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samedi 3 mai 2014

Les coupures de financement à Radio-Canada : conséquences de l'anti-intellectualisme québécois

Liliana Cavani. La Pelle, 1981

LES COUPURES DE FINANCEMENT À RADIO-CANADA : CONSÉQUENCES DE L'ANTI-INTELLECTUALISME QUÉBÉCOIS

Le Hufftington Post du 4 avril dernier annonçait ainsi les dommages causés par les coupures que le gouvernement Harper entend faire à la Société Radio-Canada pour la prochaine année :

Après le service des sports, c'est à celui des nouvelles d'écoper: la division de l'information de Radio-Canada sera amputée de 35 postes dès cette année et de 12 autres l'an prochain en raison des compressions de 5,7 millions $ que doit encaisser ce secteur de la société d'État.

L'année 2014-2015 marquera la disparition de 14 postes de journalistes, trois à la direction, neuf à la réalisation et deux en région à RDI. Trois assistants à la réalisation, trois auxiliaires à l'affectation et un adjoint de bureau seront également retranchés, a précisé dans une note interne le directeur général de l'information, Michel Cormier.

Depuis, le service de l'information se met en branle pour faire connaître ses doléances vis à vis de ces mesures d'«austérité» et sensibiliser la population aux impacts négatifs de ces mesures. Le dimanche 4 mai, les journalistes-vedettes de Radio-Canada défileront dans le studio de Guy A. Lepage, à Toutle monde en parle, dans un mouvement de solidarité et de front commun des journalistes de toutes les branches de l'information télévisuelle du réseau.

D'abord, il serait bon de préciser quelques faits. Radio-Canada a été longtemps protégé et enrichi par la direction de Pierre Juneau (1922-2012). Cet homme avait été éduqué au sein de l'Office National du Film dans l'immédiat après-guerre dont il avait hérité l'esprit que lui avait imprimé John Grierson qui avait dirigé l'Office, fondé en 1939, durant toute la période de la Seconde Guerre mondiale. Juneau, récupéré par Pierre Elliot Trudeau pour devenir le président de Radio-Canada (1982-1989), avait défendu bec et ongle ce qui était devenu «sa société» contre une époque où déjà les nuages commençaient à s’amonceler au-dessus de la tour du boulevard Dorchester. C'était le temps où Margaret Thatcher travaillait, non sans résistance, à dénationaliser la B.B.C. et où se mettait en place ce qui allait devenir, aux États-Unis, C.N.N., dont R.D.I. est devenu la réplique au niveau de l'information câblée. L'idée que le privé puisse fournir une information nationale et internationale aussi pertinente que n'importe quelle entreprise d'État finissait de creuser son nid.

Dès le gouvernement libéral de Paul Martin, des coupures sévères furent effectuées à Radio-Canada. Depuis, l'enveloppe budgétaire, périodiquement, se voit imposer des coupes-minceurs qui l'ont empêchée d'abord de produire une grande partie de sa programmation, renvoyée aux même entreprises qui produisent pour tous les réseaux télé; puis ensuite, les différents secteurs restant : les émissions jeunesses et les sports y ont goûté d'abord. Puis, maintenant, c'est au tour du service de l'information, celui-là qui avait déjà été étranglé fortement il y a une quinzaine d'année, ce qui avait entraîné la démission de plusieurs membres du personnel de l'information qui avaient quitté avec fracas refusant les diminutions de salaires projetées. Bref, sournoisement, c'est le démantèlement de la Société d'État à laquelle nous assistons.

Le gouvernement Harper n'aime pas les journalistes. On le sait depuis que les Conservateurs ont pris la relève des Libéraux au début du XXIe siècle. Juneau avait engraissé Radio-Canada et les comptes de dépenses se révélaient à l'époque exorbitants. Pour les Conserva-teurs, comme pour les propriétaires de chaînes privées, et en tête le sémillant séparatiste Pier-Karl Péladeau, il s'agissait de livrer, devant le C.R.T.C. une guerre à finir à Radio-Canada pour consolider les chaînes privées et, pour Péladeau, ses réseaux T.V.A. au Québec et Sun News, un fidèle support de la politique conservatrice au Canada anglais. Aujourd'hui, la société d'État récolte les fruits de ces charges musclées qui ont pour but d'asphyxier une fois pour toute Radio-Canada et éventuellement la démanteler (ce qui est commencé depuis qu'elle a cessé ses productions dits de divertissements) et qui n'est plus que l'ombre de ce qu'elle était au cours des années 1960 et 1970.

En Angleterre, la B.B.C. avait fait des pieds et des mains pour résister au puissant gouvernement Thatcher, et si elle a perdu des plumes, elle est parvenue à s'imposer et à conserver une certaine qualité qui ne se dément pas. Bien sûr, les conservateurs ont continué à lui mener la vie dure, mais pour les Britanniques, la télévision d'État est considérée comme un gage de démocratie qui remonte au Speaker's Corner à Hyde Park, où sur une caisse, chacun peut monter et adresser un discours à la foule. Si la télévision d'État fait de la propagande, ce n'est pas pour un parti mais pour l'ensemble de la nation, lorsque celle-ci se trouve plongée dans un état fiévreux (guerre, émeutes, etc.). Aux États-Unis, où n'existe pas de télévision d'État, lorsque le Président s'adresse à la nation, les trois principales chaînes retransmettent son discours. Ce qui s'est passé au cours des trente dernières années, c'est que la gestion néo-libérale s'est infiltrée dans la gestion des réseaux publiques, avec les principes qui gèrent les entreprises privées. Comme tout entreprise de service collectif, on ne peut gérer les écoles, les hôpitaux et les réseaux publics d'information selon les modes de gestion privés. Juneau était libéral dans un sens que ces nouveaux gestionnaires ne comprennent pas ou se refusent à comprendre. Il avait une vision pédagogique de la télévision qui s'est perdue. C'est la gestion néo-libérale des sociétés d'État qui, actuellement, est en train de coûter une fortune dans la décroissance des services publiques. Le paradoxe est que ces néo-libéraux sont moins libéraux que les anciens, puisqu'ils veulent retourner à une quasi structure despotique d'Ancien Régime. Une télévision qui fait la propagande idéologique du parti plutôt qu'informer la collectivité dans la norme des principes démocratiques et «libéraux» (sic!); une télévision qui doit rapporter plus qu'elle ne coûte, ce qui la renvoie à la tutelle des publicistes. Voir une annonce de baignoires Safe Step financer des headlines qui passent pour un bulletin d'information, c'est précisément la vision conservatrice aliénante du mandat de Radio-Canada. Ce que les restrictions budgétaires entraînent, c'est faire de cette anomalie anti-démocratique la norme d'une télévision qui, à toute fin pratique, n'a plus sa raison d'être en tant que service de l'État canadien.

Et il en va ainsi dans tous les pays occidentaux qui sont maintenant gérés dans l'esprit néo-libéral. Les nouveaux libéraux, contrairement aux anciens, craignent l'éducation et l'instruction. Ils considèrent que le peuple a besoin de distractions, de divertissements et surtout de dispensateurs émotionnels. Épuiser nos émotions et diminuer les facultés rationnelles de l'esprit afin que ce qui reste du cognitif puisse être controlé, contenu et progressivement circonscrit. Ce goût de cultiver l'émotionnel s'est diffusé dans tous les secteurs culturels du pays. Une société de théâtre présente sa programmation avec la formule : «des émotions en temps réel» (???). Les émotions produites par les séries américaines dépassent rarement le niveau des «effets de surprises» : suspens, terreur, horreur, l'outrageous qui cultivent un sadisme propre à la personnalité des Américains. Au Canada, au contraire, le suspens est moins intense. On y préfère un certain sens de l'humour bon-enfant avec une morale réconciliatrice en bout de ligne. Au Québec, on s'ennuie, car c'est l'émotion la plus universellement partagée, en racontant des banalités quotidiennes qui finissent par désamorcer toutes les tensions masochistes qu'on peut y trouver, on crée des téléséries à succès dont le but est de ne pas durer trop longtemps. Bref, partout, on ne va nulle part. Les textes (dialogues, monologues ou narration) sont d'un ennui déconcertant qui
« Mais bon, nous n’avons pas toujours le sort que nous méritons »
ne cesse de lasser un publique qui a dépassé le stade 3 de l'échelle de Kohlberg, alors que la masse s'y sent conforta-blement à l'aise, sûre que rien ne viendra ni la troubler ni la traumatiser.. La scénarisation théâtrale que l'on retrouvait encore dans les téléromans ou téléséries des années 60 n'existe plus, sauf peut-être en Angleterre ou des séries permettent encore à ces personnages de dire quelque chose qui résonne dans l’âme du spectateur. L’affaire s’est déplacée vers les émissions d’information où on recourt à des effets dramatiques (dramatisation reproduisant un fait quelconque, déclarations faites pour «épater le bourgeois», jack in the box au bout d’une enquête) afin de mettre de l’émotion (comme le dit Pascale Nadeau dans la publicité de son Tj du week-end) dans la nouvelle. C’est oublier que Louise Arcand avait été retirée dès le lendemain du Ce Soir relatant, presque en direct, l'attentat à l'Assemblée nationale devant lequel elle avait laissé paraître trop d'«émotions», avant d'être carrément renvoyée du service de l’information de Radio-Canada parce que jugée «trop vieille», pas assez «sexy» et autres sottises du genre, ce qui fut à l'origine d'un procès de discrimination sexuelle retentissant. Aujourd’hui, et surtout depuis l’incontournable couverture des attentats du 11 septembre, qu’un anchorman laisse paraître des émotions est devenu un élément positif pour le spectacle qu’est devenu le Journal télévisé.

Il ne s’agit pas tant de parler de la décrépitude à venir de l’information avec les coupures Harper que l’état lamentable où déjà se situe l’information à Radio-Canada. Les coupures de budget ne sont qu’une lame de la paire de ciseau; l’autre consistant dans la formation de plus en plus médiocre des journalistes qui se branchent sur les réseaux d’Internet et répètent en une phrase/un paragraphe la nouvelle dans sa sécheresse la plus déshydratée. On n’apprend pas à comprendre la «nouvelle» à la télévision; on apprend la nouvelle dans un cornet d’informations dont on ne détache aucun lien, et celles-ci sont devenues des objets de consom-mation que les sites appropriés se répartiront afin que le sacro-saint principe de la spécialité ou de la spécification demeure. La diminution de la compréhen-sivité des informations va de paire avec la désinformation et surtout l’incapacité de se concentrer afin de creuser l’analyse d’une problématique. Qui comprend la problématique de la guerre en Syrie? Des révoltés égyptiens? De l’Ukraine? De la pollution atmosphérique ou du réchauffement planétaire? La réification de l’information consiste précisément à réduire celle-ci à sa simple expressivité, sans qu’elle ne prête à l’intelligence l’hypothèse d’être plus complexe qu’elle ne paraît ou liée à un réseau d’autres informations qui sont tenues par un même lien structurel. Voilà la cause majeure qui rend possible le fait que le gouvernement Harper peut passer la hache dans le financement de Radio-Canada sans s’apercevoir que c’est la base même de la liberté d’expression et la liberté de pensée qui est vandalisée par l'État. Et ces dommages ont des effets qui, dans les conditions actuelles de la formation des journalistes, sont irréversibles.

Mais si Stephen Harper et son ministère de salopards avec les Bernier, Paradis, LeBel et autres maquereaux arnaqueurs peuvent s’autoriser de procéder ainsi, c’est qu’ils savent bien que l’ensemble de la population ne se mobilisera jamais comme elle se mobiliserait si on s’en prenait à la diffusion des matchs de hockey ou la production de télé-réalités sordides. Je m’adresserai ici seulement aux Québécois puisque ce sont à eux que Ici Radio-Canada et ses sous-produits s’adressent. Si ces bons citoyens avaient à choisir entre une réduction d’impôts même insignifiante et les coupures budgétaires massives à Radio-Canada, ils choisiraient majoritairement la première. Ce peuple, habitué à se nourrir du fast-food journalistique des gazettes et revues des magnats Desmarais et Péladeau, se contente amplement du Téléjournal tel qu’il est présenté actuellement. Il se risque parfois à regarder Enquête pour essayer de deviner quelle tête se cache sous le sac de papier brun et dont la voix a été brouillée et quel scandale croustillant va-t-elle nous révéler. Mais, politiquement, tout cela a peu d’impact, sinon cultiver la déprime ou le cynisme, puisque, après des années de dénonciations des factures frauduleuses au Conseil de Ville de Montréal, les Montréalais se sont abstenus d’aller voter et que parmi ceux qui y ont été, un nombre de votes a été suffisant pour faire rentrer le gros Coderre dont les relations d'affaires ne sont pas si propres qu’il essaie de nous le faire croire. La même chose s’est produite au début d’avril avec le retour des Libéraux les plus corrompus au pouvoir sous la houlette de leur nouveau pasteur, le docteur Couillard. Il ne faut pas se le cacher, ce fut un balayage libéral sur l’ensemble de la Province ce soir du 7 avril 2014, malgré les scandales associés au financement du parti, la corruption de certains des nouveaux anciens ministres et surtout la crise étudiante du début 2012 qui avait été un souffle de vie dans ce charnier pourrissant qu’est le Québec actuel. Il est vrai que l’incompétence du ministère péquiste des 18 mois de son gouvernement minoritaire a été suffisante pour écœurer même les esprits les plus résignés à ses sottises stratégiques. Mais qu’on y aille jusqu’à leur préférer ce troupeau de fripons et d’assassins culturels, ça dépasse les bornes de l’entendement. Grâce à la récupération opportuniste et les maladresses du gouvernement du Parti Québécois - ce parti, qui est l'obstacle majeur à son aspiration -, c’est non seulement le retour des pourris au pouvoir que le vote d’avril 2014 a permis, mais c’est aussi la sanction implicite des acquis des manifestations de 2012. Aux récupérés péquistes Bureau-Blouin et Desjardins, c’est maintenant la némésis de Nadeau-Dubois, la grosse Arielle Grenier, qui s’est décrochée un petit boulot peinard dans un ministère. Ça prouve que les Jeunes Libéraux sont en train de mijoter une nouvelle génération de faquins pour le reste du siècle. On ne pouvait rêver défaite plus humiliante et poids lourds plus incommodants sur les épaules que les résultats de cette élection vénale.

Les Québécois ne veulent rien savoir. Ils ne veulent pas s'instruire, se cultiver, apprendre. Ils veulent des connaissances vite apprises et vite assimilées. Une sorte de junk knowledge. Le temps des génies en herbe est bien passé. Le premier idiot venu affirmera effrontément devant n'importe quelle intelligence qu'il en sait déjà plus que lui. Il s'est inventé le fantasme de l'Université de la Vie, dont il oublie que tout le monde, universitaire ou pas, y a accès et en tire les conséquences qu'il est capable d'en mesurer. Comme toujours, s'ils font la promotion de l'instruction et luttent contre le décrochage scolaire, les édiles de la société québécoise apparaissent comme des vaniteux qui, à travers des publicités béates, nous disent que la lecture, c'est bon rien que pour les bébés et que les livres sont des jouets en caoutchouc qu'on peut balancer dans la baignoire comme un canard jaune. Passé un certain âge, mieux vaut La Ronde que passer par la bibliothèque; et si on s'arrête à la bibliothèque, c'est pour fuir les livres pour aller se cacher derrière les écrans d'ordinateur ou emprunter des disques ou des cassettes vidéo. La Fondation de Lucie et André Chagnon, dont le but est de sensibiliser les Québécois au décrochage scolaire, ne spécifie pas que lorsque les Chagnon ont fait venir un libraire afin d’estimer la valeur monétaire de leur bibliothèque, celui-ci n'y a trouvé que des recueils reliés de livres condensés du mois publiés par le Sélection du Reader's Digest. Lorsque les Béotiens se mettent à vouloir «cultiver» les pauvres, on peut s'attendre à d'«excellents» résultats.

Comme les Américains, les Québécois pensent que les gens instruits sont des fouteurs de troubles, leur donnent des maux de tête à réfléchir et à se culpabiliser; qu'ils sont en même temps des esprits pervers, des contestataires, voire des apprentis-sorciers révolutionnaires.  Depuis toujours, un enfant - un garçon surtout - s'il aime les études, est une tapette. Il devient la cible de l'agressivité jalouse de ses camarades. Si on encourage les filles à faire des études, c'est moins par parité sexuelle au droit à l'éducation supérieure que parce que les choses futiles relèvent toujours du sexe féminin. Évidemment, les filles comprennent d'instinct ou d'opportunisme, et dès qu'elles atteignent un quelconque poste, miment toutes les attitudes et les poses machistes envers leurs collègues. Il n'y a pas encore de «manière-femme de faire les choses» différente de la façon dont les hommes les font depuis toujours. Sur ce point, les victoires féministes ne sont qu'apparentes.

Ce que les Québécois veulent en tant qu'information, c'est de la stature du Pif Gadget. Ils veulent une culture d’éclats de rires et d’hystéries larmoyantes. Ce sont des machines mentales qui fonctionnent sur le principe behavioriste d’action/réaction. Et cela, les gouvernements, tant à Québec qu’à Ottawa, le comprennent très bien. Après les efforts des ministres Malavoy et Duchesnes pour réformer l’éducation, l’insipide urgentologue libéral de Québec ramène tout à zéro, avec l’asphyxiante réforme Charest de 2007. M. Jocelyn Létourneau doit s’en frotter les mains de bonheur, à Québec. L’enseignement de l’histoire sera insipide, à l'image du ministre Bolduc, et inactuel dans le style de la rhétorique économique accrocheuse des libéraux.

J’accuse donc l’anti-intellectualisme québécois, son goût des opinions toutes faites et démagogiques, sa paresse intellectuelle, son incapacité à supporter la réflexion et d'accéder à la concentration mentale nécessaire sur un problème quelconque, d’être à l’origine de toutes ces coupures. On ne saurait non plus passer son silence pour son manque de goût, de raffinement devant les œuvres civilisatrices, sa promptitude à les ridiculiser et à les détruire si c’est possible. En-
fin, sa honte devant ceux qui, plus obligés que par choix, ont oser les défier dans cette voie. Là s’explique un grand pan du mépris des intellectuels à l’égard de leur peuple. Harper n'est que l'instrument de cet anti-intellectualisme. Si les mesures d’austérité imposées à Radio-Canada ou aux Universités sont rendues possibles, c’est grâce à cette paresse, à ce refus de l’effort mental aussi important que l’effort physique afin d’équilibrer un esprit sain dans un corps sain. À ce refus du jugement critique continue devant les pires sous-produits que leurs servent tant les diffuseurs privés que publiques. À ce contentement de soi pour son ignorance et sa grossièreté. À tout cela nous devons les coupures dans la recherche scientifique, à la réussite scolaire jusqu’à l’Université, à l’indifférence des gens devant l’aliénation de leurs libertés et de la démocratie pour les oligarchies financières qui règnent en tant que minorité dominante épuisée sur la civilisation.

Les peuples sont attirés spontanément vers la barbarie et c’est le devoir de l’État et des intellectuels que de les y tirer, de gré ou de force. Ici, il n’y a pas jusqu’aux intellectuels patentés qui poussent le peuple vers l’abrutissement. Les principaux assassins des acquis du Siècle des Lumières, ce ne sont pas les Créationnistes mythomanes; ce ne sont pas les ésotéristes avec leurs anges et leurs complots diaboliques; ce ne sont pas les manipulations du Capital qui ne vient que prêter main forte à cette aliénation, à cette brutalisation des mœurs par le chantage affectif et émotionnel. Ce sont les intellectuels eux-mêmes, trop choyés par le confort des conventions collectives universitaires ou des réseaux d'information qui leur ont créé cette tour d’ivoire où ils pensaient se réfugier des assauts de l’agressivité de l’État; ce sont les journalistes complaisants qui ont accepté, sans se révolter, les mesures d’austérité du gouvernement Martin et dont Harper ne fait que poursuivre dans la même logique; ce sont les diffuseurs eux-mêmes, qui, par lâcheté «démocratique», ont été les artisans de leur propre malheur. Comme la couardise et la collusion des recteurs d’universités, les gestionnaires néo-libéraux sabotent sciemment les outils culturels et intellectuels de la société québécoise. Ce génocide de l’esprit d’une collectivité est un crime dont on n’a pas encore créé de tribunal pénal. Mais s’il y en avait un, le box des accusés déborderaient de toutes parts.

Les anglophones ont un sens aigu du mot duty. Ils ont le sens du devoir. Dans le Québec qui se dit fier de sa francité, le devoir doit céder jusqu’à disparaître complètement derrière le droit. Ici, on ne cesse de réclamer des droits et de rejeter les devoirs. C’est une marque d’immaturité collective. Le droit a l’instruction impose un devoir d’une instruction COMPLÈTE et UNIVERSELLE. Le droit à l’information impose un devoir d’information VÉRIDI-
QUE. Le droit à la libre-parole impose un devoir de CRITIQUE. Le droit à la critique impose un devoir de CONSCIEN-
CE. Autre-
ment, ce ne sont que des caprices qui vont à hue et à dia. Voilà ce que le mouvement étudiant du printemps 2012 avait tenté d’aborder; que le Parti Québécois a détourné de son but et qu’aujourd’hui, le sirocco libéral vient de balayer comme le limon de la terre en vue de le rendre stérile. C’est ce que nous sommes obligés de constater en ce début de XXIe siècle, au moment où on s’apprête à célébrer, par des jérémiades interminables, le centenaire du déclenchement de la Grande Guerre, guerre impérialiste recouverte de la justification du droit des peuples à l’auto-détermination. Vous êtes sortis écœurés des célébrations de 1812! Imaginez comment vous serez quand on fêtera le 11 novembre 2018! Mais qui a véritablement percé le sens de ce qui s’est passé en ce printemps dit «érable»? Sûrement pas ceux qui ont voté libéral en avril dernier

Montréal
3 mai 2014

3 commentaires:

  1. La Fondation Chagnon...ces gens veulent notre bien et ils l'ont eû. Plutôt que de payer les impôts qu'ils auraient dû payer sur le gain colossal qu'ils ont fait en vendant Vidéotron, ils ont créé une fondation. Par le biais de cette fondation, non seulement ils ont réalisé un énorme hold-up fiscal, mais en plus ces gens nous font la morale du 'bien'' en appuyant des causes tarte aux pommes de façon plus ou moins bidon. L'État fédéral qui coupe chez Radio-Canada est le même qui a permis aux Chagnon de s'engouffrer dans cet échappatoire fiscal.

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  2. Euh, aux États-Unis on a aussi NPR, financé directement par les auditeurs, et indépendant de tout financement gouvernemental: http://www.npr.org

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  3. Aux États-Unis, ils sont à peu près 314 millions d'individus, et même si on ne retiendrait de ça que 1%, assez fortuné, ce 1% pourrait faire vivre une télévision culturelle nationale. Au Canada tout entier, et au Québec avec ses 8 millions, c'est impensable.Ce qu'on appelle ici la télévision d'État, que ce soit Radio-Canada ou Télé-Québec, ce sont des P.P.P.. Ils fonctionnent sur un partenariat publque-privé. Les gouvernements balaient dans la cour du privé ce qu'ils ne veulent plus payer au nom de toutes sortes de justifications qui sont un choix d'économie politique : la dette par exemple, dont on demande toujours au publique de rembourser davantage plus et au privé davantage moins. L'irresponsabilité des gouvernements face à leurs populations finit toujours par coûter plus cher à l'ensemble de la population qu'aux privilégiés de fortune. Cette irresponsabilité est également un produit de cette culture de la paresse intellectuelle (et je ne parle pas là de la «paresse» à la Lucien Bouchard).

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