![]() |
Liliana Cavani. La Pelle, 1981 |
LES COUPURES DE FINANCEMENT À RADIO-CANADA : CONSÉQUENCES DE L'ANTI-INTELLECTUALISME QUÉBÉCOIS
Le Hufftington Post du 4 avril dernier
annonçait ainsi les dommages causés par les coupures que le gouvernement Harper
entend faire à la Société Radio-Canada pour la prochaine année :
Après le service des sports, c'est à celui des nouvelles d'écoper: la division de l'information de Radio-Canada sera amputée de 35 postes dès cette année et de 12 autres l'an prochain en raison des compressions de 5,7 millions $ que doit encaisser ce secteur de la société d'État.L'année 2014-2015 marquera la disparition de 14 postes de journalistes, trois à la direction, neuf à la réalisation et deux en région à RDI. Trois assistants à la réalisation, trois auxiliaires à l'affectation et un adjoint de bureau seront également retranchés, a précisé dans une note interne le directeur général de l'information, Michel Cormier.
Depuis, le service de
l'information se met en branle pour faire connaître ses doléances vis à vis de ces
mesures d'«austérité» et sensibiliser la population aux impacts négatifs de ces
mesures. Le dimanche 4 mai,
les journalistes-vedettes de Radio-Canada défileront dans le studio de Guy A. Lepage, à Toutle monde en parle, dans un mouvement de solidarité et de front commun des
journalistes de toutes les branches de l'information télévisuelle du réseau.

D'abord, il serait bon de
préciser quelques faits. Radio-Canada a été longtemps protégé et enrichi par la
direction de Pierre Juneau (1922-2012). Cet homme avait été éduqué au sein de
l'Office National du Film dans l'immédiat après-guerre dont il avait hérité
l'esprit que lui avait
imprimé John Grierson qui avait dirigé l'Office, fondé en
1939, durant toute la période de la Seconde Guerre mondiale. Juneau, récupéré
par Pierre Elliot Trudeau pour devenir le président de Radio-Canada (1982-1989),
avait défendu bec et ongle ce qui était devenu «sa société» contre une époque
où déjà les nuages commençaient à s’amonceler au-dessus de la tour du
boulevard Dorchester. C'était le temps où Margaret Thatcher travaillait, non
sans résistance, à dénationaliser la B.B.C. et où se mettait en place ce qui
allait devenir, aux États-Unis, C.N.N., dont R.D.I. est devenu la réplique au
niveau de l'information câblée. L'idée que le privé puisse fournir une information nationale et
internationale aussi pertinente que n'importe quelle entreprise d'État
finissait de creuser son nid.

Dès le gouvernement libéral de Paul Martin, des coupures sévères furent effectuées à Radio-Canada. Depuis,
l'enveloppe budgétaire, périodiquement, se voit imposer des coupes-minceurs
qui l'ont empêchée d'abord de
produire une grande partie de sa programmation,
renvoyée aux même entreprises qui produisent pour tous les réseaux télé; puis
ensuite, les différents secteurs restant : les émissions jeunesses et les sports y ont goûté d'abord. Puis, maintenant, c'est au tour du service de l'information, celui-là
qui avait déjà été étranglé fortement il y a une quinzaine d'année, ce qui
avait entraîné la démission de plusieurs membres du personnel de l'information
qui avaient quitté avec fracas refusant les diminutions de salaires projetées. Bref, sournoisement, c'est le démantèlement de la Société d'État à laquelle nous assistons.

Le gouvernement Harper n'aime pas
les journalistes. On le sait depuis que les Conservateurs ont pris la relève
des Libéraux au début du XXIe siècle. Juneau avait engraissé
Radio-Canada et
les comptes de dépenses se révélaient à l'époque exorbitants. Pour les
Conserva-teurs, comme pour les propriétaires de chaînes privées, et en tête
le sémillant séparatiste Pier-Karl Péladeau, il s'agissait de livrer, devant le C.R.T.C. une
guerre à finir à Radio-Canada pour consolider les chaînes privées et, pour Péladeau, ses réseaux T.V.A. au Québec et
Sun News, un fidèle support de la politique conservatrice au Canada anglais.
Aujourd'hui, la société d'État récolte les fruits de ces charges musclées qui ont
pour but d'asphyxier une fois pour toute Radio-Canada et éventuellement la
démanteler (ce qui est commencé depuis qu'elle a cessé ses productions dits de
divertissements) et qui n'est plus que l'ombre de ce qu'elle était au cours des
années 1960 et 1970.

En Angleterre, la B.B.C. avait
fait des pieds et des mains pour résister au puissant gouvernement Thatcher, et
si elle a perdu des plumes, elle est parvenue à s'imposer et à conserver une
certaine qualité qui ne se dément pas. Bien sûr, les conservateurs ont continué
à lui mener la vie dure, mais pour les Britanniques, la télévision
d'État est
considérée comme un gage de démocratie qui remonte au Speaker's Corner à
Hyde Park, où sur une caisse, chacun peut monter et adresser un discours à la
foule. Si la télévision d'État fait de la propagande, ce n'est pas pour un
parti mais pour l'ensemble de la nation, lorsque celle-ci se trouve plongée dans un état
fiévreux (guerre, émeutes, etc.). Aux États-Unis, où n'existe pas de télévision
d'État, lorsque le Président s'adresse à la nation, les trois principales chaînes
retransmettent son discours. Ce qui s'est passé au cours des trente dernières
années, c'est que la gestion néo-libérale s'est infiltrée dans la gestion des
réseaux publiques, avec les principes qui gèrent les entreprises privées.
Comme tout entreprise de service collectif, on ne peut gérer les écoles, les
hôpitaux et les réseaux publics d'information selon les modes de gestion
privés. Juneau était libéral dans un sens que ces nouveaux gestionnaires ne comprennent
pas ou se refusent à comprendre. Il avait une vision pédagogique de la télévision qui s'est perdue. C'est la gestion néo-libérale des sociétés d'État qui, actuellement, est en train de coûter une fortune dans la décroissance des services publiques. Le paradoxe est que ces néo-libéraux sont moins libéraux que les anciens, puisqu'ils veulent
retourner à une quasi structure despotique d'Ancien Régime. Une télévision qui
fait la propagande idéologique du parti plutôt qu'informer la collectivité dans
la norme des principes démocratiques et «libéraux» (sic!); une télévision qui
doit rapporter plus qu'elle ne coûte, ce qui la renvoie à la tutelle des
publicistes. Voir une annonce de baignoires Safe Step financer des headlines qui passent pour un bulletin
d'information, c'est précisément la vision conservatrice aliénante du mandat de
Radio-Canada. Ce que les restrictions budgétaires entraînent, c'est faire de
cette anomalie anti-démocratique la norme d'une télévision qui, à toute fin
pratique, n'a plus sa raison d'être en tant que service de l'État canadien.


Et il en va ainsi dans tous les pays
occidentaux qui sont maintenant gérés dans l'esprit néo-libéral. Les nouveaux
libéraux, contrairement aux anciens, craignent l'éducation et l'instruction.
Ils considèrent que le peuple a besoin de distractions, de divertissements et
surtout de dispensateurs émotionnels. Épuiser nos émotions et diminuer les
facultés rationnelles de l'esprit afin que ce qui reste du cognitif puisse être controlé,
contenu et progressivement circonscrit. Ce goût de cultiver l'émotionnel s'est
diffusé dans tous les secteurs culturels du pays. Une société de théâtre
présente sa
programmation avec la formule : «des émotions en temps réel» (???).
Les émotions produites par les séries américaines dépassent rarement le niveau
des «effets de surprises» : suspens, terreur, horreur, l'outrageous
qui cultivent un sadisme propre à la personnalité des Américains. Au Canada, au
contraire, le suspens est moins intense. On y préfère un certain sens de
l'humour bon-enfant avec une morale réconciliatrice en bout de ligne. Au
Québec, on s'ennuie, car c'est l'émotion la plus universellement partagée, en
racontant des banalités quotidiennes qui finissent par désamorcer toutes les
tensions masochistes qu'on peut y trouver, on crée des téléséries à succès dont le but est de ne pas durer trop longtemps. Bref, partout, on ne va nulle part.
Les textes (dialogues, monologues ou narration) sont d'un ennui déconcertant qui
ne cesse de
lasser un publique qui a dépassé le stade 3 de l'échelle de Kohlberg, alors que la masse s'y sent conforta-blement à l'aise, sûre que rien ne viendra ni la troubler ni la traumatiser.. La
scénarisation théâtrale que l'on retrouvait encore dans les téléromans ou
téléséries des années 60 n'existe plus, sauf peut-être en Angleterre ou des
séries permettent encore à ces personnages de dire quelque chose qui résonne
dans l’âme du spectateur. L’affaire s’est déplacée vers les émissions
d’information où on recourt à des effets dramatiques (dramatisation reproduisant un fait quelconque,
déclarations
faites pour «épater le bourgeois», jack in the box au bout d’une
enquête) afin de mettre de l’émotion (comme le dit Pascale Nadeau dans
la publicité de son Tj du week-end) dans la nouvelle. C’est oublier que Louise Arcand avait été retirée dès le lendemain du Ce Soir relatant, presque en direct, l'attentat à l'Assemblée nationale devant lequel elle avait laissé paraître trop d'«émotions», avant d'être carrément renvoyée du service de l’information de Radio-Canada parce que jugée
«trop vieille», pas assez «sexy» et autres sottises du genre, ce qui fut à l'origine d'un procès de discrimination sexuelle retentissant. Aujourd’hui, et surtout depuis
l’incontournable couverture des attentats du 11 septembre, qu’un anchorman laisse
paraître des émotions est devenu un élément positif pour le spectacle qu’est
devenu le Journal télévisé.

![]() |
« Mais bon, nous n’avons pas toujours le sort que nous méritons » |

Il ne s’agit pas tant de parler
de la décrépitude à venir de l’information avec les coupures Harper que l’état
lamentable où déjà se situe l’information à Radio-Canada. Les coupures de
budget ne sont qu’une lame de la paire de ciseau; l’autre consistant dans la
formation de plus en plus médiocre des journalistes qui se branchent sur les
réseaux d’Internet et répètent en une phrase/un paragraphe la
nouvelle dans sa sécheresse la plus déshydratée. On n’apprend pas à comprendre la «nouvelle»
à la télévision; on apprend la nouvelle dans un cornet d’informations dont
on ne détache aucun lien, et celles-ci sont devenues des objets de
consom-mation que
les sites appropriés se répartiront afin que le sacro-saint principe de la
spécialité ou de la spécification demeure. La diminution de la compréhen-sivité
des informations va de paire avec la désinformation et surtout l’incapacité de
se concentrer afin de creuser l’analyse d’une problématique. Qui comprend la problématique de la guerre en Syrie? Des révoltés égyptiens? De l’Ukraine? De la
pollution atmosphérique ou du réchauffement planétaire? La réification de
l’information consiste précisément à réduire celle-ci à sa simple expressivité,
sans qu’elle ne prête à l’intelligence l’hypothèse d’être plus complexe qu’elle
ne paraît ou liée à un réseau d’autres informations qui sont tenues par un même
lien structurel. Voilà la cause majeure qui rend possible le fait que le
gouvernement Harper peut passer la hache dans le financement de Radio-Canada
sans s’apercevoir que c’est la base même de la liberté d’expression et la
liberté de pensée qui est vandalisée par l'État. Et ces dommages ont des effets qui, dans
les conditions actuelles de la formation des journalistes, sont irréversibles.

Mais si Stephen Harper et son ministère
de salopards avec les Bernier, Paradis, LeBel et autres maquereaux arnaqueurs
peuvent s’autoriser de procéder ainsi, c’est qu’ils savent bien que l’ensemble
de la population ne
se mobilisera jamais comme elle se mobiliserait si on s’en
prenait à la diffusion des matchs de hockey ou la production de télé-réalités sordides. Je m’adresserai ici seulement aux Québécois puisque ce sont à eux
que Ici Radio-Canada et ses sous-produits s’adressent. Si ces bons citoyens
avaient à choisir entre une réduction d’impôts même insignifiante et les
coupures budgétaires massives à Radio-Canada, ils choisiraient majoritairement la
première. Ce peuple, habitué à se nourrir du fast-food journalistique
des gazettes et revues des magnats Desmarais et Péladeau, se contente amplement
du Téléjournal tel qu’il est présenté actuellement. Il se risque parfois à
regarder Enquête pour essayer de deviner quelle tête se cache sous le
sac de papier brun et dont la voix a été brouillée et quel scandale croustillant va-t-elle nous révéler. Mais, politiquement, tout cela a peu d’impact, sinon
cultiver la déprime ou le cynisme, puisque, après des années de dénonciations des
factures frauduleuses au Conseil de Ville de Montréal, les Montréalais se sont
abstenus d’aller voter et que parmi ceux qui y ont été, un nombre de votes a été
suffisant pour faire rentrer le gros Coderre dont les relations d'affaires ne sont pas si
propres qu’il essaie de nous le faire croire. La même chose s’est produite au
début d’avril avec le retour des Libéraux les plus corrompus au pouvoir sous la
houlette de leur nouveau pasteur, le docteur Couillard. Il ne faut pas se le
cacher, ce fut un balayage libéral sur l’ensemble de la Province ce soir du 7 avril 2014, malgré les
scandales associés au financement du parti, la corruption de certains des
nouveaux anciens ministres et surtout la crise étudiante du début 2012
qui avait été un souffle de vie dans ce charnier pourrissant qu’est le Québec actuel. Il est vrai que l’incompétence du ministère péquiste des 18 mois de
son gouvernement minoritaire a été suffisante pour écœurer même les esprits
les plus résignés à ses sottises stratégiques. Mais qu’on y aille jusqu’à leur
préférer ce troupeau de fripons et d’assassins culturels, ça dépasse les
bornes de l’entendement. Grâce à la récupération opportuniste et les
maladresses du gouvernement du Parti Québécois - ce parti, qui est l'obstacle majeur à son aspiration -, c’est non seulement le retour
des pourris au pouvoir que le vote d’avril 2014 a permis, mais c’est aussi la sanction implicite des acquis des manifestations de 2012. Aux récupérés péquistes
Bureau-Blouin et Desjardins, c’est maintenant la némésis de Nadeau-Dubois, la grosse Arielle
Grenier, qui s’est décrochée un petit boulot peinard dans un ministère. Ça prouve que les Jeunes Libéraux sont en train de mijoter une nouvelle génération de faquins pour le reste du siècle. On ne pouvait
rêver défaite plus humiliante et poids lourds plus incommodants sur les épaules que les
résultats de cette élection vénale.
Les Québécois ne veulent rien savoir. Ils ne veulent pas s'instruire, se cultiver, apprendre. Ils veulent des connaissances vite apprises et vite assimilées. Une sorte de junk knowledge. Le temps des génies en herbe est bien passé. Le premier idiot venu affirmera effrontément devant n'importe quelle intelligence qu'il en sait déjà plus que lui. Il s'est inventé le fantasme de l'Université de la Vie, dont il oublie que tout le monde, universitaire ou pas, y a accès et en tire les conséquences qu'il est capable d'en mesurer. Comme toujours,
s'ils font la promotion de l'instruction et luttent contre le décrochage scolaire, les édiles de la société québécoise apparaissent comme des vaniteux qui, à travers des publicités béates, nous disent que la lecture, c'est bon rien que pour les bébés et que les livres sont des jouets en caoutchouc qu'on peut balancer dans la baignoire comme un canard jaune. Passé un certain âge, mieux vaut La Ronde que passer par la bibliothèque; et si on s'arrête à la bibliothèque, c'est pour fuir les livres pour aller se cacher derrière les écrans d'ordinateur ou emprunter des disques ou des cassettes vidéo. La Fondation de Lucie et André Chagnon, dont le but est de sensibiliser les Québécois au décrochage scolaire, ne spécifie pas que lorsque les Chagnon ont fait venir un libraire afin d’estimer la valeur monétaire de leur bibliothèque, celui-ci n'y a trouvé que des recueils reliés de livres condensés du mois publiés par le Sélection du Reader's Digest. Lorsque les Béotiens se mettent à vouloir «cultiver» les pauvres, on peut s'attendre à d'«excellents» résultats.


Les Québécois ne veulent rien savoir. Ils ne veulent pas s'instruire, se cultiver, apprendre. Ils veulent des connaissances vite apprises et vite assimilées. Une sorte de junk knowledge. Le temps des génies en herbe est bien passé. Le premier idiot venu affirmera effrontément devant n'importe quelle intelligence qu'il en sait déjà plus que lui. Il s'est inventé le fantasme de l'Université de la Vie, dont il oublie que tout le monde, universitaire ou pas, y a accès et en tire les conséquences qu'il est capable d'en mesurer. Comme toujours,

Comme les Américains, les Québécois pensent que les gens instruits sont des fouteurs de troubles, leur donnent des maux de tête à réfléchir et à se culpabiliser; qu'ils sont en même temps des esprits pervers, des

Ce que les Québécois veulent en tant qu'information,

J’accuse donc l’anti-intellectualisme
québécois, son goût des opinions toutes faites et démagogiques, sa paresse intellectuelle, son incapacité à supporter la réflexion et d'accéder à la concentration mentale
nécessaire sur un problème quelconque, d’être à l’origine de toutes ces
coupures. On ne saurait non plus passer son silence pour son manque de goût, de raffinement
devant les œuvres civilisatrices, sa promptitude à les ridiculiser et à les détruire si c’est possible. En-
fin, sa honte devant ceux qui, plus obligés que par choix, ont oser les défier dans cette voie. Là s’explique un grand pan du mépris des intellectuels à l’égard de leur peuple. Harper n'est que l'instrument de cet anti-intellectualisme. Si les mesures d’austérité imposées à Radio-Canada ou aux Universités sont rendues possibles, c’est grâce à cette paresse, à ce refus de l’effort mental aussi important que l’effort physique afin d’équilibrer un esprit sain dans un corps sain. À ce refus du jugement critique continue devant les pires sous-produits que leurs servent tant les diffuseurs privés que publiques. À ce contentement de soi pour son ignorance et sa grossièreté. À tout cela nous devons les coupures dans la recherche scientifique, à la réussite scolaire jusqu’à l’Université, à l’indifférence des gens devant l’aliénation de leurs libertés et de la démocratie pour les oligarchies financières qui règnent en tant que minorité dominante épuisée sur la civilisation.
Les peuples sont attirés spontanément vers la barbarie et c’est le devoir de l’État et des intellectuels que de
les y tirer,
de gré ou de force. Ici, il n’y a pas jusqu’aux intellectuels patentés qui
poussent le peuple vers l’abrutissement. Les principaux assassins des acquis du
Siècle des Lumières, ce ne sont pas les Créationnistes mythomanes; ce ne sont
pas les ésotéristes avec leurs anges et leurs complots diaboliques; ce ne sont
pas les manipulations du Capital qui ne vient que prêter main forte à cette
aliénation, à cette brutalisation des mœurs par le chantage affectif et
émotionnel. Ce sont les intellectuels eux-mêmes, trop choyés par le confort des
conventions collectives universitaires ou des réseaux d'information qui leur ont créé cette tour d’ivoire où
ils pensaient se réfugier des assauts de l’agressivité de l’État; ce sont les
journalistes complaisants qui ont accepté, sans se révolter, les mesures
d’austérité du gouvernement Martin et dont Harper ne fait que poursuivre dans
la même logique; ce sont les diffuseurs eux-mêmes, qui, par lâcheté «démocratique»,
ont été les artisans de leur propre malheur. Comme la couardise et la collusion des recteurs d’universités, les gestionnaires néo-libéraux sabotent sciemment les outils culturels et intellectuels de la société québécoise. Ce génocide de l’esprit d’une collectivité est un crime dont on n’a pas encore créé de tribunal pénal. Mais s’il y en avait un, le box des accusés déborderaient de toutes parts.

fin, sa honte devant ceux qui, plus obligés que par choix, ont oser les défier dans cette voie. Là s’explique un grand pan du mépris des intellectuels à l’égard de leur peuple. Harper n'est que l'instrument de cet anti-intellectualisme. Si les mesures d’austérité imposées à Radio-Canada ou aux Universités sont rendues possibles, c’est grâce à cette paresse, à ce refus de l’effort mental aussi important que l’effort physique afin d’équilibrer un esprit sain dans un corps sain. À ce refus du jugement critique continue devant les pires sous-produits que leurs servent tant les diffuseurs privés que publiques. À ce contentement de soi pour son ignorance et sa grossièreté. À tout cela nous devons les coupures dans la recherche scientifique, à la réussite scolaire jusqu’à l’Université, à l’indifférence des gens devant l’aliénation de leurs libertés et de la démocratie pour les oligarchies financières qui règnent en tant que minorité dominante épuisée sur la civilisation.
Les peuples sont attirés spontanément vers la barbarie et c’est le devoir de l’État et des intellectuels que de

Les anglophones ont un sens aigu du mot duty. Ils ont le sens du devoir. Dans le Québec qui se dit fier de sa francité, le devoir doit
céder jusqu’à disparaître complètement derrière le droit. Ici, on ne cesse de
réclamer des droits et de rejeter les devoirs. C’est une marque d’immaturité collective. Le droit a l’instruction
impose un devoir d’une instruction COMPLÈTE et UNIVERSELLE. Le droit à l’information impose un
devoir d’information
VÉRIDI-
QUE. Le droit à la libre-parole impose un devoir de CRITIQUE. Le droit à la critique impose un devoir de CONSCIEN-
CE. Autre-
ment, ce ne sont que des caprices qui vont à hue et à dia. Voilà ce que le mouvement étudiant du printemps 2012 avait tenté d’aborder; que le Parti Québécois a détourné de son but et qu’aujourd’hui, le sirocco libéral vient de balayer comme le limon de la terre en vue de le rendre stérile. C’est ce que nous sommes obligés de constater en ce début de XXIe siècle, au moment où on s’apprête à célébrer, par des jérémiades interminables, le centenaire du déclenchement de la Grande Guerre, guerre impérialiste recouverte de la justification du droit des peuples à l’auto-détermination. Vous êtes sortis écœurés des célébrations de 1812! Imaginez comment vous serez quand on fêtera le 11 novembre 2018! Mais qui a véritablement percé le sens de ce qui s’est passé en ce printemps dit «érable»? Sûrement pas ceux qui ont voté libéral en avril dernier⌛

QUE. Le droit à la libre-parole impose un devoir de CRITIQUE. Le droit à la critique impose un devoir de CONSCIEN-
CE. Autre-
ment, ce ne sont que des caprices qui vont à hue et à dia. Voilà ce que le mouvement étudiant du printemps 2012 avait tenté d’aborder; que le Parti Québécois a détourné de son but et qu’aujourd’hui, le sirocco libéral vient de balayer comme le limon de la terre en vue de le rendre stérile. C’est ce que nous sommes obligés de constater en ce début de XXIe siècle, au moment où on s’apprête à célébrer, par des jérémiades interminables, le centenaire du déclenchement de la Grande Guerre, guerre impérialiste recouverte de la justification du droit des peuples à l’auto-détermination. Vous êtes sortis écœurés des célébrations de 1812! Imaginez comment vous serez quand on fêtera le 11 novembre 2018! Mais qui a véritablement percé le sens de ce qui s’est passé en ce printemps dit «érable»? Sûrement pas ceux qui ont voté libéral en avril dernier⌛
Montréal
3 mai 2014
La Fondation Chagnon...ces gens veulent notre bien et ils l'ont eû. Plutôt que de payer les impôts qu'ils auraient dû payer sur le gain colossal qu'ils ont fait en vendant Vidéotron, ils ont créé une fondation. Par le biais de cette fondation, non seulement ils ont réalisé un énorme hold-up fiscal, mais en plus ces gens nous font la morale du 'bien'' en appuyant des causes tarte aux pommes de façon plus ou moins bidon. L'État fédéral qui coupe chez Radio-Canada est le même qui a permis aux Chagnon de s'engouffrer dans cet échappatoire fiscal.
RépondreSupprimerEuh, aux États-Unis on a aussi NPR, financé directement par les auditeurs, et indépendant de tout financement gouvernemental: http://www.npr.org
RépondreSupprimerAux États-Unis, ils sont à peu près 314 millions d'individus, et même si on ne retiendrait de ça que 1%, assez fortuné, ce 1% pourrait faire vivre une télévision culturelle nationale. Au Canada tout entier, et au Québec avec ses 8 millions, c'est impensable.Ce qu'on appelle ici la télévision d'État, que ce soit Radio-Canada ou Télé-Québec, ce sont des P.P.P.. Ils fonctionnent sur un partenariat publque-privé. Les gouvernements balaient dans la cour du privé ce qu'ils ne veulent plus payer au nom de toutes sortes de justifications qui sont un choix d'économie politique : la dette par exemple, dont on demande toujours au publique de rembourser davantage plus et au privé davantage moins. L'irresponsabilité des gouvernements face à leurs populations finit toujours par coûter plus cher à l'ensemble de la population qu'aux privilégiés de fortune. Cette irresponsabilité est également un produit de cette culture de la paresse intellectuelle (et je ne parle pas là de la «paresse» à la Lucien Bouchard).
RépondreSupprimer