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Drapeau de la Commune de Paris (1871) |
CARRÉ ROUGE SUR FOND ROUGE
La crise des carrés rouges, la grève étudiante pour l’appeler par ce qu’elle est, aura duré le temps d’une saison. Comme la Commune de Paris de 1871, qui vécue elle aussi de mars à mai, portait le

Les étudiants auront gagné les honneurs de la guerre

Je me fous que l’égo démesuré de Xavier Dolan reconnaisse l’égo démesuré de Gabriel Nadeau-Dubois et se lèchent mutuellement la poche devant les kodaks de Tout le monde en parle. Ça fait

Pourtant, ce n’est pas la taille de l’égo qui me turlupine. En fait, comme je le reconnaissais dans un courriel FB envoyé à Xavier Dolan, je trouve ça plutôt sympathique. Ce que je mets en doute, ce n’est pas tant comment on accède à la hauteur de son égo, mais comment, disait Machiavel, s’y maintient. Bien des réputations surfaites, encore aujourd’hui, nous aveuglent sur le succès québécois, ici même et encore plus à l’étranger. On se vante du savoir-faire québécois sans nous dire en quoi il dépasse le savoir-faire des autres. Collectivement, nous aussi avons un égo démesuré, et il n’est qu’une variante du complexe d’infériorité qui prend son masochisme pour la vanité de son orgueil. Croire qu’on peut substituer le plaisir de la création

Ce monde est celui qu’achète cette génération de jeunes grévistes, avec ses Facebook, Twitter, Blackberry, et autres média sociaux qui, normalement, les rassembleraient pour exécuter des pas de danse improvisés sur les escaliers de la Place des Arts. Présentement, pour ce qui n’était au départ qu’une question de sauver des gros sous de la voracité du gouvernement Charest, qui a tant de contrats à distribuer pour la réfection de nos routes et de voies ferrées pour le Plan Nord, la


À GABRIEL NADEAU-DUBOIS
Je me permettrai de rapporter ici le courriel que j’ai fait parvenir d’abord à Gabriel Nadau-Dubois sur Facebook le 26 février 2012, après sa première entrevue à Tout le monde en parle.
«Il y a 30 ans, j’étais étudiant au département d’Histoire de l’UQAM, à l’époque où les grèves étaient choses courantes et où le noyautage m.-l. parvenait à détourner les revendications étudiantes. T’écoutant en entrevues, je vois que tu es beaucoup mieux articulés, documentés et engagés que les militants de mon temps. La cause étudiante est revenue là où elle aurait toujours dû être: au cœur des revendications.
Malheureusement. Deux choses n’ont pas changé. La grève est un moyen dysfonctionnel pour le mouvement étudiant, mais je conviens que c’est le seul qui existe. Les étudiants ne sont pas producteurs de biens; leur rapport de production ne réside pas dans ce qu’ils font comme études, mais dans ce qu’ils consomment comme cours et crédits. Socialement, votre position socio-économique est donc celle de consommateurs plutôt que producteurs. Votre grève est un boycott de produits, or, c’est un produit que vous avez déjà payé, et il n’y a pas de bureau de réclamation. Voilà pourquoi elle ne nuit en rien au gouvernement. Les démonstrations de 2005 qui ont fait plié Charest parce que s’il était dépositaire de la légalité en droit, en tant que minoritaire, sa légitimité était moins ferme. Une élection impromptue, provoquée dans la foulée d’un soulèvement de masse, lui eut été fatale. Ce qui l’a fait plier, c’est seulement la peur d’être chassé du pouvoir. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et le pire ennemi de la grève, c’est l’usure. La seule stratégie qui changerait tout, puisque c’est une grève de consommateurs, ce serait de retenir l’argent à la source, i.e. au moment où il passe des mains des étudiants à celles du gouvernement: c’est-à-dire les frais de scolarité eux-mêmes. Opération difficile à mettre sur pied puisqu’il se fait en début de session. Toute grève étudiante est un coup en retard sur le déplacement des pions sur l’échiquier.
La seconde chose, c’est «pour quoi étudiez-vous?» La grève est romantique; elle est un moment d’échappée qui permet de sortir de la routine des salles de cours et qui coïncide généralement avec le printemps. Mais lorsque le retour en classe s’effectue, et que reprend la course aux travaux et aux examens, qu’en retirez-vous? Combien trouverons un emploi rémunérateur pour payer dettes et rythme de vie acceptable à la fin des études? Comme ta génération sera condamnée aux travaux à temps partiel, au contractuel, sans sécurité d’emploi et prisonniers entre ceux qui occupent les derniers postes permanents et les autres qui pousseront avant même que tu aies fini ton BAC, qu’est-ce qui restera de ce 15 minutes de gloire promises à nous tous par Andy Warhol? Pour combien d’étudiant(e)s pris entre «la voie de garage universitaire» et le «cynisme d’une vie à surfer d’une discipline l’autre», et pour cette masse de rêveurs qui croient faire «des sous» en sortant des études ce mouvement aura-t-il été bénéfique?
Les étudiants n’ont toujours été qu’un prétexte pour ceux qui vivent de l’université (profs. chargés de cours, administrateurs, syndiqués permanents), c’est bien pour eux que l’université existe, pas pour les étudiants. Comme disait Jean-Paul Bernard à l’époque: les étudiants passent mais les professeurs restent. Or, l’essentiel pour les universités, d’où son besoin de financement, c’est la compétition internationale qu’elles se livrent entre elles. Un professeur en science des religions a déjà comparé l’UQAM à un gros cegep, et devant la force des universités américaines et européennes, «son produit» ne fait pas le poids. À quand les états-généraux de la condition étudiante? Je l’attend depuis 30 ans. Là il serait possible d’esquisser un portrait fidèle des attentes et du milieu étudiant sans lequel il est difficile d’élaborer des stratégies de revendications et des tactiques d’action bénéfique sans soulever l’ire des conforts frustrés. Si de tels états ne se sont pas tenus, c’est bien pour une raison : l’état d’étudiant est transitoire, celui qui possède une discipline, même non rentable sur le marché du travail, est permanent.
D’où, et la question est pour la forme: non pas qu’est-ce que tu penses faire en histoire, mais bien qu’est-ce que tu penses faire avec l’histoire? Question de conscience, s’il en est une. C’est là, pourtant, que tout devient vraiment intéressant».
Le fait que la grève se prolonge au-delà de 12 semaines confirme que c’est là un moyen inapproprié. Ce qui fonctionne dans des secteurs de production ne réussit pas nécessairement dans un secteur de

Les grandes marches à 200 000 manifestants confirment également la vérité romanesque de la grève. C’est le tableau de Delacroix, La Liberté guidant le peuple, inspiré par la révolution parisienne de 1830. On trouvera sans doute à moderniser le thème dans les productions artistiques des grévistes. Mais là où il y a une vérité romanesque, il y a

Cette confusion de romantismes sert encore une fois à dissimuler la vraie question : pourquoi tant d’étudiants dans les universités? Que vont-ils y faire, sachant que le marché de l’emploi québécois n’est pas prêt à absorber la majeure partie d'entre eux, dans leurs domaines? Ayant à livrer un jour (voilà de cela vingt ans) une présentation dans un cours d’introduction de sciences po. sur la pensée

Enfin, le dicton répété à satiété qui affirme que «l’élève soit au centre de l’enseignement» est une autre phrase creuse de la politico-pédagogie qui règne sur le Québec depuis le temps où Pauline Marois était ministre de l’Éducation. Cette sottise est insolente, comme celle qui dit que les malades sont au centre du système de santé. Ceux

Plutôt que d’en arriver au plus vite à cette solution, on a joué aux apprentis-sorciers syndicaux. Les média d’ailleurs se sont fait complices bienveillants de ce jeu d’offres et de contre-offres devant des partis qui, de part et d’autres, restaient campées sur leurs positions indélogeables. Gabriel Nadeau-

Comment? En voici un exemple cent fois répétés. Prenons le plus célèbre, mais les deux autres sont sur le même pilote automatique : Nadeau-Dubois reçu en entrevue par Anne-Marie Dussault ou Patrice Roy: «Le Gouvernement dépose une offre sur la

Voici maintenant la vérité romantique. Anne-Marie Dussault ou Patrice Roy: «Le Gouvernement dépose une offre sur la table, que va-t-il se passer maintenant?» G. N.-D.: «Nous allons la présenter


Quand Léo Bureau-Blouin joue le vierge offensé parce que le gouvernement Charest passe par-dessus sa «fonction sociale» de leader étudiant en déposant les offres tenues secrètes sur la place publique, c’est sa frustration personnelle qu’il exprime et la colère de ses sources d’inspiration qui lui disent que «dans les négociations syndicales, ça ne se fait pas». Pourtant, c’est une excellente chose qu'on arrête de se cacher derrière les portes closes pour voir comment se négocient les ententes. Comme ça, nous avons mieux compris comment les offres gouvernementales étaient un coup fourré en accroissant encore plus le taux d’endettement des étudiants et qu’il y avait un grand risque que la grande marche des 200 000 Québécois l’ait été moins pour les étudiants que pour les banquiers! Négocier sur la place publique permet de voir qui les intérêts en jeu vont servir; également de constater

Il faut comprendre que je ne jette pas la pierre aux leaders étudiants. Ils font ce qu’on leur a montré de faire, et qu'ils participent de l’insertion dans un milieu syndicaliste aussi pourri que le reste, faux et mensonger, dont la source d’inspiration est le gouvernement même. Ils ne seront donc pas ces «régénérateurs» du mouvement ouvrier ni de l’éthique sociale au Québec puisqu’ils ont déjà mordu au fruit pourri de la bureaucratie syndicale qui, à l’image de la députation, rejette ses membres «en périphérie et en circonférence». À mimer les grands, ils n'ont fait que contracter la vérole des vieilles peaux, ce qui est dommage pour des jeunes gens si beaux dont le seul conseil, qu’ils ne suivront probablement pas, enivrés par le succès médiatique, de se retirer, une fois la grève finie de ce panier de crabes qui, de l’autre côté du mur qui protège les gouvernants, ronge la société d’un second cancer. Le jour qu’ils auront développé un esprit critique qui va au-delà de l’engagement militant, peut-être pourront-ils comprendre combien en ce moment, on se sert d’eux, à leur insu.
Enfin, il y a des scribouilleurs de journaux placés sur le payroll des postes de télévision qui commencent à manifester un certain achalement à suivre cette grève pour eux sans intérêt. Quand l'ineffable Vincent Marissal, interrogé par Anne-Marie Dussault, trépigne, a de la misère à se contenir, puis explose: offre du gouvernement acceptable, le gouvernement Charest a pratiqué une ouverture contre des étudiants butés sur des positions «idéologiques» (et ses articles, et ses déclarations, lui, ils ne sont pas «idéologiques»?); bref il en a assez. Il voudrait passer à des jeux plus amusants pour un journaliste politique : une campagne électorale, une couverture de la Comédie Charbonneau, des ministres photographiés dans une pizzeria de Laval en train d’échanger des enveloppes brunes avec des mafieux. C’est croustillant. Là il y a matière à une information légère et divertissante. De plus, elle ne demande pas un effort d’analyse supplémentaire de la société et de ses secteurs d’activités pourrissants. De plus, il peut se promener, loger dans des chambres d’hôtels excelsior aux frais de la Reine… La crise étudiante, ça se passe à Montréal,

Mais, il est vrai, Gabriel Nadeau-Dubois a déclaré que le conflit n’était pas entre Gabriel Nadeau-Dubois et Line Beauchamp, ni non plus entre la Classe et le gouvernement, mais entre les étudiants et la partie gouvernementale. Désolé, mais il y a beaucoup plus que cela. Terriblement beaucoup plus que cela.
À XAVIER DOLAN
L’autre message, comme je l’ai dit, je l’ai adressé, par la même voie (i.e. FB), à Xavier Dolan-Tadros, après l’avoir vu à l’imparable Tout le monde en parle. Comme le message précédent, il n’y a rien d’intime ni de personnel dans ce texte. Le partager avec mon fidèle lectorat ne me gêne donc pas:
«Salut Xavier.
Ces quelques mots, sans doute trop longs, pour te dire que j’aime bien ce que certains appellent ton «effronterie» ou «ton côté pédant». À mes yeux, c’est une audace qui nous effraie et que nous avons toujours réprimé au nom d’une constipation polie. On arrive, en effet, à ses buts qu’avec «de l’audace, de l’audace et encore de l’audace», comme disait Danton. C’est une qualité qui distingue les grandes cultures dominantes des cultures qui se sont toujours senties dominées et qui se sont confortablement installées dans leur domination.
Ceci dit, ta génération (celle des gens nés à partir de 1980), peut-être par le faible niveau d’instruction qu’on vous a donné à l'école et par le fait que vous avez grandi avec l’accessibilité à une culture mondiale qui, dans ma jeunesse, ne nous parvenait pas pour différentes raisons, peut prendre le monde comme son terrain de jeux, et le fait d’y aspirer à la victoire apparaît à vos yeux comme légitime. Vous avez raison. Mais vous n’échappez pas encore au fardeau de notre passé collectif, ce que nous ne pouvons faire tant que nous ne l’avons pas véritablement cerné dans notre conscience. La culture québécoise a vécu deux cents ans sur un mode de refoulement masochiste (à l’inverse de l’agressivité sadique des Américains). Le masochiste fait sa force de son orgueil à souffrir, à s’humilier, non par humilité sincère ou par oppression étrangère, mais par désir de dominer psychologiquement et moralement ses adversaires. Ce fonds de la Psyché collective, s’il ne joue plus chez vous le rôle qu’il jouait parmi les gens de ma génération, revient encore, inconsciemment, dans certaines de vos attitudes.
Toi et François Arnaud avez connu et connaissez encore des succès internationaux. Bien mérités d’ailleurs. Vous avez de l’audace, et plutôt qu’en rougir de jalousie, nous devrions en attendre une certaine espérance de la modification de nos comportements, surtout face aux autres. Pour audacieux que vous êtes, vous paraissez toutefois d’une timidité qui nous rappelle que “nous ne sommes pas à la hauteur de nos audaces»”. Vous avez de la misère à saisir votre parole lorsqu’on vous interroge, comme si les mots, le langage vous glissait sur le bout de la langue, dans une sourde incertitude du choix des termes, de la rhétorique, de l’improvisation. Peut-être même comme si vous vous sentiez sous surveillance…? Le poète Claude Gauvreau nous a fait prendre conscience comment il était difficile de naître à la parole. Ce qui paraît si simple, pour un bébé, est en fait extrêmement difficile pour une collectivité. Même si vous vous exprimez mieux avec les moyens techniques que procure le cinéma ou l’image plutôt que les mots, il n’en reste pas moins que votre langue reste soudée au fond de votre gorge, ce qui n’est pas le cas de la caméra par rapport à vos yeux.
Ou est-ce les idées qui, encore informes, ne trouvent pas la formulation par laquelle elles pourraient s’exprimer. Cette timidité est touchante, sans doute, mais elle trahit qu’il subsiste encore en vous de ce côté humilié dont le masochisme n’est qu’un prolongement. Pourquoi, Xavier, perdre ton temps à lire des blogues ou des messages qui t’abaissent, te méprisent ou t’humilient? Y prends-tu un plaisir pervers qui rendrait hommage à ton narcissisme? Est-ce que cela apporte quelque chose de positif au processus de création qui est le tien? Que de temps perdu et de souffrances vaines.
Là où on semble être le plus loin de l’inconscient collectif, c’est là où on y est le plus près. La problématique de changer de sexe apparaît “moderne”, mais elle n’est toujours qu’un vieux problème d’identité québécoise, et l’identité ne repose pas uniquement dans le genre qui nous distingue entre les cuisses. Regarde les films québécois des années 60 et 70 (ceux de Pierre Patry et de Jean-Pierre Lefebvre entre autres), de quoi parlent-ils? D’identité. De jeunes Québécois qui se cherchent et finissent par un suicide moral ou physique; timides, refoulés, bégayants, presque honteux, écrasés par des figures parentales. Le rêve de changer d’identité, nationale plus que sexuelle, est permanent au Québec (du mythe du «cousin des États» à ce Longtin de Saint-Jean-sur-Richelieu, industriel, qui faisait prononcer son nom avec une consonance anglaise). Et lorsqu’ils atteignent à la parole, comme dans Bingo de Jean-Claude Lord, la police (corrompue) les tue… Parce qu’on a oublié que ces films existaient, le public ne prend pas conscience des lointains échos qui résonnent dans ton cinéma de ce cinéma “préhistorique”. (Trouble-fête de Patry, n'est-ce pas un “J'ai tué mon père“ made in 1966?) Mais c’est ainsi que se fait l’histoire du cinéma. C’est là aussi qu’on se doit de porter un regard anthropologique critique, mais cela ne concerne pas nécessairement les réalisateurs.
Porter, tatoué sur le poignet, la fleur de lys, rappelle le symbolisme qu’elle signifie dans l’inconscient collectif depuis que les Français royalistes l’ont adopté au Moyen Âge. La pureté, la trinité, et la droiture. Nous avons été purs pendant trois générations au point de castrer psychiquement des jeunes gens en les enfermant dans des collèges et des couvents éloignés des centres urbains considérés comme moralement corrupteurs; nous avons prié la trinité au point qu’elle s’est effacée derrière la figure maternelle (Père manquant…), et qu’en tuant notre mère, ce que nous n’osions pas faire, c’était la Vierge - et le vierge en nous - qui dominait que tu as osé matricider, à l’exemple de ce catholique qu’était Hitchcock dans Psycho; enfin, la droiture, qui n’a vécu que dans la corruption : corruption libérale, corruption unioniste, corruption libérale encore, corruption péquiste, corruption libérale toujours et, les pires de toutes, corruptions cléricales, syndicales et intellectuelles. Au moins, en étant sadiques et impérialistes, les Américains se conforment-ils “objectivement” à leur symbole national; conscients d’être ce qu’ils sont malgré l’apparence qu’ils veulent donner : l’aigle à tête blanche portant la devise E Pluribus Unum! Malgré les liens interpersonnels que nous pouvons établir avec des Américains, malgré le fait que nous voulions leur ressembler, leur arrogance et notre timidité finissent toujours, malheureusement, par se reconnaître. Jack Kérouac n'en a-t-il pas éprouvé la lutte au niveau intérieur?
Peut-être est-ce plus facile de s’imposer aux autres que s’imposer aux nôtres? Je ne sais pas. Tu voudrais, armé de ta fleur de lys au poignet, parti vaincu, revenir de Cannes vainqueur, ce qui inverserait la «malédiction» québécoise du partant vainqueur, finit vaincu sur les Plaines d’Abraham, à Saint-Eustache ou à Régina. La chanteuse Albany, née à Chambly, adulée et amie personnelle de la reine Victoria (la “Céline Dion” du XIXe siècle), est aujoud’hui bien oubliée tant la reconnaissance internationale n’a jamais suffi à imposer le Québec comme fier et ambitieux de son destin historique. Une vanité fugitive, rien de plus. Ma génération a échoué. J’ai échoué à faire de l’histoire du Québec une partie intégrante de l’histoire universelle, et c’est en cela que dans ton ambition, je reconnais un peu la mienne; comme le fromage “Petit Québec” (sic!), ce qui s’est passé et ce qui se passe au Québec est “juste bon pour nous autres”. C'est ce que Victor Lévy-Beaulieu appelait l'esprit de rétrécissement des Québécois. Que notre processus d’aliénation te nargue, ne voilà-t-il pas l’hommage que la défaite rend à la victoire?
Jean-Paul CoupalMontréal, 29 avril 2012»
Évidemment, cette génération d’enfants-rois, comme tous les rois, va connaître des hauts et des bas. L'abandon de la rigueur autoritaire parentale a conduit ces enfants à s'inventer des mondes avant même que les media virtuels ne viennent leur en proposer d'électroniques. Abandonnés à eux-mêmes, ils se sont défendus du mieux qu’ils pouvaient en développant un égo démesuré. Cet égo s'est développé de passions pour des activités, par des objets, des arts ou des sports. Ceux qui ont construit ce concept

Élevés dans le contexte des garderies, avec les p’tits n’amis se tenant par la main, le groupe est devenu un «objet transitionnel» face aux insécurités de la vie. C’est un groupe paradoxalement fermé, souvent hostile à l’extérieur plus que l’extérieur l’est au groupe. Les p'tits n'amis sont associés autour d’un contentement de soi réciproque, ses membres

C’est pourtant la génération du carré rouge. Celle qui crie, hurle, manifeste dans les rues, celle que l’extra-visibilité des leaders syndicaux et les fausses entrevues de quart de seconde à la télé nous dissimulent. Crier n’est pas parler. Faire une crise de défoulement hystérique se limite à lancer des mots, mais le langage est plus qu'une addition de mots; de mots qui ne sont pas maîtrisés par la raison. Aussi, y trouve-t-on moins d’intelligence que d’émotions, de critiques que de sentiments ou de caractère. C’est touchant mais en même temps très vulnérable. Voilà pourquoi la pédopsychiatrie est une science à la fois neuve et riche d’un avenir. Parce que la langue nous est nouée dans la gorge,


Finalement, et contrairement à ce que nous laisse penser la série télé Les Rescapés, l'actuelle jeunesse n’est pas si différente de ce que nous étions dans les années 60. Vaut-il mieux se fier à l’articulation des cassettes syndicales ou aux bégaiements du cinéaste en herbe, couronné peut-être un peu trop tôt, car au Québec, nous savons fort bien embrasser pour mieux étouffer. Cela fait partie de l’ADN du masochisme collectif. Ce qui nous fait ressembler pathétiquement aux Juifs, du moins ceux que décrits Hannah Arendt. Nous les voyons aller aux lions avec une candeur et une innocence qui crève le cœur. Nous voudrions leur dire : va pas avec cette fille, c’est une opportuniste ambitieuse et

Notre «rétrécissement» collectif dure, malgré nos vantardises doublées d'un dénie socio-pathologique. Nos vantardises, en fait, ne convainquent personnes, et encore moins nous-mêmes. Mais la vérité est trop effroyable. Trop cruelle. Nous ne pouvons pas l’affronter à mains nues. Les compagnies ont remplacées les anges et les saints qui jadis nous accompagnaient. La jeunesse d'aujourd'hui prie Facebook qui va entrer bientôt sur les cours de la bourse avant de charger l’abonnement auquel tous ces jeunes ont déjà projeté leurs liens transitionnels de sécurité. On devine déjà qui sera imploré pour payer les frais d’abonnement! Plus insécures que nous

Si la grève étudiante pouvait nous permettre de prendre conscience de la profondeur du problème, et malgré la longueur de ce texte je suis loin d’avoir été exhaustif, elle aura été d’une utilité impayable. Comme la Commune de Paris, qui a échoué dans son utopie, elle a quand même permis au monde entier de prendre conscience que les théories et thèses socialistes étaient plus que des nuages de divagateurs révolutionnaires. Qu’elles traduisaient bien une réalité aliénante au plus haut point et que l’urgence d’agir imposait peut-être d’autres moyens que d’aller se faire massacrer sur les barricades ou dans un cimetière, mais n’enlevait rien à cette lutte intrinsèquement perverse de ceux qui ont tout

Quand nous chanterons le temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur
Mais il est bien court le temps des cerises
Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d’oreilles
Cerises d’amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang
Mais il est bien court le temps des cerises
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant
Quand vous en serez au temps des cerises
Si vous avez peur des chagrins d’amour
Evitez les belles
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour
Quand vous en serez au temps des cerises
Vous aurez aussi des peines d’amour
J’aimerai toujours le temps des cerises
C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte
Et Dame Fortune, en m’étant offerte
Ne pourra jamais fermer ma douleur
J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur⌛
Montréal,
4 mai 2012
4 mai 2012
ADDENDA (6 mai 2012)
Aura-t-il donc fallu 48 heures pour dénouer une impasse qui dure
depuis douze semaines? Ce n'est pas sérieux. Je ne crois pas aux
solutions miraculeuses mais plutôt aux coups de Jarnac.
Voilà
une soudaine table de négociations élargie. Celle-ci est même promise, à
l'exception des ministres, de se poursuivre en un Conseil établi pour
moins de six mois, entre les recteurs des universités, des hommes
d'affaires, et des membres des centrales syndicales qui sont venus
prêter main forte non aux leaders étudiants (et ils ont magnifiquement
réussis) mais au gouvernement, et des délégations étudiantes.
Le
résultat est simple. Le ministère n'a pas reculé. Les leaders étudiants
avalent une couleuvre sur laquelle personne ne s'entend sur la longueur
- les frais «afférents» -, comme si la valeur du montant de la hausse
des frais de scolarité serait compensée par une «ristourne» prise à même
des dépenses «jugées» douteuses prises dans l'administration
universitaire (on a souvent parlé du coût des publicités
universitaires). Encore une fois, il est triste de voir que les
«défenseurs» des intérêts des plus faibles de la société se sont laissés
corrompre par le ministère pour venir berner trois jeunes étourdis qui
tiennent absolument à jouer aux chefs syndicaux. N'ont-ils pas pensé que
parmi ces «frais afférents» qu'on perçoit dans les frais de scolarité,
il y a le montant alloué aux organisations étudiantes mêmes? Dans le but
de ne pas passer pour les méchants, jusqu'à se coucher devant le
ministère après lui avoir tenu tête et lui donner en prime la qualité
d'efficacité qui ne mérite pas aux yeux de la population au moment de la
tenue de son congrès à Victoriaville, tout cela aura coûté des millions
aux contribuables québécois. Et pourquoi? Pour «ça»!
Les
journalistes achètent le baratin du gouvernement. Ils considèrent que le
fait que les étudiants dont les parents gagnent $ 60 000/an auront
désormais accès aux prêts et bourses. Bel acquis pour la classe moyenne!
Ils ne parlent plus de la crosse de l'étirement des remboursements qui
augmente au-delà du 75% des frais prévus l'endettement étudiant (il y a
des intérêts à une dette!). Décidément, au moment où les socialistes vont
emporter la Présidence en France, il n'y a que les Québécois pour
descendre dans les rues et marcher pour leurs banquiers!
Heureusement,
beaucoup d'étudiants n'ont pas perdu le but premier de la grève : le
gel des droits de scolarité. À leurs yeux, si le gouvernement obtient
ça, il a tout gagné. Et les étudiants, perdus:
1e. la session d'hiver 2012.
2e. le gel des frais de scolarité pour septembre 2012.
3e. l'idée mise de l'avant d'États généraux de l'éducation (remplacés par un comité bidon).
4e. l'augmentation accrue tirée de l'étirement du remboursement de la dette des prêts.
5e.
la confiance et l'espérance que les membres, les marcheurs, ceux qui
ont tenu pendant des jours et des soirs, à bout de bras, les activités
pacifiques auront peut-être vécu une belle aventure mais qui se
terminera avec le pire des sentiments : celui d'avoir été largués par
leurs propres exécutifs syndicaux et à qui ils ne remettront plus leur
confiance avant une génération …d'étudiants. Bref, accepter l'entente de
principe, pour le mouvement étudiant, c'est se faire casser en douce au
nom de la Realpolitik vendue par les chefs syndicaux qui répètent la vieille niaiserie: «il faut savoir arrêter une grève».
En
fait, c'est la prochaine élection qui va régler le problème, et c'est
ce point qui a fait avaler la couleuvre. Tout le monde est fatigué de ce
conflit qui s'épuise, le gouvernement aussi bien que les étudiants.
Alors on négocie une sortie de combat. Le gouvernement a gagné de
l'argent, des leaders étudiants du prestige médiatique, et Mme Louise
Latraverse peut bien déplorer, à Tout le monde en parle. que ça fait 50 ans qu'on perd nos jobs! Cette fin de grève nous permet de comprendre comment et pourquoi⌛
J.-P. C.
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