HARPER À JÉRUSALEM
Une fois de
plus, beaucoup de Canadiens se sont sentis humiliés de voir leur Premier
ministre, parti avec une suite impériale constituée d'hommes d'affaires de
différents secteurs, de fondamentalistes chrétiens, d'entrepreneurs
de beignes
à la Tis'Motons et autres valets-service, le tout sur le bras de la Reine - et
entendons ici que «la Reine, c'est moi» -, ajouter le masochisme moral à la
curée des contrats d'argent. Lorsque Jean Chrétien allait faire ses missions
commerciales en Chine, les affairistes payaient leurs billets de transport de leur poche.
Avec Harper, c'est la population qui défraie, aux taux des coupures sur
l'assurance-emploi et autres vandalismes dans les biens culturels du pays et des services publiques, des gestes ou des paroles de soumission à l’égard spécifiquement de l’État d’Israël. Cet exhibitionnisme veule, qui enchaîne une population complète à ses dirigeants, est proprement écœurant.

Comprenons-nous
bien. Ce n’est pas que le gouvernement Harper avec son chef,
ses ministres, ses
sous-fifres, ses journalistes embedded et autres bouffons de cour, se
rendent en Israël ou à Jérusalem. Ce n'est pas qu'un ramassis de commentateurs conservateurs, proto-fascistes grotesques, aient du temps d'antenne pour nous convaincre de l'innommable - pas même les commentaires insipides d'Emmanuelle Latendresse sur les ondes de Radio-Canada - qui choquent. Nous sommes habitués au fait que les média d'informations nous
servent les plats les plus indigestes pour notre intelligence, non. Ce n'est pas, non plus, tant qu'ils y aillent faire, comme Harper avec une kippa sur le fond de tête,
des salamalecs devant le Mur des Lamentations ou qu'il s’adresse à la Knesset qui
frustre les consciences canadiennes. Il n’est pas le premier, ni le dernier à
le faire. Ce qui passe difficilement la rampe de la bienséance et du respect de
soi, c’est toujours ces serments répétés de l’«indéfectible» amitié du Canada envers Israël qui
heurtent les consciences.


Cette formule est d'ailleurs reprise partout : Obama à
l’égard d’Israël; Poutine à l’égard de la Syrie; ou même que Israël aurait été
un allié indéfectible de la politique d’apartheid en Afrique du Sud! Cette
expression semble sortie tout droit du langage diplomatique. Or, nous
constatons qu’elle n’existe pas de manière aussi courante dans la langue
anglaise, langue diplomatique par excellence depuis la Seconde Guerre mondiale.
Ici, nous allons des expressions «unswerving ally», à «staunch
allies», «unflinching» ou même «to be Israel’s unfailing and
stalwart ally». Bref, aucune formulation n’est véritablement
canonisée
dans la langue anglaise, bien que toutes veuillent dire la même chose, alors
que l’expression française consacrée d’indéfectibilité est régulièrement
répétée chaque fois que l'un ou l'autre des chefs d'État vient faire son petit
tour chez son indéfectible allié. Voilà pourquoi nous ressentons un malaise méprisant de soi lorsque nous l'entendons sortir de la bouche de Harper, moins que de Netanyahou lorsqu'il vient faire son brin de jasette devant les Communes, les Sénateurs et les Juges de la Cour Suprême, nous disant qu'il reconnaît que le Canada est un allié indéfectible d'Israël!

Si le langage juridique de la diplomatie ne l’a pas encore consacrée, c’est
que cette expression pose véritablement problème. En effet, que peut vouloir
dire l’expression d’«alliés indéfectibles»? Remarquons que, dans le cas d’Israël,
nous
entendons rarement la réciprocité de l’affirmation. Quand le Premier
ministre Benjamin Netanyahou a-t-il proclamé officiellement qu’Israël était un
«allié indéfectible» du Canada, ou même des États-Unis? Cette expression va
toujours dans le même sens et n'oblige nullement au renvoi d'ascenseur. Que ce
soit pour la France, pour les États-Unis et pour le Canada, je ne me souviens
pas d'avoir vu les dirigeants israéliens promettre une pareille
«indéfectibilité» à leurs alliés. Serait-ce que cette formule n'est qu'unidirectionnelle?

Une fois
l’expression lâchée, qu’entendons-nous? Ou plutôt, que ressentons-nous à
l’intérieur de nous-mêmes? Indéfectible suppose une fidélité réciproque (comme
dans le mariage). Or, le mariage entre États est aussi contre-
nature que le
mariage (procréatif) des personnes du même sexe. Pourquoi se scandalise-t-on
pour celui-ci et non pour celui-là? L’alliance indéfectible est contraire à la
Raison d’État où le machiavélisme fait en sorte que n’est bon pour l’État que
ce qui sert l’État. Si un État est profitable ou partage les mêmes intérêts que
soi, mieux vaut son alliance, mais si cette alliance finie par nous peser ou
nous coûter, la fidélité passe au défaut et il est souhaitable que, pour les
intérêts de l’État, de lâcher l'allié. Malgré tout ce qu’on peut trouver à dire
contre Adolf Hitler, il contrevint à cette sagesse de la Raison d’État
lorsqu’il se montra toujours le soutien indéfectible de son allié Benito
Mussolini qui, lui-même, refusa les avances du gouvernement Churchill pour
rester aux côtés de son allié allemand alors qu’il perdait le pouvoir dans son propre
pays en 1943. Voilà ce qu’on peut appeler une «alliance indéfectible», et je
dois reconnaître qu’elle est particulièrement exceptionnelle dans l’Histoire.
Pire, elle apparaît comme le modèle de toutes alliances indéfectibles.

Depuis que
les États-nations se sont constitués à partir du XVe-XVIe siècle, nous voyons
des traités d’alliance qui peuvent fonctionner durant un certain
temps, ainsi
la paix de Lodi passée entre les différentes cités-États italiennes sous
l’audace de Laurent de Médicis, le 9 avril 1454, et qui marqua la fin de plus
d'un siècle de conflits entre Florence, Rome, Milan, Naples et Venise. Cette
«paix de l’équilibre» n’était pas l’équilibre de la terreur, tel que nous le
connaissons depuis l’invention de la bombe atomique. La trêve dura 25 ans,
jusqu’à ce que Milan appelle l’aide de la France pour s’opposer à ses rivales
Venise et Rome. À partir de ce moment, l’Italie deviendra un vaste champ de
batailles entre les troupes impériales dirigées par Charles-Quint et les
troupes françaises du roi François Ier.

Le cardinal
de Richelieu, qui fut l’âme du concept de Raison d’État légué dans son célèbre Testament,
n’hésita pas, contre ses propres conceptions religieuses et sa fidélité à
l’Église, à passer des alliances avec les princes protestants, dont le
Prince-Électeur du Brandebourg (futur roi en
Prusse), protestant, contre la
puissance Autrichienne, catholique. Le traité de Westphalie est le succès
diplomatique qui, sans établir une «paix de l’équilibre» en Europe, devait
tracer les frontières des grandes puissances européennes jusqu’au XXe siècle.
Le XVIIIe siècle, qui fut celui de la «guerre en dentelles» et de la
«diplomatie de cabinets», eut autant de traités d’alliances «indéfectibles» que
ces alliances se brisaient et se renversaient régulièrement. La guerre de
Succession d’Autriche (1740-1748) place d’un côté les alliés indéfectibles
que sont la France, la Prusse, la Bavière et l’Espagne qui s’opposent à la
succession de Marie-Thérèse au trône d’Autriche, et celle-ci qui peut compter
essentiellement sur la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies et un tantinet le
Royaume de Piémont-Sardaigne et le duché de Saxe. Huit ans plus tard, les
alliances sont renversées. Avec la Guerre de Sept-Ans (1756-1763), la France et
l’Autriche sont maintenant alliées contre la Prusse et la Grande-Bretagne qui
se retrouvent du même côté. La Russie, un temps alliée avec l’Autriche, fait
défection à la mort de la Tsarine et le nouveau Tsar, Pierre III, passe du côté
de la Prusse. On le voit, les alliances, en diplomatie, sont temporaires,
éphémères et opportunes. Elles se rompent beaucoup plus facilement qu'elles ne
parviennent à se conclure. Une «alliance indéfectible» n’est pas pensable
autrement que pour la rhétorique. Or, au XXe siècle, lorsqu’il s’agit d’avouer
son «alliance indéfectible» à l’État d’Israël, il en va tout autrement.

Pourtant,
nous l’avons dit, le concept d’alliance demeure toujours corollaire de la
Raison d’État. Les alliances se négocient sur tous les points de détails qui
n’entraînent, que rarement, une alliance totale. Le temps de la Triple Alliance
(ou Triplice), (Angleterre, France, Russie) et de la Triple Entente (Allemagne,
Autriche-Hongrie, Italie) qui s’affrontèrent au cours de la Première Guerre
mondiale est passé. Même durant la Grande Guerre, des négociations secrètes ne
cessèrent d'ébranler ces alliances internationales, allant parfois jusqu'à les
rompre : la Russie, après Octobre, quitta le camp de la Triplice, tandis que
l’Italie laissa l'Entente pour rejoindre la Triplice après le pacte secret
de
Rome sur les terres irrédentes. C’est la Turquie qui devint l’alliée (pour des
raisons opportunes dans les Balkans et le financement du train Berlin-Bagdad)
de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. Les Américains eux-mêmes, lorsqu’ils
rejoignirent le parti de l'Alliance, en 1917, se dirent les «Associés» et non
les Alliés de leurs partenaires. La période de l’Entre-deux-Guerres ne fut
qu’une suite d’alliances rompues dont la plus remarquable fut lorsque la France
abandonna ses alliées de la Petite Entente (la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie
et la Roumanie devant l’agressivité allemande. Si les Américains firent partie
entièrement des Alliés à partir de 1941, ce fut parce que désormais la
diplomatie américaine se mettait à la tête des alliances. C’est sous le
contrôle de l’État-major américain que les grandes entreprises de débarquements
(l’opération Torche en Méditerranée, l’opération Overlord sur les côtes de la
Normandie) furent conduites avec succès. L’entente de Yalta ne consolida pas
des alliés, mais partagea le monde. Jamais la diplomatie n’avait été aussi loin
du consensus d’«alliance indéfectible» qu’aux lendemains de 1945, et ce ne fut
pas «la paix de l’équilibre» cette fois qui en sortie, mais «l’équilibre de la
terreur» sur fond de Guerre Froide.


Après ce bref
survol de la politique internationale des États-Nations, pourquoi l’État-nation
israélite peut-il se permettre d’avoir tant d’alliés qui lui promettent
un
soutien indéfectible? Dans le contexte de l’Exodus et de la création de
l’État d’israël, bien des voix discordantes des pays occidentaux s’étaient
laissés entendre. On sait que l’historien britannique Arnold J. Toynbee avait
déconseillé au Ministère anglais des affaires étrangères de supporter la
création d’un État qui reposait sur des bases culturelles inexistantes. Que la
nation israélienne ne pouvait être qu'un pur produit de l’esprit et non une réalité
existentielle qui méritait de se réaliser dans un État-nation constitué sur le
modèle belliqueux des États paroissiaux du XIXe siècle. Il fut pour cela honni des
sionistes partout dans le monde. Le lobby juif se développa pendant les
années où Israël était en formation. La crise de Suez (1956), où un accord
tacite entre Américains et Soviétiques expulsa les anciennes métropoles de
France et d’Angleterre de la Méditerranée orientale, aida grandement Israël à
se trouver un allié qui se servait de lui comme plate-forme au Moyen-Orient.
Plutôt que la France capricieuse et l'Angleterre opiniâtre, les Américains avaient,
avec Israël, une puissance flexible pour leur permettre de pénétrer au
Moyen-Orient. En retour, l’Union soviétique se fit l’alliée des peuples arabes,
en particulier de la Syrie, de l’Égypte et du Yémen qui formèrent la République Arabe Unie entre 1958 et 1961. L’impossible alliance des pays
arabes contre
l’ennemi commun permit à Israël d’imposer sa dictature diplomatique non
seulement dans la région, mais au sein des organismes internationaux. Israël
put ainsi défier les condamnations de l’O.N.U. tout en siégeant toujours comme
membre actif. Elle avait désormais, au sein du Conseil de Sécurité, trois alliés
indéfectibles. 1961, c'est également l'année où commence le procès
Eichmann, et je pense qu’en se penchant sur la célèbre affaire, nous pouvons
trouver une stratégie lumineuse qui permet d’identifier les sources de cette
comédie navrante des soutiens indéfectibles à Israël.



Rappelons
rapidement les faits. L’ancien fonctionnaire de l’Allemagne nazie préposé à
l’application de la «Solution finale» en 1941, Adolf Eichmann
(1906-1962), avait
été enlevé par un escadron du Mossad dans la ville de Buenos Aires en
Argentine, où il s’était réfugié, et déplacé à Jérusalem pour y subir un procès
qui fut suivi avec diligence. Premier procès d’un criminel de guerre depuis le
procès bâclé de Nuremberg. Au départ, ce ne devait être qu’un règlement de
comptes déguisé en spectacle procédurié. Mais Hannah Arendt, qui suivit avec
détail, non seulement le procès mais aussi les coulisses du procès, nous a
livré un portrait sans complaisance sur la façon dont l’État sioniste entendait
utiliser l’affaire sur la scène mondiale. Sa critique ne plut ni aux Juifs, ni
aux Américains, mais elle soutint l’une des analyses les plus brillantes de
l’après-guerre de la nouvelle politique israélienne en matière internationale,
justifiant tous les coups fourrés que l’État héritier du Troisième Reich dans
son esprit (racial) et ses méthodes (la violence totalitaire), allait
développer au cours des décennies à venir.

L'affaire
Eichmann posait d'abord la question de la légitimité du tribunal qui
l'entendait. Eichmann étant d'origine allemande gardait sa citoyenneté, aussi
pourquoi Jérusalem devait-elle être le siège de cette mascarade de justice
vengeresse? C'était en tant que citoyens allemands que les Juifs qui
inaugurèrent les camps de concentration y subirent les sévices que l'on
connaît. Les autres
étant des prisonniers de guerre raflés dans les différents
pays européens lors de la conquête de l'Europe par les armées du Reich. En
aucun cas, l'embryon des colonies de peuplement en Israël, qui cohabitaient
alors plutôt pacifiquement avec les Arabes palestiniens, ne subirent les effets
désastreux de cette guerre. Voilà donc l'État d'Israël qui s'élève au-dessus du
respect de la légitimité des autres États, et comme Israël n'a même jamais été
dans l'alliance de 1939-1941 puisqu'il n'était pas fondé en tant que nation
indépendante et autonome, il n'avait aucun droit - même pas en droit
international - de revendiquer la prise
de corps et le procès imposé à l'Allemand Eichmann. La justice vengeresse
aurait pu s'exécuter d'une façon dont le Mossad prit l'habitude, c'est-à-dire
l'assassinat pur et simple du bandit. Mais Eichmann était une grosse prise et
le Premier ministre de l'époque, David Ben Gourion (1886-1973), entendait s'en servir devant
l'ensemble de la civilisation occidentale. C'est ce que nous raconte Hannah Arendt.

Si certains
avocats tentèrent de faire du procès Eichmann une «pièce de théâtre» en
suscitant des émotions et l'outrance du scandale, la chose ne parvint pas à se
faire. Les témoins appelés au procès, sortis tout droit des camps de la mort,
ne
présentaient pas une image que l'État d'Israël voulait donner de lui-même au
monde entier. Le procès Eichmann avait pour but d'ensevelir les survivants avec
le corps pendu du tortionnaire. Ben Gourion visait autre chose selon Arendt.
«Il y avait la leçon pour le monde non juif : "Nous voulons établir devant
tous les pays du monde comment des millions d'êtres humains, parce qu'ils se
trouvaient être juifs, et un million de bébés, parce qu'ils se trouvaient être
des bébés juifs, ont été assassinés par les nazis". Ou encore, dans les
termes de Davar, l'organe du Mapai, le parti de M. Ben Gourion :
"Que l'opinion mondiale le sache, que l'Allemagne nazie n'était pas la
seule responsable de l'extermination de six millions de Juifs européens".
Ou encore, selon les termes de Ben Gourion lui-même : "Nous voulons que
tous les pays du monde le sachent […] et qu’ils aient honte"» (H. Arendt. Eichmann
à Jérusalem, Paris, Gallimard, Col. Folio-Histoire, # 32, 2002, p. 54).
Pour la première fois, un
État politique entendait utiliser le chantage
affectif pour se permettre un acte au-dessus des lois de tous les pays dits
civilisés. Les bébés juifs de Ben Gourion sont les ancêtres directs des bébés
phoques de Brigite Bardot. Le génocide n’est pas présenté, contrairement
dans les documents de fondation de l’O.N.U., comme un acte illégal, mais un acte immoral. La question passe de la raison aux jugements de valeurs. Les coupables sont
étendus de l’Allemagne nazie à l’ensemble de la civilisation occidentale. Nous
voulons que tous les pays du monde le sachent et qu’ils aient honte. Voilà pourquoi chaque chef d'État est tenu de visiter, non un planétarium, mais un musée de la Shoah présenté comme un cosmos d'atrocités ignobles, ce que Stephen Harper n'a pas manqué de faire lors de son voyage à Jérusalem. Une telle visite recrée le sentiment de honte qu'entendait imposer aux chefs d'États occidentaux Ben Gourion. En créant ce sentiment de honte et de regrets, l’État d’israël cristallisait sa
légende d’État au nom des victimes (et non des survivants) de l’Holocauste. C'est ainsi que poursuivant l'ignominie de l'État nazi, l'État israélien «apprêtait» ses restes de victimes de l'infamie.


Mais, pour
Arendt, Ben Gourion adresse également un message aux Juifs du monde entier :
«Quant aux Juifs de la Diaspora, ils devraient se souvenir que le
judaïsme,
"vieux de quatre mille ans, avec ses créations spirituelles, sa quête
morale et ses aspirations messianiques" avait toujours "affronté un
monde hostile"; que les Juifs avaient dégénéré au point d’aller à la mort
comme des moutons à l’abattoir, et que seule la création d’un État juif avait
permis aux Juifs de "rendre coup pour coup" - ce que les Israéliens
avaient fait au cours de leur guerre d’indépendance, dans l’aventure de Suez,
et dans les incidents quasi quotidiens aux frontières menacées d’Israël. Et
s’il fallait montrer aux Juifs résidant hors d’israël la différence entre
l’héroïsme des Israéliens et l’humble soumission des Juifs, il y avait aussi
une leçon pour
ceux qui vivaient à l’intérieur d’Israël : "La génération
d’Israélites qui a grandi après l’Holocauste" risquait de desserrer ses
liens avec le peuple juif, et implicitement avec sa propre histoire. "Il
faut que notre jeunesse garde en mémoire ce qui est arrivé au peuple juif. Nous
voulons qu’elle connaisse les faits les plus tragiques de notre histoire"»
(H. Arendt. ibid. pp. 54-55). Le message adressé aux Juifs reprenait la
logique de celui adressé aux puissances occidentales : la poétique du temps de
crime est étendue pour tous les crimes antisémites qui remontent jusqu’à
l’empire assyro-babylonien. Les Juifs sont les parias de l’Histoire. Il faut
que cela cesse, et cela ne peut ni ne doit cesser qu’avec l’établissement de
l’État israélien. Ce n’est donc pas Hannah Arendt, contrairement aux
accusations qu’elle dut subir de la part des sionistes, qui a inventé l’image du
troupeau de moutons mené à l’abattoir. Ce troupeau de malheureux, entassés dans
la salle du tribunal, montrait non pas la vaillance des fondateurs de l’État
d’Israël, mais le Juif ancien, le bouc émissaire des montées biliaires des
peuples occidentaux. Voilà pourquoi ils en sont venus à gêner le spectacle du
procès Eichmann. Désormais, contre la dégénérescence (terme anthropologique à ranger
sur le même plan que génocide et
inventé au XIXe siècle par le «juif» Max Nordau) qui avait rendu les Juifs passifs devant leur
mise à mort n’était plus recevable. Voilà aussi pourquoi, fait inusité cette fois, Stephen Harper rappelle la montée de l'antisémitisme tout autour de l'État d'Israël. Shimon Peres et Benjamin Netanyahou n'en attendaient pas tant, aussi faut-il croire que le Premier ministre du Canada s'est laissé dépasser par les orgies de quenelles des Français adulateurs du bouffon Dieudonné?




Les créations spirituelles et la
quête morale d'Israël sont ramenées à la loi du Talion. «œil pour œil et dent pour
dent» considérée comme le nec plus ultra de la morale humaine. La honte portée
par le peuple juif - qui n'est pas
nécessairement assimilable à celui de l'Israélien nouveau - doit être partagée par les peuples persé-cuteurs,
c’est-à-dire la civilisation occidentale, chrétienne, libérale et démocratique. Désormais, tous les actes jugés immoraux devant les critères kantiens qui sont
ceux des Droits de l'homme sont justifiables auprès de la loi juive héritée du Lévitique. L'expulsion des Palestiniens, les camps de détention des populations, les zones bombardées et pilonnées aussi bien au Liban que dans la bande de Gaza, la menace nucléaire, les attentats
terroristes n’importe où dans le monde exécutés par le Mossad, sont légitimes
dans la mesure où la palingénésie israélienne a accouché d’un homme nouveau,
selon le pangermanisme qui lui servit de modèle : l’héroïsme de
l’homme israélien qui réplique à la violence par la violence plutôt que la
soumission de l’homme juif à son destin victimaire. Après avoir subi les
outrages, les humiliations, la déshumanisation dans les camps de la mort, les
survivants juifs, outre le syndrome du survivant, se voyaient étiquetés comme
l’image négative du Juif contre celle, positive, des jeunes conquérants israéliens.


Au premier
degré, note Arendt, cette stratégie ne servait en rien au procès d’Eichmann.
Elle n’avait pas lieu d’être : «Si ces raisons avaient été les seules à
justifier la comparution d’Adolf Eichmann devant le tribunal de district de
Jérusalem, le procès aurait été un échec sur bien des plans. Par certains
côtés, ces leçons étaient superflues, par d’autres elles induisaient carrément
en erreur. L’antisémitisme a été discrédité grâce à Hitler,
sinon pour toujours
du moins pour le moment : non pas parce que les Juifs sont devenus plus
populaires tout à coup, mais parce que, pour reprendre les termes de M. Ben
Gourion lui-même, la plupart des gens "se sont rendu compte que de nos
jours l’antisémitisme peut conduire à la chambre à gaz et à la fabrique de
savon". La leçon destinée aux Juifs de la Diaspora était également
superflue, ils n’avaient guère besoin de la grande catastrophe dans laquelle
périt le tiers de leur peuple pour être convaincus de l’hostilité du monde. La conviction
que l’antisémitisme existe partout et de tout
temps n’a pas seulement été le
facteur idéologique le plus puissant, depuis l’affaire Dreyfus, qui ait animé
le mouvement sioniste; elle fut aussi la raison sans laquelle la bonne volonté
de la communauté juive allemande à négocier avec les autorités nazies dans les
premiers temps du régime resterait inexplicable. (Inutile d’ajouter qu’un
gouffre séparait ses négociations de la collaboration postérieure des Judenräte
[les Conseils juifs des ghetto mis sur pied par les nazis]. Il n’était pas
encore question de problèmes moraux, il s’agissait seulement de prendre une
décision politique, dont le "réalisme" était discutable : l’aide
"concrète", tel était l’argument, valait mieux qu’une dénonciation
"abstraite". C’était de la Realpolitik sans arrière-pensées
machiavéliques, dont le danger n’apparut que des années plus tard, après que la
guerre eut éclaté, lorsque les contacts quotidiens entre les organisations
juives et la bureaucratie nazie permirent aux fonctionnaires juifs de franchir
plus aisément le gouffre qui séparait deux formes d’aide : aider les Juifs à
s’échapper et aider les nazis à les déporter.) C’est cette même conviction qui
produisit chez les Juifs une dangereuse incapacité à distinguer leurs amis de
leurs ennemis; et
les Juifs allemands ne furent pas les seuls à sous-esti-



mer
leurs ennemis parce qu’ils croyaient que les non-Juifs étaient plus ou moins
tous les mêmes. Si le Premier ministre Ben Gourion, qui est à la tête de l’État
juif, avait l’intention d’affermir cette sorte de "conscience juive",
alors l’idée n’était pas bonne; car changer cette mentalité est l’un des
préalables indispensables pour l’État en Israël - État qui, par définition fait
des Juifs un peuple parmi les peuples, une nation parmi les nations, un État
parmi les États, dépendant maintenant d’une pluralité qui exclut la dichotomie
séculaire, malheureusement ancrée dans la religion, des Juifs et des non-Juifs»
(H. Arendt. ibid. pp. 55 à 57).
Et c’est bien
là la pierre angulaire de tout l’édifice de moralisation de l’Histoire de Ben
Gourion. Israël se refuse à être un État parmi les États, un peuple parmi les
peuples, une nation parmi les nations. La théologie de l’Histoire d’Israël fait
du Peuple Élu un peuple supérieur aux autres; son État - qu’Yaweh refusait au
départ - un État de nature théo-
cratique même si ses institutions respectent les cadres de la démocratie libérale; sa nation n’est pas une nation parmi les autres car de nation de soushommes qu'en avait fait le Reich allemand, la palingénésie israélienne en a fait des surhommes. Aussi, est-elle dotée d'une «mission historique» comme en avaient les nations impérialistes du XIXe siècle. Voilà la logique d’historicité qui semble échapper à Hannah Arendt dans sa présentation du procès Eichmann. Comment faire entendre raison à cette absurdité de l’Histoire que les héroïques israéliens seraient les descendants de ces dégénérés juifs qui se soumettaient et se laissaient embarquer dans les trains de la mort. Là est l’inexplicable. Là est le myste.

cratique même si ses institutions respectent les cadres de la démocratie libérale; sa nation n’est pas une nation parmi les autres car de nation de soushommes qu'en avait fait le Reich allemand, la palingénésie israélienne en a fait des surhommes. Aussi, est-elle dotée d'une «mission historique» comme en avaient les nations impérialistes du XIXe siècle. Voilà la logique d’historicité qui semble échapper à Hannah Arendt dans sa présentation du procès Eichmann. Comment faire entendre raison à cette absurdité de l’Histoire que les héroïques israéliens seraient les descendants de ces dégénérés juifs qui se soumettaient et se laissaient embarquer dans les trains de la mort. Là est l’inexplicable. Là est le myste.
«Le
contraste, poursuit Arendt, entre l’héroïsme des Israéliens et l’humble
soumission des Juifs allant à la mort - arrivant à l’heure dite sur les lieux
de transport, marchant de leur plein gré aux lieux d’exécution, creusant leur
propre tombe, se déshabillant, faisant de leurs vêtements de petits tas bien
ordonnés, et
s’étendant par terre les uns à côté des autres pour être fusillés
- semblait être un argument pertinent. Et le procureur l’a exploité à fond, qui
demandait à tous les témoins : "Pourquoi n’avez-vous pas protesté?",
"Pourquoi êtes-vous montés dans le train?’, "Il y avait quinze mille
personnes et devant vous des centaines de gardes; pourquoi ne vous êtes-vous
pas révoltés? Pourquoi n’avez-vous pas attaqué?". Mais la triste vérité
est que cet argument était inopérant, car aucun groupe, aucun peuple non juif
n’a jamais agi différemment. Il y a seize ans, toujours sous le coup des
événements, David Rousset, ancien détenu de Buchenwald, décrivit ce qui - nous
le savons maintenant - se passait dans tous les camps de concentration :
"Le triomphe des SS exige que la victime torturée se laisse mener à la potence
sans protester, qu’elle se renie et s’abandonne au point de cesser d’affirmer
son identité. Et ce n’est pas pour rien. Ce n’est pas gratuitement, par pur
sadisme, que les hommes des SS désirent sa défaite, ils savent que le système
qui consiste à détruire la victime avant qu’elle ne monte à l’échafaud […]
est, sans comparaison, le meilleur pour maintenir tout un peuple en esclavage,
en état de soumission, il n’est rien de plus terrible que ces processions
d’êtres humains allant à la mort comme des mannequins" (Les Jours de
notre mort, 1947). Le tribunal ne reçut aucune réponse à cette question
bête et cruelle». (H. Arendt. ibid. pp. 57-58). On comprend la gêne de
la propagande israélienne de vouloir ériger l’homme nouveau, le héros israélien
sur les cadavres de l’homme ancien, le juif soumis et obéissant à la fatalité
de son destin. Voilà pourquoi l’État préféra faire porter l’attention sur les
insurgés du ghetto de Varsovie. Voilà des héros qui pouvaient être revendiqués
par les jeunes israéliens.


Là où Arendt
a raison, cela ne correspondait pas à une opération de
catharsis ni pour les Juifs ni pour les Occidentaux. Ben Gourion avait d'autres
préoccupations plus immédiates que rappeler le passé pour le passé ou pratiquer un
quelconque «devoir de mémoire». Il s'agissait de la déqualification des
revendications arabes. «Dans un sens, les attentes de M. Ben Gourion ne furent
pas déçues, poursuit Arendt : ce procès permit en effet de dénicher d'autres
nazis et d'autres
criminels; mais pas dans les pays arabes qui avaient
ouvertement offert l'asile à des centaines d'entre eux. Les liens entre le
grand mufti et les nazis pendant la guerre n'étaient un secret pour personne :
le grand mufti avait espéré que les nazis l'aideraient à trouver quelque
"solution finale" au Proche-Orient. C'est pourquoi les journaux de
Damas, de Beyrouth, du Caire et de Jordanie ne dissimulèrent pas leur sympathie
pour Eichmann; ou leur regret que celui-ci n'ait pas "fini son
travail". Le jour de l'ouverture du procès, une émission radiophonique du
Caire introduisit même une légère note anti-allemande dans ses commentaires :
elle se plaignit du fait que "durant toute la dernière guerre mondiale pas
un seul
avion allemand n'a survolé ni bombardé une colonie juive". Il est
notoire que des nationalistes arabes ont sympathisé avec le nazisme; leurs
raisons en sont évidentes; et il n'était besoin ni de Ben Gourion ni de ce
procès pour les "dénicher"; ils ne s'étaient jamais cachés. Le procès
révéla seulement que tous les bruits qui avaient couru sur les rapports entre
Eichmann et Hadj Amin et Husseini, ancien mufti de Jérusalem, étaient sans
fondement. (On avait présenté Eichmann, ainsi que d'autres chefs de
départements, au mufti lors d'une réception officielle.) Le mufti avait été en
rapport étroit avec le ministère allemand des Affaires étrangères, ainsi
qu'avec Himmler, mais il n'y avait rien là de nouveau» (H. Arendt. ibid. pp.
59-60).


Le pont
arithmétique du 1+1=2 s'établissait à l'intérieur de cette conscience
palingénésique israélienne. Les nazis, le mufti de Jérusalem, Eichmann et la
presse arabe, c'était tout du même. La binarité du bien et du mal nécessaire à la justification de
l'État d'Israël, son
existence et ses politiques au Moyen-Orient y trouvaient leur
raison d'être. Mais la logique israélienne pousse encore plus loin. Puisque
l'antisémitisme est une pratique qui remonte à des millénaires et qu'il a été
pratiqué par tous les États de la civilisation occidentale, il est donc
conséquent d'impliquer tout soutien au monde arabe comme un acte dans la
poursuite même de ce qui a conduit à la «solution finale». Ainsi, les
Soviétiques peuvent bien appuyer Damas et le Caire, soutenir Nasser et financer
la construction du barrage d'Assouan puisque les Soviétiques pratiquent encore
l'antisémitisme en U.R.S.S. et empêchent leurs ressortissants juifs de se
rendre en Israël. Le sophisme est élémentaire. Comme l'écrit encore Hannah
Arendt : «Si
la remarque de Ben Gourion concernant "les rapports entre les
nazis et certains dirigeants arabes" était inutile, il était surprenant
que, dans un tel contexte, il omette de mentionner l'actuelle Allemagne de
l'Ouest. Il était, certes, rassurant d'entendre dire qu'Israël "ne tient
pas Adenauer pour responsable de Hitler" et qu'"à nos yeux un
Allemand convenable est un être humain convenable même s'il fait partie d'une
nation qui, il y a vingt ans, contribua à l'assassinat de millions de
Juifs". (On n'évoqua pas d'Arabes convenables.) La République fédérale
allemande, même si elle n'avait pas encore reconnu l'État d'Israël - probablement
par crainte que les pays arabes ne reconnaissent l'Allemagne d'Ulbricht - avait
payé 737 millions de dollars à Israël à titre de réparation au cours des dix
dernières années. Ces paiements devant bientôt prendre fin, Israël essaie
maintenant de négocier un prêt à long terme avec l'Allemagne de l'Ouest. De ce
fait, les relations entre ces deux pays, et particulièrement la relation
personnelle entre Ben Gourion et Adenauer, ont été fort bonnes; et si, à la suite du procès, des
députés de la Knesset, le Parlement israélien, ont imposé certaines
restrictions au programme d'échanges culturels avec l'Allemagne de l'Ouest, ce
n'est certainement pas Ben Gourion qui l'avait prévu ni souhaité» (H. Arendt. ibid.
p. 60). L'Allemagne comprit alors la menace que faisait peser Israël sur la
réputation de la nouvelle Allemagne en organisant une véritable battue des
criminels de guerre qui résidaient encore au pays et dont les dossiers
étaient parfois bénins.
Le chantage affectif, doublé du coup de force du
Mossad, mettaient à genoux les puissances occidentales tenues pour complices
aujourd'hui des crimes d'hier. Voilà pourquoi l'alliance indéfectible des
puissances occidentales envers l'État d'Israël est demeurée, même s'il n'y a
plus de criminels de guerre. Exceptés les musulmans, sunnites ou shì'ites, qui
s'en prennent aux intérêts israéliens. La politique, très occidentale, du mur
de containment s'est maintenant dessinée de manière architecturale dans
Jérusalem même. Jusque dans son destin d'après-guerre, Israël ne peut s'empêcher de reproduire les bourdes allemandes : sitôt le mur de Berlin tombé, Jérusalem élevait le sien pour «séparer» la population palestinienne de la population israélienne.



Les décennies
ont passé et le même chantage affectif donne encore de bons résultats. Les
Français, culpabilisés au trognon par le syndrome de Vichy et de la
collaboration; les États-Unis, longtemps dépendants d'Israël comme œil de
l’Empire au Moyen-Orient, varient leur politique israélienne en fonction des
menaces plus que des partis qui se succèdent au pouvoir. Après la chute du bloc
soviétique, du temps de l’adminis-tration Clinton, les Américains montrèrent des
velléités dans l’indéfectibilité de leur soutien à Israël. Après les attentats
du 11 septembre 2001, «comme par miracle», Israël retrouvait son allié plus
indéfectible que jamais. George W. Bush et Barak Obama ont maintenu cette
politique depuis seize ans. L’Angleterre, par ses intérêts pétroliers dans des
pays comme l’iraq et l’Afghanistan, a précédé les Américains dans la marche à la
guerre, et se montre également un indéfectible allié de l’État d’Israël. Question de
protection dans la guerre menée au terrorisme. Israël est encore le bouc
émissaire de la défense de l’Empire contre les attentats dont seraient tentés
les États iraniens ou pakistanais.

D’un autre
côté, les lobbies israéliens ont appris beaucoup de leurs premières interventions auprès des puissances occidentales, lors de
la fondation et pour le soutien à Israël. Devant l’Assemblée des Nations-Unies, le
soutien indéfectible passe de la formule rhétorique à des votes qui montrent
que toutes les nations ne sont pas égales entre elles, que tous les peuples ne
sont pas traités équitablement et que les États ont des poids différents dans
la balance. En retour, se dire allié indéfectible d’Israël, c’est s’assurer le
poids de ces lobbies
israéliens dans les différents États lorsque se
discutent des questions écono-miques. Par exemple, au moment où le gouvernement
canadien se fait difficilement entendre par son voisin américain pour le pipeline Keystone, qui transporterait le pétrole des sables bitumineux d’Alberta vers les points de
raffinement ou de distribution aux États-Unis, l’aide indéfectible du lobby
juif peut peser certainement en sa faveur à Washington. Plus l’aspect moral du chantage exercé
depuis 1961 s’essouffle, plus l’aspect strictement business émerge, comme
les prêts généreux de l’État allemand de l’Ouest que Ben Gourion attendait à
l’époque du procès Eichmann. On comprend un peu mieux maintenant les raisons de
tant de courbettes des États occidentaux face à l’État d’Israël. Le poids de la politique internationale a cédé sous celui des intérêts intérieurs. C'est de cette façon que la loi de la Raison d'État l'emporte derrière ce qui semblait être, pour Hannah Arendt, un non-sens politique.

Que l’on me
comprenne bien. Le temps de la honte est passé - on le voit avec la
réhabilitation de l’époque des colonies dans la conscience historique
occidentale;
le temps des sanglots de l’homme blanc est bien passé -; le temps
de la culpabilité antisémite s’efface devant la remontée d’un anti-
sémitisme vulgaire, violent et dégradant par les média électroniques, télévisuels et même des spectacles sur scènes; la durée de la relation privilégiée avec Israël n'est plus aussi évidente. Pour les Occidentaux qui ne se laissent pas leurrer, l’État juif est aussi misogyne que les États musulmans qui l’entourent. La division entre Israël occidentalisé, dont Tel-Aviv est la capitale, et Israël théocratique de Jérusalem montre que le sentiment d’unité des Israéliens est fragile et qu’il tient à une présence menaçante commune : le Palestinien.
La mentalité de
garnison, qui est celle de la plupart des Israéliens, montre également que la
condamnation des Occidentaux pour des millénaires de persécutions antisémites
et l’application nazie de la «solution finale» persiste et que les Israéliens auront toujours une méfiance hostile envers les Occidentaux; de même qu’il y aura toujours un
arrière-goût amer des Occidentaux envers les Israéliens qui ont abusé à la fois
de leur patience et de leur complicité dans des double-standards de justice et
d’équité internationale. Le contentieux entre les deux religions, les deux
civilisations, dépassera toujours les situations immédiates de l'État israélien. D'autre part, l'inconscient des Israéliens cherche toujours à se faire haïr comme châtiment à
la soumission des Juifs déportés, emprisonnés et tués. La haine de soi juive -
la Selbsthab - telle
qu’identifiée jadis par les intellectuels juifs
allemands au tournant du XXe
siècle : Paul Rhée, Otto Weininger, Arthur Trebitsch, Max Steiner, Walter Calé
et Maximilian Harden, et qui fit rédiger une étude profonde par Theodor Lessing (qui devait être assassiné par des nazis en 1933, l’année même de la prise du
pouvoir par Adolf Hitler) a pris une nouvelle forme dans l’antisionisme
forcené de certains partis occidentaux, voire juifs. Voilà pourquoi si Harper à
Jérusalem peut se permettre de répéter que le Canada est un allié
indéfectible de l’État d’Israël, l’État d’Israël ne dira jamais qu’il est
un allié indéfectible de l’État canadien.

sémitisme vulgaire, violent et dégradant par les média électroniques, télévisuels et même des spectacles sur scènes; la durée de la relation privilégiée avec Israël n'est plus aussi évidente. Pour les Occidentaux qui ne se laissent pas leurrer, l’État juif est aussi misogyne que les États musulmans qui l’entourent. La division entre Israël occidentalisé, dont Tel-Aviv est la capitale, et Israël théocratique de Jérusalem montre que le sentiment d’unité des Israéliens est fragile et qu’il tient à une présence menaçante commune : le Palestinien.


Israël n’a
pas besoin du Canada, mais le Canada a besoin des lobbies juifs établis
un peu partout dans le monde. Il ne s’agit pas de sociétés secrètes ou d'actions complotistes; il s’agit seulement de la Realpolitik d’un État qui tient
psychologiquement et militairement le destin de la paix mondiale entre ses mains. À tous
moments, l’usage de l’armement atomique au Moyen-Orient
pourrait déclencher une
série d’effets qui conduirait à une guerre mondiale impitoyable. La
société de consommation occidentale prie de toutes ses forces pour qu’Israël ne
mette pas à exécution ses menaces de défense liées à ce que Ben Gourion
déclarait dans le contexte du procès Eichmann. Le chantage, qui n’était
qu’affectif en 1961, est devenu un chantage digne de n’importe quel punk, n’importe
quel voyou qui sait qu’il a les moyens d’entraîner, comme en 1914, le jeu des
alliances dans une crise mondiale majeure où sa propre destruction ne pèserait pas plus que la destruction du monde. La métaphore du battement d’aile
d’un papillon qui entraîne le monde dans une catastrophe pourrait fort bien s’adresser à ce
misérable héritier du Reich dont il peut, à tout instant, réaliser la prophétie
millénariste. Voilà en quoi les Canadiens, et la plupart des Occidentaux, sont fatigués de ces courbettes humiliantes et de ces pèlerinages odieux à Jérusalem⌛
_-_Nazi_war_criminal_Adolf_Eichmann_walking_in_yard_of_his_cell_in_Ramle_prison.jpg)
Montréal
25 janvier
2014
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire