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samedi 15 janvier 2011

À la cour de Dieu-le-Père

Jean-Paul II, vu par Francis Bacon?

À LA COUR DE DIEU-LE-PÈRE

Le Vatican annonçait cette semaine qu’au mois de mars, le pape Benoît XVI pourrait consacrer bienheureux le pape Jean-Paul II. Le premier miracle «authentique» attribué à l’ex-Saint-Père serait la guérison d’une religieuse atteinte de la maladie de Parkinson, maladie qui l’avait rendu impotent durant les dernières années de son pontificat. Évidemment, les bonnes sœurs ont toujours été de grande utilité auprès du Saint-Père. Après qu’une religieuse athlétique eut terrassé Ali Agça qui venait de tirer et de blesser le pape, en voici une autre qui, incapable probablement de distinguer hystérie du Parkinson, vient au secours du procès de béatification amorcé moins de cinq ans avant la date prévue par la tradition à cet effet par le Vatican. La raison de cet empressement est purement idéologique. Jean-Paul II a été un pape approprié à la Société du Spectacle, offrant des rassemblements monstres partout où ses nombreux pèlerinages l’entraînaient, donnant ainsi à l’Église l'impression qu’elle pouvait se regagner une partie de la ferveur de ceux qui l’avaient désertée au cours des années récentes de même que de renouveler, parmi les jeunes, son membership en voie d’extinction face aux sectes protestantes ou ritualistes.

Ce pape, arrivé jeune au pontificat, vite médiatisé par sa vie sportive (on mesurait ses longueurs de piscine), son talent théâtral (il avait écrit des pièces dont une fut adaptée pour le cinéma et mettant en vedette Burt Lancaster), sa résistance au cœur de sa Pologne natale (son indéfectible lutte contre le communisme, au point qu’on lui a attribué, bien à tort, d’avoir été un des artisans de la chute du Mur de Berlin et de l’empire soviétique), bref, tout cela contribuait à faire de Karol Wojtyla un individu hors du commun, après le passage éphémère du Pape-Sourire Jean-Paul Ier et du drabe Paul VI.

La légende, qui s’est mise en place très tôt dans la carrière pontificale de M. Wojtyla, en a fait le champion des droits de l’homme contre la tyrannie des dictatures, en particulier de nature communiste. Il a lutté contre la déchristianisation, tenté le rapprochement avec les autres religions, la judaïque, l’islamiste, la bouddhiste tibétaine comme dans un ultime «front sacré» des religions supérieures contre l’avancée du matérialisme athée. Il a protégé l’aile droite du catholicisme (les héritiers de Mgr Lefebvre et les groupes charismatiques) tout en se montrant impitoyable pour l’aile gauche (la condamnation de la théologie de la Libération, la défroque de son théoricien dom Helder Camara). Malgré tout, il arriva à se faire passer pour un «pape de gauche», ce qui n’impressionna pas pour autant les différents mouvements féministes ou communautaires. Bref, ce n’est pas un homme, ni même un saint que l’Église s’apprête à propulser à la cour céleste, imposant ainsi à Dieu un nouveau courtisan à entretenir, mais une légende digne de figurer dans une moderne Légende dorée digne de celle de Jacques de Voragine, où toutes sortes de saints fantaisistes, symboliques, luttant contre des dragons et des figures diaboliques, étaient considérés comme ayant historiquement existés. Ce qui imposa aux lendemains du Concile Vatican II, beaucoup trop rationaliste pour certains, le soin de faire un ménage dans la cour céleste.

Les vrais intérêts qui président donc à cette propulsion, ce sont ceux de la papauté de Benoît XVI. Ce pape, qui n’arrête pas de se voir éclaboussé par des scandales de prêtres pédophiles partout dans le monde et qui, en prime, lancent publiquement des déclarations antisémites ou homophobes, reste tout de même le cardinal Ratzinger qui fut le principal conseiller en matière dogmatique auprès de Jean-Paul II. Sa politique poursuit, logiquement, celle du pape précédent, quoi qu’avec moins de brillant, il faut le reconnaître! Là où quelques hochements de tête ou un filet de bave dégoulinante des lèvres du Saint-Père suffisaient à soulever suffisamment de pitié pour ne pas trop insister sur les reproches et les accusations tendancieuses, Benoît XVI ne peut bénéficier d’un pareil capital de sympathie. Pourtant, la majesté et la puissance de l’Église, corps du Christ, imposent de persévérer dans cette politique dogmatique incompatible avec la pensée démocratique qui façonne désormais l’esprit des Occidentaux, membres de la Cité terrestre, malheureusement dominée par le pire ennemi de Dieu, Satan. Nous en sommes-là, à une vulgaire simagrée de puissance en vue de sauver ce qui peut être sauvable, d’une religion multiséculaire agraire, paysanne, pour petite noblesse de propriétaires fonciers, et dont les querelles interminables sont transférées aujourd’hui dans des débats acrimonieux et oiseux: à savoir qui, de Pie XII ou de Jean-Paul II devrait le premier accéder à la cour céleste. Si, Dieu existe, et qu’il t’aime, comme je t’aime…

Car ces histoires de béatification et de canonisation donnent de la représentation sociale de l’Église catholique une image assez surréaliste. Dans un monde civil où la démocratie et l’égalité des individus, sinon en termes économiques du moins en termes politiques et juridiques, sont considérés comme la base des relations individuelles et des rapports sociaux, comment s’imaginer un Paradis après la mort qui fonctionnerait comme sous les monarchies absolues ou les despotismes orientaux? Les Juifs s’imaginent un sheôl où le défunt ne semble rien faire de mieux que de poursuivre au-delà la vie qu’il a menée ici-bas. En cela, les Hébreux ont légué un héritage post-mortem partagé par l’ensemble des civilisations proche-orientales de l’Antiquité. L’Islam, issu des fantaisies d’un commerçant qui avait commencé sa carrière comme gigolo d’une riche veuve avant de devenir son époux, et qu’Allah lui ait envoyé l’ange Gabriel pour lui annoncer qu’il l’avait choisi pour prêcher la nouvelle foi, offre la récompense d'un paradis où chacun pourrait s’adonner à ses pulsions partielles de la petite enfance, fantasmes que la morale d’ici-bas peut, par contre, condamner jusqu’à la peine de mort. En fait, rien n’est plus difficile à imaginer que le Paradis, et l’on comprend bien pourquoi, dans La Divine Comédie du Dante, c’est toujours l’Enfer qui semble le plus interpeller ses lecteurs. Les minaudages avec la petite Béatrice à la cour céleste ne valent pas les tourments que Francesca et Paolo endurent dans l’un des cercles de l’Enfer.

Il faut donc être prévenu, tant un chrétien démocrate prévenu en vaut deux qui ne le sont pas : la cour céleste est une reproduction de la société aristocratique féodale qui n’a jamais connu sa Révolution française pour lui apprendre que tous les chrétiens projetés au paradis étaient égaux. L’inégalité sociale règne donc dans le Paradis céleste. Dieu, image du monarque absolu, voire du despote, agit en hologramme. Sous un angle, il est le Roi triomphant, l’antique Yahweh ou Jéhovah, jaloux et cruel, auquel tous doivent crainte et obéissance, et dont le privilège est, enfin, de pouvoir le contempler à visage découvert, ce qui tuait irrémédiablement tout croyant qui aurait osé le faire dans les Saintes-Écritures. Sous un second angle, voici le Dieu-Christ, Jésus, qui provient moins d’un kérygme (un dieu qui se fait homme) que de l’évhémérisme (un homme dont on fait un dieu) d’un prophète dont le martyre a émerveillé les disciples naturellement lâches et qui se sont redonnés du «pep» en voyant jusqu’où un convaincu pouvait se rendre au nom de sa liberté de conscience et de sa foi profonde. C’est Jésus, le Fils de l’homme, la seconde personne en Dieu, qui permet l’identification de tout chrétien avec la divinité à laquelle il peut attribuer ainsi une figure paternelle (Abba), le «Notre Père» enseigné comme prière par Jésus. Troisième angle, le plus intellectuel, celui de l’Esprit-Saint, qui sait dominer ce qui est scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils. C’est la raison confirmant la déraison, l’Esprit qui réanime toujours la Lettre qui a tendance à trop se pétrifier. Elle renouvelle constamment le sens de ce qui n’en a pas, c’est-à-dire inspirer à qui est condamné à y passer l’éternité – ce qui est la durée la plus longue, déjà inimaginable en soi -, ce qui doit faire de l’Élu un être emporté par la beauté divine dans un état de passivité béate. L’Élu ne peut servir que de médiateur entre les survivants de ce monde et la divinité, manière dont la bonne sœur atteinte de Parkinson s’est mise en relation avec Dieu par l’entremise du pape décédé de la même maladie. Il est déjà prévisible que Jean-Paul II, à l’exemple de saint Sébastien pour la peste, sera un saint thaumaturge, un saint guérisseur. (Il pourra ainsi prendre des leçons de son collègue, le Frère André, expert en la matière.) Et, bien sûr, la personnalité non divinisée, mais qui tient l’axe de rotation de cette cour céleste, c’est la Vierge Marie, la reine du jeu d’échec. Elle domine le roi (Dieu le père) par sa prière miséricordieuse, Jésus, son fils, par ses intercessions bienveillantes pour toutes les âmes pécheresses, la seule qui peut rédimer les mauvais garçons, les prostituées, les débauchés, les écoliers et tout ceux que la vie a pu blesser. Elle déploie, comme dans les reproductions du Moyen Âge, son grand manteau qui, à l’image de l’Église qui s’identifie à elle, permet à tous les humains de la planète de venir y chercher réconfort et protection. Son pied écrase la tête du serpent, et si Jésus est bien le nouvel Adam, elle, elle est bien la nouvelle Ève, sensée réparer la sottise commise par la première. Tout cela procède d’une mythologie à doublets, les personnages et épisodes de la vie de Jésus renvoyant à des épisodes de la vie du peuple Élu dans l’Ancien Testament.

Qui ne comprend pas cette mythologie chrétienne peut difficilement comprendre le jeu qui est en train de se jouer présentement avec ces procès de béatification et de canonisation. Certes, tous les papes ne sont pas devenus saints; certains, selon Dante, seraient même maudits. Mais le fait de propulser à toute vitesse un Jean-Paul II à la cour de Dieu contient sa part d’intérêts et de motivations. Pour les intérêts, nous l’avons vu avec la continuité du pontificat de Benoît XVI, il place son pontificat dans la suite des hommages rendus à son prédécesseur à l’annonce de sa mort : «Un champion de la liberté humaine» (George Bush), «Un souverain pontife exceptionnel», (Jacques Chirac), «Il a changé notre monde» (Gerhard Schröder), «Le plus grand humaniste de la planète» (Mikhaïl Gorbatchev). «Un référent moral de premier ordre» (José Luis Zapatero). «Peut-être le plus grand homme du XXe siècle» (Henry Kissinger). «Un être humain formidable» (le Dalaï-Lama)… (Cités in B. Lecomte. Jean-Paul II, Paris, Gallimard, Col. Folio # 4335, 2006, pp. 12-13). Passons en revue la «petite histoire» de tous ces personnages à lancer de grandes éloges au défunt pape. Bush, le président de la guerre du Golfe qui a mordu à l’hameçon de la fille de l’ambassadeur du Koweit qui était venue raconter devant le Congrès que Saddam Hussein tuait les bébés dans les incubateurs. Jacques Chirac, ex-maire de Paris mêlé à des tripotages immobiliers sur des HLM et que l’abbé Pierre, grande figure catholique charismatique défenseur des pauvres, avait accusé ouvertement de mentir et fait campagne contre son élection à la présidence. Schröder, un socialiste allemand dont le mandat s’est terminé dans le scandale. Gorbatchev, cet ancien du KGB qui a présidé au démantèlement de l’empire soviétique et fini par faire de la publicité russe pour Pizza Hut. Kissinger, qui disait que lorsqu’on ne pouvait ni convaincre ni soudoyer un adversaire, ne restait plus qu’à le tuer. Le Dalaï-Lama? Mais que peut-on dire de sérieux de ce personnage médiatique qui peut bien représenter la résistance des Tibétains à l’invasion des Hans venus de la Chine communiste, mais qui reste totalement étranger aux valeurs occidentales. Décidément, si le Ciel est fait pour ces hommes, les spéculations frauduleuses risques d’aller bon train au Paradis. N’aura pas son condo qui veut dans la position favorable en vue d’une contemplation perpétuelle de la Face de Dieu.

Ce féodalisme catholique montre aujourd’hui toute la pauvreté d’une religion supérieure épuisée, érigée sur un sentiment de compassion et de tendresse envers l’Autre, envers ceux qui souffrent des aléas de l’existence, de ceux qui, pareilles comme nous, voudraient que leur vie soit plus heureuse sur cette terre et présenterait bien un modèle avant-courrier de ce qui les attend dans un autre monde dit de justice et de félicités. Plutôt que cela, on achète des offices au Saint-Siège afin de voir un Frère André ou un mystique parcheminé de stigmates saignants tel le Padre Pio, accéder au Paradis au nom des pauvres et des souffreteux. À côté de ces symboles de piété et d’obéissance à la morale catholique, il y a tous ces puissants, tous ces princes de l’Église dont la propulsion céleste équivaut aux sommes déboursés pour rembourser les dettes du Saint-Siège. Jean-Paul II a ainsi propulsé sur les autels cette canaille de Josemaria Escriva de Balanguer, fondateur de l'Opus Dei et soutien du franquisme, canonisé en octobre 2002 avec l’hémoglobineux Padre Pio. Jean-Paul II a aussi propulsé des contemporains qui lui tenaient à cœur comme frère Albert Chmielowski, Raphaël Kalinowski, Maximilien Kolbe, Edith Stein et le cadinal Stepinac, tous résistants ou victimes de la barbarie nazie ou soviétique. Pour Lecomte, «cette inflation de bienheureux et de saints, dans l’esprit de Jean-Paul II [consiste à] donner des modèles de vie aux fidèles et d’enrichir la mémoire de l’Église». Mais Jean-Paul II a toujours su utiliser les canonisations en vue de renvoyer dos à dos les anciens et les modernes, ainsi en faisant coïncider la canonisation de Pie IX (pape anti-moderniste) avec celle de Jean XXIII (artisan de l’Aggiornemento) (p. 772). Or ces modèles, par leur diversité symbolique, montrent que l’Église cherche davantage à structurer une entreprise de récupération plutôt qu’à donner des modèles moraux de vie ou de conduites devant l’adversité. À ce compte, le cynisme est aussi présent au Vatican que dans n’importe quelle chancellerie d’État du monde séculier.

Jean-Paul II n’a jamais solutionné le problème historique de l’Église, c’est-à-dire apprendre à se considérer comme une institution humaine, soumise aux contingences de l’Histoire. Quelle ne puisse faire autrement que se considérer comme la Révélation en mouvement, comme une véritable structure de nécessité à la base de son historicité, on ne saurait le lui reprocher, puisque toutes les nations, tous les systèmes sociaux reposent, historiquement, sur le fondement de cette structure historiale. Qu’elle s’obstine à considérer que le monde fait par et pour Dieu soit la mesure de toutes choses, c’est là où le bat blesse. L’Église n’a pas été faite pour Dieu, mais pour les hommes. Si l’on en croit cette phrase douteuse des Évangiles que l’on prête à Jésus : «Pierre, tu es Pierre…», c’est bien sur un homme qu’il fonde son Église, et non sur Dieu. Même pas sur lui-même. Contrairement à la communion, fondée sur le partage (plutôt que la distribution, geste d’autorité cléricale qui en a détourné le sens), repose symboliquement sur le corps et le sang du Christ; l’Église, elle, repose sur le caractère incertain d’un homme appelé à trahir par trois fois sa fidélité à son maître et ami. C’est déjà là assez dire où réside le problème historique de l’Église chrétienne. Cette ambivalence entre les partis, entre Pie IX et Jean XXIII par exemple, entre l’anti-modernisme idéologique et la mise à jour du canon, n’est que la ènième reproduction de ce que l’on a appelé longtemps le jésuitisme de l’Église, surfant entre les riches et les pauvres, entre l'appui aux Empereurs et leur excommunication, l’orthodoxie et l’hétérodoxie, le pouvoir séculier et le pouvoir spirituel: ne jamais se positionner; être toujours prête à retomber sur ses pieds devant les démotions historiques; souffler à la fois le chaud et le froid; énoncer des formules vagues comme bases à interprétations multiples, modifiant ainsi la lecture selon d’où le vent politique souffle pour être mieux à même de se protéger contre les complicités inquiétantes après leur avoir donner un espoir de reconnaissance ou d’accréditation... Bien des clercs y ont laissé leur foi et leur vie au cours de l’histoire de l’Église.

Certes, Jean-Paul II a réhabilité Galilée. Ce n’était pas très difficile et ça ne demandait pas grand courage. Surtout de la part de l’homme qui expédia en réclusion le théologien psychanalyste Drewermann. Il a adressé des excuses officielles pour les crimes de l’Inquisition, pour les croisades, pour le génocide culturel de peuples astreints à des conversions massives et quelques autres crimes du genre. Pendant que ne cessaient de rouler, les unes après les autres, les accusations de pédophilie envers certains ordres religieux, envers certaines personnalités du haut-clergé mondial; qu’aux Etats-Unis, le scandale prenait des proportions incontrôlables; qu’en Irlande, au Québec et même en Pologne, son pays natal, tous soumis longtemps à un catholicisme totalitaire et contrôlant, de partout bref, provenaient des dévoilements de destins brisés par les gestes obscènes de membres du clergé catholique, Jean-Paul II, dément, visionnait le péplum gore de Mel Gibson et répondait à qui lui demandait, que c’était exactement ainsi que la Passion du Christ s’était déroulée! Obéissant à son mauvais ange, le cardinal Ratz, comme on l’appelait familièrement, le futur Benoît XVI, Jean-Paul II abritait tout cela sous de vagues promesses d’enquêtes. Il est vrai que les victimes des agressions sexuelles de l’Église pouvaient toujours en appeler au droit criminel de leurs pays, mais en ce cas-là, comme toujours, l’Église se désolidarisait de sa responsabilité dans le comportement de ses membres. Ni la famille de Galilée, ni celle de Jeanne d’Arc n’ont jamais fait parvenir de demandes de compensations financières pour les mauvais jugements prononcés jadis contre leurs ancêtres. En ce sens, les seuls qui, aujourd’hui, ont vraiment intérêts à bénéficier de la canonisation de Jean-Paul II, ce sont moins les catholiques à la quête d’un modèle de conduite que les autorités romaines, Benoît XVI en tête, dont les qualités charismatiques n’atteindront jamais celles de Jean-Paul II. L’Église n’est pas à la traîne dans le vent de droite qui balaie actuellement l’Occident, au contraire, elle en est même à sa tête si on peut dire, au point de recueillir la sympathie de ceux qui, jadis la honnissaient comme puissance diabolique : les sectes protestantes extrémistes américaines.

Il y aura toujours l’Église institution humaine, l’Église souffrante. Les scandales de pédophilie contiennent en eux une dose d’hypocrisie qu’il ne faut pas avoir peur de regarder en face. Dans mon Québec «de la Grande Noirceur» de la fin des années cinquante et du début des années soixante, mes parents, comme tous les parents, se méfiaient des relations qui pouvaient se développer entre un jeune garçon et un vicaire ou un frère dans un collège. Des «choses» se produisaient. Ça se savaient. Des parents se plaignaient …discrètement. Des décisions se prenaient en haut lieu de la hiérarchie pour punir un prêtre pédophile homosexuel, en l’envoyant confesseur dans un couvent de recluses par exemple. La loi de l’Omerta régnait ici comme dans la mafia ou en Union soviétique. Le tabou se révélait à travers un ensemble d’expressions appartenant déjà à la «langue de bois», pour parler de contacts physiques sinon sexuels qui se passaient dans les chambres des internats. Ne pas en parler, comme dirait l’ineffable Homer Simpson, c’était comme si la chose n’existait pas, et c’est ainsi qu’on pensait partout dans le monde catholique : en Espagne franquiste comme dans l’Amérique du Sud des caudillos; en Irlande comme en Pologne, au Québec comme dans les communautés catholiques des États-Unis. Les vieilles rimailles de Béranger en France sur les Jésuites qui fessent les petits garçons : «Hommes noirs, d’où sortez-vous?», annonçaient déjà ce que seraient les mordantes caricatures des Cyniques.

On a parlé, moins pour excuser que pour chercher à comprendre, de la solitude des clercs non mariés, brimés dans leur vie sexuelle. On a évoqué la solution de Luther, demandé à Jean-Paul II d’autoriser le mariage des prêtres. Cela reste un empêchement majeur dans la réunion des Églises romaine et d’Angleterre tant l’ordination, reconnue comme un des sept sacrements du canon catholique, s’était transmise d’autorité – les premiers prêtres anglicans ayant été ordonnés par des prêtres catholiques, ils retransmettaient ainsi le pouvoir d’ordination de génération en génération à des pasteurs qui, désormais, pouvaient se marier et procréer –; il y aurait là création d’un double standard de prêtres catholiques avec les anciens anglicans conservant femme et enfants, et les catholiques toujours frappés de l’interdit du sacrement du mariage. On a mentionné également la toute-puissance de l’ordre clérical en faisant référence à la maxime célèbre de Voltaire reprise par le philosophe Alain : «le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument», ce qui est vrai mais n’explique quand même pas grand chose. On a comparé la conduite des mœurs dans la vie militaire avec celle de la vie cléricale. Depuis que des entraîneurs sportifs, mariés et ayant des enfants, ont été accusés et reconnus coupables de crimes similaires, le célibat forcé des prêtres comme cause de tous ces déplorables scandales est devenu une explication boiteuse, ce qui est difficile à accepter pour une institution aussi moralisatrice que peut l’être l’Église catholique.

Il est possible d’institutionnaliser des perversions. L’actuel vecteur de la pulsion pédophtorique – d’après le mot grec qui désigne les prédateurs sexuels d’enfants et auquel on a substitué le nominatif pédophile, qui ne signifie rien de plus que l’amour que l’on porte aux enfants -, c’est, tout le monde le connaît, la publicité. Les accusations portées il y a quelques années contre le fabriquant de jeans Calvin Klein qui utilisait de jeunes modèles âgés de moins de 18 ans photographiés, souvent presque nus et dans des poses suggestives afin de mousser les chiffres de vente dans la compétition entre jeanners, visait une cible assez bien définie. Institutionnaliser une perversion ne veut pas dire que l’État et la loi les autorisent, ni qu’elle est devenue licite ou tolérable. Elle reste une perversion indicible mais bien présente, à laquelle les promoteurs attachent un intérêt fonctionnel quelconque; dans le cas des jeanners, la promotion et la vente d’un produit haut de gamme adressé à un jeune publique à l’âge de la puberté. Mais la publicité affichée était vue par tout le monde, y compris des hommes mûrs, y compris des pervers polymorphes, des pédophtores dont la pulsion, maintenue en latence par l’éducation et le contrôle du surmoi, se voyait invitée à s’exprimer, à surgir, à s’exciter et même à passer à l’acte. De latente, la pulsion devenait manifeste. La pièce de théâtre, suivi du film qu’on en a adapté de Michel-Marc Bouchard, Les feluettes, raconte un scandale sexuel dans le milieu clérical (transféré ensuite dans un milieu carcéral) qui commence par un «tableau vivant», comme on en faisait si souvent dans les collèges classiques, du martyre de saint Sébastien. Ce saint, dont l’iconographie était abondante parmi les images pieuses, devenait vecteur du désir homosexuel, comme le martyre de sainte Agathe pouvait servir de vecteur au désir hétérosexuel chez les membres du clergé. Bien avant Playboy, ces icônes ont servi à stimuler bien des désirs pervers, car à l’évocation trouble de la sexualité, s’y ajoutait des désirs sadiques et masochistes. Les fessées autorisées dans le code scolaire des punitions accompagnaient bien, comme le rappelait Béranger, l’abus sexuel des enfants. La fessée, tout comme le voyeurisme sexuel sado-masochiste dans l’hagiographie, étaient des vecteurs de pédophtorie latente. Que des clercs comme des laïcs en soient venus à abuser des enfants, parfois des leurs, dans un monde rustique et encore imbue de la violence des mœurs rurales, comment s’en étonner? C’est ce que l’actuel monde urbain aux mœurs adoucies ne peut accepter.

Si l’homosexualité n’est plus considérée comme une perversion mais une normalité «autre», c’est que la séparation de la sexualité de la reproduction a, en même temps, libéré le sentiment amoureux de sa mission de sublimer un désir réprimé et inaccessible selon le code moral. La sublimation par l’amour fonctionnait encore du temps de la Renaissance – chez un Léonard de Vinci et un Michel-Ange par exemple – et encore à l’époque baroque où le conflit moral entre l’amour profane et l’amour sacré illustrait le triomphe de la sublimation sur la trivialité du plaisir. Ainsi, a-t-on vu se normaliser la prostitution masculine – les TS, travailleurs social et travailleurs du sexe puisqu’ils se réclament, à la fois, d'une fonction commerciale de satisfaction d’un objet de consommation (le sexe) et d’une fonction sociale qui, effectivement, neutralise bien des passages à l’acte que ne pouvaient retenir les clercs de jadis -, et la bisexualité comme valeur positive à travers la mode, les rites d’initiation, les signes extérieurs (percings, teintes des cheveux, maquillages androgynes, le genre twink, etc). Avec le monde permissif où la licence tient souvent lieu de liberté, si les bons catholiques se sont retenus, ont sublimé leurs désirs, et malgré le fait qu’ils n’aient pas de sexe, à la future cour de Dieu, les anges n’auront qu’à bien se tenir!

Tout cela est dit sans doute sur un ton badin. Il le faut bien, car la souffrance a été et est réelle. Il est difficile, dans un monde aussi cosmopolite que le nôtre, aussi traversé d’ondes vidéo et sono, dans cet isolisme à la marquis de Sade, de s’imaginer «la police des mœurs» telle qu’elle existait il y a plus d’un demi-siècle. Ce n’est pas pour rien que, dans l’ensemble des études actuelles sur les mœurs sexuelles dans le Québec du premier XXe siècle, rien ne filtre des documents concernant les cas d’abus sexuels, ni surtout de la sodomie, la fellation ou autres pratiques homosexuelles. Les expressions vulgaires, qu'employaient mon père par exemple, se limitaient à «suceux de cul», «suceux de graines»... On ne peut pas penser que ces pratiques n’existaient pas. On ne peut que penser qu’elles furent censurées à une étape ou à une autre du processus de conscientisation.

Première étape, à travers l’auto-censure des prêtres ou des garçons qui vivaient ce désir intimement sans pouvoir l’exprimer. Il paraissait même impossible de l’avouer à la confession tant il apparaissait odieux, incompréhensible, péché vouant aux enfers éternels à l’exemple des tableaux de Bosch, ou maladie mentale qui pouvait entraîner des traitements douloureux et inefficaces, des électrochocs jusqu’à la castration. Deuxième étape de la censure : l’ostracisme. Vers l’âge de 8 ou 9 ans, je résidais à Saint-Jean-sur-Richelieu. Mes parents étaient locataires d’un logement en forme de L avec un appartement de une pièce et demie encastré à l’intérieur du L de notre logement. Ma mère m’avait dit, à propos de l’homme qui y habitait, seul, de ne jamais lui répondre s’il m’adressait la parole. Ce qui allait plutôt à l’encontre des leçons de bienséances où l’on nous enseignait qu’il était particulièrement impoli de ne pas répondre à un adulte qui s’adressait à vous. J’avais une balançoire installée sur la pelouse et je pouvais voir le petit escalier qui conduisait à la porte et le balcon où donnait la fenêtre, les rideaux étant toujours tirés. Parfois, je surprenais des voisins qui chuchotaient en riant en regardant vers cette fenêtre où des statues de saint Joseph tenant l’Enfant-Jésus dans ses bras semblaient servir à la fois de mise en garde – un peu comme ces lions assyro-babyloniens que l’on voit dans certaines entrées de garage – ou d’ex-voto implorant le pardon et la miséricorde à la façon des pendus du Testament Villon. Jamais, au cours des deux années où nous avons habité ce logement, je ne vis une seule fois ce voisin mystérieux, et je ne comprenais pas pourquoi il était ainsi ostracisé de tous. Après tout, nous étions encore en 1963-1964, et Saint-Jean avait ses hôtels de passe, une petite pègre y faisait des affaires, des maisons closes et des lieux dits malfamés où se rencontraient gais et lesbiennes n’étaient pas sans causer parfois quelques remous, surtout lorsque après une descente de police y fut arrêté un chanteur de charmes célèbre de l’époque, trente ans avant son officielle «sortie du placard»! Ce n’est que bien des années plus tard que je compris de quelle peste était atteint cet inconnu. Et c’est pour cela qu’en quarante-cinq ans de vie coïncidant avec celle de ma mère, je ne lui ai jamais rien dit des désirs que je portais secrètement en moi. Elle n’aurait pu comprendre ce que j’étais. Elle se serait culpabilisée inutilement. Elle m’aurait inlassablement invité à me faire soigner. Elle aurait eu une raison à ajouter à la honte qu’elle manifestait encore, quelques mois avant sa mort, que je sois un raté social qui n’avait pas d’emploi et ne gagnait pas honorablement sa vie et dont elle puisse être fière. Tout cela, aujourd’hui, m’apparaît bien étrange. Triste sans doute, mais il ne m’arrive pas de regretter d’être ce que je suis, même si pour toujours la porte du ciel me reste fermée.
Pourquoi «étrange»? La découverte de la sexualité, qu’importe le contenu des discours sexologiques enseigné aux écoles primaires et secondaires, reste pour l'enfant une découverte traumatisante que rien ne prépare réellement. De mon temps, le sexe était tabou et lorsqu’un bullie de ma classe m’apprit que les femmes n’avaient pas de pénis mais un «trou» à la place, j’en restai choqué. Tout cela montre le chemin qu’il a fallu parcourir depuis le milieu des années 60 à nos jours. Mais la réalité de la mutation physiologique et corporelle chez l’individu demeure la même. On ne peut décrire empiriquement les sensations causées par l’orgasme. Le fait que de son pénis s’écoule autre chose que de l’urine, lorsqu’on le manipule ne serait-ce qu’un peu trop longtemps tout en en ressentant une sensation agréable, pour un garçon, peut être aussi traumatisant que la première menstruation chez une jeune fille. Dans le temps où tout cela se déroulait dans des internats unisexes et où les seuls adultes à qui en parler restaient des frères ou des prêtres qui eux-mêmes restaient traumatisés, depuis des décennies, par la même découverte, quelle réponse pouvait-on en attendre? Entre l’ignorance et une discipline culpabilisante qui s’imposait même avant l’âge de la découverte de la sexualité, la névrose s’installait, et jamais plus elle ne quitterait la structure psychique des individus. La morale religieuse ne nous laissait qu’un choix : être névrosé (ce qui était bien) ou pervers (ce qui n’était pas bien). L’institutionnalisation de la perversion s’entretenait, insidieuse, de génération en génération, inscrivant le malaise et la tristesse au-delà des fantasmes, justifiant ainsi ce qu’on dit de l’homme depuis le Moyen Âge : que c’est un animal post-orgasmique tristatur. Entre la phase euphorique qui nous plonge dans le désir amoureux et la phase hystérique qui anticipe la fin du désir et de la relation, cette tristesse finit par envahir progressivement le caractère et à y inscrire une mélancolie (un deuil) inconsolable, d’où cette stratégie hédoniste qui vise, actuellement, à focaliser sur le plaisir sexuel les relations de couple et les épuiser comme s’épuise un sac de bonbons avant de le jeter et d’en trouver un autre. Le «marché de la séduction» devient ainsi un open-house de bazar où se transige la chair humaine (qui, pour de l’argent? qui, pour avoir un enfant? qui, pour exercer son pouvoir? qui, pour fuir des pulsions honteuses? qui…?)

Ce n’était pas la stratégie du monde qui l’a précédé, où, comme je l’ai dit, la sublimation était la stratégie qui visait à détourner l’investissement de l’objet vers une activité créatrice, la dépense de l’énergie libidinale dans des activités parallèles qui finissait par épuiser la libido sans passer à l’acte lui-même. Ce que Freud appelait l'érotisation de la pensée. Elle transférait l’investissement amoureux, pleinement idéalisé, vers la découverte d’un jeune talent, d’un esprit curieux, d’un adolescent qui porterait fièrement sur ses épaules l’avenir du monde. Ainsi l’amour sacré triomphait de l’amour profane, comme dans la fantasmatique baroque qui, encore à l’époque, était la nôtre. Aujourd’hui, les accusations partagent ceux qui ont réussi l’investissement dans des activités parallèles de ceux qui ont cédé à la force de leurs pulsions. Nous avons, d’un côté, les maîtres qui ont su passionner leurs élèves à l’astronomie, la généalogie, la botanique, l’entomologie, la philatélie ou n’importe quelles autres activités parascolaires sublimantes (dont l’art plastique, la musique, le théâtre, les ciné-clubs, le sport, etc.) et ceux qui, tourmentés par l’obsession sexuelle et ses perversités sado-masochistes, n’ont pu ou n’ont pas voulu ou n’ont pas su dominer leurs énergies et la réinvestir autrement.

N’empêche. Toutes ces stratégies de détournement ne rendaient pas moins traumatisante la découverte de la sexualité. Et bien des procès intentés contre les prêtres pédophiles sont motivés davantages par cette découverte et le trauma latent qu’elle y a laissé que par l’«agression» elle-même. Tous ces prêtres n’étaient pas nécessairement de méchants hommes, et ceux qui les ont protégés en haut lieu de la curie romaine l’étaient davantage par leur complicité silencieuse et les punitions qu’ils infligeaient; eux qui, comme on le sait, avaient une cour de petits pages parmi lesquels ils pouvaient choisir sans remords ces tendres agneaux qui les tentaient. Les Jésuites eux-mêmes ne cessent de rire des conditions dans lesquelles on a retrouvé le cardinal Daniélou, mort «en pays de mission» dans la chambre d’un bordel de Paris! Il n’était pas possible, pour des petits clercs de provinces, isolés dans leurs immenses collèges érigés dans des endroits isolés, souvent austères, parfois bucoliques certes, mais toujours à l’abri des sources de satisfactions de leurs pulsions libidineuses, de trouver l'exutoire à la pulsion qui les tenaillait, surtout lorsque la masturbation elle-même était tenue pour un péché grave et en plus, risquait de rendre sourd ou de voir pousser du poil au creux de la main. Ils ne pouvaient faire, comme le Frère Marie-Victorin, bénéficier d’un soutien financier de l’État québécois, pour se rendre à New York et «expérimenter» sur son propre corps les phases de l’énamourement sexuel, étamines et pistil conjugués! Quel sacrifice au nom de la science! Restaient des adultes traumatisés par la découverte de leur physiologie sexuelle devant de jeunes garçons eux-mêmes rendus à ce moment de vérité, et, à la fois, désarmés de toute instruction et menacés par les foudres de l’enfer. Quelle délectation perverse! C’est dans cette dramatisation de la sexualité que repose l’institutionnalisation catholique de la perversion. C’est elle qui fournissait au prêtre une proie inquiète et à l’élève une occasion d’initiation où, pour la première fois, l’aporie du plaisir et de la douleur allait se résoudre dans une expérience physique. C’est ce vraiment à quoi il ne s’attendait pas. Il n’y a certes pas de trophée à distribuer là, mais une thérapie collective à entreprendre afin de comprendre et de rejeter une institutionnalisation de la perversion, toujours soutenue par l’Église romaine, et de se soumettre collectivement à une catharsis, à une purgation qui partagera ces prêtres et ces élèves qui vécurent une véritable histoire d’amour, de ceux qui n’ont été que des pédophtores à l’image d’un loup à qui on fournissait une bergerie entière où s’épivarder. Contre la condamnation vengeresse clamée haut et fort par les consciences vertueuses, je plaide les circonstances atténuantes et l’anticipation de comprendre ceux qui, dans un demi-siècle, nous accuseront d’être la source de leur viol par des incitations à des pratiques perverses à travers la publicité, la sollicitation informatique, le GST, les pratiques échangistes, la bisexualité, etc. Car si pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous merci.

Je me suis éloigné de ce cher Jean-Paul II, qui, lui, était attiré par les femmes, surtout lorsque Mère Thérèsa de Calcutta le tirait par la manche parmi les pauvres hères de sa ville de prédilection. Pourtant, nous sommes au cœur même du problème historial dont je soulignais plus haut la nature. La condamnation et l’aveu sont des éléments de l’angoisse de culpabilité, et l’Église en a été l’une des principales semeuses. Ad majorem Dei gloriam? Sûrement pas. Pour son orgueil, pour sa vanité, son envie, son avarice, sa gourmandise, sa colère, sa vengeance, mais surtout pour l’exercice de son pouvoir, sa soif inextinguible de puissance sur les consciences et sur les êtres. Plus que n’importe quelle institution humaine. La cour de Dieu-le-Père? Non merci. Ça se prend bien. Plutôt l’enfer avec ceux que j’aime qu’un ciel où ils n’y seraient pas, ostracisés par cette cour de parjures, de médisants, de calomnieux, de méprisants personnages qui ont pesté contre la vie, l’amour et la liberté tout au long de leur courte et misérable vie terrestre. Je suis pour Francesca contre Béatrice, et je persiste et je signe, pour la souffrance de l’humanité historique plutôt que pour un fantasme d’ennuyeuse béatitude céleste⌛
Montréal
15 janvier 2011

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