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samedi 20 octobre 2012

La toque des Chinois

LA TOQUE DES CHINOIS

C'est triste d'être triste

Jamie Hubley


L’Empire Céleste est connu pour son histoire alternant les centralisations aux éclatements. Le fonctionnaire Han Liu Bang mena une campagne contre la dynastie Qin au IIIe siècle av. J.-C.. Il hérita de l’empire unifié, pour la première fois de son histoire, lorsqu'il parvint à jeter la dynastie par terre. Les premiers empereurs Han consolidèrent l’Empire Céleste, édifiant de grands travaux, aménageant le sol afin de le rendre plus productif, apte à accroître la population. La famille s’élargit à tel point qu’elle finit par étendre les frontières vers la Mongolie et l’Asie centrale à l’Ouest, à la Mandchourie et la Corée à l’Est et jusqu’à l’Asie du Sud-Est et l’océan Indien au Sud. Jusqu’au IIIe siècle de l’ère chrétienne, la dynastie Han fut la dynastie de l’ethnie chinoise par excellence, les Hans. Lorsque vinrent les crises intérieures, les guerres civiles, l'invasion mongole, chaque fois que l’Empire Céleste relevait la tête, c’était pour porter une famille Han à la tête de l’État. Les empereurs mongols, la dynastie Yuan, fut ainsi renversée par la dynastie Ming en 1368 et l’empereur Zhu Yuanzhang libéra Pékin, la capitale, de leur présence, puis tout le territoire impérial. Durant près de trois siècles, les Ming acheminèrent la culture chinoise à son zénith. Puis, les vents mauvais se mirent à souffler à nouveau, venant de l’Est cette fois. Ce fut l'invasion mandchoue. Le dernier empereur Ming se suicida, qui consacra le début de la dynastie étrangère des Qing.

C’était en 1644. Le premier empereur mandchou, Shunzhi, était un tout jeune enfant âgé à peine de six ans! Son père, Huang-Taiji, deuxième empereur mandchou de la dynastie, régnait uniquement sur la Chine du Nord. Aussi, sont-ce les oncles de Shunzhi qui réussirent à occuper toute la Chine. L’année qui suivit, l’un des oncles de Shunzhi, le prince Dorgon, obligé de conserver l’ancienne administration Ming, tenait à s'assurer l’humiliation des Hans vaincus. En juillet 1645, Dorgon émit un édit impérial imposant sous peine de mort aux Hans l'adoption de la coiffure mandchoue, en se rasant le devant du crâne et en nouant les cheveux restants à l'arrière, sous forme de natte. Cette exigence, conçue comme un témoignage de loyauté, fut vécue par une partie de la population chinoise comme une humiliation et provoqua de violentes révoltes, qui furent réprimées dans le sang. Les femmes, par contre, furent autorisées à conserver les costumes et coiffures hans. C’est ainsi que la natte chinoise devint un symbole dépréciatif, une valeur honteuse pour l’ensemble de la société mandchoue.

Mais les Mandchous n’étaient qu’une minorité dominante venue de l’étranger et leur nombre ne permettait pas une mainmise sur l'empire sans la collaboration des Hans. De sorte que la natte humiliante se renversa dans sa valeur socio-politique. D’une valeur d’abaissement, la natte devint une marque de fierté. Surtout lorsque les Chinois se firent coolies de plus en plus avec la progression des incursions occidentales. Le chinetoque nord-américain : blanchisseur, cuisinier, transporteur de bagages, foreur de mines ou poseur de rail, trainait avec lui sa natte en signe de fierté identitaire. Lorsqu’ils commencèrent à édifier de véritables Chinatown dans toutes les grandes villes nord-américaines, ces Chinois migrants furent en butte aux travailleurs américains et canadiens. Ainsi, à Denver en 1880, un événement banal occasionna une émeute. Un blanchisseur chinois frappa un client américain qui avait déduit 10 cents de la facture. Une mêlée s’ensuivit. Un homme fut pendu et les 400 Orientaux de la ville furent pourchassés sans merci, jusqu’à ce que la milice vienne rétablir la paix. Les jeunes syndicats ouvriers dénonçaient déjà en eux des «voleurs de jobs» et avaient obtenu du Président Rutherford Birchard Hayes une loi stoppant l’immigration des Orientaux aux États-Unis. Ce que l’on doit ici retenir de cette émeute, c’est que les citoyens de Denver qui parvenaient à saisir l’un des Orientaux s’empressaient de lui couper sa natte, comme un scalp nouveau genre. Le port de la natte, symbole d’humiliation, paradoxalement, se redoublait de la négativité même de l’amputation de la touffe de poil nattée qui descendait jusqu’aux reins. On peut ainsi suivre le renversement des signifiants/signifiés : (obligation sous peine de mort de porter la natte = symbole dépréciatif et valeur honteuse) ~ (obligation sous peine de mort de porter la natte = symbole dépréciatif et valeur de fierté) ~ (amputation de la natte = symbole dépréciatif et valeur honteuse). Avec la disparition de la dynastie Qing, au moment où déjà la terrible impératrice Tsu-Hi allégeait les mœurs discriminatoires concernant les Hans, ce fut la fin de la natte avec la Révolution de 1911 menée par Sun Yat-Sen. Couper la natte devenait un symbole positif d’émancipation et sa valeur s’accompagnait du port du costume européen, une entrée dans la modernité : (amputation de la natte = symbole affirmatif et valeur de fierté). De même, les Chinoises se laissèrent entraîner par le discours féministe des suffragettes anglo-saxonnes et manifestèrent pour l’égalité du droit des sexes. Ce phénomène est aujourd’hui bien connu et l’on peut observer, parmi certaines cultures colonisées ou prolétaires, des effets semblables de symboles dépréciatifs imposés dont les valeurs deviennent ambiguës au point qu’une marque d’infamie finit par prendre valeur de fierté dans la société même qui l’a imposée à l’une de ses minorités, sinon à l’ensemble de la collectivité elle-même.

La conclusion que nous devons avoir à l’esprit, c’est que si la valeur sociale d’un signifiant dépréciatif peut se renverser en sa norme contraire, passer de la honte à la fierté à la honte à la fierté, etc., la signification affective ne change pas; elle demeure toujours dépréciative. La marque d’infamie reste et conserve le dédain et la haine primitive qui lui sont rattachés, quelle que soit sa justification idéologique ou morale. Ce n’est que lorsque soi-même acceptons de rejeter et d’effacer, extérieurement et intérieurement la marque d’infamie que la restitution de la personnalité, de l’individualité peut être envisagée comme un complet triomphe sur une névrose collective.

Le but de ce texte n’est pas historique, dans la mesure où il ne s’agit pas de faire un inventaire des exemples de ces phénomènes qui n’ont pas encore tous été étudiés de manière anthropologique fiable. Les tentatives de solutionner des marques d’infamie par des discours idéologiques ou moraux positifs n’atteint pas la source même de l’intériorisation, de l’introjection du signifié social et rebutant associé au signifiant qui fait la marque de l’infamie. Rouelle, étoile jaune de David, natte des Chinois, tatouages des prisonniers, persécution sarkozienne des Rôms, racismes et sexismes en tous genres, il faut mesurer la durée de la marque d’infamie, son étendue sociale, les moments de tensions et de détentes qui peuvent accentuer ou réfréner les phases de dépréciations, les modus vivendi qui s’établissent entre les parias et le reste de la société varient d’une situation à l’autre. Mais nous pensons que le schéma élaboré plus haut à partir de l’exemple de la natte chinoise peut rendre compte de ces différentes évolutions.

Non, le but de ce texte est un peu plus actuel et pratique. Nous livrons en ce moment, une véritable guerre à l’intimidation. L’intimidation, aujourd'hui, est la prise en charge par le démos du privilège d’inscrire des marques d’infamie sur des individus particuliers membres de la société. Ce ne sont plus les papes, les rois, les gouvernements ou les institutions qui marquent de l’infamie les hérétiques, les sujets délinquants, les droits communs ou les inassimilables. C’est la population elle-même, qui dans sa liberté immature, encouragée par les minorités dominantes, désigne ceux qui seront les pelés et les galeux. Certes les jugements adultes sont subtiles, mais ceux des enfants sont à un premier degré brutaux. Disposant désormais de réseaux sociaux électroniques, ils peuvent pourchasser leur victime jusque chez elle, en affichant au monde entier, sur Twitter ou sur Facebook, des injures, des grossièretés, des marques de mépris infinis. Aussi, voyons-nous aujourd’hui des adolescents, non pas extraordinairement différents des autres, être poursuivis par des rancunes haineuses privées jusqu’à ne plus pouvoir le supporter et à se donner la mort.

Il y a une semaine environ, une jeune fille de Coquitlam, dans la région de Vancouver, Amanda Todd, s'est enlevée la vie après avoir mis en ligne une longue et silencieuse vidéo, détaillant sur des feuilles écrites comment un étranger l'a suivi en ligne et a fait parvenir des images d'elle, nue, à «toutes» les personnes qu'elle connaissait, même lorsqu'elle changeait d'école, attirant les regards sur elle. Cette longue vidéo où défile l’une après l’autre les pages où la jeune Amanda raconte son supplice est lourde à soutenir. Il y a un an, Jamie Hubley, un adolescent homosexuel se faisait taxer et subissait les quolibets des bullies de son école. Lui aussi avait utilisé les média électroniques pour crier sa souffrance. Les photos d’auto-mutilations alternent ici avec des entrées manifestant son envie d’en finir, des photos de garçons qui s’embrassent ou des messages d’incompréhension de ses amis, jusqu’à l’entrée finale, où il écrit «Je suis une victime de l’amour» et où il fait ses adieux. «C’est triste d’être triste. Cela fait trop longtemps que je suis comme ça. Je ne supporte pas l’école, je ne supporte pas la terre, je ne supporte pas la société, je ne supporte pas les cicatrices sur mes bras, je ne supporte plus rien du tout. Je ne veux pas que mes parents pensent que c’est de leur faute non plus. J’aime mon père et ma mère. C’est juste trop dur. Je ne veux pas attendre trois ans de plus. Comment sait-on seulement si ça va aller mieux? Ce n’est pas vrai». Il ne s’agit plus ici d’un pathos d’adolescent devant les aléas de l’existence. C’est une longue descente aux enfers où, contrairement aux marques de jadis infligées par des autorités, c’est la victime elle-même qui s’inflige les marques de rejets de son milieu. Elle intériorise à la fois le symbole dépréciatif et la valeur honteuse de sa condition. Elle ne peut, contrairement à nos Chinois Hans, se mettre en position d'associer une valeur de fierté à un signe dépréciatif. Voilà en quoi l’intimidation d’aujourd’hui est plus sournoise et plus diffuse que celle de jadis où les autorités décidaient du droit de vie et de mort des individus. Désormais, une bande d’adolescents, sans passer par l'agression physique, peut exercer une pression telle sur un des leurs au point de profiter de sa fragilité pour le mener à la mort. Sans être entièrement conscient du pouvoir que leur livre la nouvelle technologie électronique, ils savent suffisamment le mal qu’ils peuvent exercer sur le mode ludique, à un bouc émissaire sur lequel ils porteront toute leur négativité existentielle. Une telle situation donne, peut-être pour la première fois dans l'Histoire, au démos le droit de vie et de mort sur les siens, avec ou sans culpabilité, avec peu ou beaucoup de jugement.

Les autorités scolaires sont bien conscientes de la façon dont procèdent les intimidateurs. À l’intérieur des établissements, on encourage des sessions de conscientisation à dénoncer l'intimidation; on y présente des pièces, des jeux psycho ou sociodramatiques livrés par des acteurs professionnels; on enregistre des chansons et fabrique des posters dénonçant l’intimidation ciblant les gais, les obèses, les handicapés, les filles - laides ou coquettes -, les garçons - nerds ou retardés -, les pauvres et ceux dont les familles sont dysfonctionnelles. Car l’inventaire des parias est devenu illimité. N’importe quel enfant peut devenir victime d’intimidation et poussé jusqu’au suicide. Amanda Todd n’avait rien d’une jeune fille prédisposée à être marquée par l’infamie. Chercher un déterminisme ou une nécessité à ce rejet social est vain tant il s’agit maintenant de conjonctures ou de contingences qui font qu’un enfant ou un adolescent sera entraîné à susciter la haine polarisée de ses proches. Depuis toujours, il y a eu de ces souffre-douleurs dans les cours d’école, mais le soir, ils retrouvaient la paix au foyer familial. Maintenant, la brutalité passe par la cyber-intimidation, rentrant par flots de messages sur les écrans d’ordinateurs, les cellulaires, les textos, etc. Comme le disait Jamie Hubley, il se sent «victime de l’amour» refusé, «raison» de l’agressivité de ses condisciples. Pourtant, combien de campagnes ont été menées, dans les écoles d’Ottawa comme partout ailleurs au Canada et aux États-Unis (mais pas partout aux États-Unis), afin de sensibiliser à la question homosexuelle. Les succès remportés par ces campagnes contre l’homophobie et l’intimidation ne sont que des demi-réussites, mais aussi, reconnaissons-le, des demi-échecs, car elles ne visent que l’aspect sociologique du problème : honte ou fierté, alors que la marque d’infamie demeure imprimée dans l'inconscient profond : la dépréciation des autres, et par le fait même de soi. Les cicatrices d’auto-mutilations de Jamie Hubley nous disent la profondeur jusqu'où le mal était ancré et comment il en venait à définir sa personnalité. On en vient à se demander au fond, si ces campagnes ne visent pas tout d'abord à apaiser nos culpabilités sociales pour les lâchetés devant les préjugés individuels et les stéréotypes sociaux plutôt que de résoudre véritablement le problème qui martyrise ainsi des innocents!

Car outre ces tentatives de mettre des baumes idéologiques sur de profondes blessures psychologiques, il faut tenir compte des messages contradictoires envoyés par les média, et non seulement par les média sociaux. Si la télévision québécoise, le média le plus universel de la société, est passée de Jean et Jeannette, à Jeannette sans Jean, ou a imposé une figure de Germaine avec son homme rose, elle n’a fait que renverser les valeurs des archétypes au point d’indisposer la virilité masculine devant une virilité féminine inappropriée. La quantité de personnages féminins hystériques qui défilent sur nos écrans télé, à Radio-Canada comme à TVA, est effarante. Maman Plouffe a été projetée dans une autre galaxie loin de chez vous! Elles aussi se disent toutes victimes de l’amour. Manque d’amour de la part des parents, de la part des hommes, de la part de leurs enfants, quand elles se décident à en avoir. Et tous ces personnages, dont elles se sentent dépossédés de leur amour, se plaignent à leur tour du manque d’amour des femmes! Le sexe, qui est souvent à la source des marques d’infamie du démos, est l’enjeu de l’intimidation. Les nus d’Amanda Todd mis sur Facebook comme l’homosexualité de Jamie Hubley ont stigmatisé les victimes auprès de leur milieu de vie. Jalousie ou puritanisme? Derrière la mise à mort de chacune de ces victimes se cachent des hystéries inouïes, féminines comme masculines. La propagande behavioriste s'avère donc bien peu utile pour résoudre cette phobie sexuelle chez les jeunes, phobie héritée et inversée de celle de leurs parents. La libération sexuelle se contredit en faisant naître chez les jeunes une fixation morbide à la génitalité. En livrant des cours ADULTES d’éducation sexuelle à des enfants, les parents issus de la génération du baby boom n’ont pas respecté le rapport du développement de cette sexualité en accord avec la sensibilité de l’âge, de l’enfance à l’adolescence, donnant une image surfaite du désir sexuel comme étant la libido à lui tout seul. Ils ont projeté dans la satisfaction sexuelle de leurs enfants toute la réalisation de l'individu qui appartenait au mythe de leur propre adolescence. Après le puritanisme et le jansénisme des mœurs occidentales, on passait à un surinvestissement de la fonction sexuelle dans la gamme des émotions humaines. Mais, aimer le cul, ce n’est pas nécessairement aimer la vie, et les résultats auxquels nous assistons, impuissants, nous révèlent encore plus sur nos pathologies vieillissantes.

On retrouve cette même inconscience morbide face à la question homosexuelle. Le maniérisme avec lequel on stipendiait les homosexuels voilà un demi-siècle est resté. La folle, la tante, la tapette, la drag-queen des pièces de Michel Tremblay; toutes ces personnifications visaient précisément à dénoncer la situation de paria qui marquait les homosexuels. Comme le joual était l’expression de l’aliénation par la langue, de la dépossession des Québécois d’eux-mêmes, la Duchesse de Langeais ou Hosana grimée en Cléopâtre disaient l’aliénation par le sexe et la dépossession des homosexuels d’eux-mêmes. Pour être acceptés, ils devaient revêtir la toque que la majorité hétérosexuelle ou homophobe leur imposait de porter. Le public des salles de théâtre s’en est amusé sans toujours comprendre la signification profonde de ce maniérisme affecté. Pour le grand public, c’était encore du vaudeville. Le succès du film La Cage aux folles, où des acteurs de renoms se prêtaient à jouer des figures de drag queens, ne signifiait pas l’acceptation des homosexuels pour ce qu’ils étaient, mais bien pour ce qu’ils «représentaient», i.e. une anormalité dans le fond pas très dangereuse, moins vicieuse qu’on le prétendait et enfin, pourquoi pas? des figures d’hommes-femmes qui semblaient réconcilier les deux genres comme le rêvait jadis Platon.

En 1966, dans une série comique de Télé-Métropole, l’acteur Paul Berval jouait l’efféminé maniéré dans Lecoq et fils. Vingt-cinq ans plus tard, ce même personnage efféminé, joué par Michel Côté dans La Petite Vie de Claude Meunier, pouvait encore faire rire tant son aspect surréaliste s’accommodait bien avec l’absurdité des personnages et des textes. Parce qu’aucun de ces personnages n’était vériste ou crédible, la folle des années de Bar-Salon regagnait le monde des chimères de dérision. Mais quand, un demi-siècle après les maniérismes de Paul Berval, Meunier ramène ce mauvais pastiche dans une série télé intitulée Adam & Ève, qui se veut vériste, non seulement c’est ridicule, mais c’est vexant, sinon profondément blessant. Son jeune gai efféminé avec la mèche à la Fido Dido et qui monte l'escalier comme un cul de poule sautillant sur ses ergots d’une marche à l’autre, c’est visiblement le retour de la symbolique dépréciative qui s’impose, même si le discours moral de la série vise l’acceptation et la banalisation. La profondeur de vision d’un auteur définit son utilité dramatique. Dans le cas de Meunier, cette profondeur n’existant pas, son utilité est nulle, comme sa dramaturgie d’ailleurs.

Voilà un scénario d’innocent qui vient contredire tous les efforts visant à rompre les sources d’intimidation. C’est parce qu’il n’y a rien de plus commun qu’un homosexuel par rapport à un hétérosexuel qu’il faut recourir à ces caricatures qui contiennent en elles-mêmes la dose de stéréotypes négatifs à partir desquels l’homophobie canalise sa haine contre les gais. De même, l’hystérie des femmes de la télévision ramène à une gynophobie qui font supposer aux hommes que chaque femme qu’ils rencontreront dans leur vie sera à l’image d’une femme surmenée par son emploi, ses amies, ses parents, sa famille, ses ex, etc. Parce que nous observons trop en surface, nous ignorons les racines profondes qui maintiennent les haines en flammes mortelles sous le brasier des bons sentiments et des amitiés et des amours de convenances. Le manque de profondeur signifie également le manque de sincérité - manque de sincérité envers les autres, mais aussi manque de sincérité envers soi -, la difficulté sinon l'impossibilité d’assumer l’être que nous sommes, tant individuel que collectif. Les morts d’Amanda Todd et de Jamie Hubley auraient pu être évité si nous nous étions tous penchés sur les sources et les fondements de la marque d’infamie. Ne pas se satisfaire de la bonne morale mais exiger de soi d’affronter les profondeurs de la négativité collective⌛

Vidéo muette d'Amanda Todd et un extrait
Un mois plus tard j'ai commencé à parler à un vieil ami.
Nous nous sommes échangés des textos et il a commencé à dire qu'il...
m'aimait. M'a appris qu'il avait une petite amie.
Ensuite il m'a dit, viens, parce que ma copine est en vacances.
Alors je l'ai fait...
Grosse erreur...
Il s'est mis avec moi.
Je pensais qu'il m'aimait...
Une semaine après je reçois un texto: sort de ton école.
Sa copine et 15 autres sont arrivés y compris lui-même...
La fille et deux autres me disent, regarde autour de toi, personne ne t'aime.
En face de ma nouvelle école (50) personnes...
Un gars alors à crié vas-y frappe-là.
Alors elle l'a fait.. Elle m'a jeté à terre et frappé plusieurs fois.
Les élèves l'ont filmé. Je me suis retrouvée toute seule laissée au sol.
Je me sentais comme une anomalie dans ce monde.. I pensais que personne ne méritait cela :/
J'étais seule... J'ai menti et dit que c'était ma faute et mon idée.
Je ne voulais pas lui faire mal, je pensais qu'il m'avait vraiment aimée.
mais il voulait juste du sexe... Quelqu'un a crié vas-y tape là.
Les professeurs sont accourus mais je suis partie et suis restée dans un fossé et mon père m'a récupérée.
Je voulais mourir à un tel point... Quand il m'a ramenée à la maison j'ai bu de l'eau de Javel...
Cela ma détruite à l'intérieur et j'ai pensé que j'allais vraiment mourir.
Montréal
19 octobre 2012

7 commentaires:

  1. "Les morts d’Amanda Todd et de Jamie Hubley auraient pu être évité si nous nous étions tous penchés sur les sources et les fondements de la marque d’infamie. Ne pas se satisfaire de la bonne morale mais exiger de soi d’affronter les profondeurs de la négativité collective." Bien d'accord. Ça fait plus de dix années que l'intimidation, particulièrement chez les écoliers, est mon cheval de bataille. Ce que j'ai réalisé pour l'avoir observé très souvent c'est que les rapports humains, entre autre chez les jeunes, sont devenus très politisés. L'éducation morale est disparue des écoles alors les rapports ont commencé à s'organiser davantage en fonctions de critères sociaux très souvent immatures avec des modèles que les jeunes retrouvent où ils peuvent et ça finit par donner ce que ça donne. Des chefs, des gangs, des clans, des races, etc.... La nature est ce qu'elle est et si on ne l'aide pas un peu, les jeunes n'ont pas assez de jugement pour saisir les subtilités des rapports humains et choisir les conduites adaptées aux différentes situations et individus. Dans ce domaine, les essais et erreurs, ne permettent pas au plus grand nombre d'apprendre. Il faut les éduquer. Les écoles n'ont rien compris et pourtant elles sont mandatés, au même titre que pour l'éducation et la qualification, pour socialiser nos jeunes. Et si ce n'est pas à l'école qu'ils apprendront ce n'est certainement plus à l'intérieur des familles où il y a trop peu d'enfant, en général, et trop d'homogénéité par rapport au reste de la société.

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    1. Je crois que nous sommes revenus à une vieille époque où l'on assimilait les enfants et les ados à des adultes miniaturisés. Qu'on assimile la classe avec la société civile, avec un contrat social à la Hobbes passé entre l'enseignant et la classe, c'est une absurdité. L'enseignant, dans ce Léviathan scolaire, désigne des «modérateurs» pour résoudre les conflits entre élèves, des hiérarchies de pouvoir se reforment à l'insu des bons sentiments, des négociations interminables laissent tout le monde insatisfait et revanchard, etc. Les théoriciens de psycho-pédagogie pensent que leur idéal va l'emporter sur la brutalité quotidienne et les petits mensonges internes (à l'école, dans la famille, etc.). Ce que vous appelez la «politisation» des rapports humains.

      Plus aucune instance ne pense à éduquer les désirs et par le fait même à dominer les angoisses. D'où ces drames qui se transforment en tragédies. Si vous ajoutez à cela la banalisation des stéréotypes par les média, vous encouragez le retour ou la profusion des préjugés établis ou couvant sous la braise. Et ça donne ces deux exemples cités plus haut. J'ai été victime d'intimidation dans mon enfance, j'ai dû apprendre à vivre avec et à surmonter tout ça, par mes seuls moyens. Mais aurais-je été capable de passer à travers s'il y avait eu des instruments comme Facebook et Twitter, et l'usage que les ados en font aujourd'hui? Nous avons été éduqués avec l'idée que le téléphone servait aux urgences. Mais leurs héritiers techniques sont devenus accessibles à toutes sortes de niaiseries et ont un rayonnement plus large et plus insidieux dans la mesure où ils pénètrent dans l'intimité des demeures. Une victime se sent alors seule contre le monde entier. Pourquoi ne désespèrerait-elle pas jusqu'à s'enlever la vie?

      En ce sens, vous n'avez pas fini de guerroyer. Bon courage!

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  2. Je n'ai pas fait la guerre, on me l'a faite. J'ai seulement eu à me défendre ce que j'ai très mal fait au début, mais on apprend. Pourquoi pas une approche éthologique au lieu d'une approche psycho-éducative pour contrer les problèmes de violence et d'éducation dans les écoles? Ce qu'on comprend mieux on le gère mieux. L'Histoire ne nous aide pas beaucoup pour intervenir de façon ponctuelle et éducative à ce chapitre mais quel beau moyen ce serait pour ouvrir l'esprit des jeunes et les situer dans un espace-temps où ils auraient une place bien à eux, malgré leurs différences, leur sexe, leur religion, etc... Belle présentation du cours "Éthique et Culture religieuse" en 2008 dont je n'ai pas tellement eu d'écho intéressant depuis. Je vous laisse cet article sur l'agressivité des jeunes enfants. Ma formation en psychologie et en éducation à l'enfance m'a toujours mise en conflit avec l'école où un de mes enfants s'est fait intimidé pendant de nombreuses années. Je n'ai jamais voulu m'en prendre aux "intimidateurs", des enfants, pas plus que je n'ai accepté la "quote" qu'on a attribué à mon fils en le traitant comme une victime (dont je crains qu'il puisse devenir un autre Jean-François). Il n'y a pas eu de suicide non plus parce qu'on a désigné un "coupable". En lui permettant de se rabattre sur un coupable on a fait croire à mon fils que son problème allait disparaître. Il a fini par disparaître deux, trois ans plus tard, la maturation biologique aidant avec des retards académique mais un autre s'est créé. Il est complètement aliéné à sa mère, pire il en a peur, mais la réputation de l'école a été sauve grâce à un juge des plus complaisants. Imaginez maintenant que si à chaque fois qu'un enfant de deux ans arrache un jouet à un autre enfant, ou qu'une petite fille de trois ans mord un petit garçon de quatre ans parce que trop souvent il entre dans sa bulle, je blâmais les parents, c'est moi qui passerait pour l'"incapable". C'est pourtant ce que l'école fait. Au lieu d'engager du personnel pour prévenir que les mauvais comportements apparaissent et/ou prennent le dessus, elle engage du personnel pour traiter les victimes. C'est le monde à l'envers. Il faut le voir pour le croire. J'ai été trente-deux ans consécutives collées au système scolaire primaire et secondaire et j'estime qu'en matière de socialisation l'école est loin d'atteindre ses mandats de faire de nos jeunes des citoyens honnêtes et responsables (socialisés), éduqués et qualifiés. Il n'y en a que pour ceux qui sont capables de se battre contre vents et marées et "réussir" académiquement en même temps. Faut-il souffrir toujours autant pour apprendre? Ou serait-ce un phénomène de sélection naturelle que l'homme n'a ni assez de subtilité, ni assez d'intelligence pour contrer? Ou manque-t-il tout simplement de volonté pour le faire?
    http://www.yoopa.ca/education/article/une-agression-aux-15-minutes

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    1. Ce qui m’épate des conclusions de cet article, c’est de réaliser que l’agressivité est innée et non acquise! Comment fabrique-t-on de l’eau tiède? Il est évident que le scénario que vous me racontez est un scénario fait par et pour des adultes. Vous le comprenez très bien. Et les enfants ne sont qu’un prétexte à une psycho-éducation purement théorique, pour ne pas dire purement onirique, servant à confirmer des approches confortables, non engageantes personnellement et pas trop coûteuses pour les institutions éducatives.

      L’agressivité est nécessairement intriquée avec le désir, et les enfants (depuis quand? l’âge fœtale? à la naissance? au moment du sevrage? le savons-nous réellement?) manifestent très tôt leurs pulsions. Ils désirent. Ils désirent parce qu’ils éprouvent le manque. Ils manquent parce que dans le réel, on ne peut satisfaire tous les besoins à chaque fois qu’ils se manifestent. Alors il y a frustration. La frustration enchaîne avec les pulsions destructives. L’agressivité exprime ces pulsions destructives. Et le cycle recommence jusqu’à ce que les parents, les enseignants, les «autorités» sociales éduquent le désir. C’est ça le processus de socialisation, car comme le disait Freud, si nous laissions aller tous les désirs des enfants, nous nous retrouverions dans un véritable enfer. La psychologie behavioriste, qui est celle avec laquelle les approches psychologiques abordent les cas (problèmes ou non), ne fait qu’analyser des comportements en surface. Un enfant en mord un autre à la garderie? On demande aux parents s’il fait cela chez lui, à ses frères et sœurs ou aux parents eux-mêmes. Le diagnostic dépend de la réponse. À la manière lacanienne, on pourrait facilement faire un jeu de mots sur les dents de la mer/les dents de la mère. Cette agressivité reproduit-elle une intériorisation négative d’une surprotection de la mère? D’une attitude névrotique ou hystérique de la part de l’un ou des deux parents? D’un conflit entre le père et la mère? On se contentera de conclure en surface. Il ne le fait pas à la maison. On reportera alors le tout sur le groupe. L’important c’est définir qui, dans le scénario, est la victime, car les victimes, dans nos sociétés actuelles, sont des héros!

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    2. Une pathologie collective peut servir à absorber une grande partie des pathologies individuelles. C’est une «valeur positive» récente. Elle remonte à la culpabilité devant la Shoah et les crimes coloniaux. Avant, être victime était considéré comme un état passif, lié généralement au genre féminin ou infantile, et déprécié. Symboliquement, la signifié n’a pas changé, il est enraciné dans nos cultures. Idéologiquement, par contre, la victimisation trouve différentes sous-catégories, des enfants de Duplessis, aux victimes de viol et de brutalité, des exploités du monde entier à la petite voisine que sa mère gronde, pour partager le bien du mal. La victime est toujours bonne et l’agresseur est toujours méchant. Or, dans l’éthologie humaine, il n’en va pas toujours de même. Doit-on se laisser battre au risque d’être tué ou se battre au risque de tuer? La réflexion morale est là pour nous dire qu’il y a relativité des cas. À une autre époque, où invitait les enfants à s’identifier à des «héros» positifs qui usaient d’une certaine agressivité, mais non pour la satisfaction de leurs désirs ou de leurs angoisses individuelles, mais pour le service du bien. D’un côté, nous apprenions ainsi que l’agressivité est nécessaire mais qu’elle ne doit pas déborder cette nécessité; elle doit être utilisée généralement pour faire le bien. Car l’agressivité est nécessaire pour résister aux aléas de l’existence. Sans agressivité, nous succomberions aux puissances de la nature. Voilà pourquoi elle se trouve répandue non seulement chez les animaux, mais même chez les végétaux. Il faut lire et relire le livre de Bruno Bettelheim, «Psychanalyse des contes de fées» pour bien comprendre comment se gèrent, dès l’enfance, les fantasmes violents et négatifs indispensables à la croissance saine. Comment peut-on être assez innocents pour croire que l’agressivité n’est pas innée mais acquise?

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    3. Ce qui est acquis, c’est la conscience de cette agressivité, l’éduquer si on peut dire afin qu’elle ne nous domine pas par la colère, les ressentiments, les haines frustrées déviées vers les autres (le sadisme) ou vers soi-même (le masochisme). Elle est éduquée parallèlement aux désirs. Nous avons besoin de désirer, pour croître, pour s’approprier le monde, la vie, l’affection des autres. Mais il y a des limites à désirer. On ne peut pas avoir chacun la lune dans son salon. Et cette éducation est cause de frustrations à deux niveaux : d’abord ne pas accéder à tout ce qu’on désire, ici et maintenant, savoir jouer sur l’attente, la patience, la durée sans réagir par des gestes précipités, agressifs et destructifs; ensuite ne jamais abuser ou perdre le contrôle de notre agressivité naturelle pour tomber dans ce que les Grecs anciens appelaient l’hybris, c’est-à-dire la démesure. Exprimer une colère, c’est naturel, on pourrait même dire c’est de santé. Mordre, frapper, violenter, tuer une personne qui nous a frustré, c’est une démesure et c’est criminel, et nous ne pouvons pas laisser passer cela. La limite de l’éthologie, en ce qui concerne l’humanité, c’est l’éducation. Ce qui fait la supériorité de l’humanité sur les autres espèces, et c’est démontrer par la paléoanthropologie, c’est le long temps de sevrage de l’enfant et aussi le relais que la culture prend de ce sevrage à travers les années d’éducation, d’instruction, de socialisation. C’est un long processus mais qui permet à l’espèce humaine de voir ses individus se développer et évoluer. Disons, de se civiliser.

      Mais, le temps c’est de l’argent. Et il s’agit maintenant de former techniquement de jeunes individus qui accéléreront la production des nouveaux produits pour le marché. Il n’y a pas une minute à perdre. On normalise les notes pour faire monter d’un niveau à l’autre des individus mal formés, mal préparés, souvent mal éduqués pour vivre dans une société de désirs, de frustrations et d’angoisses. À cela, l’éducation ne joue pas son rôle social. Elle prépare des êtres malheureux qui se paieront des thérapies (sérieuses ou pas), se bourreront de médicaments (bénéfiques ou nocifs), souffriront sans consolations et n’auront existé que pour la production économique. La multiplication des incompétents à des postes de décision ne fait que commencer.

      On traite les victimes pour deux raisons. La première, je l’ai dit, c’est qu’on ne va pas loin avec la psychologie behavioriste. Une victime c’est une personne traumatisée. Les traumatismes, ça se soigne avec des cures, des médications, des thérapies. Si le traumatisme s’enracine dans la personne, on ne veut pas le savoir. Ce que l’on veut, c’est qu’elle prenne une ou deux semaines de repos puis retourne à l’ouvrage. La seconde, c’est que pour pénétrer en profondeur dans les souffrances d’un enfant problème, il faut interroger sa famille, rentrer dans la sphère du privé, profaner la sacralisation sociale de l’intimité. Bref, se mêler de ce qui ne nous regarde pas. Le problème à peine posé, déjà tout le monde se sent coupables et personne ne veut être blâmé d’une faute qu’il ne peut identifier! S’il y a des causes soupçonnées de natures criminelles (abus, violence, etc.) on attendra que des enseignants, des gardiens, des directeurs en fassent part à la D.P.J. Évidemment, comme l’organisme est surchargé de dossiers, le cas va être traité par les voies institutionnelles (tribunaux pour adultes ou pour la jeunesse) sans vraiment soulager les souffrances de l’enfant ou de l’ado asocial. En tel cas, on le ramène dans la case victimaire, donc une personne souffrant de traumatisme, etc. Vous voyez que le cercle est plutôt restreint. On ne tourne pas sous un grand chapiteau, mais dans une cage. Agresseurs et victimes se retrouvent partageant le même banc, à se faire traiter par des thérapies et des médications, au pire la prison. C’est le cas Turcotte, à la différence que les deux enfants sont morts. Qui est prêt à accepter la responsabilité d’un tel gâchis qui se reproduit ad infinitum?

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  3. Ouf! Je n'ai pas tout lu. Je vais prendre un temps tranquille en fin de semaine pour faire l'"étude" de votre réponse et concocter peut-être une réponse si je crois que vous n'avez pas tout dit. Rire. Moi je vois des solutions, je fais ce que je peux "autour" de moi (parce qu'on ne peut pas ne rien faire) en espérant qu'avec le mouvement de la vague celui et/ou celle que j'aurai aidé à "voir" différemment en aidera un autre et ainsi de suite.... De plus les médias sociaux pourraient servir à des échanges tellement plus constructifs entre nos jeunes..... il faudrait le transformer en "outil" plutôt que ce qu'il est devenu pour beaucoup trop de jeune, une arme de destruction massive.

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