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lundi 20 mai 2013

Les synapses défaillantes de Pauline Marois

Ha! Ha! Ha! Hi! Hi! Hoo! Ha! Ha! Ha!
LES SYNAPSES DÉFAILLANTES DE PAULINE MAROIS

Les schizophrènes positivistes doutent toujours de l'existence de l’inconscient collectif, même si cet inconscient se manifeste parfois parmi eux. Voilà pourquoi les historiens en sont souvent venus à confondre «mémoire» (subjective) et «histoire» (objective), ce qui est un leurre puisque la fabrication même de l’histoire est subjective, liée qu’elle est à leurs auteurs, les historiens et à leur publique lecteur. Mais ce n’est pas de cela dont je veux vous entretenir, aujourd’hui, en cette merveilleuse «journée des Patriotes» au Québec. En 2002, le premier ministre péquiste de La Belle Province, Bernard Landry, décida que, désormais, le troisième lundi du mois de mai serait consacré à célébrer les Patriotes de 1837-1838. Il voulait ainsi substituer une fête véritablement nationale à la bonne vieille fête de Dollard des Ormeaux, enfant chéri de l’historien-chanoine Groulx. En même temps, nos frères-ennemis, les Anglo-canadiens, fêtent la reine Victoria, celle-là même qui gouvernait l’Empire britannique l’année où les Patriotes, tant dans le Haut que dans le Bas-Canada, se soulevèrent afin d’émanciper un peu plus leurs colonies de la tutelle britannique.

Dans l’un de ses commentaires sirupeux de l’émission Découverte, Charles Tisseyre nous dirait sans doute que ce sont-là des superpositions de couches sédimentaires dans l’inconscient collectif des Québécois. L’image, ma foi, me paraît bonne, mais au niveau des Québécois du XXIe siècle, tout cela risque d’entraîner du brouillard dans la communication des synapses cérébraux. L’inconscient collectif, comme l’inconscient individuel, amasse les différentes couches mémorielles sans les éliminer au fur et à mesure que s’en ajoutent d'autres. Bien au contraire, ces couches ne font pas que se superposer, elles s'interpénètrent même les unes aux autres, produisant des effets où le Symbolique et l’Idéologique pratiquent une valse musette qui n’est pas toujours endiablée.

Cette année est aussi spectaculaire à observer en ce domaine qu’elle le serait s’il y avait une éclipse de soleil totale ou le passage d’une comète à proximité de la Terre. Car d’autres fêtes, passées sous silence celles-là, et de manière très volontaire, donc très idéologique, rejoignent la date du 20 mai, le troisième lundi du mois. D’abord, l’échec référendaire de 1980, qui fut une gifle sur la tronche des souverainistes guidés par le Parti Québécois, parti présentement au pouvoir (minoritaire) à Québec. Ensuite, voilà que les autochtones réclament leur fête, à leur tour, et voudraient que ce soit aujourd’hui, ce à quoi Pauline Marois, la chef péquiste du gouvernement, a répliqué qu’elle serait bien d’accord, «mais pas aujourd’hui», c’est-à-dire pas le troisième lundi de mai! Comme vous pouvez le constater, il y a de quoi brûler quelques neurones.

Pour débroussailler un peu tout cela, faisons un peu d’archéologie. D’abord, le Victoria Day est toujours fêté le lundi précédant le 24 mai, jour anniversaire de la naissance de la reine Victoria, au pouvoir en 1867, lors de la proclamation de la Confédération. Mais la journée fériée était déjà célébrée à cette date puisque la Législature de la Province du Canada l’avait adoptée en 1845. Après la mort de la reine en 1901, le Parlement du Canada proclama, en 1905, fête légale le 24 mai, ou plus précisément le lundi précédant la fête anniversaire.

En fait, les Canadiens ont toujours célébré les fêtes anniversaires des monarques en puissance : Edward VII, George V, Edward VIII, George VI et même le premier anniversaire d’Elizabeth II, et ce, tout en fêtant le 24 mai. En 1952, les statuts du Canada furent modifiés et c’est là qu’on décida, afin de ne pas briser la semaine de travail, de porter la célébration le lundi précédant le 25 mai afin de célébrer le jour de Victoria, devenu «Fête de la Reine» (condensation entre Victoria et Elizabeth II). Voilà le premier sédiment mémorielle où se conjugue la fête de la Mère-Empire et la fidélité des Canadiens à la mémoire britannique. Lorsqu’à partir de 1967, on décida de fêter plus allègrement la fête de la Confédération, le 1er juillet devint la fête du Père-État canadien. 25 mai et 1er juillet sont donc les équivalents de la Fête des Mères (qui se situe elle aussi en mai) et la Fête des Pères (au mois de juin, une semaine avant les célébrations entourant la fête nationale). Feux d’artifices et indigestions de Barbe-à-Papa sont de mises en ces deux journées-là.

Voilà le fond sédimentaire sur lequel repose tout le reste, dirait notre Charles-du-Dimanche. La deuxième couche est venue plus tard, du moins pour les Canadiens Français, car le Canada anglais célèbre toujours la Fête de la Reine en ce troisième lundi de mai. Un historien ultramontain québécois, Étienne-Michel Faillon, un sulpicien, écrivit un premier récit mythique en 1865, du fait d’armes de Dollard des Ormeaux (1660) au Long-Sault. Ayant eu vent de l’intention des Iroquois d’éradiquer la colonie française par une invasion soudaine, Dollard et ses seize compagnons partirent à leur rencontre dans le but de les retenir au Long-Sault. La destruction du fort par un baril d’explosif et la mise à mort de tous ses occupants par les Iroquois sanguinaires devenaient l’illustration de la difficile implantation de la civilisation chrétienne au milieu de la barbarie païenne. Les historiens francophones subséquents insistèrent plutôt sur la tonalité religieuse, providentielle, de l'événement.
«En singularisant cette bataille comme un des principaux faits d’armes de l’histoire de la Nouvelle-France, l’abbé Faillon crée une des conditions de sa commémoration. Les chefs de file du mouvement national intègrent Dollard et son combat aux défilés des sociétés Saint-Jean-Baptiste de Québec (1880) et de Montréal (1884). L’événement apparaît de plus en plus souvent dans l’imagerie historique et devient un thème obligé des beaux-arts et des lettres. En 1895, Dollard est immortalisé dans un bas-relief en bronze du monument du fondateur de Montréal, Paul Chomedey de Maisonneuve. En 1908, il est le sujet d’un des grands spectacles historiques du Troisième Centenaire de Québec.

À Montréal, en 1910, la célébration du 250e anniversaire de la bataille marque un tournant. Piquées par l’intervention d’un quotidien anglophone, le Montreal Herald, qui souligne l’indifférence générale à l’égard de cet anniversaire, les élites francophones organisent une importante manifestation soutenue par le clergé catholique et le gouvernement du Québec. On décide alors d’organiser une campagne de souscription pour ériger un grand monument à Dollard.

Durant la décennie suivante se mettent en place le scénario et les acteurs de la commémoration. On profite de la fête chômée de la reine Victoria, au mois de mai, pour souligner l’anniversaire de la bataille. Les journalistes et conférenciers catholiques s’adressent aux jeunes pour les inciter à résister aux valeurs du matérialisme et de l’améri-canisme en suivant l’exemple de Dollard. En 1919, l’abbé Lionel Groulx prononce devant des étudiants montréalais une célèbre conférence sur ce thème, intitulée « Si Dollard revenait... » et diffusée dans les collèges et les séminaires de tout le Québec. L’inauguration de deux monuments, en 1919 à Carillon (lieu présumé de la bataille) et surtout en 1920 à Montréal, au parc La Fontaine, officialise la commémoration du héros.

À partir de cette date, et jusque dans les années 1960, la fête de Dollard est célébrée tous les ans à Montréal au pied du monument. Elle est soulignée également dans une foule de localités du Québec, ainsi que dans les communautés d’origine franco-québécoise des autres provinces canadiennes et de Nouvelle-Angleterre. La popularité de la fête de Dollard connaît des hauts et des bas, mais cette fête est désormais inséparable de celle de la reine.

La célébration prend diverses formes : veillées d’armes, messes commémoratives, défilés et discours patriotiques. Elle est accompagnée par la publication d’éditoriaux, de conférences et d’une imagerie populaire forte. Pendant près d’un demi-siècle, on rappelle ainsi à tous les jeunes francophones qu’ils ont le devoir de suivre l’exemple de Dollard dans le combat pour la sauvegarde des valeurs religieuses, sociales et politiques de la nation canadienne française». (Patrice Groulx. Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française, http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-17/Dollard%20des%20Ormeaux)
À partir des années 1960, les «néo-nationalistes» québécois entreprennent une guerre sans pitié au mythe de Dollard. Le romancier, dramaturge et polémiste, le docteur Jacques Ferron, lance une campagne de dénigrement envers Dollard, un bandit, pour le remplacer par le docteur Chénier, patriote tombé mortellement à la bataille de Saint-Eustache en décembre 1837. Le chanoine Groulx tente de résister et de sauver son protégé, mais, non sans certains «sanglots de l’homme blanc», l’élite nationaliste québécoise relève le défi et le héros de Faillon et Groulx devient bientôt ce qu’en dit officiel-lement le Dictionnaire biogra-phique du Canada : «Dollard serait donc en fait un pirate malchanceux et, de surcroît, maladroit avec les barils de poudre, mais encensé par les autorités religieuses, avides de héros et de martyrs propres à stimuler le sentiment patriotique et religieux». La première élection remportée par les néo-nationalistes en 1976, sous la gouvernance du P.Q. ne change rien à cela. Ce n’est que vingt ans plus tard, alors que les Péquistes sont de retour au pouvoir, que le premier ministre Bernard Landry effacera celui qui était déjà oublié des mémoires populaires, Dollard, par les Patriotes. De l’individualité (de la reine, de Dollard), on passait à une commémoration collective, celle des Patriotes, à laquelle s’identifient les nationalistes souverainistes et indépendantistes. Seuls, les francophones hors-Québec continueront à célébrer - si un tant soit peu il le célèbre encore - la fête de Dollard des Ormeaux. Un problème, et il est de taille,  c'est que les événements des Troubles de 37-38 se sont déroulés en décembre-janvier 1837-1838 et en novembre 1838. Au moins, la Bataille du Long-Sault avait eu lieu en mai 1660, mais ni la victoire de Saint-Denis, ni la défaite de Saint-Eustache, ni la proclamation de l’Indépendance de Bas-Canada en janvier 1838, ne coïncident avec cette journée. La raison officielle avouée par Landry était de ne pas grever le calendrier d’une journée fériée supplémentaire. Des patriotes comme ça, ça ne s'invente pas!

La dernière couche de sédiments mémoriels a été apportée, cette année, par les Autochtones du Canada qui demandent que la journée leur soit réservée! Cette année, une pétition a été envoyée au Premier ministre Stephen Harper pour qu’il rebaptise le jour disputé en Fête de la Reine et des Premières nations. Un groupe, dont font notamment partie l'auteur Margaret Atwood, la leader du Parti vert Elizabeth May et l'acteur Gordon Pinsent, a signé une pétition en ligne afin que la fête soit rebaptisée «fête de la Reine et des Premières Nations». Peter Keleghan, comédien et porte-parole du groupe, a indiqué que ce changement serait l'occasion d'honorer à la fois la monarchie britannique et les peuples autochtones du Canada. Enfin, selon lui, cela contribuerait à mieux faire connaître les divers peuples qui ont aidé à forger le pays. Il existe déjà, le 21 juin, une journée nationale des Autochtones, mais elle n’a pas de statut de fête nationale.

Avec l’accumulation des commémorations, le ridicule en vient à faire du troisième lundi de mai la fête «nationale» de tous les Canadiens : les Anglo, attachés au souvenir monarchique britannique; les Patriotes québécois (et qui, au Québec, ne se désignerait pas lui-même «patriote», surtout si c’est à peu de frais, même d’une journée fériée!); des Autochtones, et les Immigrants? Alors pourquoi ne pas faire de cette journée la journée nationale de l’Immigration au Canada! Bref, les 24 juin et les 1er juillet deviennent obsolètes avec ces recouvrements de mémoires à célébrer. Aux États-Unis, on a la fête de Colomb, la fête de Washington, la fête des Présidents américains, de Martin Luther King, mais on n’a qu’un 4 juillet! Ici, les 24 juin et 1er juillet sont des fêtes à parades de pantins de cartons ou de snowbirds aériens, joints à des spectacles de masse. Tout cela n’a guère de tenue, convenons-en, et laissons faire le passé pour ne plus penser qu’aux plaisirs du moment. Désinhibés comme nous sommes, pourquoi devons-nous encore chercher des justifications pour se souler la gueule et pelotter derrière un bosquet en suivant les accords de l’hymne national (celui de Basile Routhier ou de Raoul Duguay, peu importe). Bref, il y a de quoi faire sauter bien des synapses neuronales.

En effet, comment s'étonner que de telles surcharges de mémoires sédimentaires entraînent quelques défaillances au niveau des synapses lorsqu’il s’agit de mettre un peu de dendrites autour de la neurone. C’est ce que nous avons pu constater au cours de l’allocution de la Première ministre, Pauline Marois. Invitée à Saint-Eustache, lieu de l'importante et fatale bataille de décembre 1837, celle-ci y a été d’un petit discours dans la veine toujours gaie et primesautière de sa personnalité. À l’église de l’endroit, haut lieu de la bataille et de l'humiliante défaite, Pauline s’est empressée de rappeler que la liberté et la justice faisaient partie de l’héritage du mouvement des Patriotes de 1837. Que, afin de conserver la mémoire, il était de l’avis de son gouvernement d’appuyer sur l’enseignement de l’histoire à tous les niveaux, de la petite enfance à l’université! Ce soir, ici et là seront remis des prix à des personnalités ou à des députés qui ont fait de leur mieux pour mousser la propagande nationaliste. Enfin, pour célébrer le dixième anniversaire de la première Journée nationale des Patriotes, un nouveau circuit audio guidé s'ajoute à l'offre du circuit historique de Saint-Eustache, au manoir Globensky. Rappelons que Globensky n’était pas un Patriote et qu'il les a combattu dans le parti des Chouayens. Il reste quand même que son Journal des événements est d’une qualité documentaire incontournable. Mais, reconnaissons-le, on aurait demandé à Stephen Harper d’organiser la célébration de la journée, il ne s’y serait pas pris autrement.

C’est ici que les synapses s’entremêlent et se court-circuitent. Il est vrai que la bataille de Saint-Eustache demeure la plus célèbre des rébellions, par sa violence, l’héroïsme du docteur Chénier et des autres Patriotes de l’endroit qui combattirent les soldats de l’armée britannique dans des conditions hivernales épouvantables. Mais, Saint-Eustache reste la défaite la plus crève-cœur des défaites de 37-38. En cela, célébrer un 20 mai, jour anniversaire de la défaite du référendum de 1980 à l'endroit de la plus douloureuse défaite des Patriotes de 1837-1838, c’est la logique même de l’irrationnel. Pour l'inconscient collectif des péquistes, célébrer un 20 mai à Saint-Eustache, ce serait pour les Américains l'équivalent d’aller célébrer un 4 juillet au Vietnam! CQFD.

De plus, la mémoire n’est pas l’histoire, et le mot «histoire», dans la bouche de la Première-Ministre, c’est le lieu d’ancrage d’une mémoire qui se dissout progressivement depuis plus d’une génération. Nous avons vu, il y a dix ans, l’effet délétère sur l’enseignement de l’histoire, en France, du culte des «lieux de la mémoire». Depuis, des historiens n’ont cessé d’interroger cette confusion dommageable. La mémoire est un ensemble d’images, «des souvenirs», qui n’exigent aucune critique, aucun processus de construction autre que celui des émotions, de la sensibilité ou des traditions transmises plus oralement que par écrits. La mémoire se reconstruit souvent à partir de traumatismes mal assimilés, mal surmontés ou d’oublis également fort appropriés. L’histoire est une façon de revisiter de manière critique cette mémoire. Certes, elle oblige un effort intellectuel qui crée une distance entre la conscience et la connaissance des faits, des personnes ou des contextes, mais elle permet une authentification qui agit de façon thérapeutique sur le poids des mémoires lourdes ou gênantes. Une histoire centrée sur la «beauté des souvenirs» est une histoire partie du mauvais pied, mais qui débouche sur de belles légendes et une mythologie nationale que cherchent à se cultiver les petits-bourgeois indépendantistes depuis 40 ans. En tous cas, faut-il croire qu'ils s'y prennent fort mal, puisqu'ils n’y sont pas parvenus, tant les deux référendums rognés qu’ils ont imposés à la population les ont renvoyés, par deux fois, à leurs devoirs mal faits.

Évidemment, l’arrivée d’une fête des Autochtones, les peuples vaincus d’Amérique, ajouterait à l’aspect négatif et morose de la situation. On a beau célébrer, même nos défaites, mais plus il s’en rajoute, plus la célébration tourne au masochisme et à la tare psychique collective. Je ne crois pas que Little Big Horn soit une journée particulièrement heureuse dans la mémoire des Américains, et je doute qu’elle soit une fête «patriotique» du calendrier! Les Français peuvent bien célébrer la prise de la Bastille, mais ils ne fêteront sûrement pas Malplaquet ni Waterloo. Voilà pourquoi un esprit tel celui de Stephen Harper n’ira pas joindre la fête des Autochtones avec le Victoria Day. Stephen se veut posséder de l’esprit des vainqueurs, des winners, pas des loosers, ce qu’il laisse volontiers à Pauline Marois, qui, comme on peut le constater, sait en profiter «glorieusement». Après tout cela, il ne reste plus qu'à aller se recoucher, ce que la grande majorité des Canadiens et des Québécois ont fait en ce lundi 20 mai 2013⌛


Montréal
20 mai 2013

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