samedi 20 janvier 2018

Les Frères ennemis

Manifestation pro-indépendantiste en Catalogne

LES FRÈRES ENNEMIS
(Aritcle publié le 27 octobre 2017 sur Facebook, 40 lectures) 

Le parlement catalan, conformément aux résultats du référendum quasi-volé par la police espagnole, vient de proclamer l'indépendance de la Catalogne, amputant ainsi l'Espagne de sa zone la plus industrialisée et la plus riche du pays. Le Premier-ministre espagnol, Mariano Rajoy, a répliqué en mettant la Catalogne sous tutelle. Il a probablement déjà dressé son agenda de violences sournoises. Les vieilles réactions franquistes demeurent présentes dans ce pays qui fut toujours plus catholique que le pape et plus despotique que le calife. La Catalogne, qui, au Moyen Âge, s'étendait jusque dans le sud de la France, dans la région toulousaine, est non seulement un centre culturel par ses artistes, mais aussi économique par le rapide développement de son industrialisation dès la fin du XIXe siècle et aussi par la montée des mouvements anarchistes à la tête de la socialisation du pays. La modernité a apporté son lot de nouveaux antagonismes entre Madrid et Barcelone. Si on a souvent parlé du terrorisme basque en Espagne, il ne faut pas oublier qu'il a existé un terrorisme catalan. Ni les Espagnols ni les Catalans n'ont oublié le mouvement Terra Lliure (Terre libre), cette organisation armée luttant pour l'indépendance des Pays catalans qui, entre 1978 et 1995 auraient commis environ 200 attentats, tuant une personne et en blessant plusieurs autres. Le fait que les Catalans ne soient pas pour le terrorisme, voilà une occasion rêvée pour la police et l’armée madrilènes d'envenimer les choses.

Car jamais l’État espagnol n'acceptera, sauf sous la contrainte, de laisser partir le cœur économique de la nation. Les actions prises par le gouvernement Rajoy relèvent déjà des mesures de guerre, d'où l'impossible dialogue entre les deux capitales. Il est vrai que le gouvernement de Carles Puigdemont s'est toujours présenté comme un gouvernement libéral de droite. Rien en commun donc avec des idéologies qui, jadis, mettraient en danger la propriété privée. C'est un pur et dur de style Macron, ce qui rend la tâche de Madrid encore plus difficile dans ses actions face aux autres pays européens qui, pour le moment, gardent un silence tendancieux.

Puigdemont n'a pas inventé le nationalisme catalan, il lui a donné un souffle nouveau convergeant avec les intérêts des hommes d'affaires catalans. Ici, pas de menaces de fuite des capitaux de Barcelone! Pas de coups de la Brink's... C'est croire que les hommes d'affaires ne sont indépendantistes que lorsque l'indépendance rapporte à leurs goussets personnels. Évidemment, ils ne sont pas tous indépendantistes car ils font des affaires avec le reste de l'Espagne... et de l'Europe. Comme dans tous les mouvements nationalistes, la bourgeoisie se divise. Ceux qui font affaire sur une échelle continentale, préfère le statu quo. Ceux qui puisent tous leurs avantages des ressources catalanes seront pour une régionalisation autonomiste. L'ensemble de la population catalane apparaît favorable à l'indépendance, mais jusqu'à quel point? Elle n'entend pas livrer de luttes sanglantes même si le mot de «résistance» vient d'être prononcé dans le camp indépendantiste. L'indépendance catalane est donc une indépendance bourgeoise beaucoup plus que populaire. S'il est facile de rassembler des dizaines de milliers de Catalans sur les places publiques de Barcelone, c'est que l'indépendance, c'est la fête. La fête symbolique de l'affirmation d'un Moi collectif qui ne se sent pas intégré, qui ne s'est peut-être jamais intégré au Moi national espagnol.

Le silence tendancieux des États européens en dit long. Il est vrai qu'aucun État, par fair play, ne s'amuse des troubles sécessionnistes chez leurs voisins. La France appelle au dialogue en souhaitant que Madrid mette la Catalogne à sa place, car il ne faut pas oublier que des drapeaux bretons et corses se sont affichés aux côtés du drapeau catalan, ce qui a dû faire frémir le pantalon du président Macron. Berlin reste muet. Londres a son propre problème écossais, elle n'a donc pas à se porter, comme jadis en Grèce avec Lord Byron, à la défense des Catalans. Les aboyeurs du président américain se sont faits entendre. Des ambassades et chancelleries, les mots d'ordre fusent sur le bureau du Premier-ministre Rajoy : «Qu'importe la démocratie, la Catalogne ne doit pas se séparer». Autant dire promesses d’appui moral sinon technique à Madrid.

Le Canada est bien entendu du côté de Madrid. Au Québec, le Parti Québécois et Québec Solidaire naturellement appuient la cause catalane. Le dogue du Premier-ministre Couillard, Christine Saint-Pierre, ronge son mords. Là où les séparatistes gagnent, c'est un mauvais message à envoyer aux indépendantistes québécois. Si la chose est possible en Espagne, pourquoi pas au Canada? La crainte d'un regain d’intérêt pour l'idée d'indépendance du Québec parmi la population, au-delà de la nécrose du Parti Québécois et de ses idéologues, pourrait causer de très mauvaises surprises à un an des élections provinciales. Une réaction musclée de Madrid serait, mais ne le disons pas, ne le montrons même pas, la bienvenue.

Ce qui est désolant dans toutes ces revendications paroissiales des nations, c'est leur incapacité à se doter d'une ligue. Chaque indépendantisme, sauf peut-être le Québécois, réagit, comme disait Freud, avec tout le narcissisme des petites nations. Chacune se regarde elle-même et non le reste du monde. La chose débouta les envoyés du P.Q. lorsque se tint le référendum écossais. Les indépendantistes écossais ne comprenaient pas pourquoi le Québec pourrait ou devrait se séparer du Canada! En fait, c'était l'ignorance même de l'existence de l'intégrité québécoise. Lorsque la Grèce voulut montrer les dents contre l'Union Européenne en se choisissant, majoritairement et avec un enthousiasme que l’on croyait disparu provenant des peuples, le Premier-ministre Tsipras pour résister à l'arrogance allemande, c'est Tsipras lui-même qui frappa sa population dans le dos pour se mettre à la portée des Macrons de ce monde. L'indépendance bretonne apparaît anachronique et folklorique en France même, mais l'indépendance corse est prise fort au sérieux tant la position insulaire de la Corse et ses origines italiennes la place en dehors de la France géographique et ethnique. Le Québec, lui, est encastré dans les territoires canadiens. Il n'y a que les indépendantistes québécois pour envoyer délégation après délégation auprès des groupes nationalistes en tant qu'observateurs plus que conseillers, car on ne demande pas aux vaincus comment faire. L'indépendance du Québec n'est pas davantage prise au sérieux chez les petites nations que par les grandes capitales. La solitude des Catalans en ce 27 octobre ramène au cœur la solitude des Québécois aux lendemains des défaites référendaires.

Bref, les Catalans ont peut-être gagné le référendum (mais sûrement pas à 90%, chiffre obtenu par le sabotage préalable de la police espagnole); leur parlement peut aussi être en droit de proclamer l'indépendance de la Catalogne, mais la libération de la Catalogne n'a pas encore eu lieu comme le proclame la mise sous tutelle de Madrid. Le découpage de la terre espagnole n'est pas accomplie. Les graphistes de Rand McNally n'ont pas encore tracé la ligne sur les planisphères pour identifier un nouveau pays européen.

Reste qu'il est toujours beau de voir un peuple prendre la rue, s'opposer à la tyrannie des gouvernements... y compris le sien. Là est la démocratie saine et vivante et non dans le cirque quadriannuel du bureau de scrutins. Ne serait-ce que par la peur que de tels mouvements engendrent chez les possédants et les despotes politiques, ces manifestations permettent de faire douter de la certitude vendue à bas-prix dans les média et les discours des politiciens. Les frères ennemis, Rayos et Puigdemont, sont maintenant face à face et l'on aurait tendance finalement à penser qu'ils en viendront à une entente d'affaires où l'indépendance catalane sera sacrifiée sur l'autel de l'Euro. Comme les malheureux Grecs en 2015, les foules catalanes seront sommées, par leur propre Premier-ministre, de retourner aux urnes afin de voter pour l'entente qui aura été négociée et satisfera tous les capitalistes hispano-catalans. La fête sera finie, et les observateurs péquistes ou solidaristes reviendront à Québec, la moustache entre les jambes
Montréal
27 octobre 2017
Jérôme Lefebvre
Jérôme Lefebvre Et voilà ! Les bobos font de l’indépendance une fête. Ça en dit long sur ce « moi »
hors sol, qui préfère l’entre soi à la solidarité, l’élitisme culturel au combat social.
Berk ! Ou Beurk !

Daniel Desmeules
Daniel Desmeules Néanmoins ce qui se passe en Catalogne est fort intéressant. L'esprit de la ''fête'' sera mis à rude épreuve par l'État espagnol, qui lui ne badine pas avec le boboïsme....

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