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dimanche 26 août 2012

Comptes-rendus de la Commission Charest sur l'assassinat du Premier ministre François Legault, le 22 novembre 2012

 
COMPTES-RENDUS DE LA COMMISSION CHAREST SUR L’ASSASSINAT DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS LEGAULT, LE 22 NOVEMBRE 2012

J’m’en souviens comme si c’était hier,
GENTILHOMME À LA VERGE NOIRE

MAÎTRE DES MENUS PLAISIRS DE LA REINE

- La présente commission présidée par l’honorable juge Jean Charest of Charestville concernant le déroulement, les circonstances et les causes de l’assassinat du Premier ministre François Legault, le 22 du mois de novembre de l’année 2012 après Jésus-Christ, jour de la sainte Cécile, patronne des musiciens et des musiciennes de l’Orchestre Symphonique de Québec dirigé aujourd’hui par Fabien Gabel; elle qui aurait répondu à celui qui allait lui trancher la tête sur la Voie Appienne à Rome et qui se vantait devant elle d’avoir le droit de vie et de mort sur elle, répondit…

Juge Charest (murmurant)

- Abrégé. Abrégé.

MAÎTRE DES MENUS PLAISIRS DE LA REINE (chuchotant)

- Oui, votre Excellence! (plus fort et en toute vitesse) répondit : «C’est faux, car si tu peux donner la mort, tu ne peux pas donner la vie». Almachius l’avait condamnée à être asphyxiée; mais ce supplice n’ayant pas eu raison d’elle, il lui fit trancher la tête. (Au juge) Maintenant vous pouvez procéder.

Juge Charest

- Notre première séance, aujourd’hui, portera précisément sur le déroulement de l’attentat qui coûta la vie à l’Honorable (rire étouffé) François Legault, Premier ministre de la Province du Bas-Canada. Nous viserons à faire la lumière sur les causes de la mort physiologique du Premier ministre, le déroulement de l’attentat et ce qui s’est passé sur les lieux du crime immédiatement après l’attentat. Madame le procureur-chef, veillez appeler le premier témoin.

Pauline Marois, (se levant difficilement, le tronc corseté, appuyée sur une canne)

- Votre Seigneurie, j’appellerai monsieur le docteur Yves Bolduc qui, le premier, a reçu au CHUL, ce qui restait du Premier ministre mourant et qui a pratiqué l’autopsie de l'honorable cadavre de M. Legault.

MAÎTRE DES MENUS PLAISIRS DE LA REINE (montrant 3 livres reliés)

- Êtes-vous prêt à jurer aur la Torah, les Évangiles et le Coran que vous allez dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Dites «je le jure».



- Je le jure. (il s’asseoit tandis que le Maître des menus plaisirs ricane.)

Pauline Marois

- Vous étiez au Centre Hospitalier de l’Université Laval, le 22 du mois de novembre 2012, si je ne me trompe pas encore une fois… Qu’y faisiez-vous?

Yves Bolduc

- Nous nous étions donnés rendez-vous, une équipe d’urgentologues et moi, afin de chasser la Légionellose à coups de tapettes à mouche dans tout l’hôpital, sous la supervision du maire de la ville, monsieur Labeaume.

Pauline Marois

- Que s’est-il passé alors?

Yves Bolduc

- Sur le coup de midi, une ambulance escortée de policiers en moto sont arrivés à l’urgence disant qu’on avait tiré un coup de feu et que le Premier ministre était blessé.

Pauline Marois

- Et qu’est-ce que vous avez fait?

Yves Bolduc

- On a commencé par s’en chrisser un peu. La Légionellose, et surtout le regard courroucé du maire Labeaume étaient plus éloquent. Mais, il a bien fallu y aller lorsque les kodaks des télé sont arrivés.

Pauline Marois

- C’est donc vous qui avez décidé de recevoir le Premier ministre.

Yves Bolduc (désolé)

- On a tiré à la courte paille, …et j’ai perdu.

Pauline Marois

- Dans quel état était le Premier ministre au moment où vous l’avez reçu?

Yves Bolduc (surpris)

- Mais… dans l’État du Bas-Canada…

Pauline Marois (poussant un soupire de douleurs)

- Je ne vous demande pas dans quel État politique, mais dans quel état physique était le Premier ministre.

Yves Bolduc

- Il était déjà dans un état que j'aurais qualifié de «végétatif» si ce n'eut été son état apparemment normal. C’est pour cela que, sur le coup, je n’ai pas jugé son état sérieux. Ce n’est qu’en gigotant un petit peu la bedaine que le sang s’est mis à pisser de partout. Une vraie passoir à spaghetti!

Pauline Marois

- Qui y avait-il avec le Premier ministre à ce moment-là?

Yves Bolduc

- C’était pathétique, Madame le procureur. D’abord j’ai cru que c’était sa femme qui se roulait par terre. Vérifications faites, on m’a dit que c’était son secrétaire qui se tenait sur le dos, les quatre fers en l’air. Il y avait quelques gardes de sécurité. Je crois qu’ils s’échangeaient de l’argent, mais je n’ai pas pris garde. Comme c’était midi, je me suis rassuré en disant que c’était pour commander une pizza ou du poulet. Puis comme le corps continuait à pisser du sang, j’ai commencé à ausculter le Premier ministre. Sachant qu’il était comptable j’ai fait le dernier exercice de reconnaissance des signes vitaux.

Pauline Marois

- Et il consiste en quoi, ce geste?

Yves Bolduc

- Je lui ai tendu une balle de golf pour qu’il la saisisse. Comme il n’a esquissé aucun geste. J’ai prononcé l’acte de décès le 22 novembre 2012 à midi 12 minutes et 32 secondes. Nous avons pris une minute de silence, mais comme le cadavre commençait déjà à sentir, nous nous sommes empressés à le conduire à la salle d’autopsie.

Pauline Marois

- Est-il vrai, monsieur Bolduc, que vous ayez été choisi également pour faire l’autopsie du corps du défunt Premier ministre du Bas-Canada? Pourquoi?

Yves Bolduc

- Personne ne voulait se trouver impliquer là-dedans. La chasse à la Légionellose se poursuivait. Il y avait un recours collectif qui pesait sur le CHUL, les chirurgiens, médecins et infirmiers et infirmières avaient autres choses à faire… Eh puis…

Pauline Marois

- Vous n'êtes pas chanceux à la courte paille, n'est-ce pas? (Bolduc opine du bonnet) Vous avez donc pratiqué l’autopsie. Résumez-nous votre rapport de 2,343 pages, si c’est possible.

Yves Bolduc

- Le Premier ministre Legault a été atteint d’une balle qui lui est rentrée dans le dos, entre les deux omoplattes. Elle a touché la colonne vertébrale dans un premier temps, sans la briser, puis, elle a ricoché sur une clavicule, a traversé un poumon et un rein pour ricocher à nouveau sur une hanche, traverser la vessie, frapper la septième côte gauche, ricocher sur le sternum, remonter vers la maxillaire inférieure pour sortir par la gorge. De là, la balle a percuté le siège du passager avant et est rentrée par l'orifice d'où elle était sortie, pour aller jusqu'à emporter une partie de la calotte occipitale du Premier ministre. Comme son secrétaire a sauté sur l’arrière de la voiture pour rattraper le morceau de ladite calotte, nous avons pu reconstituer le squelette du Premier ministre. D'ailleurs, il la tenait encore serrée entre ses mains lorsqu’il se tenait par terre sur le dos de la salle des urgences. Ce qui restait de la balle était resté pris dans le morceau d’occiput du Premier ministre. En conclusion, il y avait peu de matière cervicale par rapport à la quantité d'air que nous avons pu tirer au moment de l'autopsie, le tout mélangé à du sang. C'est vraiment, hors de tout doute raisonnable, la perforation du poumon, de la rate, de la vessie et de la trachée artère qui sont les causes de la mort.

Pauline Marois

- N’est-ce pas un peu rocambolesque comme trajectoire d’une seule balle, docteur Bolduc?

Yves Bolduc

- En effet. Je crois que c'est ça qu'on appelle une «balle baladeuse»?

Pauline Marois

- Cela ne vous a-t-il pas apparu anormal?

Yves Bolduc

- De la part de monsieur Legault? Non madame le procureur. Tout ce qui l'entoure balade.

Pauline Marois (laissant échapper un cri de douleur)

- Aaah! mon maudit dos! (Reprenant l'interrogatoire) Vous avez pu identifier la provenance de la balle?

Yves Bolduc

- Assurément, c’était un type courant. D’un Mannlicher-Carcano modèle 1938.


Pauline Marois

- Que de précisions! Vous vous y connaissez aussi en balistique d'armes à feu?

Yves Bolduc

- En urgentologie, c'est un pré-requis avec le gouvernement Harper. Puis, c’est comme un examen de médecine. Quand on reçoit les réponses d’avance, c’est facile.

Pauline Marois (empressée)

- Je n’ai plus de question pour le témoin.

Juge Charest

- C’est très bien, mon cher docteur, vous pouvez disposer.

Yves Bolduc (chuchottant)

- C’était bien? Vraiment?

Juge Charest (rassurant)

- Oui, oui. Très bien. J’appellerai au siège des témoins le secrétaire du Premier ministre Legault, monsieur Kamal G. Lutfi. (Ce dernier se lève, pitoyable, et se rend auprès du Maître de cérémonie qui lui présente les trois livres)

MAÎTRE DES MENUS PLAISIRS DE LA REINE (montrant 3 livres reliés)

Êtes-vous prêt à jurer aur la Torah, les Évangiles et le Coran que vous allez dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Dites «je le jure».


- Zé lé zuwe.

Pauline Marois (Se tenant les reins)

- Monsieur Lufti, en tant que secrétaire personnel de Monsieur Legault, quels étaient vos fonctions auprès du Premier ministre?

Kamal G. Lufti

- Zé tweetè sè messaj; zé l’emmené z’hawbillé zé Bowè; zé m’okupè dé sé plazeman en bouws. Ah! Waussi, zé ténè la plaz de za famm kan él n’étè pa law.

Pauline Marois (à elle-même, frissonnant)

- Oh! Boy! (Reprenant) C’est ce qui explique votre présence à la gauche de Monsieur Legault dans la voiture décapotable du Premier ministre?

Kamal G. Lutfi (éclatant en sanglots)

- Si Mistwess.

Pauline Marois

- Racontez donc à la Commission ce qui s’est passé, au meilleur de vos souvenirs, ce matin tragique du 22 novembre dernier?

Kamal G. Lutfi (toujours en sanglots)

- Zé épouwantab’ Mistwess, zé m’en souwiendwé touzouw. Missié Légo m’é wakontwè une zoke de ptis nègw qui étè towdant' kan zé senti des ball ki zifflè tut autwou dè mwa é dé missié Légo. C’é twohible! Zé vu son dèwièw dé tèt pawtiw d’un kou du kou é zé mé zuis pwécipité dèwièw le chaw pouw lé wamassé.

Pauline Marois

- Madame la traductrice, pourriez-vous répéter en français ce que vient de dire le témoin.


Agnès Maltais (se levant froidement)

- C’est épouvantable… Je m’en souviendrai toujours… Monsieur Legault me racontait une «farce» de petits nègres qui était tordante quand j’ai senti des balles qui sifflaient tout autour de moi et de monsieur Legault. C’était horrible! J’ai vu son derrière de tête partir d’un coup du cou et je me suis précipité derrière l’«auto» pour le ramasser. (elle se rasseoit)

Pauline Marois

- Très bien. Veuillez poursuivre, monsieur Lutfi. Que s’est-il passé alors?

Kamal G. Lutfi (reniflant)

- Zé démandwé o zauffeuw dé ralanwtiw pouw ké zé puisse mé rawssoiw zu mon sièz. Missié Légo sé ténè toujouw la gorj. Zé penzè k’y zétouffè avec sa papawmann woz, kom za luy awiwè souwan. Mwa, zé ténè son fon dé têt awek du zang et un peu de matièw gwise, mè tou lé west dé sa têt wétait vid'. Zé talow ké la poliz a kwié d’allé plu vit'. Zé talow ké zé vou ké missié Légo n’allè pas twè bien.

Pauline Marois

- Madame la traductrice, s’il vous plaît.

Agnès Maltais (se levant]

- J’ai demandé au chauffeur de ralentir pour que je puisse me rasseoir sur mon siège. Monsieur Legault se tenait toujours la gorge. Je pensais qu’il s’étouffait avec sa paparmane rose, comme ça lui arrivait souvent. Moi, je tenais son fond de tête avec du sang et un peu de matière grise, mais tout le reste de sa tête était vide. C’est alors que la police a crié d’aller plus vite. C’est alors que j’ai vu que monsieur Legault n’allait pas très bien. (elle se rasseoit)


Pauline Marois

- Continuez monsieur Lutfi. Un peu de courage, encore, s’il vous plaît.

Kamal G. Lutfi

- Zé t’épouwantab, zé lé répèt… La vouétuw woulait plou vite qué zé twittè à mé zawmi. Pendant sé tan, la têt dé missié Légo balanzè dé gauch à dwoit, en avan pi en awièw. Y fewmait un œill pi ouwait l’autw', pi y ouwait l’œill pi fewmait l’autw'. Sa mazwoiw tombè, la lang sowtè awek du san, pis z’l’entendè wâlé. Y wâlè fow : Kamal, disèw-t-il. Kamal, zhant’ mwé «En wenan d’zhé Légo» (Pleurant à flots) Mé mwa, zétè two ému. Zé pleuwait. C’é twassé, faut qu’za zhanz. Missié Légo. Missié Légo.

Pauline Marois (Soupirant)

- Madame la traductrice

Agnès Maltais (Se levant)

- C’est épouvantable, je le répète… La voiture roulait plus vite que je «textais» à mes amis. Pendant ce temps, la tête de monsieur Legault balançait de gauche à droite, en avant puis en arrière. Il fermait un œil, puis ouvrait l’autre, puis y ouvrait l’œil puis fermait l’autre. Sa mâchoire tombait, la langue sortait avec du sang, puis je l’entendais râlé. Il râlait fort : Kamal, disait-il, chante-moi «En revenant de chez Legault». Mais moi, j’étais trop ému. Je pleurais. C’est assez, faut que ça change. Monsieur Legault, monsieur Legault. (Elle se rasseoit)

Pauline Marois (à part)

- Comme c’est long et interminable. (Plus fort) Monsieur Lutfi. Que s’est-il passé à votre arrivé au Centre hospitalier de l’Université Laval?

Kamal G. Lutfi (se mouchant bruyamment dans son mouchoir)

- Lé embulanziés on pwi missié Légo, pis l’on mi suw une zivièw. Zé ténè touzouw la min dé missié Légo pis dé l’autw son mowso de cwân. Y mé tapè des clins d’œill. Missié Légo a toujouw été un fawceuw. Y mé demandè de faiw kom dan son buwo, kan y voulè que je pwen la pauz Bébèw de lux.

Pauline Marois

- Je ne comprend pas. Madame la traductrice, s’il vous plaît.

Agnès Maltais (se levant)

- Les ambulanciers ont pris monsieur Legault, puis l’ont mis sur une civière. Je tenais toujours la main de monsieur Legault, puis de l’autre son morceau de crâne. Il me tapait des clins d’œil. Monsieur Legault a toujours été un  farceur. Il m’a demandé de faire comme dans son bureau, quand il voulait que je prenne la pause Bébert de luxe…

Pauline Marois

- C’est quoi, ça, la pause Bébert de Luxe?

Agnès Maltais (intimement)

- C’est celle qui m'arrivait de prendre lorsque nous étions seules dans votre bureau, lorsque vous étiez chef du défunt Parti Québécois.

Pauline Marois (se rappelant)

- Ah ça! (À elle-même) C't'assez plate. On va s'amuser une peu! (Plus fort) Monsieur Lutfi, pour le bénéfice de la Commission, montrez-nous en quoi consiste la pause Bébert de Luxe?


Kamal G. Lutfi (se levant et s’étalant de tout son long)

- Zé zimpl mistwess Mawois. Vou vou mètwé zuw lé do é vou zagité les mins et les piés. Pendan cé tan, missié Légo mé zhatouillè lé ventw'.

Pauline Marois

- C’est donc ce que vous faisiez à l’urgence lorsque le docteur Bolduc vous a demandé de lui remettre le morceau de crâne que vous teniez encore dans votre main.

Kamal G. Lutfi

- Woui mistwess, zé né voulè pa li donné, zé né voulè pas m'en dépawtiw. Pauw' missié Légo. Diw ké zé né lé wewé plu zamè. Zé voulè gawdé un souvéniw dé missié Légo. Zé voulè en faiw un kouvè pouw mon sucwié. Pauw' missié Légo. Y va mé manké. (il se remet à pleurer) Y m'émè, missié Légo. Y avè touzouw été zenti awek mwa. Minténan, zé né swui pu k'un immigwan kom lé autw'…

Pauline Marois (exaspéré)

- Ah! c’est assez. Je n’ai plus de question à poser au témoin.

Juge Charest, (comateux)

- C’est bien, monsieur Lutfi, vous pouvez disposer. (Pendant que des assistants montent un écran plasma) J’appellerai à la barre des témoins le preneur d’images de TVA, M. X. (Ce dernier avance avec une cagoule sur la tête et une voix modifiée)

MAÎTRE DES MENUS PLAISIRS DE LA REINE (montrant 3 livres reliés)

- Êtes-vous prêt à jurer aur la Torah, les Évangiles et le Coran que vous allez dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Dites «je le jure».



- Je le jure.

Pauline Marois

- Monsieur X, vous êtes preneur d'images pour le réseau TVA depuis vingt ans, n'est-ce pas? Pouvez-vous nous décrire ce que vous faisiez ce matin du 22 novembre 2012 au moment où le cortège du Premier ministre Legault (s'étouffant) …de monsieur Legault, roulait sur le boulevard Charest?

Monsieur X

- Je prenais des images du cortège du Premier Ministre. Je me souviens que le cortège venait de s’engager sur le boulevard Charest, à Québec, quand j’ai entendu des sifflements de balles qui venaient de partout. J’ai été attiré par une lueur qui venait du dernier étage d’un entrepôt de manuels scolaires 101 pour les nuls. Tout de suite, j’ai braqué ma caméra sur la voiture décapotable du Premier ministre dont la tête s’agitait, semblable à celle d’un pantin qui s’agite, avec son gros secrétaire à côté qui, semble-t-il, essayait de lui arracher la langue ou quelque chose de la bouche.

Pauline Marois

- Vous avez apporté cette séquence avec vous, ce matin?

Monsieur X

- Oui, madame le Procureur.

Pauline Marois
- Bien, montrez-là nous.

(La télé présente les images du fameux film Zapruder)

Monsieur X (décrivant)

- Vous voyez ici, monsieur le Premier ministre Legault, il a un doigt dans le nez, accompagné de son secrétaire, Monsieur Lutfi, habillé d'un tailleur rose à sa gauche. Là, monsieur Legault semble s’étouffer avec sa paparmane. Monsieur Lutfi se lève. C’est alors que le cortège est caché par un cône orange… Après, nous voyons monsieur Lutfi se précipiter vers le coffre arrière de la voiture pour ramasser ce qui s’est avéré être l’occiput du Premier ministre. (Silence gêné dans la salle).


Pauline Marois (avec un air sévère)

- (À elle-même) Il y a quelque chose comme du déjà vu dans ce film-là… Bof! Probablement une de ces reprises de TVA! (Plus fort)  D’après vous, monsieur X, est-ce qu’on a tiré une ou plusieurs balles?

Juge Charest (avec un air sévère)

- Je tiens à rappeler au témoin qu’il est sous serment.

Monsieur X

- Un seul coup de feu. Oui, et il provenait du dernier étage de l’entrepôt que je vous ai dit. J’ai même vu le parcours de la balle qui est entrée dans le dos, etc. etc. Oui, je le jure.

Pauline Marois (suspicieuse)

- Mmmm! Je n’ai plus d’autre question à poser au témoin.

Juge Charest

Bon. Cette première séance clôture les témoignages concernant le déroulement de l’attentat et l’autopsie des restes du Premier ministre. Je suspends donc la séance jusqu'à demain matin, 9 heures.


J’m’en souviens-ti en Christ,
GENTILHOMME À LA VERGE NOIRE


Juge Charest

- Cette seconde séance, aujourd’hui, portera précisément sur les circonstances entourant l’attentat qui coûta la vie à l’Honorable (rire étouffé) François Legault, Premier ministre de la Province du Bas-Canada. Nous appellerons à la barre des personnes qui ont été sur les lieux de l’attentat et qui y ont été témoins, d’une manière ou d’une autre, des événements afin de faire tout l’éclairage sur ce drame colonial. Madame l’adjointe au procureur-chef, veillez appeler le premier témoin.

Françoise David

- D’abord, monsieur le juge, laissez-moi gracieusement expliquer à Votre Seigneurie et à l’audience les causes de l’absence de Madame le procureur-chef. Vous savez, depuis que celle-ci a reçu dans le dos un coup de poignard d’une valeur de $200 acheté chez Birks, son corps la fait terriblement souffrir. Aussi m’a-t-elle confié le réquisitoire des témoins convoqués ce matin par la Commission. Je commenceerai par appeler à la barre l’agent Quintal de la Sûreté du Bas-Canada.

MAÎTRE DES MENUS PLAISIRS DE LA REINE (montrant 3 livres reliés)

- Êtes-vous prêt à jurer aur la Torah, les Évangiles et le Coran que vous allez dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Dites «je le jure».


Agent Quintal (en uniforme, la face noircie)

- Je le jure.

Françoise David

- Agent Quintal, pouvez-vous nous résumer en peu de mots vos états de service?

Agent Quintal

- Oui madame. J’ai commencé mon service à l’État il y a 21 ans cette année. J’ai participé à un nombre incalculable de grèves, de manifestations publiques, de contestations populaires auxquelles j’ai donné mon 110% de tous mes efforts afin de les rendre toutes aussi sanglantes les unes que les autres. J’ai agité de la matraque sans retenu. Je n’ai pas négligé le poivre de Cayenne en vain. J’ai enchaîné, menotté, tabassé des distracteurs de l’Ordre social. J’ai fracturé des crânes, causé des commotions cérébrales, crevé des yeux et fendus des lèvres. Mon tableau de chasse est l’un des plus chargés de tout le staff de la Sûreté du Québec, enfin, je veux dire du Bas-Canada. Voilà pourquoi j’ai été appelé à infiltrer une filière terroriste étudiante après les élections du 4 septembre dernier.

Françoise David

- Et qui vous a appelé à ce poste?

Agent Quintal

- Le ministre de la sécurité civile, monsieur Jacques Duchesneau, madame. Sur les conseils de son prédécesseur libéral, monsieur Dutil.

Françoise David

- Expliquez-nous ce que désirait le ministre?

Agent Quintal

- Le ministre Duchesneau m’a fait venir à son bureau, à Québec, pour me dire de me rendre à Montréal, infiltrer un groupe d’anarchistes, qui noyautait la CLASSE, qui noyautait elle-même le syndicat des Étudiants de l’Université du Québec, qui noyautait à leur tour la FEUQ. On parlait d’écouiller le Premier Ministre. Et le mot, est bien «écouiller». Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais ça doit faire mal.

Françoise David

- Racontez-nous, agent Quintal, ce qui s’est passé à l’UQAM, la veille du 22 novembre, le 21 novembre 2012, au soir.

Agent Quintal

- Je jouais au pool - enfin au billard - avec quelques étudiants rebelles quand mon beeper s’est mis à… à  beeper. Un de mes contacts me tweetais qu’il y aurait une assemblée secrète d'anarchistes dans le sous-sol de l’Université, le soir même, à minuit. Je m’y suis rendu, pattes de velours, dans ce sous-sol qui est un long corridor nu avec des portes donnant sur des entrepôts. Dans l’un d’eux, madame, il y avait une véritable sabbatique d’étudiants et de professeurs ivres et empestant le pétard. Ç'aurait été une belle prise pour les stup., mais, enfin, je devais m'en tenir à ma mission secrète. Ce n’est après que j’ai su qu’il s’agissait de l’examen de danse de mademoiselle Économie pour son doctorat. Elle faisait un strip tease écœurant, enlevant une centaine de carrés rouges l'un après l'autre pour en émerger toute nue, sauf… sauf… avec un masque de Guy Fawkes sur la figure, l'un de ces masques portés par les anarchistes dans l'action de la déstabilisation de l'ordre social. J’étais… J’étais… tout raide de tous mes muscles, madame, si vous voyez ce que je veux dire.


Françoise David

- Bref, agent Quintal, vous étiez bandé.

Agent Quintal (honteux)

- Oui, madame. J’en perdais tous mes moyens.

Françoise David

- Et que s’est-il passé après cet écart de conduite?

Agent Quintal

- Un groupe serré d’étudiants m’a poussé vers une petite salle attenante fermant la porte derrière nous.

Françoise David

- Vous avez pu identifier ces étudiants?

Agent Quintal

- Si, ils s’appelaient Guy.

Françoise David

- Est-ce que quelques caractères physiques de ces «Guy» ont pu vous paraître familiers?

Agent Quintal

- Ils avaient tous le masque Anonymous.

Françoise David (soupçonneuse)

- Aaah!

Agent Quintal

- Mais il y en avait un qui s’appelait Guy Mickey, ça, je m'en souviens. Pis un autre Guy Patof, un troisième Guy de La Rigaudie, un autre…


Françoise David

- Bon, ça va, on a compris. Maintenant, dites-nous ce qui s’est passé une fois pressés dans la petite pièce?

Agent Quintal

- Guy Mickey a sorti un fusil enveloppé dans des journaux. Le Métro, le journal gratuit. La preuve que c'étaient bien des étudiants!

Françoise David

- Comment avez-vous su que c’était un fusil.

Agent Quintal

- Quand Guy Mickey l’a déballé.

Françoise David

- Vous avez pu identifier ce fusil?

Agent Quintal

- Ce n’était pas une marque. C’était un fusil patenté avec des pièces différentes afin de brouiller les pistes d'identification.

Françoise David

- Pensez-vous que le canon pouvait provenir d’un Mannlicher-Carcano modèle 1938?

Agent Quintal

- C’est bien possible. Mais en 1938, je n'étais pas encore né.

Françoise David

- Bon. Que s’est-il passé après?

Agent Quintal

- Guy de La Rigaudie m’a dit qu’on avait tiré à la courte paille et que c’était moi qui avait gagné.


Françoise David

- Gagné quoi?

Agent Quintal

- Que c’est moi qui avait gagné le privilège d'aller abattre le Zouf, à Québec.

Françoise David

- Le «Zouf»? Vous voulez dire le Premier ministre Legault?

Agent Quintal

- Ouais, c'est comme ça qui l'appelait. Ils m’ont donné un billet, aller seulement, par l’autobus pour me rendre à Québec afin d’être sur le boulevard Charest, vers midi au moment où le cortège du Zouf…, enfin, du Premier ministre descendrait le boulevard. On m’a dit de payer le billet de retour par mes propres moyens. Vous voyez comment ils sont cheaps.

Françoise David

- C'est bien sûr ce qu'ils vous ont dit. Vous deviez abattre le Premier ministre Legault.

Agent Quintal

- Aussi sûr que ma main à six doigts. Y m’ont dit de me rendre à une résidence dont les occupants étaient partis en vacance. Devant, sur la pelouse, il y avait un bosquet touffu avec un nègre de jardin. Ils m’ont dit de m’y dissimuler et de me servir de l’épaule du nègre pour appuyer le canon de mon arme. Guy Patof m’a bien averti que je serais surveillé et que si j’étais pas au rendez-vous à l’heure dite, toute ma famille serait massacré dans l'heure suivante.
Françoise David

- Comment? Ils savaient que vous aviez une famille?

Agent Quintal (honteux)

- Oui, j’ai dû leur dire au cours d’une beuverie, je ne m’en souviens plus.

Françoise David

- Bon, et après, que s’est-il passé une fois que vous avez été sur les lieux.

Agent Quintal

- Il faut dire que toute la nuit j’avais tenté de rejoindre par téléphone, par texto, par télex, enfin par télégraphe Chiappe, le ministre Duchesneau. La voix de son attachée de presse me répondait toujours que le ministre était occupé à caller un set carré dans une soirée aux Résidences Soleil au Manoir de Laval, et qu’on ne devait le déranger sous aucun prétexte.

Françoise David

- Avez-vous insisté sur l'urgence de la situation? N’avez-vous pas demandé à parler à un de ses adjoints immédiats?

Agent Quintal

- Non. J'étais trop gêné. Je suis un homme timide dans le fond, mais quand je revêts mon uniforme, holà! C'est pour ça, quand je travaille agent informateur, en taupe, j'ai du linge de tous les jours sur le dos, ça me dépossède de tous mes moyens.

Françoise David

- Et qu'avez-vous fait en attendant?
Agent Quintal

- Ben, j’ajustais mon arme sur l'épaule du nègre de jardin, et je cherchais du regard un quelconque masque Anonymous pour voir si j’étais surveillé. Quand j’ai vu venir le cortège, j’ai appelé une dernière fois le ministre Duchesneau pour savoir ce que je devais faire. Là, il m’a répondu.


Françoise David

- Et que vous a-t-il répondu?

Agent Quintal

- C’est difficile à dire. Il y avait tellement de bruits. Je lui ai dit que j’avais le Premier ministre Legault en joue et je lui ai demandé si, pour le service, je devais ou non le tirer.  Là, lui, il m’entendait pas comme il faut, j'pense. Il m’a répondu «Tirer?» Et instantanément, comme un ordre reçu, j’ai pressé sur la gachette.

Françoise David

- Donc, c’est vous qui avez tué le Premier ministre Legault.

Agent Quintal

- Je ne sais pas, je ne peux pas dire ça. Car, quand j'ai tiré, le fusil m’a explosé en pleine figure. Je crois qu’une balle est bien partie, mais je ne sais pas dans quelle direction. J’ai eu le pouce de la main gauche et trois doigts de la main droite qui ont sauté en même temps. (Il montre ses catins à la main) De plus, toute la poudre et la poussière m’ont grêlé la figure. Vous voyez. Moi, je n’ai fait qu’obéir aux ordres que je recevais.

Françoise David

- Qu’avez-vous fait ensuite?

Agent Quintal

- Ouille! Ouille! Ouille! Ça faisait mal. C'était un véritable cauchemar. Le nègre de jardin m’est tombé dessus, avec sa face d’insignifiant qui semblait rire de moi. Je lui ai fait sauter la tête avec le morceau de crosse de fusil qu’il me restait. Pis je me suis mis à courir sans savoir où j’allais.  Je fonçais sur tout. Les sacs de vidanges, les bicyclettes d'enfants, les murs de maisons. Pendant ce temps-là, il y avait un énorme charivari tout autour de moi. J'étais en panique. Ça courrait de partout en même temps, criant qu’on venait de tirer sur le Premier ministre. Je me disais en moi-même : Mon Dieu! Qu’est-ce que j’ai fait! Qu’est-ce que j’ai fait! Ensuite, je me suis rendu aux autorités compétentes.

Juge Charest

- Donc, si je résume bien votre déposition, c’est bien la filière étudiante qui aurait commandité l’assassinat du Premier ministre en vous confiant la tâche d’exécuter le Zouf.

Agent Quintal

- C'est cela, Votre Seigneurie.

Françoise David

- Moi, je pense plutôt, Votre Seigneurie, que l’agent Quintal a été victime d’une supercherie montée parce qu’il avait été découvert comme étant une taupe de la police et…

Juge Charest

- Qui vous a demandé de penser, vous? C’est toujours la faute aux étudiants. C’est connu. C’est bien Agent Quintal, vous êtes prié de vous rasseoir. Un vrai Patriote du Bas-Canada! J’appellerai maintenant à la barre, monsieur Michel Arsenault.


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- Êtes-vous prêt à jurer aur la Torah, les Évangiles et le Coran que vous allez dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Dites «je le jure».



- Je le jure.

Françoise David

- Monsieur Arsenault, vous êtes président de la centrale syndicale de la Fédération des Travailleurs du Bas-Canada.

Michel Arsenault

- C’est exact.

Françoise David

- Je vais vous montrer une photo, dites-moi si vous reconnaissez la personne qui est dessus?

Michel Arsenault (tout fière)

- Mais oui, c’est Rambo, notre agent d’affaires de la FTBC construction. Aah! C’t’une belle photo, il est tout souriant là-dessus. Vous l’avez prise où?


Françoise David

- Monsieur Rambo a été arrêté sur les lieux du crime

Michel Arsenault

- Voyons. C'est pas sérieux! Rambo a l'air dur comme ça, mais il est doux comme un mouton; il n'a pas pu abattre ce faux jeton?

Juge Charest

- Je demanderais au témoin de faire marque d’un peu plus de respect pour la victime.

Françoise David

- Il a pris la fuite en possession d’un parapluie noire. Lorsque nous l'avons retrouvé, il nous a déclaré qu'il n'avait jamais eu un tel parapluie en sa possession. Pourtant des photos prises par webcam nous le montrent tenant un gros parapluie noire.

Michel Arsenault

- Et qu’est-ce qu’il y a de suspect là-dedans?

Françoise David

- Il faisait beau cette journée là.

Michel Arsenault

- Bah! Rambo a toujours été un type prévoyant. C'est du monde comme ça que ça prend à la FTBC construction. C’est tout ce que je peux dire sur ça.

Françoise David

- Ne s’en serait-il pas servi pour donner un signal à un éventuel complice embusqué au moment où le Premier ministre a été clairement identifié pour qu’on ne le rate pas?

Michel Arsenault

- Ce n'est qu'un tissus de suppositions gratuites.

Françoise David

- Monsieur Rambo est bien votre subordonné.

Michel Arsenault

- Je dirais même plus. C’est mon complément direct et indirect, et parfois même circonstanciel. (rires dans l'assistance)

Françoise David

- Votre syndicat n’aimait pas particulièrement la politique prévue par le gouvernement de M. Legault d’abolir des postes en échange d'une somme dérisoire de quelques millions qui serait versée aux centrales, n'est-ce pas?

Michel Arsenault

- Nous autres, aux syndicats, on ne se fait pas acheter par les politiciens. C’est nous qui les achetons. Pis qu’est-ce que quelques millions? Des peanuts, comparés à ce que nous siphonons en cotisations des travailleurs et en bonus patronaux. Des millions du gouvernement cⓡaquiste, on s’en torche.

Juge Charest

- Un peu plus de décorum, je vous prie, monsieur Arsenault.

Françoise David

- Mais la politique de monsieur Legault vous gênait tout de même.

Michel Arsenault

- Oui, bien sûr qu'elle nous gênait. À qui ne gênait-elle pas dans le Bas-Canada?

Françoise David

- C’était donc un motif pour le faire assassiner, non?

Michel Arsenault

- Mettez en. Depuis son élection, il y a au moins sept millions de personnes au moins qui avaient de bonnes raisons pour faire la peau à ce trou du… Excusez, monsieur le juge.

Françoise David

- Vous avouez donc?

Michel Arsenault

- Non. (Exaspéré) Je dis simplement que nous avons mis sa tête à prix, maintenant Rambo n’a pas réclamé le $300 000 dollars, donc, nous ne pouvons pas dire que nous sommes responsables de sa mort. Après tout, la mise à prix de la tête de Legault, ce n'était qu'un fantasme entre copains, rien de plus sérieux.

Juge Charest

- $300 000 piaste pour la tête de Legault! Franchement, c’est surévaluer. C’est une vraie fraude, vous savez? Vous pourriez être poursuivi pour ça?

Michel Arsenault

- Qui va poursuivre? Sûrement pas celui qui va venir réclamer la récompense?

Françoise David

- Donc vous aviez vraiment mis à prix la tête du Premier ministre?

Michel Arsenault

- Comme je vous l'ai dit, ça n'était qu'un jeu. Ça n’incrimine pas Rambo pour autant, seulement parce qu’il se promenait avec un parapluie. Après tout, en novembre, il n’y a rien là qui soit extraordinaire. Il peut faire soleil pendant dix minutes, puis après, c’est une rafale de grêle qui s’abat.


Françoise David

- C'est bien que vous parliez de rafale, car c’est quand monsieur Rambo a ouvert son parapluie que les rafales de balles sont parties de tous côtés vers le Premier ministre.

Juge Charest

- Je rappellerai à l’ordre madame l’adjoint au Procureur-général qu’à la dernière séance, preuve a été faite qu’il n’y avait qu’une balle qui avait atteint la victime et que rien n’indique que les sifflements entendus par les autres témoins aient été des coups de feu. La balistique n’a retrouvé qu’une balle, la balle meurtrière. Ceci dit, rien n’infirme l’hypothèse que le parapluie de monsieur Rambo ait pu être un «complément circonstanciel» dans le contexte de l’assassinat. (Le juge et Arsenault se mettent à rire.) Si l’adjoint n’a plus d’autres questions à poser au témoin, je ferai venir à la barre, monsieur Tony Accurso. (Fat Tony avance à la barre)

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- Hey! Je le jure.

Françoise David

- Est-il vrai, monsieur Accurso, que les allégations soutenues par M. Duchesneau, maintenant ministre du regretté monsieur Legault, à la Commission Charbonneau  ait causé beaucoup de dommage à vos entreprises?

Tony Accurso

- Hey! Mais, que voulez-vous. L’argent ça va, ça vient. On le saisit un temps, puis y s’envole à nouveau. C’est la vie.

Françoise David

- Vous n’entretenez donc aucune rancune personnelle à l’égard de monsieur Duchesneau.

Tony Accurso

- Maaa! Ma petite dame! Le chef Duchesneau est un grand ami. Nous l’invitons à chaque mariage dans la Petite Italie pour nous chanter des set carré canayen. C’est un très proche ami de la Famiglia.

Françoise David

- Et monsieur Legault, qui parlait de faire un «ménage nette» dans les affaires de corruption, dans la construction il ne vous inquiètait pas?

Tony Accurso

- Bof! Les politiciens, vous savez ce qu’on en pense et ce qu’on en dit. Il suffit de mettre le montant, et un jour, le signe de tête non devient un oui. C’est comme vos référendums, à vous Québécois. Un non c'est un oui et un oui c'est un non.

Françoise David (brandissant une photo)

- Reconnaissez-vous les personnes qui figurent sur cette photo. Celle-ci a été prise au Bar Cosa Nostra à Laval, le 19 novembre 2012, trois jours avant l’attentat qui a été fatidique au Premier ministre?

Tony Accurso (chaussant ses lunettes)

- Ah si! Ah oui! C’est bien moi, là, au milieu.

Françoise David

- Pouvez-vous nous dire, monsieur Accurso, qui sont les gens qui dînent avec vous.

Tony Accurso

- Bien évidemment. Ça, c’est Sylvio. Un vrai couillon! Mais il n’en manque pas une! (Riant) Et ça, c’est Sarko. Un peu rude, mais bon garçon, là! Et ça, c’est Angéla. Aaah! Angéla! Quelle paire de (faisant un geste des deux mains)… Vous comprenez.

Françoise David

- Tout à fait. Et vous ignorez, je suppose, que tous trois sont recherchés par Interpol pour assassinats, tentatives d’assassinats, complicités dans un assassinat, complots en vue de commettre un assassinat, etc. etc.

Tony Accurso (feignant l’étonnement)

- Heh non. Vous me l’apprenez. Je ne sais quoi dire. C'est un choc pour moi et ma Famiglia

Françoise David

- De quoi discutiez vous, ce soir-là, au Cosa Nostra?

Tony Accurso

- (Avec évidence) Bah! De la Famiglia. De quoi vouliez-vous que nous parlions d'autre? La femme de Sylvio vient d’avoir un huitième bambini. Puis Sarko demande un visa de résidence au Canada que son frère Paolo va lui obtenir. Tant qu’à Angela, elle pense entrer en religion.

Françoise David

- En religion. Eh bien, vous m’en direz tant.

Juge Charest

- Madame l’assistant. Vous voulez en venir où avec toutes ces questions sans intérêt?

Françoise David

- Votre Seigneurie, j’essaie de démontrer que les liens de monsieur Accurso avec la Famiglia, ici, sont en rapports étroits et directs avec l’attentat du 22 novembre 2012 qui a coûté la vie à notre Premier ministre.

Tony Accurso

- Quoi? Vous pensez que Sylvio, Sarko et Angela auraient assassiné le signor Premier ministre? Mais voyons donc! C’est purement absurde! Pourquoi auraient-ils fait ça, ils venaient juste d'arriver de Napoli.

Françoise David

- Pourtant, dans un meurtre commis à «Napoli», comme vous dites, en 2009 par Sylvio, l’arme utilisée était un Mannlicher-Carcano modèle 1938. Dans une autre affaire de meurtre, à Meudon en France, cette fois, en 2010, la même arme fut utilisée par Sarko pour abattre une demi douzaine de beurres d'un quartier d'immigrants. Enfin, Angela s’est elle même laisser photographier en se passant la crosse d'un Mannlicher-Carcano modèle 1938 entre les jambes pas plus tard que le soir dudit 19 novembre 2012 au Cosa Nostra de Laval… (Mouvement de stupeur dans la salle) Belle entrée en religion, monsieur Accurso.

Tony Accurso (en sueur, se mettant à sangloter)

- Mé voyons! C’est… (se tournant vers le juge Charest) Mais, Votre Seigneurie, ce ne sont là que des hasards, que des circonstances. Jamais je n’ai su ni même penser que ma Famiglia pouvait être mêlée à de tels crimes monstrueux. Sinon, pourquoi seraient-ils encore en liberté si madame l’adjoint au Procureur a raison? Pour ma part, je le jure sur la tête de mes bambino que je ne suis au courant d’aucun lien liant ma Famiglia avec l’attentat dont il est question.

Juge Charest

- Cela me semble évident. Moi aussi j’aime bien, les fins de semaine, aller dîner en famille dans un restaurant en banlieue, les gens y sont si sympathiques.

Tony Accurso

- Hey!, Votre Seigneurie…

Juge Charest (tout souriant)

- Eh puis. Imaginez-vous donc que ma fille, elle aussi, va avoir une petite-fille. Je vais être grand-papa au printemps prochain.

Tony Accurso (volubile)

- Eh oui! Une petite Charestte, une belle bambina!

Juge Charest

- Bon! Fini le niaisage-là. Madame l’adjoint. C'est assez de harceler un témoin innocent; il faut serrer les pistes un peu plus sérieusement. J’appellerai à la barre le Docteur Ballard, médecin généraliste. (Un petit médecin se lève de l’assistance et s’amène à la barre)

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- Êtes-vous prêt à jurer aur la Torah, les Évangiles et le Coran que vous allez dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Dites «je le jure».



- Je le jure.

Françoise David

- Docteur Ballard. Vous n’avez pas toujours été médecin généraliste. Que faisiez-vous avant de prendre du service en généralité?

Docteur Ballard

- Je fabriquais de la viande pour chiens et pour chats. Quand le docteur Barrette a établi, selon le principe de la CⓡAQ qu’il fallait un médecin de famille à chaque famille québécoise, à cause de ma diplômation de vétérinaire, j’ai été affecté à la famille Bordeleau du Ve rang, qui n’a d’ailleurs jamais aimé être repoussé si loin de la rivière, d’où le développement de plusieurs maladies psycho-somatiques parmi ses membres : zona, allergies alimentaires, paranoïa, etc. Il faut dire que je soigne aussi les animaux de son étable et de son poulailler, ça me fait deux revenus, je n’ai pas à me plaindre sur ce côté.

Françoise David

- Mais votre charge de travail a plus que doublé! Elle doit être écrasante. Que dis-je, épuisante?

Docteur Ballard

- Je me boost au Red Bull.

Françoise David

- Diriez-vous que les mesures votées par le nouveau gouvernement ont modifié complètement votre rythme de vie?

Docteur Ballard

- Je dois le reconnaître.

Françoise David

- En meilleur ou en pire?

Docteur Ballard

- En pire, je dois le dire.

Françoise David

- Assez pour développer des rancœurs vis-à-vis l’actuel gouvernement?

Docteur Ballard

- Je le déteste. En effet.

Françoise David

- En tant qu’amis des bêtes, vous devez pratiquer la chasse?

Docteur Ballard

- Quand j’avais des passes-temps, oui. Il m’arrivait de faire sauter quelques fous de bassin.

Françoise David

- Quelle arme utilisiez-vous?

Docteur Ballard

- J’en ai utilisé plusieurs

Françoise David

- Entre autres un Mannlicher-Carcano modèle 1938?

Docteur Ballard (distraitement)

- C’est possible.

Françoise David

- Cette arme d’épaule que nous avons saisi chez vous, c’est bien un Mannlicher-Carcano modèle 1938, et elle est enregistrée à votre nom.

Docteur Ballard

- Oui, je la reconnais.

Françoise David

- Reconnaissez-vous également qu’elle a été utilisée récemment?

Docteur Ballard

- Oui, j’avoue.

Françoise David (lui montrant des photos)

- Voici quelques photos prises par des témoins sur la scène du crime avec des appareils utilisés par les médias sociaux. N’est-ce pas vous que l’on voit là, avec un chapeau à Ti-Zoune sur la tête et un long imperméable beige?



- Oui. Oui, cela semble être bien moi.

Françoise David

- Vous étiez donc sur les lieux au moment de l’attentat.

Docteur Ballard (cherchant du regard)

- En… En effet.

Françoise David

- Et cet étrange renflement le long du côté de votre imperméable, ne serait-ce pas le fusil que vous dissimuleriez sous votre bras?



- Voyons? Qu’est-ce que vous allez chercher là? Je me suis servi de mon Mannlicher-Carcano modèle 38 pour chasser la perdrix, pas pour tirer sur le Premier ministre. Si j’avais voulu le tuer, je lui aurais servi des Ritz au fromage tartiné de Docteur Ballard chien senior, ç’aurait passé pour empoisonnement alimentaire accidentel. Pas pour lui faire éclater la tête comme une coque de noix.

Françoise David

- Pourtant, vous étiez sur la scène du crime, revêtu d’un imperméable par beau temps, avec une masse sombre sous le bras qui pourrait être un Mannlicher-Carcano modèle 1938, comme ça, par curiosité ou par hasard, devant le cortège du Premier ministre? Vous, un médecin généraliste forcé d’abandonner une brillante carrière de fabriquant de manger pour chiens, pour aller soigner une famille de débiles dans le Ve rang! Vous n’auriez ni motifs, ni raisons, ni occasions, mais vous seriez là quand même?

Docteur Ballard

Je suis devenu un honnête médecin de famille. J’aime la médecine et j’aime ma famille. J’aime ma famille et j’aime la médecine. Et ma famille m’aime comme la médecine m’aime… (Se tournant vers Charest) Que puis-je dire d’autre Votre Seigneurie?

Juge Charest

- En effet. J'en ai assez de ces réquisitoires qui ne mènent nulle part madame l’adjoint au Procureur. Vous voyez partout des Mannlicher-Carcano modèle 1938, qui est une arme rare. Vous soupçonnez d’honnêtes hommes d’affaires, de doux syndicalistes, des médecins de famille dévoués sans raisons valables. Non madame l’adjoint, il n’y a pas de filière syndicale, de filière mafieuse, de filière médicale, il n’y a que la filière étudiante qui est à l'origine du forfait. Il est inutile d’aller plus loin dans ce sens. Je suspends donc la deuxième séance de la Commission avec l’espoir qu’au retour, à la troisième demain matin 9 heures, vous serez mieux préparée et aurez un choix plus pertinent de témoins à faire entendre.


J’me souviens que j’m’en rappelle pu,
GENTILHOMME À LA VERGE NOIRE


Juge Charest

- Notre troisième et dernière séance, aujourd’hui, portera précisément sur les causes entourant l’attentat qui coûta la vie à l’Honorable… (rire étouffé, à lui-même) Ça sert à rien, j'suis pas capable de la dire sérieusement cette phrase-là. (Plus fort) François Legault, premier ministre de la Province du Bas-Canada. Nous appellerons à la barre des témoins des personnes de l’entourage du Premier ministre afin de comprendrre les causes lointaines et rapprochées de ce drame provincial. Monsieur l’adjoint à madame l’adjointe au Procureur-chef, veillez appeler le premier témoin.

Amir Khadir

- D’abord, monsieur le juge, laissez-moi expliquer à Votre Seigneurie et à l’audience les causes de l’absence de Madame l’adjoint au Procureur-chef. C’est une histoire atroce que j’ai à vous raconter, mais purement accidentelle. Hier, alors qu’elle s’apprêtait à redescendre de Montréal vers Québec, elle suivait une bétonnière de la compagnie Louisbourg Inc. dont un arrêt brusque a déclenché le roulement du tambour qui s’est mis à déverser du ciment liquide sur la voiture qui la suivait, celle de madame l'adjoint. (Stupeur dans l'assistance)

Juge Charest

- Quelle fin atroce!

Amir Khadir

- Votre Seigneurie suppose juste! Avant que l’honnête prolétaire qui conduisait l’engin de destruction massive eut pu retrouver où était situé la commande d’arrêt, presque tout le contenu du tambour s’était vidé sur la voiture et commençait à sécher, se solidifiant autour de l’adjointe au Procureur. Lorsqu’à coups de pics et de marteaux les prolétaires syndiqués à la FTBC construction de la compagnie BT Céramiques ont finalement réussit à la dégager. (Penaud) Hélas! Ils n’ont pu que constater le décès.

Juge Charest

- A-t-on pu retrouver ses documents de l'affaire en cours?

Amir Khadir

- Hélas! Les vaillants combattants ouvriers de la BT Céramiques ont dit que le ciment, en durcissant, avait réduit les papiers en poudres.

Juge Charest

- Et vous avez cru ça!!!

Amir Khadir

- Ce sont d’honnêtes et courageux travailleurs, Votre Seigneurie. Ils ne peuvent pas mentir.

Juge Charest

- Bon! C’est bien triste tout cela. Lorsque nous aurons cinq minutes nous en garderons une de silence pour le départ précipité et inattendu de l’adjointe au Président, etc. etc. J’appelle à la barre, monsieur le ministre de la sécurité civile, Jacques Duchesneau. (Celui-ci se lève)

MAÎTRE DES MENUS PLAISIRS DE LA REINE (montrant 3 livres reliés)

- Êtes-vous prêt à jurer aur la Torah, les Évangiles et le Coran que vous allez dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Dites «je le jure».



- Je le jure.

Amir Khadir

- Monsieur le ministre. Selon le témoignage cité à cette commission, l’agent Quintal de la Sûreté du Québec dit que dans la nuit du 21 au 22, puis au matin du 22 novembre 2012, il a essayé de vous rejoindre par téléphone, texto, télex et télégraphe Chiappe, mais semble-t-il vous étiez irrejoignable. Expliquez-nous pourquoi?

Jacques Duchesneau

- J’avais été invité ce soir-là à animer une fête à un célèbre centenaire au foyer des Résidences Soleil. Il faut dire que les choses avaient été plutôt confuses au départ.

Amir Khadir

- Comment ça?

Jacques Duchesneau

- D’abord, j’ai cru que c’était au Jardin des Doyens. Je suis rentré dans un vieil édifice avec des murs couleurs moutardes et de la tapisserie écornée mauve avec des motifs de fleurs de lys blanches. Les doyens se balançaient sur des chaises berçantes robotisées.  Il y en avait déjà deux de morts dedans qui se balançaient encore. J’me suis dit que la fête devait avoir lieu à la cafétéria. Là, il y avait quelques dames, qui tremplaient leurs dentiers dans des verres d'eau. Quand elles m’ont vu, elles m’ont reconnu! Oh! monsieur Duchesneau! monsieur Duchesneau! Youhou! J’ai été les féliciter d’avoir voté pour moi, enfin pour mon parti…


Amir Khadir

- Accélérez, s’il vous plaît!

Jacques Duchesneau

- Jamais dans une zone de 30! (Il se met à rire) Enfin, quand j’ai vu qu’on servait des sandwiches pas de croûtes et du jello verdâtre, j’ai compris que je n’étais pas à la bonne place. (Riant en regardant le juge) C’était mon attachée de presse! C't'une joueuse de tours! (Il se bidonne) Elle m’avait donné la mauvaise adresse. Je me suis alors empressé de sortir, juste au moment où une p'tite vieille tombée du toit où elle s'était réfugiée pour échapper à son lavement de fin de soirée. Il a fallu que j'attende l'arrivée de la police et de l'ambulance de la morgue. Ça a pris un bon deux heures de retard sur l'horaire prévu.

Amir Khadir

- Vous vous êtes alors rendu aux Résidences Soleil, au Manoir de Laval, que l’agent Quintal nous a dit.

Jacques Duchesneau

- Oh non! Non! Là vous faites erreur. C’était au Manoir Saint-Léonard.


Amir Khadir

- Saint-Léonard? C’est pas un quartier d’Italiens.

Jacques Duchesneau

- Oui, il y avait là beaucoup de Famiglia. Heille! Vous auriez dû voir le buffet! C'était que'que chose. C’est ben, simple si le docteur Barrette était tombé dedans, les p’tits vieux seraient morts de faim (Rires généralisés dans l’assistance)

Amir Khadir

- Monsieur Duchesneau, c’est une Commission sérieuse ici. Nous enquêtons sur les circonstances et les causes de l’assassinat du Premier ministre du Bas-Canada. Un peu de retenu, je vous prie. Votre fête se déroulait donc au Manoir Soleil de Saint-Léonard. C’est bien ce que vous nous dites?

Jacques Duchesneau

- Bah! Ce n’était pas ma fête, mais j'ai été reçu comme un roi. Il y avait là Eddy, pis sa femme, pis ses enfants. Il n'y a pas à dire, ses petits-enfants étaient morts de rire rien qu'en me voyant! Puis, il y avait les parents de Sylvio, de Sarko et de Angela qui fêtaient leurs anniversaires de mariage. Toute la même année. C'est étrange, non? Faites-vous ça, vous les Iraniens, des mariages de vendetta? Enfin,. C’est même moi qui les ai ramenés à Québec, ils voulaient visiter la vieille citadelle!

Amir Khadir

Saviez-vous que Sylvio, Sarko et Angela étaient parents avec Tony Accurso?

Jacques Duschesno

- Non? Sans farce. (Ébahi) Ah! maintenant je me disais, il y avait là une figure qui ne m’était pas inconnue. Mais comme j’étais en train de chanter C’t’en revenant de Chez Legault, je n’y ai pas prêté attention.

Amir Khadir

- Vous ne trouvez pas que cela vous lie étroitement avec la filière mafieuse soupçonnée d’être à l’origine de l’assassinat du Premier ministre? La veille de son assassinat, vous étiez au Manoir de Saint-Léonard des Résidences Soleil en train de fêter les parents des trois suspects, Sylvio, Sarko et Angela, que vous ramenez vous-mêmes, dans votre propre auto, à Québec!

Jacques Duchesno

- Mais c’est seulement circonstanciel. J’ai fait ça pour rendre service à des parents d'amis, moi.

Amir Khadir

- En cours de route de quoi avez-vous discutté?

Jacques Duchesno

- Bah! de choses et d’autres. Ils me posaient surtout des questions sur Québec. - Des questions purement touristiques.

Amir Khadir

- Comme…?

Jacques Duchesno

- Bah! le Château Frontenac, la terrasse Du-frein, le parcours du boulevard Charest, la porte Saint-Louis…

Amir Khadir

- Et que voulaient-ils savoir sur le parcours du boulevard Charest?

Jacques Duchesno

- Bah! D’où il partait, par où il passait, quel serait le meilleur endroit pour se poster si l’on voulait tirer un bandit qui franchirait le boulevard, où il se terminait, les voies de sortie, des choses de même, quoi.

Amir Khadir

- Leur avez-vous dit que le cortège de Premier ministre allait, ce matin du 22 novembre, s'engager sur ce boulevard?

Jacques Duchesno

- Bien sûr, je les ai même invités à venir y assister. Je les ai laissé d’ailleurs au terminus d’autobus, ils voulaient prendre une direction vers Sainte-Foy avant de visiter le vieux Québec.

Amir Khadir

-Et vous? Qu'avez-vous fait après les avoir laissés au terminus d'autobus?

Jacques Duchesno

- Je suis rentré chez moi, à mon hôtel. (Tout fière) Il y avait d’ailleurs un belle surprise qui m’attendait!

Amir Khadir

- Une surprise? Quel genre de surprise?

Jacques Duchesno (les yeux coquins, se pourléchant les babines)

- L’une de ces surprises qui frétille et se tortille. Ouais, mais puisque ma femme le sait déjà, je peux ben vous le dire…

Amir Khadir

- Dites-nous, en effet.

Jacques Duchesno

- C’était Mademoiselle Économie. (Tout souriant) Elle venait avec ses amis, me faire une visite surprise pour mon élection. Oh! Elle danse merveilleusement, mademoiselle Économie. Je comprends pourquoi les Libéraux en étaient fous. J’ai rien vu de plus beau depuis le show de Marie Chouinard. On a même pris une photo ensemble.

Amir Khadir

- Auriez-vous, par hasard, cette photo sur vous?

Jacques Duchesno (la tendant à Amir Khadir, tout heureux)

- Oui, là, vous voyez, c’est moi, avec à droite, le Panda étudiant, moi qui sourit avec des empreintes de rouges à lèvres sur la joue, mademoiselle Économie et la Bananarchiste.


Juge Charest (frappant de son marteau)

- Ça y’est! C’est clair maintenant que se sont les étudiants qui ont fait le coup.

Jacques Duchesno

- Les étudiants? Oh non! Ils étaient tous si gentils avec moi. Y en a même un, c’est le Panda je crois, qui m’a fait un massage des pieds pendant que mademoiselle Économie s’occupait du reste.

Juge Charest (scandalisé)

- Un foursome à part de ça! Monsieur Duchesno, vous êtes un naïf. Un gros bébé gâté. Vous vous prenez pour monsieur Net alors que vous êtes rien qu’un gros farceur assez plate et assez innocent pour vous faire détourner de votre devoir par une bande de mascottes et de danseuses poteau.  Allez! Retournez à votre place! J’appelle à la barre le docteur Gaétan Barrette, ministre de la Santé.

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- Êtes-vous prêt à jurer aur la Torah, les Évangiles et le Coran que vous allez dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Dites «je le jure».



- Je le jure.

Amir Khadir

- Vous venez d’entendre les déclarations du ministre Duchesno, est-ce que son témoignage vous surprend?

Gaétan Barrette

- Pas du tout. C’est un gros sans-dessein. Je l’ai toujours dit, même avant la campagne électorale, - à mes proches, va sans dire.

Amir Khadir

- Docteur Barrette, dites-nous ce que vous faisiez la veille de la date fatidique du 22 novembre 2012?

Docteur Barrette

- C'est bien simple, monsieur l'adjoint. Je présidais le congrès des médecins de famille du Québec pour leur assigner à chacun de nouvelles fonctions aux centres hospitaliers locaux.

Amir Khadir

- N’est-ce pas un peu contradictoire? Vous voulez que chaque médecin soit astreint à une famille, puis vous les envoyer faire de la clinique en même temps?

Docteur Barrette

- Oui, et c'est ce que vous auriez dû faire plutôt que de la politique! Nos médecins de famille sont tellement paresseux. Ils nous chargent une ausculation générale alors qu’ils soignent pour un petit rhume! C’est assez! Faut que ça change!

Amir Khadir

- Vous savez que beaucoup de médecins de famille parlent de se syndiquer parce qu’ils n’ont plus confiance dans leur ordre professionnel pour les protéger contre les mesures gouvernementales.

Gaétan Barrette

- Ils peuvent toujours rêver en couleur.

Amir Khadir

- N’est-il pas vrai que M. Michel Arsenault de la FTBC et son conseiller Rambo étaient présents le soir de votre conférence.

Gaétan Barrette (sa face s'empourpre)

- Oui, j’admets avoir entrevu ces deux individus.

Amir Khadir

- Ont-ils pris contact avec vous?

Gaétan Barrette (bégayant)

- Ou… oui.  Mais discrètement.

Amir Khadir

- Comment s’est déroulée l’entrevue? Que vous voulaient-ils?

Gaétan Barrette (regardant vers le bas)

- Monsieur… Monsieur Arsenault m’a demandé si je m’objecterais à la syndicalisation FTBC des médecins de famille.

Amir Khadir

- Qu’avez-vous répondu?

Gaétan Barrette (se râclant la gorge et regardant vers le haut)

- Que je ne me laisserais pas intimider.

Amir Khadir

- Et qu’a répondu monsieur Arsenault.

Gaétan Barrette (honteux)

- Ce n’est pas monsieur Arsenault qui m’a répondu.

Amir Khadir

- Et que vous a dit monsieur Rambo?

Gaétan Barrette

- Il m’a dévisagé avec son regard puis il m’a montré un poing américain à ses doigts repliés. C’est alors que monsieur Arsenault m’a demandé si j’avais changé d’opinion…

Amir Khadir

- Et?

Gaétan Barrette

- J’ai répondu qu’après y avoir mûrement réfléchi, (il se râcle à nouveau la gorge) la syndicalisation était un droit des travailleurs inaliénablement garanti par la Chartre des Droits.

Amir Khadir

- C’est tout?

Gaétan Barrette

- Non. Monsieur Arsenault m’a demandé si j’allais changer la loi, du moins juste un peu, pour laisser les médecins généralistes assez fâchés pour vouloir se syndiquer.

Amir Khadir

- Que lui avez-vous répondu?

Gaétan Barrette

- Que si c’était que de moi, j’ajusterais la loi en fonction des demandes des travailleurs syndiqués, bien entendu, mais je lui ai dit aussi que le Premier ministre s’y objecterait parce que son idée était arrêtée là-dessus. Un médecin en famille égal un médecin en clinique et… et vice versa.

Amir Khadir

- Que s’est-il passé ensuite?

Gaétan Barrette

- Ils se sont regardés tous les deux, puis ils se sont souris. C’est alors que j’ai vu que le monsieur Rambo avait un parapluie, dont je trouvais le manche assez gros et assez lourd. Je commençais à mieux respirer quand le monsieur Rambo en question m’a serré violemment à la gorge et m’a dit que si jamais je rapportais ce qui venait d’être dit, que je devrais watcher ma goupille si je ne voulais pas me voir dégonfler.

Amir Khadir

- Après cet entretien, vous n’avez pas pensé à appeler des agents de sécurité pour dire que vous veniez d’être victime d’une intimidation?

Gaétan Barrette

- Une intimidation? C’est vite dit. Disons, que nous avons négocié de façon très serrée… un partenariat publique privé.

Amir Khadir

- Et après?

Gaétan Barrette

- Je suis retourné dans la salle du congrès.

Amir Khadir

- À ce congrès, n’y avait-il pas l’un des médecins généralistes qui vous aurait aborder par hasard?

Gaétan Barrette

- Un généraliste? Non, ça fait des années que je parles pu à ces morons. Sauf à vous, en ce moment.

Amir Khadir

- Ah! vraiment. Non?

Gaétan Barrette

- Non.

Amir Khadir

- Pas même le docteur Ballard?

Gaétan Barrette

- Oh oui! Mais je connais le docteur Ballard depuis ma petite enfance, on était tous les deux ensemble dans la classe de madame Isabelle, en première année B.

Amir Khadir

- Donc, c’est un vieil ami.

Gaétan Barrette

Ami? Faut dire vite. Il a toujours cherché à décrocher des contrats des cafétérias d'hôpitaux, pour que l'on passe sa viande à chien aux patients. Il en a fait du fric avec les hôpitaux du Québec, le docteur Ballard. On engageait un cuisinier de l'École de Tourisme rien que pour donner une touche de goût, et l'impression que la nourriture était saine, mais même mes chiens en voulaient pas, du Ballard, sur leurs toasts.

Amir Khadir

- Et c'est de cela que vous avez-vous parlé, ensemble, ce soir-là?

Gaétan Barrette

- Non. De choses et d’autres. Il m'a demandé si j’avais toujours de la misère à monter les escaliers. Si je sentais toujours la swill. Si j’étais marié et si j’avais des enfants obèses. Il m’a demandé des nouvelles du Premier ministre. Il m’a même offert une boîte de petites rondelles ritz couvertes de caviar pour lui donner en cadeau. J'ai pas pris de chance. J'savais que c'était du Ballard qu'y avait dessus, je l'ai refusée. De plus, vous comprenez, notre parti ne doit rien à personne. Encore moins en tant que gouvernement.

Amir Khadir

- Qu’a été sa réaction?

Gaétan Barrette

- Il m’a semblé plutôt… contrarié. Oui, c’est ça, contrarié. Il a dit quelque chose comme «Aujourd’hui, il faut tout faire soi-même». Puis il m’a demandé si c’était vrai que demain le cortège du Premier ministre descendrait le boulevard Charest. Comme c’était de notoriété publique, je lui ai répondu que si.

Amir Khadir

- Et puis?

Gaétan Barrette

- Il est reparti en grommelant. Sans même me souhaiter bonne chance au ministère. Ce que j’ai trouvé plutôt insolent de sa part, surtout depuis le temps qu’on se connaît. Le sens des hiérarchies se perd au Bas-Canada!

Amir Khadir

- Qu’avez-vous fait après le congrès?

Gaétan Barrette

- Je suis monté à ma chambre, à l’hôtel.

Amir Khadir

- Puis?

Gaétan Barrette

- Ah! Il y avait une belle surprise qui m’attendait. C’était… C’était mademoiselle Économie, enveloppée nue dans un grand carré rouge. Je transpirais de partout rien qu’à la voir. Elle était là avec ses amis, le Panda et la Bananarchiste. (Sortant un cliché de son veston) Tenez. on a même pris une photo. Vous voyez, là, à gauche, c’est le Panda, puis moi, puis mademoiselle Économie, enfin la Banane.


Juge Charest (s’emportant, empourpré)

- Les étudiants. La filière étudiante. On en revient toujours à elle, je vous l’ai dit combien de fois. Allez-vous finalement comprendre que ce sont eux les auteurs du crime insensé d’avoir tué notre Premier ministre démocratiquement élu! C’est assez le gros, retourne t’asseoir.

Amir Khadir

- Il reste encore un témoin à entendre.

Juge Charest (furibond)

- Pour moi, la cause est entendue…

Amir Khadir

- Madame la ministre des Travaux Publics, madame Maude Cohen, je crois que celle-ci va nous apporter des précisions des plus précieuses.

Juge Charest

 - Bon, c'est quoi son maudit nom à elle? Ah oui! Maud Cohen, à la barre, pis vite… (Celle-ci se lève et se rend à la barre)

MAÎTRE DES MENUS PLAISIRS DE LA REINE (montrant 3 livres reliés)

- Êtes-vous prêt à jurer aur la Torah, les Évangiles et le Coran…



- Merci, je vais prendre seulement le premier, ce sera suffisant.

 MAÎTRE DES MENUS PLAISIRS DE LA REINE

 - Jurez-vous que vous allez dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Dites «je le jure».

Maud Cohen
- Je le jure.

Amir Khadir

- Dites-nous quelles étaient vos relations avec feu le Premier ministre François Legault?

Maud Cohen

- Des relations purement platonique.

Amir Khadir

- Platonique? Platonique, ou plate pour vous mais c'était un tonic pour lui?

Maud Cohen

- Je… Je ne sais pas de quoi vous voulez parler.

Amir Khadir

- Est-il vrai qu’ils vous a courtisé?

Maud Cohen (outrée)

- Oh! Pour être candidate. Rien de plus.

Amir Khadir

- Ne se lamentait-il pas à vos genoux en disant que lui, simple comptable agréé, n’était qu’un misérable ver de terre amoureux de la luminosité scintillante d’une étoile au firmament qui n’était nulle autre que vous?


Maud Cohen

- D’où tenez-vous ces informations?

Amir Khadir 

- De Ruy Blas peut-être? (Manipulant une enregistreuse où l’on entend la voix de)

François Legault

- Maud, je ne suis qu’un misérable ver de terre caché sous mon C.A., alors que vous êtes juchée, comme une étoile scintillante au firmament, tout au haut de avec votre doctorat d’ingénieur. (Khadir interrompt l'enregistrement)

Amir Khadir

- N’est-ce pas là une déclaration d’amour?

Maud Cohen

- Oh! si peu! Un amour de papiers, rien de plus.

Amir Khadir

- J’ai quelques photos prises de vous, au cours des jours qui ont précédé l’assassinat du Premier ministre. Voudriez-vous dire à la Commission, qui se trouve sur chacune de ces photos?

Maud Cohen (gênée)

- La première… c’est moi… avec monsieur Rambo.

Amir Khadir

- Et voulez-vous nous dire ce que vous lui remettez en main propre.

Maud Cohen

- Le vieux parapluie de mon père.

Amir Khadir

- Et pourquoi un tel cadeau sentimental à monsieur Rambo?

Maud Cohen

- Seulement un gage d'estime de l'Ordre des Ingénieurs du Québec pour les défenseurs des droits des syndiqués de la construction. Absolument pour rien d'autres.

Amir Khadir

- Ce parapluie ne cachait-il pas un Mannlicher-Carcano modèle 1938 par hasard?

Maud Cohen

- Je ne sais pas. Je ne l’ai jamais essayé.

Amir Khadir

- Et sur cette autre photo, qui y voyons-nous?

Maud Cohen (encore plus gênée)

- C’est monsieur Accurso et moi…

Amir Khadir

- Il semble vous le serrez de près sur cette photo.

Maud Cohen

- Oh! C’était pour l’anniversaire de sa vieille grand-mère. Il y a là aussi ses cousins, ou je ne sais quoi. Sylvio, Sarko et …Angela.

Amir Khadir

- Et Angela, sur quoi se frotte-t-elle?

Maud Cohen

- Je ne me souviens plus. Je crois que c’est… c’est…

Amir Khadir

- Un Mannlicher-Carcano modèle 1938, par hasard?

Maud Cohen

- Oh! mais je ne lui ai pas donné celui-là.

Amir Khadir

- Et cette troisième photo? Qu’y reconnaissez-vous?

Maud Cohen

- Moi, avec le docteur Ballard. Oui, nous avons eu un temps une certaine relation. Tout à fait platonique, d’ailleurs.

Amir Khadir

- Toutes vos relations me semblent platoniques. Sauf que cette photo a été prise à la cueillette de pommes, trois jours avant l’assassinat du Premier ministre. Et dites nous, que vous montre-t-il en ouvrant son imperméable?

Maud Cohen (se cachant les yeux)

- Oh! C’est trop obscène…

Amir Khadir

- Ne serait-ce pas un Mannlicher-Carcano modèle 1938?

Maud Cohen

Oui, j’avoue. Mais c'était seulement un gage d'estime de l'Ordre des Ingénieurs du Québec pour les défenseurs des droits des animaux. Absolument pour rien d'autres

Amir Khadir

- Et cette dernière photo.

Maud Cohen (plus joyeuse)

- Oh oui! Je me souviens. C’est la nuit précédant le meurtre de monsieur Legault. J’étais rentrée chez moi et devinez qui m’attendait? Mademoiselle Économie avec l’ours Panda des étudiants et la Bananarchiste. Vous voyez, à droite, c’est le Panda, puis moi, puis la Banane enfin mademoiselle Économie.

Juge Charest

- Est-ce que c’est mademoiselle Économie qui vous a fait le strip tease?

Maud Cohen

- Non, c’est la Banane qui descendait sa fermeture éclaire, bien bien lentement, en suivant le rythme d'une musique hooot! C’était frivole je le reconnais. Mais quelle banane!



Juge Charest (s'écriant)

- Mais ils sont-ils donc tous corrompus, ces caquistes! Et ça, rien qu'après un peu plus d'un mois de pouvoir! J’en ai assez entendu! C’est la filière étudiante. Il n’y a plus aucun doute dans mon esprit. Je déclare les séances de la Commission clauses et je m’en vais de ce pas rédiger mon rapport. Je pense bien qu’en 888 pages, je pourrai étayer tous les témoignages et les raisonnements du sens commun qui font que les auteurs de l’attentat qui ont coûté la vie à notre bien-aimé Premier ministre (s'étouffant) François Legault, ont été commandité, ordonné, accompli, exécuté, camouflé par la filière étudiante en association avec des membres corrompus de l'entourage du Premier ministre. Nous avons déjà des noms et des descriptions donnés par l’agent Quintal. Guy Fawkes, Guy Mickey, Guy Patof, Guy de La Rigaudie; je vais émettre des mandats d'arrestation et d'amenés pour ces assassins. Ils sont de l’UQAM, ils portent le carré rouge sous leurs vestons, ils n’ont qu’à bien se tenir⌛

Montréal
26 août 2012

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