous pour vous émanciper de l'impérialisme anglo-saxon ou québécois (et je ne nie pas que cet impérialisme existe)? Vous ne cessez d'implorer la Reine d'Angleterre, de gémir devant l'O.N.U., de mobiliser n'importe quel mouvement qui, de fasciste ou de communiste, ne sauriez faire la différence. Vous n'avez pas de leçon d'activisme à donner à personne. Combien de guerres intertribales se sont succedées en Amérique du Nord avant qu'Iroquois, Innus, Hurons ou Abénakis se soient retrouvés là où les Européens les ont rencontrés? Combien d'autres tribus, venues antérieurement, se sont fait eux-mêmes pillés par les vôtres? Tout ce que la préhistoire et l'archéopaléontologie nous apprennent n'est pas plus à votre honneur que ce que l'histoire enseigne sur les Occidentaux dont nous avons au moins l'honnêteté de reconnaître les méfaits, ce qui n'est pas votre cas. L'histoire n'est pas là pour mener d'interminables procès. Ceci s'adressait à un ministre d'origine québécoise ignorant et servile et non aux autochtones du Québec qui préféreront toujours avoir partie liée avec les Habits Rouges d'Ottawa qui mieux que les Québécois, ont su les conserver dans le cocon fœtal à vivre des frais de l’État et de l’aveuglement devant les contrebandes.

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