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lundi 14 novembre 2011

Le C.A.Q. à Legault

Colonisation de l'Abitibi

LE C.A.Q.  À LEGAULT

Je me souviens d’une journée ensoleillée du printemps 1979, lorsque Pierre Elliot Trudeau, au volant de sa petite décapotable, lança aux journalistes qui savaient déjà la nouvelle: «Belle journée pour démissionner, n'est-ce pas?». Aujourd’hui, lundi 14 novembre 2011, c’est aussi une belle journée, mais pour voir deux choses qui semblent se renvoyer l’une à l’autre: d’une part notre bien-aimé François Legault qui officialise sa Coalition pour l’avenir du Québec - le CAQ, que les humoristes traduiront bientôt en «caca Legault» et qui laisse prévoir un rapide ralliement à l’ADQ -, et l’ex-ministre libéral Thomassi entrer en cour pour y subir son procès de corruption. Cela ressemble aux deux extrémités d’un même tube digestif. Là, comment on y entre en politique; ici, comment on en sort.

Ne soyons pas cynique, ni hantés par un esprit négatif. Restons positif! La fondation de tant de partis politiques au Québec ne doit-elle pas être lue comme un signe de santé pour la démocratie. Il y a six mois, l’homme à abattre était Amir Khadir, et il n’inquiétait pas davantage les Libéraux car son parti plafonne. La bête est superbe mais l’espèce n’est pas dangereuse. Dans le cas de la Coalition, la bête est moche mais l’espèce est dangereuse, ce qui fait sortir Jean et Pauline de leurs gonds …et la porte des vieux partis tend à s’abattre derrière eux, à l’exemple du raz-de-marée orange dans la Province de Québec le jour des élections fédérales du 2 mai 2011. Cette réaction panique a fait dire des choses abominables. C’est ce qu’il y a de plus important à tirer de l’arrivée de François Legault en politique. Son programme laisse songeur, sa praxis douteuse, n’ayant qu’une vision de société obsédée par l’éducation afin de fournir des technocrates aux petites entreprises où il puisera sa clientèle dans l’avenir. Mais la peur qu’il instille dans les artères sclérosées du Québec politique, c’est tout autre chose.

Jean Charest, dont on constate le peu d’imagination depuis qu’il a perdu son scripteur de discours, se rabat sur la filiation souverainiste de Legault. Il confirme ainsi ce que Thomas Mulcair dit de lui: un être superficiel, qui n'approfondit pas ses dossiers et reste en surface. Ses récentes valses hésitations et reculs nous montrent une certaine fatigue de son leadership. Aucune teneur. Aucune analyse concrète. Et si M. Charest a beaucoup d’amis, ils ne se retrouvent pas sur Facebook. CQFD. Bref, c’est un premier-ministre moliéresque: Sganarelle, Diafoirus, Purgon, Jourdain. C’est ainsi que de bas en haut, les enveloppes se passent de main en main.

Ma tante Pauline, par contre. Oh là! là! Le Parti Québécois, c’est lui qui a asséné le pire coup quand il a rappelé que Legault se montrait jadis «impatient» dans le dossier de la souveraineté. On se serait attendu à voir là un argument de Jean Charest pour déstabiliser le nouveau venu; mais le coup est venu du parti souverainiste lui-même, en se servant de sa propre option pour effrayer sa clientèle électorale au cas où elle serait attirée par le nouveau venu. Aussi, en vue d’abattre un ex-collègue devenu adversaire, c'est dans son propre dos, c'est-à-dire dans sa propre option indépendantiste, que le coup de couteau péquiste a porté. C’est ce qu’on appelle être «traître à soi-même», et nous révèle la vraie utilité de l’option indépendantiste dans la stratégie unioniste du Parti Québécois. C’est ignoble. Abattre Legault ne demande pas beaucoup d’effort. Frappez-le du moins devant sans vous porter à l’arrière de vous-même, comme des lâches.

Québec-solitaire, pardon! -solidaire, par la voie de sa co-cheftaine Françoise David, a mis le doigt sur le bobo de Legault: c’est un «ni-ni»: ni souverainiste ni fédéraliste, ni libéral ni protectionniste… Serait-ce un mystique qui ferait de la politique négative? Comme le veut la définition de Péguy de la décadence: ce qui commence par la mystique finit en politique? Mais non, pas besoin de s'élever à ce niveau-là. C’est un surfer d’idées toutes faites, sans consistances autres qu'administratives. Ce n’est pas la clientèle de Québec-solidaire qui va éprouver le plus de perte avec l’arrivée de Legault, mais Legault a des hommes d’affaires et des carriéristes dans son parti, alors que Québec-solidaire ramasse surtout des petits-bourgeois fortunés plateaupithèques, quelques vieux cocos qui rêvent d’un «second début» de luttes de classes et de dictature pasbonàrienne et le retour aux grandes manifestations de foules de jadis qu'ils commandaient en scandant autant de cris primals.

Le seul parti à frétiller, c’est l’ADQ, qui n’a plus de chef depuis le départ de Mario Dumont. Delteil, c’est pour la galerie. Il n’a même pas sa marionnette à Gérard D. Laflaque, alors que Justin Trudeau au moins… Gageons que celle de François Legault est en traitement dans les studios multimédia où se fabrique la populaire émission. Une «coalition Coalition pour l’Avenir du Québec et Action démocratique du Québec» serait la bienvenue pour lui permettre de devenir, au moins, l’opposition officielle à la prochaine élection. Voire même, encore un p’tit coup de prostate mon François, pour devenir Premier-ministre… Ce qui serait l’équivalent de la réalisation du troisième secret de Fatima! Pôvre Québec!

Enfin, il y a le potentiel parti de Jean-Martin Aussant, député péquiste démissionnaire qui a fondé une sorte de Parti Québécois de gauche (côté souveraineté), qui s’appelait d’abord Option Québec, mais comme le nom existait déjà et appartenait à un vieux fédéraste, a dû se rabattre sur Option nationale. Ce qui est amusant à observer, c’est combien du P.Q. à Q.S., à C.A.Q. enfin à option nationale, les logos semblent procéder d’un même design. Le Q étant la lettre à partir de laquelle il faut faire tantôt un cerf-volant (Q.S.) ou tout simplement une reprise du vieux logo du P.Q. du temps où la queue du Q était encore rouge (elle est devenue verte pour faire «écolo»), le tout incliné vers le dos (C.A.Q.).

François Legault, et il faut étudier ses propositions avec toute la concentration mentale que cela exige, donc ne pas se laisser déranger par des pensées de travers, a rassemblé toute sa consistance intellectuelle en 20 points. C’est déjà mieux que le président Wilson, qui n’en avait que 14, mais moins que Lénine, qui en avait 21! Legault est toutefois nettement inférieur au mystique André Frossard, qui avait rencontré Dieu chez Fayard et dénombrait 36 preuves de l’existence du diable. D’où que j’attends le prochain qui viendra m’obstiner que les sciences sociales ne sont pas des sciences exactes!

Les 20 actions proposées par la Coalition Avenir Québec sont partagées en cinq blocs: Éducation, Santé, Économie, Langue française et culture, enfin intégrité dans la gestion publique.

Dans la section Éducation, les 5 points sont:
    * Augmentation du salaire des enseignants assortie d'un
    * processus d'évaluation
    * Abolition des commissions scolaires
    * Mesures ciblées pour lutter contre le décrochage scolaire.
    * Rehaussement du financement des universités.

Ancien ministre de l’Éducation dans le gouvernement Bouchard, commencer par une augmentation de salaire, c’est plutôt inusité, il faut le reconnaître. Et les enseignants seraient tout à fait d’accord s’il n’y avait pas la condition préalable du processus d’évaluation. Évaluation faite par qui? Selon quels critères? Avec quelles pénalités? Aucun professeur n’aime voir des étrangers venir se mêler de son enseignement dans sa classe. Déjà les mesures de resserrement de la pédagogie et des programmes ont entraîné, au cours des différentes réformes, des frustrations majeures. L’augmentation, si agréable à prendre, est suivi d'un arrière-goût amer. Entre l'enveloppe et la poule, que prendront les enseignants du Québec? L’abolition des commissions scolaires est courageuse également (ou inconsciente), car ces organismes, qui n’ont plus leur raison d’être au moins depuis la fondation du Ministère de l’Éducation, sont des sangsues où se passent les contrats généreux d’entretiens des écoles, de fournitures d’équipement, de manuels scolaires, occasion de népotisme et autres dilapidations de ressources qui nuisent bien plus qu’ils ne favorisent le développement scolaire. Trop de liens entre les partis politiques municipaux et les commissions scolaires les unissent pour ne pas soupçonner des «fraternités» pégreuses. Mais aucun parti politique provincial, et la chose se comprend, n’a osé, depuis quarante ans, en finir avec ce chancre mou de l’éducation au Québec. Lutter contre le décrochage scolaire est plus une prière qu’une stratégie songée qui en reste à des exsudations d’exercices physiques pour épuiser le testostérone, comme si les garçons n’avaient que des muscles et pas de cervelle et que seules les filles pouvaient, dans l’avenir, contribuer de manière cérébrale à l’avancement du Québec. Legault, comme la majorité des Québécois, n’a pas compris que l’école ne convient pas à tout le monde. Que les décrocheurs ne sont pas nécessairement des garçons en overdose de testostérone. Que ce processus de nivellement social des individus n’est fait qu’en fonction d’exigences extérieures: le «marché de l’emploi» si mal nommé, le service publique, l’occupationnel, afin de rassurer les parents que leurs enfants ne se dévergondent pas dans les ruelles, l’aliénation par la job comme par les loisirs. Dès qu’un jeune pas trop bête a compris ça, les vertus de l’éducation se dissipent en fumée, et M. Legault n’est sûrement pas un pédagogue de la trempe du docteur Neill. Ce n’est sûrement pas lui qui va ramener «l’enfant au cœur du projet éducatif». Enfin, son rehaussement des revenus universitaires, c’est bien beau, mais où prendra-t-il l'argent? Dans la poche des étudiants plus sûrement que dans celle des compagnies. Les Universités aiment bien recevoir de l’argent, mais elles aiment en disposer comme bon leur semble. Les cocktails, la publicité, les gadgets électroniques, la concurrence internationale, la réputation de «rock stars» universitaires au football ou en sociétés savantes; tout cela cache le vide profond de ces institutions qui ne dispensent plus que des formations du niveau de celles données par les cégeps de mon temps (1970). Et encore. Bref, ce bloc est sans contredit le plus innovateur en même temps que le plus accessoire au programme du CAQ.

Le deuxième bloc concerne la Santé, vieux leitmotiv de la seconde campagne électorale de Jean Charest qui lui avait fait gagner son premier mandat:
    * Un médecin de famille pour chaque Québécois
    * Abolition des Agences de santé et de services sociaux
    * Financement des établissements de santé selon le volume de soins dispensés
    * Réduction du coût des médicaments
    * Plan de développement de l'entreprenariat
    * Redéfinition de la mission d'Investissement-Québec

Ici, apparaît le miracle du «médecin de famille» pour chaque Québécois. Évidemment, comment résoudre la question de la pénurie de médecins qui sont présentement en formation? Ce n'est pas une question de manque, c'est une question de délai. Le vrai problème réside à savoir qui sera prêt à s’exiler en région, à Hérouxville par exemple, pour accumuler une petite fortune et ne pouvoir la dépenser qu’au bowling local une fois par semaine? M. Legault est encore au temps du bon docteur Marignon des Belles Histoires des Pays d’En-haut, à moins d’être doté d’une vocation spirituelle, les médecins de campagne sont plutôt rares parmi ces jeunes formés dans des milieux urbains où les distractions sont plus nombreuses qu’en région. Il y a bien le «service obligatoire», solution militariste, en vue de palier la fracture ville/campagne, mais la médecine de demain sera ultra-spécialisée, donc les malades devront être rapatriés tôt ou tard en ville, dans les grands centres hospitaliers, pour y subir les examens et les interventions. Plutôt que de perdre son temps à aller au-devant des malades, attendons tout simplement que les malades viennent à nous! Les petits mots de tête et les gastros, ça se passe avec les conseils d’un pharmacien. Le «médecin de famille» est une formule qui vise plus à rassurer une clientèle électorale toujours de plus en plus angoissée des moindres symptômes de défaillance du corps que d’une nécessité médicale qui trouve d’autres services palliatifs. L’abolition des agences de santé équivaut à l’abolition des commissions scolaires en Éducation. Bon débarras, tant elles se désolent de leur incapacité à fournir un service lorsque nous le requerrons. Le financement des soins de santé en fonction des services est une tarification à l'acte plutôt qu’une enveloppe assurée. Médecins et chirurgiens habitués à la «castonguette» n’en seront pas contents; d’autant que c’est de mauvaise politique: le gouvernement, en payant à l'acte, encourage la multiplication d’interventions en tous genres, certaines mêmes qui seront douteuses. C’est revenir à une médecine d’avant l’assurance-maladie, du temps lorsqu’un chirurgien avait ouvert le ventre de ma mère, y croyant trouver je-ne-sais-quoi, pour s’apercevoir qu’il ne s’agissait que d’accumulation de gaz. Comme si le système n’était pas assez engorgé, la politique Legault va entraîner un accroissement encore plus grand de demandes de services. La réduction du coût des médicaments, c’est de l’interventionnisme d’État dans le libre-marché pharmaceutique, l’un des mieux en garde sur la défensive. David Legault contre Goliath Merck Frost? Ça reste à voir.

Reste aussi la question à savoir pourquoi le Plan de développement de l'entreprenariat et la redéfinition de la mission d’Investissement-Québec ont été insérés dans le bloc de la Santé, alors que le bloc suivant concerne précisément l’Économie:
    * Investissements accrus au Québec par la Caisse de dépôt et placement
    * Création d'un Fonds des ressources naturelles du Québec
    * Stratégie de développement économique des régions et de la métropole
    * Remboursement de la dette publique avec les redevances des ressources naturelles

Rien là de très original. Le gouvernement ne peut pas gérer la Caisse de dépôt et placement comme un ministère. L’idée de création d’un Fonds des ressources naturelles a déjà été reprise par le gouvernement du Québec qui vise à avoir de meilleures redevances des exploitations minières et hydrauliques. Parler de stratégie de développement des régions suppose, avant tout, à savoir si ces régions seront développées comme source de ressources naturelles (secteur primaire) et entreront dans une colonisation toujours plus forcée, ou si des entreprises de transformations (secteur secondaire) reviendront s’installer à l'extérieur des grands centres. Pour qu’un secteur tertiaire puisse fonctionner, il lui faut et de l’un et de l’autre des deux premiers secteurs, sinon les régions finissent par être abandonnées au profit de Montréal, la «locomotive» selon Legault du développement économique du Québec, ce qui vise à ne rien de moins que ramener la dépendance des régions à l'assistance sociale du gouvernement. Évidemment, ce Philothée de Lucien ne pouvait ne pas nous revenir avec l’obsession du remboursement de la dette qui se ferait à partir des redevances des ressources naturelles. L’abolition unilatérale de la dette, qui nous forcerait à nous redévelopper selon la dynamique du «lâche ton grabat et marche», est trop audacieuse pour Legault. Alors que les Indignés sont prêts à se faire geler le cul tout l'hiver pour que l’on rompe la domination terroriste des financiers, nous, on est prêt, encore une fois, à leur manger dans la main. Le travail humain d’une population qui souffre de désœuvrement, qui stimulerait l’estime de soi et la richesse nationale, vaut bien des prêts de milliards de dollars qui sont autant de chaînes de papier que le sage Solon, dans l’Antiquité, n’avait pas résisté à rompre afin d’éviter qu’Athènes ne s’enlise dans le marasme économique et les guerres de classes. Avec un tel esprit conservateur et stérile, c’est à se demander où Legault et Sirois puiseront les millions qui devraient conduire ses réformes éducatives et de santé au plein succès.

Le bloc concernant la Langue française et la culture se limite au vieux programme péquiste:
    * Accroissement des ressources pour l'intégration des immigrants à la majorité francophone
    * Plafond de 45 000 immigrants pendant deux ans
    * Renforcement du rôle et des pouvoirs de l'Office québécois de la langue française
    * Recours au besoin à la clause dérogatoire pour abolir les écoles-passerelles

Stopper l’immigration n’est pas mauvais en soi. De plus, cela fait saliver les adéquistes depuis des années. Si nous n’arrivons pas à intégrer les immigrants que nous avons déjà dans les différents secteurs de travail ou dans la redistribution régionale, il est inutile d’amplifier le fardeau des immigrants à intégrer. L’affaire des écoles-passerelles est un abcès ponctuel: on n’intègre pas ça dans un projet de société. Ce que les 20 points de Legault ne sont visiblement pas. Le programme concernant la culture est aussi vide que le sont ceux des Libéraux et des Péquistes. Heureusement, il y a Ottawa qui financera toujours la culture québécoise, mais avec les conservateurs qui considèrent la culture comme affaire de marché propre au secteur privé, la crise du financement de la culture risque de s'aggraver. Legault n’a définitivement rien à proposer dans ce domaine.

Enfin, l’Intégrité dans la gestion publique est, là aussi, une réponse à des abcès ponctuels que les gouvernements précédents ont laissé s’envenimer:
    * Création d'un poste de Commissaire à l'intégrité de la vie publique
    * Révision des règles d'attribution des contrats publics

Les anecdotes de corruption et d’enquêtes, et de commission d’enquêtes sur la corruption, sont des dérivatifs utiles à des gouvernements qui n’ont aucun projet de société, aucune théorie socio-économique nouvelle pour pallier aux répartitions inégales de la richesse. On court après des lièvres que nous cachons soigneusement dans leur cagibi. La dégradation est ici morale autant que sociale. Le mal est rendu trop loin pour qu’un simple «commissaire» à l’éthique supervisé par le gouvernement suffise à résoudre la choses. Si il y a tant de partis politiques qui recrutent de nouveaux joueurs, c’est peut-être moins un signe de santé démocratique qu’une course aux enveloppes brunes, puisque c’est intéressant de faire de la politique quand des bonus nous tombent du ciel, à gauche (des syndicats), à droite (des entrepreneurs). Accorder tant d’importance à ce qui écœure le simple citoyen de la politique, c’est déjà montrer tout l’opportunisme qui se dissimule derrières les motivations de Legault et Sirois.

Mais au-delà de ce déjà vu? Voici deux hommes d'affaires qui se disent inquiets du manque de relève dans le domaine de la business, et prônent la création d'entreprises dans la province. C’est le constat du néo-colonialisme qui enveloppe non seulement le Québec mais tout le Canada. Les hommes d’affaires fondaient jadis des banques, des compagnies de chemin de fer, des industries dans un secteur ou dans un autre, selon les ressources naturelles de l’endroit. Maintenant que le Québec s’est départi de son secteur secondaire et que son secteur primaire est détourné vers l’industrie gazière et pétrolière internationale, de minerais extraits ici et transformés ailleurs, il est évident que la pauvreté des classes moyennes va suivre - et de fait est déjà en train de suivre - la voie de la «prolétarisation».

Le CAQ à Legault est un produit de cette tendance lourde de régression économique et sociale amorcée depuis une vingtaine d’années. Nous avons bradé les acquis du dernier demi-siècle sous différentes pressions d’intérêts privés en pensant que nos grands bourgeois deviendraient plus riches et que nos petits-bourgeois ramasseraient mieux que des miettes tombées de la table du banquet. Or, c’est la poule aux œufs d’or qui a été rôti chez Saint-Hubert et la branche sur laquelle le Québec était assis qu’on a sciée. La régression collective nous ramène au temps de Taschereau et de Duplessis, incapables de résorber une crise économique qui les dépassait, recourant à des issues qui se sont avérées, surtout pour les naïfs qui y ont cru, à des vies gâchées sur des terres infertiles  en région (Abitibi, Gaspésie), dans des petites villes qui sont longtemps restées des chantiers inaccomplis. (Shefferville, Gouin). Tel était l’état du Québec en 1960. Certes les grands centres progressaient, s’américanisaient, amassaient des fortunes, mais la pauvreté en région restait non plus celle de l’idylle du Curé de Village mais plutôt le monde de la Scouine ou de Séraphin. Le réalisme chantait autrement les bienfaits de la colonisation. Grands espoirs, petits résultats. Du moins, le Québec y avait-il atteint une certaine autonomie; une conscience de son aliénation en même temps qu'une capacité de faire (les grands barrages). Ce qui permit à la génération des baby-boomers d'emmagasiner des projets de développement, des «utopies» politiques nationales et sociales, une créativité, une inventivité culturelles incomparables dans son passé, bref, tout ce qui avait valeur de dynamo sur le cours de l'avenir du Québec. C’est de ce temps passé dont nous souffrons la nostalgie. Et la voie régressive suivie par le Québec entraîne certains partis politiques à s’imaginer réécrire l’histoire en marchant dans les traces des grands prédécesseurs de 1960.

Mais voilà, ni Aussent, ni Legault, ni Delteil, ni Khadir n’ont les pieds faits pour chausser les souliers des Lapalme, Lévesque, Gérin-Lajoie, Laurin, Parizeau et autres hérauts de la Révolution tranquille. Aussi apparaissent pitoyables et douteux les moyens des années 50-60 resservis à la sauce 2010-2020 (la recolonisation du Nouveau-Québec [le Plan Nord], l’éducation portée vers les études supérieures, et la diminution des coûts de santé sans toucher à l’efficacité médicale). Le C.A.Q. se veut la répétition adaptée de la Révolution tranquille de 1960. Et c’est pour ne pas avoir lu Marx et son 18 Brumaire de Louis-Bonaparte, que Legault et consorts ignorent que l’imitation d’une répétition tragique de l’histoire ne peut que se reproduire en farce. Si Fernandel vivait encore, il chanterait ainsi son Nono et Nana:


Il s'appelait Legault.
Il s'appelait Sirois.
Il venait de Rousseau.
Et pensait devenir roi.

C'est comme ça.
Que ça se passa.
Entre Legault et Sirois.

De la Révolution tranquille au caca-Legault. Belles promesses, résultats à venir: aucun. À part «une petite secousse» dans les intentions de vote… C'est comme ça, que ça se passera entre…

Montréal,
14 novembre 2011

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