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Devant le juge Huot, Bissonnette lit une déclaration écrite. HBÉ, La Presse |
L'AFFAIRE
BISSONNETTE
D'UNE SALE
AFFAIRE À UNE AFFAIRE SALE
LES
FAITS.
En
cette soirée d'hiver du 29 janvier 2017, quelques minutes avant 20
heures, un jeune homme entre dans la Grande Mosquée de Québec où vient de
s'achever la prière. Il est en possession d'une arme de
poing et
d'une carabine. Il se met à décharger son arme sur les derniers
assistants. Les témoins croient d'abord qu'il y a deux tireurs, et
c'est ce qu'ils révèleront aux média qui se rendront sur place
sitôt la zone sécurisée. Une chasse à l'homme s'ensuit qui ne
donne aucun résultat jusqu'à ce qu'un jeune homme,
Alexandre Bissonnette, âgé de 27 ans, étudiant en sciences
politiques, se disant ouvertement xénophobe et nationaliste,
contacte les policiers en vue de se dénoncer. Après plus de 50 minutes de jasette où il avoue son
malaise et menace de se tirer une balle où il est stationné,
la police vient enfin le cueillir. Le lendemain, il sera formellement
accusé de six meurtres prémédités et de cinq tentatives de
meurtres.

Les
premiers témoignages avaient mentionné qu'ils étaient deux dans
l'affaire et un étudiant en génie, Mohamed Belkhadir, a été
arrêté par erreur dans
la foulée de l'attentat. Il disait porter secours aux
victimes
lorsqu'il a été pris, à tort, pour un suspect. Après une nuit de
garde à vue et d'interrogatoire, il est relaxé. Le lendemain,
la police permet aux fidèles de retourner à la mosquée. Ce même
jour, l'une des voix radiophoniques de la Radio X, qualifiée de radio-poubelle démagogique et xénophobe, fait un examen de
conscience en ondes, tandis qu'André Arthur, une autre voix de la
même sauce, raconte que l'une des victimes de la tuerie Azzeddine Soufiane, avait dû acquitter une amende de $ 4 250 du gouvernement
pour insalubrité dans son épicerie-boucherie. Décidément, tous
les poubellistes n'étaient pas prêts à faire leur examen de
conscience. Un mois après l'attentat, Said Lamri, atteint de deux
balles au dos et plongé dans un coma, reprend connaissance. Le
nombre des morts de la tuerie se bornera donc à six.

La
première question qui vient à l'esprit dans de tels cas consiste à
se demander si ce crime aurait pu être évité puisqu'il est clair
que Bissonnette n'appartenait à aucun mouvement radical – pas même
à La Meute, groupe dirigé un temps par un ancien militaire et qui
tient une position proche du vigilantisme américain. L'ancien agent
du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Michel
Juneau-Katsuya, affirme sur les ondes de la télévision d'État que
les animateurs des radios X ont du sang sur les mains. André Arthur
réplique en accusant Juneau-Katsuya d'être «à la
solde et sous le
contrôle de groupes terroristes islamistes». L'ancien agent intente
une poursuite en diffamation contre Arthur et son employeur, Leclerc
Com-munication. La salle
affaire Bissonnete tombe dans la bouffonnerie. Au cours des longs mois
qui suivront, le DPCP (Directeur des Poursuites Criminelles et
Pénales) et les corps de police continueront à mener l'enquête et
à étoffer les preuves qui ne sont pourtant pas si difficiles à
rassembler puisqu'elles ne concernent qu'un individu. On sortira
rarement le prisonnier de sa cellule, sauf pour comparaître pour la mise
en accusation et la fixation de la date de son procès. Celui-ci
devait débuter à la fin de mars 2018.

Un
an après le drame, les familles de deux victimes de l'attentat,
l'une tuée et l'autre grièvement blessée, affrontent le
gouvernement du Québec en vue d'être reconnues comme des victimes
d'acte criminel – ce qui paraît assez évident – et être
indemnisés. La Direction de l'IVAC (Indemnisation des
victimes d'un
acte criminel) refuse de leur accorder le titre
de victimes de l’attentat parce qu’elles n’en ont pas été des
témoins directs! Ce qui est assez étonnant, compte tenu que les
funérailles des victimes ont attiré la présence du Premier
ministre du Canada, Justin Trudeau (toujours larmoyants), le Premier
ministre Philippe Couillard, de la Province de Québec, des maires
Labeaume (de Québec) et Coderre (de Montréal). Faudrait-il croire que des victimes d'attentats de masse ne sont bonnes qu'à permettre à des politiciens de se présenter en spectacle et non à coûter de l'argent à l'État?

Un an après les tragiques événements, des veuves
se rassemblent sur les lieux du drame et s'adressent pour la première
fois aux médias. Le lundi 26 mars, Alexandre Bissonnette plaide
non-coupable aux
douze chefs d'accusations portés contre lui, dont
six de meurtres au premier degré, et six autres pour tentatives de
meurtre. Il aurait déclaré toutefois qu'il songerait à plaider
coupable. Le juge qui entend la cause, François Huot, de la Cour
supérieure, demande alors une expertise de l'état mental de
Bissonnette. Sitôt, les démarches sont frappées d'une ordonnance
de non-publication. Le mercredi 28 mars, Bissonnette plaide coupable
à toutes les accusations. Au-delà des motifs qui l'auraient mené à
commettre l'attentat de janvier 2017, c'est désormais ce qui s'est
passé entre le lundi où Bissonnette plaide non-coupable et entend
subir un procès devant juge et jury et le mercredi 28 mars ou non
seulement il enregistre sa culpabilité, mais délivre une
déclaration écrite de regrets auprès des familles et des victimes, une lettre dans laquelle il s'avoue suicidaire, qu'il est
contre l'immigration mais non terroriste ni islamophobe, ce qui est,
en raison des déclarations retenues par l'accusation, un mensonge.
C'est là que la sale affaire Bissonnette est devenue une affaire
sale.

DES MOTIVATIONS OPAQUES
C'est tellement plus facile pour la Justice quand
l'assassin se suicide ou est tué par la police, comme dans les cas
de Marc Lépine après le carnage de Polytechnique (6 décembre 1989)
ou celui de Kimveer Gill (13 septembre 2006) au Collège Dawson. Dans
les cas où les assassins survivent, tel le caporal Lortie, auteur
d'un attentat meurtrier au Parlement de Québec (8 mai 1984) ou du
professeur Valery Fabrikant qui tua quatre collègues de travail et
en blessa une autre (24 août 1992) au pavillon Hall de l'Université
Concordia, à Montréal, il faut une batterie de psychiatres prêts à
démontrer la folie ou la paranoïa des meurtriers. Il en a été
ainsi de Richard Henry Bain, accusé d'avoir tué un opérateur de
spectacle et blessé un autre à la salle du Métropolis en voulant
en attenter à la vie de la candidate élue au poste de Premier
ministre, Pauline Marois, chef du Part Québécois qui prône
l'indé-pendance du Québec. Là aussi on a étiré les procédures
avant de faire comparaître Bain afin de bien réaliser l'état
mental pathologique de l'assassin. L'important, c'est que dans une
démocratie libérale, et le Québec et le Canada sont des
démocraties libérales, il ne peut y avoir de procès pour «crime
politique». Si les deux fanatiques de l'État islamique, Martin
Couture-Rouleau (20 octobre 2014) et Michael Zehaf-Bibeau (22 octobre
2014) n'avaient pas été tués par les policiers, ils auraient
comparus sous les mesures votées par le Parlement canadien face aux
actes terroristes. On évite ainsi de politiser le
drame en le renvoyant au fanatisme religieux et à l'extrémisme violent. Ainsi donc,
tout baignait dans l'huile pour la justice canadienne et québécoise
jusqu'à cette sombre soirée de janvier 2017. L'un des problèmes
qui se pose, en effet, est comment ne pas voir le procès Bissonnette
se transformer en procès politique. Or les procès politiques, ça
n'existe pas au Québec, même les felquistes, assassins de Pierre
Laporte, n'ont pas été accusés de crime politique mais d'homicide,
comme s'ils avaient tué n'importe quel quidam à la sortie d'un
night club après une soirée trop arrosée.

Jusqu'au plaidoyer
de culpabilité du 28 mars, et encore présentement, en attendant du
prononcé de la sentence, nous restons complètement aveuglés par
les motifs qui ont poussé Bissonnette à agir. L'idée d'un complot
terroriste a été écarté dès le départ. Aucune instance occulte
n'a commandé la tuerie de
la mosquée de Québec. Nous sommes devant
un réel drame humain et ceux qui croiraient à une quelconque
hypothèse de complot, il faudrait reconnaître celui-ci comme bien
mal ficelé! Un homme qui souffre de dépression et peut être amené
à porter sa violence sur les autres (ou sur lui-même) ne le fait
pas gratuitement. Il lui faut des motivations profondes qui sont la
cause de son mal-être. Or, ce mal-être, nous n'en connaissons pas
encore la nature exacte. Une chose est certaine, toutefois, dans la
soirée du 29 janvier 2017, après qu'il eût soupé chez ses
parents, Bissonnette ne s'est pas levé du fauteuil après avoir regardé un
cartoon du Road Runner
et de Wile Coyote en se disant : «Allons tuer du musulman!».
Donc, l'argument sur lequel souffle le président du centre culturel de la Grande Mosquée de Québec, arguant la préméditation,
du
crime ne tient pas. Or, c'est pourtant celle-là que le procureur
entend exposer devant le juge Huot.

Or,
les faits, les voici : selon la déposition même de sa mère,
Alexandre a soupé en famille, puis a emprunté l'auto de son
père, un Mitsubishi RVR 2015 de couleur noire, automobile dans
lequel il sera
appréhendé par le Groupe tactique d'in-

tervention,
une fois le crime commis, près du pont de l'île d'Orléans reconnu
pour être le «pont des suicidés». Qu'a-t-il fait avant le crime?
Il s'est rendu à son club de tir, Les Castors, à Charlesbourg, club
alors fermé (nous sommes un dimanche soir). Bissonnette, en effet,
était membre de ce club. C'est alors qu'on postule que c'est après
s'être heurté à ces portes closes qu'il aurait pris la décision
de se rendre à la mosquée. Peut-être que si le club avait été
ouvert, il aurait déchargé ses frustrations sur une cible de carton
et le drame de la mosquée aurait pu être évité. La préméditation
ne
tient donc pas la route de manière absolue, si on peut dire.
Il
est vrai que le sous-sol de la maison familiale ressemblait à un
véritable arsenal. Bissonnette entreposait ses armes à feu dans un
coffre de sécurité. Son père a avoué qu'il possédait trois armes
à
feu, un Glock, un Sig Sauer et une arme longue Browning, sorte de
carabine. Vérifications faites par la police, deux armes de poing
étaient enregistrées au nom de Bissonnete, le Glock et le Sig Sauer. Les témoins de l'attaque ont confirmé que le tireur
utilisait une arme de poing. L'arme longue qu'il transportait avec
lui se serait enrayé affirmèrent les témoins, et de fait, la
police a trouvé devant la porte de la mosquée une arme longue
semblable à une AK47. Il est clair, Bissonnette était armé de plus
d'armes qu'il en avait besoin pour commettre un carnage le 29 janvier 2017. On
ne peut toutefois qualifier son meurtre d'overkill,
comme
celui commis par Marc Lépine à Polytechnique, qui ressemble à ces
exécutions commis par les partisans de l'État islamique.

La
préméditation
tient encore moins la route une fois le carnage commis. Alexandre Bissonnette compose lui-même le 9-1-1, une quinzaine de minutes après
avoir fui les lieux du drame. Voici ce que révèle la carte d’appel
au 9-1-1 : «L’individu s’identifie comme étant
Alexandre Bissonnette, 27 ans. Ce dernier s’identifie comme étant
le tireur et dit qu’il veut se rendre. ll dit qu’il va se tirer
une balle dans la tête. ll dit qu’il est à bord d’un véhicule
Mitsubishi RVR gris et qu’il est sur les quatre
“flashers”. ll
dit qu’il a un pistolet avec lui et qu’il l’a mis sur le siège
arrière. ll pleure, dit qu’il avait deux fusils, mais dit qu’il
ne se rappelle de rien. L’autre pistolet est resté là-bas. ll dit
qu’il désire partir marcher dans le bois et se tirer une balle
dans la tête. ll dit qu’il va coopérer à 100%, il est tanné et
veut que les policiers interviennent». Cette jasette, qui dure
environ 45 minutes, est celle d'un homme en état de panique. Son
sentiment de culpabilité suite au traumatisme de l'attentat le rend
amnésique. Entre la mort et la vie, c'est devant un appel de
détresse que nous nous retrouvons et non un appel de terroriste qui
revendiquerait avec fierté la commission d'une exécution.

Afin
de ne pas aller plus loin, les média ont beaucoup parlé des
médicaments que prenait Bissonnette. Peu avant le drame, on lui
avait prescrit de l'APO-Paroxétine, médicament qui sert à traiter,
selon Apotex qui fabrique ce médicament, «les symptômes de
dépression, de trouble obsessionnel compulsif, de trouble panique,
de phobie sociale, d'anxiété généralisée ou d'état de stress
post-
traumatique». La mère a témoigné à un officier de la GRC
qu'Alexandre demeurait chez ses parents depuis une semaine et qu'il
était dans un état «très anxieux et instable». Il avait été
jusqu'à demander à son employeur, Héma-Québec, un congé qui lui
aurait été refusé, mais sa mère affirme qu'il aurait été mis en
arrêt de travail après avoir mal parlé de ses supérieurs. L'état
de santé mentale de Bissonnette n'était donc pas à son meilleur le
soir de l'attentat. Il n'était pas délirant comme Bain, mais il
n'en souffrait pas moins assez gravement, d'un mélange d'anxiété,
de paranoïa, de dépression et d'amertume. Un psychotique qui
souffre de paranoïa, comme Bain, peut commettre un meurtre et ce
meurtre sera prémédité, car il est mû par une fixation. Le comportement de Bissonnette relève
entièrement de l'improvisation et de l'impulsion «sur le coup».

Les
motivations qui feraient le plus de mal au milieu québécois seraient les motivations
politiques. Accusé de terrorisme et d'islamophobie, Bissonnette
était, contrairement à ses déclarations du 28
mars 2018, «en accord
avec les propos de Donald Trump à l'effet de bloquer toute
immigra-

tion», rapporte sa mère à l'enquêteur.
Mais le document ne précise pas plus loin et ne contient aucun
détail sur les idées politiques de l'accusé. Cette opinion, il
l'avait exprimée, semble-t-il, en classe dans ses cours de sciences
politiques et sur des messages Facebook avant que son compte ne soit
définitivement fermé par les autorités. Le lendemain de
l'attentat, La Presse avait appris d'une source proche de l'enquête
que le jeune homme, devant les policiers, avait franchement manifesté
son hostilité envers les membres de la communauté musulmane. C'est
le premier élément sur lequel l'accusation base la preuve de la
préméditation du crime, preuve indirecte. Tous ceux qui disent ou
manifestent une hostilité à l'égard des musulmans ne surgissent pas
dans une mosquée armés jusqu'aux dents.
Le
second élément consisterait en une hypothèse de reconnaissance
préalable des lieux. En effet, des images de surveillance de la
mosquée saisies par la police montrent un homme en train de faire ce
qui ressemble à du repérage près du lieu de culte :
«L’individu reste près de la mosquée durant près de trente
minutes et entre à deux reprises dans le hall d’entrée de la
mosquée. L’individu n’avait pas
l’air familier avec le rituel
de la mosquée, soit d’enlever auto-matiquement les chaussures en
entrant», lit-on dans un document rendue publique en octobre 2017.
On y apprend de plus, que la police a mené des perquisitions chez
Bissonnette pour retrouver les vêtements que portait l’homme sur
les images : «une tuque foncée avec des lignes
horizontales, un long manteau noir, un sac en bandoulière de couleur
noire, un pantalon foncé et des chaussures beiges de style
“hiking"». Un témoin a identifié l’accusé comme étant
l’homme qui avait fait du repérage. Or cet élément n'est pas
plus solide que le précédent. La mosquée de Québec avait souvent
été l'objet de vandalisme. Le 19 juin 2016, la même mosquée
s'était vue gratifiée d'une tête de porc au même endroit et les
coupables de ce geste n'ont jamais été identifiés. Pour qu'on ait
cru bon d'installer une caméra à l'entrée de la mosquée, il
fallait que celle-ci soit la cible de plusieurs fureteurs. Saura-t-on
jamais si Bissonnette a été vraiment l'un d'eux?

Qui
tient absolument à insister sur la préméditation dans l'attentat
de Québec? D'abord le président du Centre culturel islamique de
Québec : «J’aimerais la peine maximum, une peine exemplaire.
Il faut que ce soit exemplaire, car la société n’a pas à subir
ce genre de chose, a dit hier le président du Centre culturel
islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah. Si c’est un exemple,
alors on sera tous gagnants, nous maintenant et nos enfants pour le
futur». La peine maximum, la peine exemplaire, c'est le 150 ans des
peines cumulatives, depuis que le gouvernement conservateur de
Stephen Harper,
grand singe des institutions pénales américaines, a
importé cette sottise de laisser croire qu'une personne serait
condamné à purger sa peine, au-delà de sa propre mort, en enfer.
Selon la juge à la retraite Suzanne Coupal (aucun lien de parenté)
aurait déclaré sur les ondes de Radio-Canada, que ce serait pour
éviter ce cumul des peines que Bissonnette aurait déclaré être
non terroriste et non islamophobe. La Couronne, représenté par Me.
Jacques – non pas celui de Molière, mais il pourrait l'être s'il
n'était pas si vindicatif -, entend réclamer «une peine qui reflète
l'ampleur du crime», c'est-à-dire les 150 ans de prison ferme.
Cette déclaration laisse l'impression, dans la tête de plusieurs
auditeurs, que nous sommes là devant le pire crime jamais commis au
Québec. «Tout ce qui est exagéré est insignifiant », disait
le bon Talleyrand, et nous verrons plus tard comment la lettre dictée
à Bissonnette est par plusieurs points, «insignifiante». Si jamais
le juge Huot n'accorde pas ces 150 ans, nous verrons M. Benabdallah
et les victimes et témoins manifester leur frustration devant les
micros.

Il
faut donc que la motivation de Bissonnette ait été xénophobe,
«raciste», selon les musulmans : «C’est un
geste qui a pris place dans une mosquée. Tous les gens ciblés
étaient des musulmans. Il y avait même des enfants dans la mosquée
à ce moment-là», note Khalid Elgazzar, porte-parole du Conseil
national des musulmans canadiens, qui ajoute : «Ce sont des
meurtres prémédités et M. Bissonnette l’a avoué. Alors, [à
mon avis], oui, c’est un geste islamophobe». Après avoir entendu et lu la lettre de Bissonnette, Boufeldja Benabdallah est bien forcé
de reconnaître qu'«il n'a pas dit (pourquoi (il a pris la mosquée
pour cible). Ça restera encore une énigme. Peut-être qu'il va le
dire un jour. Mais ce n'est pas ça qui touche le plus les familles
des victimes. C'est que ce ne soit pas
terminé. On veut que la
sentence tombe. Comme l'a dit le juge, il faut en finir pour tourner
la page et passer à autre chose». Voilà pourquoi, reconnaître la
prémé-ditation et
l'intoxication islamophobique de Bissonnette sont si importantes pour
l'accusation. Non pas pour éviter de prolonger les souffrances des
familles, ni même connaître les vrais motivations de l'assassin,
mais expédier «au plus sacrant» cette sale affaire qui, comme un
grain de sable, risquerait d'enrayer le processus de bonne entente
entre l'État et les minorités culturelles. Il faudra donc attendre
le mois de juin pour savoir si le lobby islamiste québécois aura
satisfaction au niveau de la sentence. Le 10 avril, les observations
sur la peine à imposer auront lieu. C'est là que Me Jacques fera
son spectacle avec les vidéos de surveillance prises à la mosquée
avant et après le drame. Puis chaque avocat requerra la peine
qu'il espère recevoir du juge Huot.

MANIPULATIONS
Obtenir cette peine maximum est tout simplement
impensable avec ce que nous savons du déroulement des faits et
l'état mental de Bissonnette au moment de leur commission. Le
procureur
Thomas Jacques, dont le côté vindicatif n'est un secret
pour personne de qui l'a entendu aux différents bulletins
d'infor-

mation, déclarait qu'il était prêt à appeler 41 témoins à
la barre. Cela ne prouve rien. Si un seul témoin n'est pas un
témoin, 41, c'est beaucoup trop. S'ils avaient défilé devant le
jury, il se serait glissé des contradictions, des oppositions même dans leurs témoignages. On sait qu'à un an des événements, les témoins s'intoxiquent les uns les autres.
C'est un lieu commun de la psychologie. Des
témoignages qui se seraient avérés contradictoires avec ceux recueillis durant les instants suivant le crime auraient semé le doute dans les esprits des jurés. Me Jacques le sait, mais 41, c'est impressionnant. L'avocat de la défense,
Charles-Olivier Gosselin, sorti tout droit de la foire aux cancres de
l'aide juridique, s'est laissé volontiers berner par ce chiffre et
ce que pouvaient révéler les vidéos de surveillance. Plutôt que
de lutter pour la défense de son client, il a tout céder sous
l'intimidation de la Couronne, qui peut se vanter de ne pas avoir eu
à
négocier sur la sentence pour obtenir ce qu'elle voulait. Elle n'avait pas besoin de le faire. À la fin de la journée de mercredi, il ne restait comme seul espoir à Me Gosselin d'en appeler contre le cumul des peines en recourant aux précédents qui disqualifient cette
modifications de 2011 comme inconstitutionnelle, des procureurs l'ayant
fait dans d'autres causes en invoquant l'article 12 de la Charte des
droits et libertés qui prévoit que «chacun a droit à la
protection contre tous traitements ou peines cruels et inusités», mais il est fort à parier que cela ne
pèsera pas lourd devant l'humeur de vengeance qui anime les
survivants, la Couronne et le gouvernement. Mais, enfin, peut-on oser espérer que le
juge Huot aura plus de compassion que les autres personnages ubuesques de ce procès. Il devient perceptible alors que des manigances
ont été commises avant et au cours des derniers jours.

Si, au cours de ce procès heureusement avorté, il
était sorti des choses du genre que c'est sous la stimulation des
Radios X que Bissonnette a planifié son crime, l'aspect
social aurait teinté fortement le procès. Alors que la crise
d'islamophobie tend à s'éteindre, elle se serait rallumée assez
vite. S'il s'agissait d'une histoire de cœur entre Bissonnette et,
mettons, l'étudiant Mohamed Belkhadir et que cette histoire de cœur (ou de cul) contrariée
aurait conduit Bissonnette à canarder du musulman le
soir du 29
janvier 2017, l'intolérance des musulmans envers les gais aurait
été rappelée aux yeux de la population et attiré la sympathie sur
Bissonnette. Après tout, comment concilier le fait que Bissonnette
déclare ne pas être islamophobe et du même coup avoir déclaré
aux policiers, le soir du drame, qu'il n'aimait pas les musulmans?
Cette hypothèse a circulé beaucoup dès les lendemains de
l'attentat. Une relation intime entre les deux jeunes aurait été
compromise par les parents et le milieu familial du jeune
musulman, ce qui aurait fort pu être à l'origine de la crise
dépressive de Bissonnette et amener finalement à commettre
l'irréparable. Pourrait-on mettre deux communautés qui exercent de
fortes pressions auprès des gouvernements dans un affrontement
gays-musulmans? Faut-il rappeler que lors des déclarations publiques de M. Labidi, celui-ci en appelait à cesser les attaques contre les différentes minorités, y compris les gays? À ce compte, tout le monde trouve sa raison de
rendre les motivations opaques : Bissonnette, Belkhadir, Benabdallah, les
survivants, les gouvernements, le Tribunal...

Cette
hypothèse, purement spéculative, permettrait de
comprendre pourquoi il n'y avait pas de cible précise. On n'a pas trouvé
dans l'ordinateur de Bissonnette, une liste comparable à celle que
Marc Lépine avait dressée des femmes à tuer. En entrant dans la Grande Mosquée de Québec, a-t-il crié Allahu
Akbar! comme
certains témoins déclaraient sur le coup l'avoir entendu?
Auquel cas, ce pourrait être interprété comme un geste en retour
de vengeance ou de punition pour ses souffrances
intimes. Le fait
d'être arrivé au moment où il ne restait plus que quelques fidèles
dans la mosquée montre encore une fois l'absence de prémé-

ditation.
Il aurait sûrement fait un plus grand nombre de victimes s'il était
arrivé durant la prière, ainsi, les femmes, qui se rassemblaient à
l'étage, ont ainsi pu être épargnées. Je ne pense pas toutefois
qu'il ait agi seul. Il n'a pas abattu les gens qui se trouvaient à
la porte, contrairement au caporal Lortie, et a été mené droit à
la salle où se trouvaient les derniers participants à "l'office".
Peut-être a-t-il été le seul tireur et dans la panique, on en aura
vu deux. Peut-être aurait-il prétendu vouloir tout simplement leur faire peur
et son complice se serait trouvé dépassé en voyant les corps
tombés? Toutes ces supputations, qu'on les accepte ou pas, ce n'est
pas grave. Ce qui est grave, c'est que nous sommes obligés de supputer parce qu'empêchés de
savoir le fin mot de cette histoire, les motivations et le détail du
modus
operandi
qui ne seront révélés qu'au cours de la plaidoirie sur sentence.
Qu'on m'épargne les salmigondis du deuil de la communauté à faire;
ce n'est pas, ce n'est plus une affaire de musulmans à Québec
attaqués par un déséquilibré : c'est une affaire d'envergure
sociale et nationale.
Depuis
le début du XXIe siècle, le monde vit dans la hantise des complots
et du terrorisme. Nous en voyons partout. Un terroriste a été
arrêté en Europe au moment où il allait prendre l'avion pour venir
au Canada venger les victimes de la tuerie de la mosquée de Québec.
Ici, on a affirmé que Gamil
Gharbi (le nom paternel algérien de
Marc Lépine) avait été le premier terroriste islamiste au Québec.
Il est sûr que l'islamophobie qui se déverse par gallons sur les
ondes des radios-poubelles sécrètent des ressentiments, de
l'amertume, de l'anxiété dans les différentes régions du Québec,
surtout celles qui ne sont pas habituées à côtoyer les immigrants.
La formation d'un groupe de vigilantisme comme La Meute, sous de
fausses représentations nationales québécoises, donne l'impression
de voir venir des SS sortis tout droit des groupes de motards
criminalisés. La fièvre obsidionale s'empare du Québec où l'on
voit les immigrants à la solde des Libéraux et des fédérastes
prendre
d'assaut la forteresse Bockcotéesque des Québécois de
souche. Tout
cela serait suffisant pour permettre à des moyens ploucs de se
désinhiber de l'interdit de la violence, et Bissonnette, jusqu'à
son plaidoyer de non-culpabilité du lundi 26 mars (éprouvait-il
alors vraiment des doutes? Le saurons-nous jamais?), pouvait laisser
croire à une responsabilité collective dans le drame du 29 janvier
2017. La crainte était effacée deux jours plus tard.

Et quel coup de théâtre!
Entendons-nous, sa lettre et ses regrets ne sont que
du théâtre commandé. Manipulation d'un deus ex machina politique qui
nous paye ainsi un très mauvais spectacle.
Comment, en effet,
peut-on plaider non-coupable de charges aussi graves et se raviser
deux jours plus tard? Tout cela semble relever d'une insoutenable
légèreté de l'être trop
subtile pour un malheureux comme Bissonnette. Avec quelles preuves
nouvelles l'a-t-on menacé pour le terroriser à un tel point qu'il retourne sa veste
à 190°? Des preuves magiques, quoi? Comme la balle
baladeuse qui a tué Kennedy? Il s'agit purement et
simplement d'intimidation. Ni le gouvernement, ni les victimes ne
voulaient de ce procès. Bissonnette était jugé et condamné sans autre formes de procès criminel. On a étiré les préliminaires de l'enquête
au possible. Certains craignaient même que Bissonnette puisse
échapper en recourant à l'arrêt Jordan! Comme on ne pouvait plus
le retarder, voici à peu près ce qui a dû se passer après la déclaration de non-culpabilité et les hésitations manifestées par Bissonnette, complètement désarçonné par la procédure. On sait, depuis que Harper Lee a publié son roman, comment la Justice du monde entier excelle particulièrement dans l'art de tuer les oiseaux moqueurs.

Deux pions, vêtus de la toge et du rabat
protocolaires, ont tassé Me Gosselin et se sont adressés
directement à Bissonnette : «Mon p'tit tabarnak, tu donneras
pas l'occasion de transformer ton procès en affaire publique. Tu
vas avouer que tu es coupable pour tous les chefs d'accusation, sinon
on va déballer tout ton jeu pas catholique avec ton fif d'Arabe, pis
ta famille va passer pour une gang de ploucs!» Et ils lui ont
tendu une feuille de papier : «Demain, tu diras au juge que tu
te reconnais
coupable de tous les chefs d'accusation. Tu te tourneras
la tête vers les familles des victimes et tu leurs demanderas pardon
en montrant de sincères regrets. Tu brailles, comprends-tu? Tu liras une lettre que je vais te dicter et tu présenteras ça
à la cour. Les média s'en chargeront, pis ce sera top-là, fini, on
en parle plus. En retour, si tu ne le fais pas, tu vas voir que rien que 25 ans ferme de prison, c'est pas jojo, surtout quand
vient le temps de prendre sa douche en gang pis que tu échappes ton
savon». Le procès avorté consacre ainsi l'intervention politique dans
le déroulement de la Justice. Une complaisance envers le lobby
musulman (on évite de longues séances pénibles aux familles); une
façon de faire disparaître l'accusé dans une oubliette (lorsque
l'affaire ressortira dans 10 ou 20 ans, on en fera une série télé
à mettre sur Netflix et co-financée avec le Ministère de Patrimoine Canada, et tout le monde y gagnera de l'argent); puis la
population québécoise ne sera pas tentée d'émettre un lien de
solidarité avec le coupable de manière à ne pas paraître complice
du crime et, ce n'est pas la moindre des raisons : ça sauvera
de l'argent au Ministère publique. Avant, l'affaire Bissonnette
était une sale affaire. Maintenant, elle devient une affaire
sale.


C'est avec une aversion marquée que le procureur de
la Couronne, Me Thomas Jacques, a été à un doigt de commettre un
lapsus irréparable en déclarant, tout de go : «Nous souhaitons
de tout cœur que la culpabilité d’Alexandre Bissonnette permette
aux survivants d’assouvir... (là une fraction de seconde
d'hésitation avant de reprendre) leur soif de justice et d’apaiser
leurs souffrances». Il s'agissait, bien entendu, du mot vengeance
qu'il avait en tête et non de justice que sa langue a rattrapé
avant qu'il ne sorte de sa bouche pour tomber dans les micros. Qu'importe! Il nous a avoué
l'esprit avec lequel il plaidera devant le juge Huot avant le
prononcé de la sentence. Dans cette affaire, au
nom des survivants
on bafoue les morts. C'est qu'ils ont bon dos, ces survivants au
deuil inas-

souvissable. Elles en profitent aussi pour faire leur
cinéma. Il s'agit de satisfaire la soif de vengeance de M.
Benabdallah, qui demande "une justice exemplaire". Celle
aussi du Premier ministre du Québec qui veut voir se concrétiser
ses menaces d'intimidation vicieuses, en étouffant une sale affaire
que les procédures ont étiré au-delà de toute attente au cours
des derniers mois, et qui vient d'être transformée, depuis 2 jours,
en affaire sale. Alexandre Bissonnette sera-t-il le Wilbur Coffin de
Philippe Couillard comme l'autre l'a été de Maurice Duplessis?
L'effacement complet de Couillard durant toute l'affaire nous
rappelle l'immatérialité de Yahweh. Elle n'est qu'apparente. Il le
dit dans sa déclaration à Tout le monde en parle :
les réseaux sociaux, les milieux islamophobes sont surveillés.
Pourquoi ou au nom de quoi ne jetterait-il pas un œil, même
lointain, dans l'affaire Bissonnette?
La manipulation
apparaît clairement dans la lettre de Bissonnette. Les pressions
indues surgissent presque à chaque paragraphe. La mise en scène est
symbolique. C'est menottes aux poignets que l'accusé lit sa lettre
d'excuses au juge et aux familles assistant au procès :
«Monsieur le juge, en cet instant je suis libre de vider mon cœur et mon esprit. J’aimerais dire à tous qu’à chaque minute de monexistence je regrette amèrement ce que j’ai fait [Ce n'était pas le cas deux jours plus tôt!], les vies que j’ai détruites, la peine et la douleur immense que j’ai causées à tant de personnes, sans oublier les membres de ma propre famille. J’ai honte, honte de ce que j’ai fait [La honte est une réprobation sociale, non un sentiment de culpabilité intérieur].
Je ne sais pas pourquoi j’ai posé un geste insensé comme ça. [Il s'agit ici d'éviter d'approfondir les motifs] Et encore aujourd’hui, j’ai de la misère à y croire. Malgré ce qui a été dit à mon sujet, je ne suis ni un terroriste, ni un islamophobe [Pourtant, ne déclarait-il pas le contraire un an plus tôt?].
Je suis une personne qui a été emportée par la peur, par la pensée négative et par une forme horrible de désespoir. J’avais depuis longtemps des idées suicidaires et une obsession avec la mort. C’est comme si je me battais avec un démon qui a fini par m’avoir, qui a fini par gagner contre moi [Que Bissonnette ait admis éprouver une dépression et une anxiété douloureuse, va; mais ce degré de littérature ne va pas à jeune dépressif et placé sous une forte tension anxiogène].
J’aimerais tant pouvoir revenir dans le temps et changer les choses. Parfois, j’ai l’impression que tout ça n’est qu’un affreux rêve, un long cauchemar. J’aimerais pouvoir vous demander pardon pour tout le mal que je vous ai fait. Mais je sais que mon geste est impardonnable.
Si au moins en plaidant coupable je peux vous faire un peu de bien dans tout ça, alors ce sera déjà ça de fait [Ici, on retrouve le niveau de littérature authentique de Bissonnette].Alors c’est pour ça Monsieur le juge que j’ai plaidé coupable devant vous lundi et que j’ai maintenu ma décision [En fait, il a plaidé non coupable, mais avec mention d'un doute, preuve que son avocat a été de bien mauvais conseils].»
La lumière est
faite, mais bien trop éblouissante pour ne pas nous obstruer la vue. Dans sa lettre, Bissonnette dit qu'il n'est ni
terroriste ni islamophobe, alors que vaut le motif privilégié
par le lobby musulman dans cet attentat? S'il s'était produit dans
une Église catholique, par exemple, aurait-on dit aussi spontanément qu'il était
anti-catholique? Dans un centre d'achat, qu'il est anti-consumériste?
L'association attentat + mosquée est tellement évidente qu'elle
nous brûle les yeux et c'est ce que les intérêts de l'État et de
la "Justice" comman-dent. Pour l'avoir déjà
personnellement éprouvé, les pressions et intimidations, même par
l'avocat de la défense, peuvent tellement être insistants en vue
d'expédier une cause, qu'il est facile de briser la résistance d'un
accusé et d'obtenir de lui tout ce que l'on veut. Dans le cas
présent, il ne faut pas que les vrais motifs soient étalés au
grand jour et un travail d'enquêteur indépendant devient
indispensable. Un bon défi pour l'émission Enquête!

En agissant ainsi,
l''affaire dépasse le crime contre la personne. En profitant
de l'importation de la disposition américaine qui veut que les
peines soient cumulatives, le gouvernement Harper, en plus d'ajouter
une sottise au droit, a violé l'esprit de la Charte de 1982, et ce
sera un gouvernement libéral provincial qui s'en servira pour
étouffer un crime qui est quand même, peu importe ce qu'on a fait
dire ou écrire au criminel, de nature politique et sociale. En
obligeant Bissonnette et son avocat, Me
Jacques à mis en scène la
vengeance de Yahweh/

Couillard. Car ce n'est pas parce qu'il ne s'est
pas manifesté durant la longueur du procès que cela veut dire qu'il
ne le suivait pas du coin de l'œil. La chose se vérifie pour
l'ensemble du personnel politique et les réactions qu'il a émis à
la suite du coup de théâtre de
mercredi : «Je ne suis pas sûr que ça règle tout.
Il y a toujours beaucoup d’émotions, de sentiments qui restent
après ça. Et je pense que c’est une multitude de gestes qui
doivent suivre pour essayer de se réunir»,
dit le leader parlementaire du Parti libéral, Jean-Marc Fournier :
vieille attitude incestueuse propre aux Québécois. Véronique Hivon, la seconde tête du
Parti Québec, première opposition
officielle : «C’est une source d’apaisement
potentiel pour les familles des victimes, pour toute la communauté
qui est concernée et pour l’ensemble des Québécois qui ont été
bouleversés par cette tragédie. Ça évite un long procès où tous
les gens auraient pu revivre le traumatisme», pourtant, et c'est
l'utilité principale d'un procès, c'est qu'il sert à guérir le
traumatisme et permettre une convalescence après coup favorable aux
personnes blessées. L'impayable François Legault, chef de la
seconde opposition, de la Coalition avenir Québec : «On ne
souhaite jamais être obligés de réexpliquer ce drame pénible et
de faire vivre ça aux familles des victimes. Donc, je pense,
d’une
certaine façon, que c’est une bonne nouvelle. Ça permet aux
familles des victimes de faire leur deuil puis de passer à autre
chose», sauf qu'avant de réexpliquer un
drame, il faudrait d'abord commencer par l'expliquer une première
fois. «J’ai entendu l’indignation des victimes devant
le premier plaidoyer de non-culpabilité, des victimes et de leurs
familles. Je reçois aussi le soulagement de ces victimes-là, et je
pense que c’est peut-être une manière plus humaine et plus facile
pour ces familles-là de vivre le processus. Honnêtement, c’est
surtout à
ces gens-là que je pense», nous dit Gabriel Nadeau-Dubois, qui ne m'est jamais apparu aussi niaiseux que depuis
qu'il co-chef du parti dit de gauche Québec-Solidaire. En fait, on
ne pense qu'à ces familles-là, qu'à
ces gens-là. À tel
point qu'il est en train de se faire passer une taupe libérale comme
candidat de son parti dans le comté de Rosemont, ce qui a défrayé
la chronique politico-humoristique durant toute la semaine. Enfin, le
maire de Québec Régis Labeaume : «On est tous
soulagés de savoir qu’à partir de maintenant on tourne la page.
Pour une communauté comme Québec, pour moi, pour les autres, je
pense que c’est un soulagement». Le soulagement et non pas la
justice. On ne pourrait trouver meilleur orchestre de mollassons et
de lâches devant une telle manipulation judiciaire. Tous sont
finalement complices de la vengeance du Yahweh/Couillard. Québec
incestueux un jour, incestueux toujours. Une fois de plus, le
personnel politique montre que l'État québécois est digne de son
asservissement honteux à des commandes exogènes; de sa
provincialisation minoritaire qui en fera toujours un État dépendant
et une société immature. Si un peu de justice peut être accordé compte-tenu des
souffrances de l'accusé-victime, ce n'est pas de la plaidoirie
vicieuse que prépare à livrer Me Jacques, ni à la défense
expéditive pleine de leurres de Me Gosselin, c'est à une clause de
la Charte des droits et liberté, charte que le Québec n'a pas
encore paraphée, et qui permet de s'opposer à la sottise
héritée du gouvernement fascisant de Stephen Harper. Si, au lieu de
jouer les gigolos sur la scène diplomatique, Justin Trudeau
s'occupait un peu plus des affaires internes de son pays, il
paraîtrait au moins faire quelque chose d'utile pour le Canada.




En attendant, c'est la liberté et la volonté de
savoir des Québécois qui est bafoué par ces manipulations
rocambolesques. Mais les attentes du lobby musulman n'en sont pas
moins frustrées : «C'est très lourd, déclare
Boufeldja Benabdallah, le président du Centre culturel islamique de
Québec
qui demande la fameuse peine exemplaire.
«Je vous parle et je suis toujours très émotif. J'ai des
palpitations. Les familles sont parties, elles n'ont pas voulu
s'adresser à la presse. Elles n'ont pas encore la paix dans leur âme
pour trouver les mots. Mais elles sont quand même conscientes qu'il
a plaidé coupable aux 12 chefs d'accusation, c'est déjà immense».
Immense, sans doute, mais pas suffisant. Les sentiments sont
toutefois mitigés chez beaucoup d'entre ces personnes. Elles
s'interrogent, elles aussi, sur ses
motivations. Mohamed Labidi,
ex-président du Centre culturel islamique de Québec, qui a vu son auto incendiée sept mois après le drame, le reconnaît : «On
est restés sur notre faim avec la déclaration de M. Bissonnette.
Ç'a été très, très court».
C'est le moins qu'on puisse dire! Et de reprendre : «Il
n'y a pas de réponse. On partage presque tous ce sentiment dans la
communauté et surtout chez les familles des victimes. Elles sont
restées sur leur faim. On aurait aimé plus d'élaboration
là-dessus». Saïd Akjour, qui
a reçu une balle dans l'épaule le soir de la fusillade, déclare
pour sa part : «Ce qui est satisfaisant,
c'est qu'il
a plaidé coupable à toutes les accusations. C'est une petite
bataille de gagnée. On va attendre maintenant de voir la peine...
Pour ses excuses, je ne suis pas prêt à en parler».
Et Boufeldja Benabdallah de conclure : «La demande de
pardon, ce n'est pas une chose facile. Ça ne se fait pas du jour au
lendemain. Le deuil n'est pas fini, non, non. Vous avez vu les gens?
Ils pleuraient, ils étaient très affectés, ils étaient pris par
l'émotion. Les gens sont encore sous le choc. Les choses ne sont pas
terminées pour eux. Il faudra que la sentence tombe. Et après, on
verra». Bref, le pardon dépend
de la sentence. Sentence exemplaire. Sentence maximum. Si après un
an, le deuil n'est pas fait, c'est que l'islam est une bien pauvre
religion spirituelle. Devant l'esprit de vengeance exprimé par
certains des portes-paroles de la mosquée de Québec, je me
réconcilie avec le bon vieux christianisme dont les principes se
sont transmis dans nos codes de loi et où le pardon et la
réhabilitation sont meilleurs remèdes que le ruminement et la loi
du Talion.



LE PIRE CRIME
DANS L'HISTOIRE DU CANADA
L'arrogante
inconduite du Premier ministre Couillard, les ruminements vengeurs
des musulmans de Québec, la sénilité de la presse québécoise,
les porte-à-faux islamistes ou nationalistes ne cessent d'ajouter à
l'exagération et à la déformation de l'affaire. On voudrait
parfois nous faire croire que l'attentat à la mosquée de Québec
est le pire crime commis en sol canadien. Pour
leur part, les autochtones vous rappelleront qu'ils considèrent
comme l'extinction de leur race comme le pire crime commis dans
l'histoire canadienne. Les féministes vous rappelleront, à bon
droit, le massacre à
l'École Poly-

technique de Montréal, crime le
plus monstrueux dans son exécution. Un film de Denys Arcand nous
rappelle l'écrasement de l'avion au Sault-au-Cochon qui fit 23 morts
(dont des enfants) en 1949 (l'affaire Albert Guay), et on ne parlera
pas de tueurs en série comme Robert Pickton qui aurait tué 49
femmes mais dont il a été condamné pour seulement six d'entre
elles. Actuellement, la police ontarienne cherche les cadavres
enterrés par le jardinier Bruce MacArthur qui, lui, s'en prenait aux
gais. Il faut dire un NON magistral à cette idée pernicieuse, le
crime de la mosquée de Québec n'est pas le pire crime jamais commis
dans l'histoire du Québec ou du Canada. Un crime est un crime et si
un mass murder peut être condamné à 25 ans de prison, voire
peut-être même avec possibilité de libération, il n'y a aucune
raison de voir Bissonnette être condamné à 150 ans,
sinon...
Sinon, c'est que la
peine ne s'adresse pas à l'assassin seul, mais à l'ensemble des
Québécois que l'on assoit au banc des accusés avec Bissonnette.
Car si l'on demande 150 ans de peines, ce n'est pas pour un individu
dont la vie ne se rendra pas à ce terme, mais pour que nous entrions
dans notre esprit que la violence est le pire des crimes qu'un
Québécois puisse commettre. Que la violence lui est interdit, même
si d'autres en usent à son égard. Il lui est interdit de répliquer,
ou de prévenir. C'est en cela que l'affaire Bissonnette dépasse de
loin le petit cercle des musulmans de Québec. Ces hommes, ces femmes
et ces enfants qui s'apprêtaient à sortir de la mosquée au moment
du crime n'étaient pas une
menace pour les Québécois. Mais
Bissonnette les percevaient pour telle. Pour quelle raison, ça, ceux
qui le savent ne veulent pas que nous le sachions. Le fait que les
Québécois contempo-

rains sont devenus des gens accueillants après
avoir été pendant plus d'un siècle méfiants, prouve que si des
immigrants veulent venir au Québec, dans le respect de son peuple et
de ses institutions, ils seront bien accueillis et la très grande
majorité s'adapteront sans trop de problèmes. L'expérience des
années 1990 avec les COFI, ces lieux d'apprentissages du français
et de la culture québécoise, expérience positive qui a été
sabordé par ce pirate de Lucien Bouchard, le démontrait pleinement.
Que l'on juge Bissonnette pour homicide (une ou six fois, peu
importe), c'est notre manière de vivre depuis la Révolution
tranquille qui est remise en cause. Mais qu'on m'assoit ou qu'on assoit la majorité des
Québécois à côté de lui, dans le box des accusés, ça non, je
ne le tolère pas et j'en veux encore une fois à la piètre moralité
de nos décideurs politiques et judiciaires.
Enfin, dans le
christianisme, il n'y a pas de fautes impardonnables, et
la vengeance de Couillard n'est pas la justice divine. Toutes les
fautes, même les pires, sont pardonnables – sinon, il n'y aurait
pas tant de militaires catholiques! - pour autant que le pécheur
reconnaisse sa faute et s'amende. Aussi, le
crime de Bissonnette est
aussi pardonnable que les autres, car il est de l'humanité. L'imam
Hassan Guillet, qui se souvenait du crime de
Saint-Jean-sur-Richelieu, avait nommément désigné Alexandre
Bissonnette comme victime dans le carnage de la mosquée. Il
démontrait là qu'il y avait un certain humanisme dans l'islam que
ne partagent pas sincèrement tous les témoins de la tuerie. Mais
pour l'islam, le pardon n'est possible que pour celui qui croit en
Dieu. Dans le christianisme, qu'il croit ou non en Dieu n'a pas
d'importance. L'important, comme je l'ai dit plus haut, c'est qu'il
regrette son geste et demande pardon, ce qui a été fait par
Alexandre Bissonnette mercredi. Le Tribunal de la Cour supérieure ne
doit pas laisser l'esprit sombre de la charia recouvrir les lumières
qui éclairent les sentences dans les tribunaux occidentaux. Car si
la vengeance politique donne le ton au sort réservé à ce
malheureux jeune homme, qui osera être son Jacques Hébert pour
montrer à la face de tous que, de Maurice Duplessis à Philippe
Couillard, l'autorité gouvernementale québécoise n'a pas évolué
d'un iota en matière de justice et de corruption depuis plus d'un demi-siècle⏳
ADDENDA I
LES YEUX CENSURÉS DES QUÉBÉCOIS.
Évidemment, un jour, nous les verrons ces images "terrifiantes" de l'attentat à la mosquée de Québec. Cette volonté de censure, préparée à l'avance par la révélation que Bissonnette aurait visionné une grande quantité de vidéos de tueries sur son ordinateur, a été reprise en choeur par la Couronne et la "communauté musulmane" de Québec... au nom des enfants! Une fois de plus, l'intérêt de la presse à informer les citoyens a été bafoué par ses propres institutions.
On a peur de "l'effet d'entraînement". Tout le monde a pu voir des vidéos toutes aussi monstrueuses, les mêmes que celles visionnées par Bissonnette, de décapitations en Syrie et ces terribles massacres
sur les campus des
collèges et des universités américaines et il n'y a pas eu d'effets
d'entraînement au Québec. Chaque crime a sa source propre. J'ai vu
l'intégrale de la vidéo de Magnotta et, comme bien d'autres, je n'ai pas
reproduit ce crime sur mon voisin. Que reste-t-il, après ce procès
sabordé, ces représentations pilotées de l'extérieur, à partir de quoi
donc sera-t-il possible à la population de se faire une idée de ce qui
s'est réellement passé ce soir-là, sinon des descriptions tendancieuses
et subjectives forgées par les relations publiques du Ministère?

ADDENDA I
LES YEUX CENSURÉS DES QUÉBÉCOIS.
Évidemment, un jour, nous les verrons ces images "terrifiantes" de l'attentat à la mosquée de Québec. Cette volonté de censure, préparée à l'avance par la révélation que Bissonnette aurait visionné une grande quantité de vidéos de tueries sur son ordinateur, a été reprise en choeur par la Couronne et la "communauté musulmane" de Québec... au nom des enfants! Une fois de plus, l'intérêt de la presse à informer les citoyens a été bafoué par ses propres institutions.
On a peur de "l'effet d'entraînement". Tout le monde a pu voir des vidéos toutes aussi monstrueuses, les mêmes que celles visionnées par Bissonnette, de décapitations en Syrie et ces terribles massacres

Nous devrons nous contenter de cette description - qui n'en est pas une
- de Bissonnette, ce type froid, déterminé (ce qui, combien de fois
faudra-t-on le répéter, ne signifie pas la préméditation), qui "passe à
l'action", c'est-à-dire qui abat froidement les malheureuses victimes de
la mosquée. Seuls le juge, les avocats et les membres de la communauté
musulmane auront la possibilité de "voir". Nous n'en saurons pas plus,
car il faut à tout prix oublier, Mais moi, je n'oublierai pas, qu'une
fois de plus, tout ce bal politique mené autour de la communauté
musulmane vouée à la pitié des Québécois, procède à un transfert de
responsabilité sur la société d'accueil québécoise. Le juge sera-t-il
assez idiot pour condamner à 150 ans Bissonnette? Je le crains. Il est
vrai, comme le montre le monument à la Cour Suprême du Canada, que la
justice est une femme voilée⏳
ADDENDA II
ADDENDA II
OÙ EN EST-ON DANS
L'ÉVOLUTION DU PROCÈS BISSONNETTE?
Le dévoilement de l'enregistrement
entre Alexandre Bissonnette et le répartiteur du 9-1-1, Simon Labrecque, montre définitivement la non-préméditation de
l'attentat à la mosquée. Tout au long des 50 minutes 36 secondes de
l'échange, c'est un jeune homme tourmenté d'avoir pu faire du mal à
quelqu'un qui se révèle. Encore sous l'effet de l'alcool, cherchant
d'abord à se suicider puis attendant désespé-rément que les
policiers viennent le chercher, non seulement Bissonnette «collabore»
avec le répartiteur, mais il souffre patiemment «d'en finir». Le
bruit de sa respiration est haletant. Il pleure : «Y a personne
qui a été blessé au moins?», question qui reviendra à trois
reprises. Sentant son désespoir et la possibilité qu'il se tire une
balle dans la tête, comme il l'en avertit, Labrecque lui répond
qu'il n'en sait rien. De longues minutes de silence ponctuées par le
tapotement des touches de clavier alternent avec les mêmes
questions : ses études, ses hobbies, son lieu de naissance
auxquelles Bissonnette ne peut répondre, soit qu'il ne s'en souvient
pas, soit qu'il ne veut pas répondre. Il a mal à la tête. Comme
lui dit Labrecque, après cette journée d'intenses émotions, «la
pression tombe». Entre des sanglots étouffés et des impatiences
bien senties, Bissonnette déclare : «Tu sais, moi, je ne
ferais pas de mal à personne. J’ai jamais fait de mal à
personne». Jusqu'à la fin, Labrecque a su saisir l'attention du
jeune homme. À 20 h 59, Bissonnette dit au répartiteur que les
policiers lui demandent de sortir de la voiture : «Fais ce
qu’ils te disent Alex... T’as bien fait ça. Je suis fier de
toi», et la communication est interrompue. Bissonnette a les
menottes aux poignets.

Le lendemain de son arrestation,
Bissonnette est interrogé par l'enquêteur Steve Girard. Pour la
première fois, Bissonnette donne le motif de son action. Bissonnette
y avoue qu'il a décidé de perpétrer l'attentat à la mosquée de
Québec une fois que le gouvernement canadien ait annoncé son
intention d'accueillir plus de réfugiés. Après avoir regardé la
vidéo de l'attentat de Nice, où un camion
conduit par un terroriste
fonce dans la foule, il s'est senti person-nellement menacé. Il
craignait qu'une telle chose puisse se reproduire chez lui. Déjà
hanté par ses démons suicidaires, c'est alors qu'il a décidé de
se rendre à la mosquée afin de tuer des fidèles et de s'enlever la
vie : «Je me suis dit que tant qu'à y être, tsé, je pourrais
essayer de peut-être faire quelque chose de bien. Je me suis dit que
peut-être, grâce à ce que j'ai faite [sic], y va avoir peut-être
une centaine de personnes qui vont être sauvées. Peut-être 200,
peut-être 300 personnes aussi là. On sait jamais, tsé...».
Bissonnette craignait pour sa famille. Pour lui, il y avait urgence
d'intervenir et son geste était moralement justifiable : «Je
ne suis pas un monstre». Un concert de soupires de veuves s'est
alors fait entendre. C'est alors qu'on est en droit de se demander
comment il justifie la déclaration écrite et lue devant le Tribunal
où Bissonnette reconnaît ne pas être islamophobe, ...sinon que
parce qu'elle lui fut dictée.

![]() |
Mathieu, Alexandre et leur père, Raymond Bissonnette |
L'enquêteur Girard s'intéresse alors
aux relations familiales de Bissonnette. Alexandre répond qu'il n'y
pas de conflits ni avec ses parents, ni avec son frère jumeau.
Durant l'entretien, l'enquêteur Girard aborde plusieurs sujets avec
le suspect, dont sa relation avec ses parents. L'enquêteur lui
demande alors quelle était la plus belle qualité que ses parents
lui avaient inculquée? Bissonnette, après une longue pose,
s'essuyant les yeux, prévient que sa réponse paraîtra bizarre :
«Moi, j'ai toujours pensé que c'était... toujours pensé que
c'était de l'amour». Or, personne ne semble s'être intéressé ou
s'intéresser à savoir qu'elles étaient ses fréquentations. On a
beau être solitaire, on doit quand même bien interférer avec
quelqu'un d'autre que sa famille.
Bissonnette a dit, dans l'échange avec
le répartiteur Labrecque qu'il n'avait rien fait la journée du dimanche 29 décembre. Qu'il avait bu un peu de bière. Avec les
anti-dépresseurs prescrits pour ses troubles d'anxiété, on peut
deviner que son état mental était perturbé. Il devient alors
possible de reconstituer la suite subjective des événements.
Bissonnette est parti de chez lui terriblement anxieux,
il avait
besoin de défouler ses angoisses. Il s'est rendu à son club de tir.
Malheu-

reusement c'était fermé (il n'a même pas pensé que c'était
dimanche soir). Ça l'a rendu encore plus agressif, comme une
bouilloire sur laquelle on referme le couvert. Dans le contexte des
nouvelles informations, nous pouvons deviner que moins l'islamophobie
que l'angoisse que des terroristes puissent venir s'en prendre à sa
famille ait agi sur lui à ce moment précis, d'où la preuve de la
non-préméditation. Il était si peu préparé qu'il n'a même pas
pris le temps de vérifier que ses armes étaient fonctionnelles,
puisque l'arme d'épaule s'est enrayée en partant. Il s'est donc
rabattu sur son arme de poing et a tiré dans le tas. Il s'est
crispé, d'où son attitude de froideur qui le distingue tant de Marc
Lépine, qui, lui, était préparé, méthodique, dément.
Bissonnette était absent à lui-même
au moment de la commission du crime, il était dans un état
alternatif. Ce n'est qu'en reprenant le volant de sa voiture qu'il
est revenu à la vie consciente. Il était en état de choc
post-traumatique au point qu'il ne se souvenait plus de ce qu'il
avait fait, mais savait qu'il avait fait quelque chose d'affreux,
d'horrible. Le contenu de la conversation téléphonique révèle
tous les traits d'un individu qui a agi comme une personne sous
hypnose ou atteinte de somnambulisme qui se réveille et retrouve ses
anciens démons qui sont la cause de son stress. La culpabilité l'a
rattrapé à ce moment-là, d'où son appel de détresse plutôt que
de fanfaronnade comme le font les véritables terroristes. Certes,
aux yeux de la loi, Bissonnette reste entièrement responsable de ses
gestes mais à aucun moment il ne mérite la peine maximale. Bien
encadré et soigné, il est réhabilitable vu son jeune âge et en
toute bonne et saine justice, il mérite la compassion que le
Tribunal a montré jadis pour le caporal Lortie ou pour le capitaine
de police Marchessault qui, en 1983, dans des états hypnotiques
analogues à celui de Bissonnette, entrait dans la voûte où étaient
conservés les sacs remplis de drogues perquisitionnés par la police
et s'en remplissait les poches avant d'aller les revendre à
l'extérieur!
Bien des gens, au Québec, sont
islamophobes sans pour autant courir à la mosquée y abattre ses
fidèles. L'exemple des têtes de porc sont là pour rappeler que
l'intoxication des radios-poubelles est forte dans la région de
Québec. Les psychiatres peuvent bien démontrer que Bissonnette savait faire
la distinction entre le bien et le mal, mais un
déséquilibre névrotique n'empêche pas de créer des associations
et des dissociations qui peuvent conduire à poser des gestes
irrationnels mais non illogiques. L'angoisse que le terrorisme
musulman débarque au Canada faisait partie de son stress.
L'attachement à sa famille, l'amour de sa «patrie» et qui sait,
d'autres motivations, ont joué un rôle néfaste dans ce
déséquilibre. La logique a fait le reste. Il est évident que
l'action toxique des radios-poubelles est la première responsable de
l'événement du 29 janvier 2017. Dans son délire névrotique,
Bissonnette s'est armé, s'est préparé pour l'invasion des
terroristes. Parti pour s'entraîner au tir, il s'est vu rebuté par
la porte fermée, il s'est alors dit qu'il fallait mieux prévenir
que guérir. Il a cru se porter au-devant des terroristes. Le
visionnement des vidéos n'a pas stimulé une haine quelconque des
musulmans; elles n'ont fait que nourrir son angoisse qui se cherchait
un abcès de fixation. À la façon dont le répartiteur Labrecque
finit par le circonvenir suffit visiblement à monter la tendance à
la passivité de Bissonnette. Il suffit de le comparer à Lépine et
Gill pour s'en convaincre. Une fois revenu en possession de lui-même,
il s'est vu tourmenté par sa conscience – elle sait ce qu'il a
fait et le sur-moi – celui qui tient l'amour pour la valeur suprême
enseignée par ses parents -, refuse d'accepter son geste. Son
attitude prostrée durant les auditions de la preuve montre que cette
culpabilité le ronge toujours. Bissonnette n'est pas Hitler, il est
seulement un parmi tant d'autres Caïn⏳
ADDENDA III
LE TÉMOIGNAGE DES "EXPERTS"...
Pourquoi
donc ce passage par la psychose, son imitation ou la paranoïa? Je ne
sais pas, mais je sais ceci : la nature de la psychose réside, comme
il a été démontré par la psychanalyse (honnie par la plupart des
psychiatres à pilules), dans une vérité refoulée qui concerne
l'orientation sexuelle. Plutôt que d'avouer une attirance pour un
individu du même sexe, on reporte sur un tiers le fait qu'il n'y a
pas réponse à notre attente secrète. Écartée depuis le début –
et pour cause – la thèse d'une affaire de cœur entre Bissonnette
et un jeune homme dont la famille fréquenterait la mosquée –
n'est peut-être pas au fond aussi fausse que ça finalement, et il
fallait peut-être l'inconscient du Dr Fauché pour nous la
confirmer?⏳

ADDENDA III
LE TÉMOIGNAGE DES "EXPERTS"...
Tous
ces témoignages sont abracadabrants. Les journaux libéraux, au
service du bon Dr Philippe, étalent des diagnostics dont le but est
d'accentuer la responsabilité de
Bissonnette. On comprenait
jusque-là. Mais comment peut-on se prendre les pieds dans des
raison-

nements aussi tordus? Voilà notre Bissonnette rendu
psychopathe de crimes en série. Tous les ingrédients d'un Criminal
Mind s'y retrouvent. Le Dr Sylvain Faucher, qui, rappelons-le avait aussi témoigné comme expert au célèbre procès Turcotte et dont le témoignage avait paru douteux, le docteur Faucher plus malin donc que la moyenne des
psychiatres de Yellowstone, a compris que Bissonnette se payait sa
tête et, parce qu'"il avait pris connaissance d'un rapport
psychiatrique", il a changé sa stratégie et plaidé coupable.
Si c'est vrai, le Dr Fauché est moins malin qu'il se prétend, car
les dossiers médicaux (et les psychiatres font partie de l'ordre des
médecins) sont tenus par le secret professionnel et le patient ne
peut en aucun cas le consulter. Comment Bissonnette en a-t-il pris
connaissance? Qui aurait opéré la fuite? Silence radio. Eh puis,
s'il a décidé de changer de stratégie, pourquoi hésitait-il
encore, lors de sa première comparution de mars où il se déclarait
non-coupable? La fuite aurait-elle donc eue lieu dans le courant de
la journée? Diagnostic fabriqué donc. Le Dr Fauché est ce qu'on
appelle un mythomane, ce qui est utile lorsqu'on écrit un roman
policier, mais pour la vérité, hélas! ce n'est qu'un menteur.
Dire
que Bissonnette a "simulé" la psychose, il faut rappeler
ce qu'est la psychose. Une rupture temporaire ou permanente avec le
réel. Il faudrait qu'il soit un sacré bon acteur
pour simuler non
seulement le geste de la tuerie, mais tout ce qui en a suivi durant
le contact avec l'officier au téléphone, les interrogatoires
successifs et même encore devant le tribunal, où tout au long, il a
présenté une personnalité constante. Le psychisme du psychotique
est très difficile à percer car "il n'appartient pas à notre
monde" et pour l'y faire réintégrer, il faut de longues
séances qui ressemblent au décryptage d'un code que seul le
psychotique connaît. Or, si une personne "normale"
s'efforce de pasticher un psychotique à partir de son narcissisme
toxique, la conclusion c'est ...qu'elle est réellement psychotique.
Non seulement le scénario inventé par le psychiatre n'explique pas
comment un jeune adulte, sans grand talent ni intelligence, soit
pervers au point d'imaginer "jouer" le rôle d'un
psychotique, ni comment il finit par conclure qu'il n'est qu'un
narcissique fragile?

Ou
il est névrosé ou il est psychotique, il ne peut pas être les deux
à la fois, le second excluant le premier. S'il est névrosé, il
comprenait très bien la portée de son geste ce qui est évident, et
si on retient sa résistance à la tentation de commettre des crimes,
entre autres, parce qu'il ne veut pas tuer des enfants dans un centre
d'achat, c'est qu'il a une certaine conscience de ses troubles. Cela
abolit également la thèse des musulmans de la Grande Mosquée de
Québec voulant qu'ils aient été ciblés prioritairement et de
manière préméditée. Le psychotique, à l'opposé, ne comprendrait
pas la portée de son geste, en nierait ou justifierait les
conséquences avec la conviction du fanatique, dans tel cas, oui, il
correspondrait au premier tableau du Dr Fauché : le monde entier est
une menace et je dois l'exterminer. Or, depuis le début, Bissonnette
a réalisé l'ampleur de ce qu'il avait fait, et le choc
post-traumatique qui surgit au cours de la conversation téléphonique
le prouve. Pourquoi alors ce long détour par la thèse de
l'imitation psychotique?
Le
très subtile et imaginatif Dr Fauché nous raconte ce qui s'est
passé dans la tête de son narcissiste fragile : " «L'attention
de monsieur s'est tournée vers les musulmans, car c'est la couleur
de notre temps. Il y a 60 ans, ç'aurait peut-être été les juifs,
qui étaient identifiés dans le monde occidental comme les fauteurs
de trouble, ceux qui nuisaient», a expliqué au tribunal le
psychiatre". Bref, ce qu'on appelle de la paranoïa. Et la
paranoïa est une forme de psychose. Facebook et les fake news sont
remplis de messages de paranoïaques qui visent certes aussi bien les
juifs que les musulmans, les gays que les femmes, mais au nom d'une
sempiternelle théorie du complot. Donc, nous sommes tous, à
quelques
exceptions près - comme les psychiatres -, des
"narcissiques fragiles" et watch-out si nous sortons nos
guns, on va se rendre au centre d'achat le plus proche et tirer sur
tout le monde. Puis, nous nous dirons que nous sommes, après tout,
des good guys! Là encore ce serait un acte relevant de la psychose,
non celle de l'accusé mais plutôt sorti tout droit de l'imaginaire
du psychiatre Fauché. Car, poursuit notre bon psy : «Le narcissique fragile, j'appelle ça le syndrome du bon gars. Ce sont des individus
qui cherchent à plaire, ne veulent pas être critiqués. Alors ils
font beaucoup d'efforts pour qu'on ne puisse identifier chez eux des
défauts, qu'on ne puisse leur reprocher quelque chose». C'est une
tautologie. (ou une totologie?). En autant où notre narcissisme est
la base sur laquelle repose notre estime de soi, il est évident que
nous refusions les blessures narcissiques qui nous accablent
quotidiennement. On se défend en amplifiant notre bonne raison et en
critiquant les jugements qui soulèvent nos défauts qu'on ne veut
pas voir. “Leur colère est souvent très intense, car elle a été
longtemps contenue, ou camouflée par plusieurs mécanismes”, a
ajouté l'expert. Eh oui! Tous bons névrosés que nous sommes
faisons la même chose et cela n'explique en rien comment Bissonnette
est passé de l'inhibition de ses frustrations au moment où il y a
eu un déclic, a pris ses armes et s'est rendu.. s'entraîner au
stade de tir.

Que
nous disent ces témoignages d'“experts”? La description du
ratoureux Bissonnette qui s'invente une personnalité psychotique
(qu'on y croit ou pas n'a pas d'importance); que sa paranoïa le
pousse à tuer des innocents perçus comme une menace; qu'il montre
des facettes séparées de sa personnalité (la schizophrénie)
c'est, de toute évidence, non pas une description de “narcissisme
fragile”, mais bien d'une pathologie sévère qui ne
correspond pas
au descriptif des événements. Le témoignage des psychiatres
entendus jusqu'ici ne confirme pas les faits, mais une image que l'on
voudrait de l'état des faits. Une image pour soi, d'abord, se dire
qu'on est professionnel consciencieux et crédible; une image pour la
cour afin de porter une sentence correspondant à la gravité des
crimes; une image enfin pour les média, la population où le mépris
de l'accusé s'efface devant la grande douleur des victimes. Mais
cette image est bourrée de contradictions analytiques. Elle élabore
un labyrinthe où nous sommes placés au milieu, avec des
Bissonnettes différents à chaque issue. Lequel est le vrai? Nous
passons d'un corridor l'autre. Le névrosé qui souffre d'anxiété,
de mésestime de soi et qui s'intoxique de bière et de vidéos
violentes? Le pervers qui s'invente consciemment une personnalité
psychotique pour déjouer les enquêteurs afin de ne pas meurtrir ses
parents (les psychotiques n'éprouvent aucune empathie)? Le
paranoïaque prêt à tirer sur n'importe qui pour défendre sa
famille (encore là, les paranoïaques n'éprouvent aucune empathie)?
Le narcissiste fragile qui nous ramène au névrosé souffrant et
pris dans la toile de ses ressentiments qui appellent un défoulement
immédiat? Bref, tout le monde est confondu par ces “experts”
qui, au lieu d'éclaircir une problématique déjà obscure, nous
rendent la vérité encore plus opaque. Décidément, ces longs
détours qui nous décrivent des personnalités psychotiques pour
nous dire qu'il s'agit simplement d'un good guy qui se surestime par
dépit, c'est une montagne qui accouche d'une souris.


Sherbrooke
le 30 mars 2018.
le 13 avril 2018.
le 13 avril 2018.
le 25 avril 2018.
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