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vendredi 1 février 2013

La Conquête de l'Angleterre par les Canadiens

Tapisserie de Bayeux. La Conquête de l'Angleterre par les Normands

LA CONQUÊTE DE L’ANGLETERRE PAR LES CANADIENS

J’adore Stephen Harper! Alors que j’avance timidement, sur la pointe des pieds disons, dans ma démarche théorique, lui roule devant moi, apportant plus que je n’ai besoin pour confirmer mes hypothèses historiques et de psychologie collective. Il confirme la mouvance régressive qu’il ne cesse d’accélérer par ses options politiques et économiques depuis les tout débuts de son «règne». Ne reste plus qu’à justifier le pourquoi du changement du nom du Musée des Civilisations en Musée d’Histoire du Canada sinon que pour y installer une immense tapisserie représentant La Conquête de l’Angleterre par les lois canadiennes.

Que l’Angleterre décide de changer certaines règles dans la tradition de la succession royale, c’est son affaire. Comme l’ont démontré l'attitude de Georges VI et de sa famille lors de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les bombes pleuvaient sur Londres et sur l'Angleterre, le roi est là comme principe unificateur de l’État et de la société anglaise, et ce, même s’il ne gouverne plus en tant qu’exécutif, fonction dont il est dépossédé mais porte toujours le titre. C’est un principe essentiel à toute société, se disant nation ou pas, que d’incarner son sens de l’unité par un symbole, vivant de préférence. Du pharaon égyptien à l’empereur de Chine en passant par les rois d’Afrique centrale, les rois absolus européens et le Président des États-Unis d’Amérique, c’est toujours la même fonction de psychologie collective que nous retrouvons dans l’incarnation transcendante du groupe dans l’individu unaire de l’État : l'incarnation du sens de l'unité collective.

Or c’est précisément ce qui fait défaut au Canada. Aucune fonction ne s’identifie à un principe unaire, ce sens de l’unité qui ferait du Canada un État cohérent, au-delà du contrat commercial de 1867 et du support administratif d’une Charte des droits et libertés de 1982. 1982, dont le trentième anniversaire a été effacé par un souvenir-écran, celui de la guerre de 1812! C’est ce problème de psychologie collective, auquel est particulièrement sensible le Premier ministre Harper et lequel il ne sait comment résoudre sinon que par des moyens régressifs dommageables. D’un côté, le fait d’être en liaison permanente avec le Parti Républicain américain le force à reconnaître la spécificité géographique et économique des relations entre les États-Unis et le Canada. Rome, pour lui, c'est Washington. D’un autre côté, le Canada ne peut survivre en termes spécifiques que par son passé britannique, par le choix fait par les Canadiens Français et des Loyalistes de ne pas rallier les Patriotes américains, c’est-à-dire en s’accrochant à tous les symboles et les liens résiduels du Commonwealth britannique, succédané du glorieux empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais.

Ce sens de l’unité inexistant entre la vocation continentale et les origines historiques avorte à travers un écartèlement qui exerce un pression sur les liens avec les origines historiques, d’où la nécessité de les renforcer par une série d’actes symboliques compulsifs, à l’image de ce que le Québec traditionnel faisait en voulant ignorer qu’il habitait un continent nouveau, transformé par un métissage culturel qui l’éloignait définitivement de ses origines françaises. Cette multiplication infinie de héros de la Nouvelle-France, d’une épopée mystique contre la sauvagerie pour le triomphe de la religion catholique romaine, la mission historique de porter la vraie foi et la langue de Molière et de Racine (et non celle de Hugo et de Valéry) en terres protestantes et anglophones, sont reprises aujourd’hui par le Gouvernement du Canada. Des événements récents en font la démonstration évidente. D’abord les héros de la guerre de 1812 : Salaberry, un francophone totalement anglicisé et assimilé à l’armée britannique et Laura Secord, Isaac Brock et Tecumseh ont été mis à l’avant-plan sur la scène historique dans la droite ligne des anciennes Gloires nationales de Guy Laviolette des années 40-50 au Québec. Ces faits, que j’ai commenté amplement ailleurs, appartiennent à une nouvelle «chanson de geste», la conservation du Canada aux intérêts britanniques. Si Britania rules de waves, Canada is a dominion a mare usque ad mare. Il y a un lien de nécessité, structurel si vous préférez, entre le burden of white man des jingoïstes anglais de la fin du XIXe siècle, stimulé par l’esprit impérialiste de l’ancien Secrétaire d’État aux Colonies, Sir Joseph Chamberlain (1895-1903) et la réponse actuelle du Canada en tant qu'héritier privilégié de la «mère des Parlements». En ce sens, si la Manifest Destiny a nourri l’esprit des Américains dans leur conquête de l’Ouest, rien de véritablement comparable ne s’est imprimé dans la conscience historique des Canadiens, sinon que de poursuivre la destinée européenne en Amérique. Ce manque grève sérieusement le sens de l’unité canadienne. Contre l’anglais américain de Webster, il suffit de se rattacher à l’anglais de Shakespeare, et le Théâtre de Stratford, en Ontario accomplit cette tâche depuis des lustres. Comme les Australiens, les Canadiens Anglais se targuent de parler une langue anglaise plus pure que le slang américain, perçu comme un avatar dégénéré par une démocratie trop paresseuse pour sauver le ton élitiste des dynastes assassins que l'on retrouve dans les œuvres du grand Will. Par contre, si les sectes protestantes d’origines britanniques ou allemandes, ukrainiennes ou orientales se sont fortement implantées au Canada, le vieux protestantisme anglican s'efface devant l'Église-Unie du Canada, la plus importante du pays.

Dans le préambule de sa Constitution rapatriée de 1982, Pierre Trudeau avait manqué de courage. Qu’il ait placé Dieu à la tête de la Constitution, lui, licheux de balustres et grenouille de bénitier qu’il était, ça se comprend; mais qu’il ait conservé ce qui était à l’époque un vestige d’une obéissance à la souveraineté du Roi d’Angleterre, ce n’était qu’une concession aux orangistes ontariens et aux westerners qui collectionnaient les souvenirs de la participation aux deux guerres mondiales. Comme il ne voulait pas éterniser les discussions constitutionnelles et que la crainte d’une éventuelle proclamation d’indépendance du Québec lui chauffait ses hémorroïdes bénies, il a accepté dans un package deal : Dieu et la Reine plutôt que Dieu est mon droit.

La chose n’était peut-être pas plus importante qu’il fallait à ses yeux, mais il ne pouvait savoir qu’un demi-siècle plus tard, le gouvernement conservateur allait s’appuyer sur ces deux idoles pour enraciner une politique conservatrice libérale génératrice d’une forme quasi absolutiste, une insulte aux prérogatives parlementaires et à la confiance donnée par les électeurs sollicités. Sa phobie du «socialisme» et du «communisme», proprement américaine, était compensée par un surinvestissement d’archaïsme dans les liens entre le Canada et l’Angleterre. Et comme si cela ne suffisait pas, la prestigieuse institution britannique par excellence, la Banque d’Angleterre, venait chercher un Canadien pour la diriger - tout en le consacrant de la citoyenneté britannique indispensable à tous les directeurs de la célèbre banque, ce qui était plus sérieux que la citoyenneté russe accordée à l’acteur Depardieu par le président Poutine de Russie.

La nomination de Mark Carney à la tête de la Banque d’Angleterre a ajouté à la stratégie psychologique collective de Stephen Harper. C’était comme une illumination qui le frappait. L’Angleterre avait tant fait pour le Canada (sic!) qu’il était juste, qu’en retour, le Canada témoigne de sa reconnaissance en se faisant aussi Britannique que les Anglais. La chose n’est pas insolente en soi sauf qu’elle nous entraîne maintenant à nous mêler de choses qui ne nous concernent pas. De quoi s’agit-il exactement? Laissons à Andrew Thomson le soin de nous dire de quoi il s’agit :
«Le gouvernement canadien a présenté un projet de loi qui avalise officiellement certaines modifications aux règles du Royaume-Uni concernant la succession au Trône et les mariages des membres de la famille royale.

La Loi régissant la ligne de succession au Trône, présentée aujourd’hui par le ministre de la Justice, Rob Nicholson, donnant l’assentiment du Canada à une loi de Westminster qui moderniserait les lois britanniques, prévoit les mesures suivantes, entre autres :

    * mettre fin à la pratique selon laquelle les héritiers ont préséance sur leurs sœurs aînées dans la ligne de succession;
    * permettre aux successeurs d’épouser quelqu'un de religion catholique romaine et de maintenir leur admissibilité à la succession au Trône.

La première modification s’applique à tout enfant né après le 28 octobre 2011 – y compris l’enfant qu’attendent le duc et la duchesse de Cambridge.

En ce qui a trait à la religion, l’unique interdiction s’applique au mariage avec les catholiques – un résultat des conflits religieux  en Angleterre durant les XVIe et XVIIe siècles et du désir de voir un monarque protestant sur le Trône. Par contre, tout monarque doit être baptisé anglican puisqu’il devient automatiquement chef de l'Église d'Angleterre».

Il ne faut pas profiter du terme «avalise» pour minimiser la portée symbolique de la loi. Celle-ci est bien une «intrusion» du Canada dans la processus de succession de la monarchie anglaise même si celle-ci est conçue comme monarchie «cana-dienne». La tradition a «avalisé» la présence d’un monarque qui incarne le sens de l’unité des Britanniques; mais il n’en va pas ainsi pour les Canadiens. C'est par une constitution écrite qu'ils ont donner (comme ils pourraient le lui retirer) le titre de monarque du Canada au roi (ou à la reine) d’Angleterre. Même chef d’État, «loin des yeux, loin du cœur», la reine est ici représentée par un délégué désigné par le Premier ministre et son conseil, un gouverneur général qui tient son poste le temps que le Ministère le lui confie. Il n’y a que les Autochtones pour croire encore que le gouverneur général peut représenter une autorité supérieure et transcendante au gouvernement. Il s’agit donc d’un «projet de loi» qui entend bien que le Canada ait son mot à dire dans la succession royale. Après la guerre des Deux-Roses, assisterons-nous maintenant à la guerre du Lion britannique et de la feuille d’érable?

L’assentiment du Canada, qui se placerait sous le respect de la décision du gouvernement anglais concernant les règles de succession au trône, est une formule purement diplomatique. Même si le gouvernement anglais dérogerait à ses décisions et refuserait d’amender les règles de succession au trône, le projet de loi voté par le gouvernement fédéral le place exactement sur le même statut qu’un projet de loi du gouvernement britannique. L’assentiment est beaucoup plus qu'une politesse diplomatique, c’est un avis très sérieux - projet de loi - qui vise à mesurer l’étendue de l’influence canadienne sur l’ancienne métropole et l’ensemble des pays faisant parties du Commonwealth. C’est une épreuve de force internationale. Il est certain que ni Westminster, ni Downing Street ne se laisseront dicter leur conduite dans une affaire interne, mais le Canada est une béquille éprouvée sur laquelle s’appuie un Royaume-Uni toujours de plus en plus fragilisé.

Il est vrai, ce que les informations passent parfois sous silence, que Londres avait déjà annoncé son intention de changer les règles de succession qui privilégiaient les garçons dans une famille royale, demandant aux 16 pays appartenant au Commonwealth, dont le Canada, de donner leur assentiment à ce changement. Ce test de solidité des liens unissant le Commonwealth suggère des doutes et des inquiétudes de la «métropole» sur cette solidité. Si la question se pose pour les Britanniques, c’est parce que la succession héréditaire mâle est assurée et le risque de 50/50 pour que l’enfant de Kate Middelton soit un garçon - et peut-être savons-nous déjà le sexe de l’enfant? - risque de ne pas changer grand chose avant un certain temps …où il n'y aura peut-être plus de couronne en Angleterre. D'autre part, l’Angleterre est un pays où les reines ont eu des rôles historiques plus important que partout ailleurs en Occident; de Boadicea qui anima la résistance à l’invasion romaine sous l’empereur Claude à Mary Tudor et Elizabeth, puis à Ann Stuart et Victoria et la reine actuelle, Elizabeth the second, ne cause pas de préjudice à la psychologie collective anglaise. Cette nouvelle règle aura donc peu d’effets réels sur les mentalités. Par contre, cette idée que le roi puisse épouser une catholique alors qu’il reste le titulaire de chef de l’Église d’Angleterre, de l’anglicanisme usant de la version King James de la Bible, a déjà coûté la couronne aux Stuart.

Plus risible toutefois l’avis du ministre Moore qui affirme : «Tous ces changements peuvent se faire sans aucun amendement à la Constitution canadienne», de même lorsque «les hauts fonctionnaires qui ont expliqué le projet de loi n'ont pas pu y mettre un prix mais assurent que l'exercice représente des coûts peu élevés pour l'État canadien». Certains auraient voulu que les Parlements des provinces puissent également donner leur «aval» - pourquoi pas, puisqu'elles ont également un représentant de la reine en la personne du lieutenant-gouverneur, elles auraient tout aussi droit à donner leurs avis sur la succession britannique! -, mais le gouvernement Harper a préféré se réserver l’entière responsabilité de la décision. Se basant sur l’avis des avocats du Conseil privé et du ministère de la Justice qui soutiennent qu’il ne s’agit pas là d’un amendement constitutionnel à la charge de la reine (les prérogatives royales exercées au Canada), mais rien qu’une modification qui ne touche que les lois britanniques (d'où l'intrusion), c'est depuis un an, donc au moment où il se lançait dans les coûteuses commémorations de la guerre de 1812, que le gouvernement Harper était informé de ces changements. Le fait que les provinces n’y ont pas prêté attention montre la «solidité» des liens qui unissent les gouvernements provinciaux au symbole monarchique, de consommation nationale et non provinciale.

L’ignorance des véritables enjeux de cette «intrusion» est lamentable. Ainsi, sur les ondes de R.D.I. (la Société Radio-Canada pour les riches), le constitutionnaliste Benoît Pelletier enchérit en disant que «le gouvernement a pris la bonne décision» (sic!) : «Nous ne sommes pas en présence d'une modification constitutionnelle. C'est une modification limitée, qui est dans l'air du temps. Qui peut être en faveur d'une discrimination contre les femmes de nos jours? Même le gouvernement du Québec ne pourrait s'y opposer. On ne touche pas du tout à la monarchie constitutionnelle». Voilà un féminisme bien déplacé! Le pragmatisme est parfois aussi aveugle et borné que la pire des superstitions. Et pour ajouter l’insulte à l’outrage : «Je ne crois pas que les provinces doivent donner leur consentement. Mais ce serait un beau geste de courtoisie que le Parlement du Canada informe les provinces officiellement de la modification, sans aller à requérir leur approbation formelle». Consternante réaction d'un colonisé jusqu'au trognon… Ajoutons que pour le risque de malchance du 50% de bébé fille que pourrait accoucher Kate, les changements apportés à la législation britannique seront rétroactifs pour assurer au premier enfant du prince William et de la duchesse de Cambridge sa place dans la succession au trône, peu importe son sexe.

Nous devrions ne pas prendre tout cela au sérieux. En effet, comme on le répète à satiété, comme si c’était secondaire, ce ne sont là que des symboles. Mais ce tripotage de symboles révèle une infrastructure fragile de la conscience canadienne. Le Canada peut-il être considéré comme une nation? Sinon, serait-il resté au stade latent de «colonie» qui inverserait son rôle en «se gonflant» comme une métropole, le complexe d'infériorité compensant par un complexe de supériorité dans les affaires nationales et internationales, ombre fugace du rôle du Colonial Office britannique au XIXe siècle dans les affaires canadiennes? Légiférer sur la succession de la monarchie royale anglaise au moment où les Autochtones réclament à hue et à dia des rencontres avec le Premier ministre afin d’améliorer leur sort dans le contexte de l'infantilisante tradition inscrite dans la loi célèbre de 1763; au moment où la nouvelle loi d’assurance chômage pénalise d’une façon odieuse les travailleurs des maritimes et de l’est du Québec ainsi que des travailleurs saisonniers et contractuels de l’ensemble du Canada (preuve que le Trésor et les Finances du Canada ne sont pas encore entrés au XXIe siècle et ignorent volontairement les mutations entraînées par les modifications du divin marché de l’emploi) ne donnent pas du tout le goût du sens de l’unité aux Canadiens. Et cela blesse viscéralement les convictions de Stephen Harper.

Il n’est pas besoin qu’une collectivité toute entière éprouve ou partage un sentiment commun unanime pour dire qu’il y a une pathologie psychique chez elle. Il suffit qu’une minorité dominante, qu’un gouvernement, qu’un ensemble d’institutions et de mesures finissent par «contaminer» l’ensemble de la collectivité pour sombrer dans la pathologie mentale. Ne disait-on pas autrefois que la folie était contagieuse? Les Allemands qui se réveillèrent en janvier 1933 avec Adolf Hitler comme nouveau chancelier ne partageaient pas, loin s’en faut, sa pathologie individuelle. Pourtant, sa voyoucratie réactionnaire, étriquée entre l’archaïsme de la Walkyrie et le futurisme des canons et des tanks, a donné ce que nous savons. C’est un phénomène analogue qui touche Stephen Harper et son parti, étriqués qu’ils sont entre un archaïsme britannique et un futurisme républicain conservateur. L’archaïsme agit uniquement au niveau fantasmatique. Un passé, une tradition, une «aventure» que les Québécois ne partagent plus ou ignorent même lorsqu’ils sont fédéralistes à la Trudeau Junior. Le futurisme est plus angoissant, car il appelle à la participation à un «glacis nord-américain» dont les États-Unis ont entièrement le contrôle économique et militaire. Comme l’éléphant et la souris se partageant le même lit, l'éléphant républicain risque à tout moment de se retourner et d'écraser la souris canadienne. De même, les Maritimes et l’Ontario tirent sur l’archaïsme britannique (le respect des traditions non écrites qui font lois) alors que le futurisme américain est anticipé par les Prairies, la Colombie britannique et… le Québec. Le conservatisme éminent des gouvernements qui se succèdent aussi bien en Alberta qu’au Québec, de même que les résistances critiques que l’on retrouve à Vancouver et à Montréal, montrent que le futurisme est aussi délirant et dangereux que l’archaïsme est futile et anesthésiant.

Stephen Harper entend donc, à l'exemple de Guillaume le Conquérant, entreprendre sa conquête de l’Angleterre avec sa loi avalisant et ses «avis juridiques» qui confirment que l’eau chaude est bien chaude et que l’eau froide n’est pas chaude. Son capital symbolique complète son capital financier. Il veut que son gouvernement soit reconnu comme un excellent gestionnaire à la fois des biens matériels et des biens symboliques du Canada. Pour Harper et l'école néo-libérale conservatrice, l'économie symbolique et l'économie des biens font partie d'un seul et même système, d'où l'importance structurelle de ces amplifications symboliques. Malheureusement - pour lui -, ces rétroprojections dans le passé et ces «fuites en avant» ne peuvent se rejoindre (comme l’est et l’ouest dans le poème de Kipling), et s’il accumule autant de capital symbolique qu’il peut, il n’obtiendra jamais ce sens de l’unité qui a échappé même à ce rusé renard que fut Pierre Eliott Trudeau. Enfin, la brutalité législative avec laquelle le gouvernement Harper abuse de son pouvoir le rend encore moins susceptible de gagner son pari⌛
Montréal
1er février 2013

2 commentaires:

  1. Chose curieuse que je m'explique mal malgré tout:lors de la «grève de la faim de Thérésa Spencer, son insistance à exiger la présence gouverneur général, symbole premier du colonialisme britannique... dans le cadre d'un mouvement politique qui en principe demande tout autre chose.
    Daniel

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    1. C'est le vieux réflexe autochtone de recourir à Sa Majesté britannique contre le gouvernement du Canada, puisque que c'est avec elle que les tribus ont signé le fameux traité de 1763 engageant la Couronne britannique à protéger les Indiens. C'est donc au gouverneur-général qu'ils s'adressent en tant qu'exécutif, et selon les principes de la Constitution canadienne, il est bien le chef de l'État. Sauf que le parlementarisme britannique lui a choppé les couilles depuis 1688.

      Les nations autochtones reposent encore sur une conception tribale où chaque peuple, chaque réserve tient à son indépendance traditionnelle. D'où les sempiternelles discussions avec les lois provinciales et fédérales. Ce n'est pas par amour qu'ils s'allient, mais afin d'exercer un poids auprès du gouvernement. Ils perpétuent des attitudes infantiles de domination dans le contexte colonial, alors que l'amélioration de la condition autochtone passerait par l'élimination des comportements issus de 3 siècles de contraintes occidentales. Nous, au Québec, qui avons moins souffert culturellement que ces malheureux, nous n'avons pas eu le courage de nous affranchir. Nous n'avons, sur ce point, de leçons à donner à personne, hélas!

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