VENEZ PARTICIPER AU FORUM DE LA SOCIÉTÉ D’ÉTUDES ET DE RECHERCHES EN PHILOSOPHIE DE L’HISTOIRE (S.E.R.P.H.) À L’ADRESSE FACEBOOK : https://www.facebook.com/groups/SERPH/?pnref=story

POSEZ DES PROBLÉMATIQUES,
SUGGÉREZ DES DÉBATS,
RÉPONDEZ ET INTERVENEZ DANS LES DISCUSSIONS EN COURS.
C’EST GRATUIT, ET POUR AUTANT QUE VOUS VOUS INTÉRESSEZ AUX QUESTIONS DE CIVILISATIONS, DE CULTURES, DE SOCIÉTÉS, IL VOUS SERA POSSIBLE D’ÊTRE UN SPECTATEUR ENGAGÉ DANS LE MONDE EN CE PREMIER XXIe SIÈCLE.

mercredi 8 juin 2011

Ma tante Pauline au carnaval de Venise


MA TANTE PAULINE AU CARNAVAL DE VENISE

(Drame épique inédit et retrouvé de Goldoni ±1711)

En ce tumultueux printemps de cette année,
alors que les eaux des rivières avaient suffisamment monté
pour que les canaux de Venise débordent sur les rives,
au Sénat, les doges se disputaient devant l’âtre
du projet de construire un superbe amphithéâtre,
où les gladiateurs s’affronteraient sur glace vive,
au grand plaisir des foules assoiffées de combats
de crosses et de crosses de combats.


Le tyran Charestio avait décidé de se payer la tête de la Césarienne
qui, menton relevé, supportait plutôt la sainte Flanelle.
Elle se flattait le ventre en disant que son polichinelle
serait le Québec souverain en devenir,
et qu’avec une association de type particulier, souveraine
d’un océan à l’autre, elle finirait par aboutir.

Arriva alors son fou, nain bossu tout de bleu vêtu,
qui lui susurra à l’oreille bouclée de nacre
que les choses pourraient s’améliorer, pourvu
qu’elle promeuve au Sénat son projet d’amphithéâtre.
Moins Pepsi que Red Bull, le fou tout de bleu vêtu
s’était associé à l’âme damnée, le Capitan Pélâdo,
qui ambitionnait bien de défier Charestio,
dont la tyrannie à Venise était visée par la Césarienne
qui gagnait peu dans l’estime des courtisans et des citoyennes.

Celui-ci passa donc un contrat avec le fou tout de bleu vêtu
s’engageant à financer, avec le Sénat en association,
la construction et la gestion de l’amphithéâtre en question.
En récompense du financement qu’il apporterait,
les années bénéficitaires, les recettes partagées seraient:
10% pour Venise et 90% pour Pélâdo le têtu;
et en années déficitaires, les recettes équilibrées
à 50/50, considérant intérêts et capitaux risqués.

Tout entier à son orgueil narcissique, le fou tout de bleu vêtu
leva des marches bleues, des disco bleues, des bonshommes Carnaval bleus
et des yeux tout de bleus entourés, afin d’impressionner la Césarienne
aussi bien qu’il avait su convaincre le tyran Charestio; et tous deux
se dirent séduits par une démarche commune auprès des sénateurs,
prêts à protéger l’entente contre les factions et les diviseurs.

Mais le tyran Charestio était malin.
Il comprenait combien tant de vertus cachaient de venin,
et tendit donc un piège diabolique à la Césarienne,
pour que celle-ci se discrédite en plein Sénat réuni,
lui proposant l’initiative du projet de loi, à elle et à son Parti:

Vous serez, ma chère, conquise par le projet
D’autant plus que nous en gèrerons les déchets.

Et la Césarienne se laissa tenter,
mais pas suffisamment encore pour appuyer.
Alors le fou tout de bleu vêtu à elle se présenta
avec moult enveloppes bleues contenant,
non des billets verts, mais des votes suffisants
pour le jour où viendrait le renouvellement au Sénat.

Vous verrez, très chère, que nos bons vénitiens
Ne seront point ingrats envers vos baladins.

Mais la Césarienne hésitait toujours sur les torts.
N’était-ce point là un piège de ce vilain Charestio, rusé et retors?
Alors, le fou tout de bleu vêtu, afin de témoigner des intérêts sincères
fit venir Pélâdo en personne en commission parlementaire:

Vous conviendrez, si chère, que le polichinelle en votre tiroir avez,
Aura besoin de bons spectacles afin de bien assurer sa souveraineté!

À ces mots, la Césarienne n’en puis plus,
elle qui se voyait déjà sur le Bucentaure
épouser le Golfe Saint-Laurent et le Labrador.
Elle conseilla à son Ange Maltais de briser les Faucons
qui voudraient regimber au projet, en usant d'un bâillon
s’ils osaient encore se rebeller et faire front.
Ainsi fut fait et le scellé fut apposé à l’Opposition.
Le tout était prévu pour être célébré au grand bal,
tenu le soir même lors du Carnaval.

Un visionnaire avait pourtant prévenu la Césarienne
de ne point aller avant en cette soirée vénitienne.
Mais sûre de sa cote de mailles de 93% de satisfecit
donné avec enthousiasme par son Parti,
elle saurait parer tous les coups.
Aussi demanda-t-elle à l’esprit chagrin:

Qui sont ces fourbes qui fourbissent sur nos têtes?

Lorsque celle-ci s’avança parmi la foule chamarrée
de multiples coloris qui, comme des perroquets,
Khadir! Khadir! Khadir! jacassait,
les trois âmes tristes se faufilèrent jusqu’à la député.

Les trois criminels revêtus de déguisements inquiétants,
- on n’en avait plus vu de tels depuis le masque de la Mort Rouge
à la soirée du regretté comte Prospero, dont elle se réclama l’épouse -,
lentement s’approchèrent d’elle dans de reptiles mouvements.
La première des âmes damnées s’adressa d’une voix grise
se disant de Rosemont, pour que la Césarienne la reconnaisse
sous son déguisement jaunâtre de
grill-cheese.
Innocemment, sans mégarde, elle la prend par la graisse:
Et vous, ma chère, quels seront vos projets pour demain?

Avec mon amie Lisa, nous admirerons chez Birks
Toutes les petites cuillers d’argent et d’étain.

Et la vilaine frappa - de toutes ses forces et sans dire mot.
La Césarienne reçut stoïquement le coup
qui ne provenait non plus dans le dos,
comme à l’ordinaire dans son Parti
sepuku;
mais bien en plein ventre,
plus précisément en plein bas-ventre.
Sa matrice, qui portait le Québec souverain en devenir,
révulsa et du fond de la gorge, on entendit gargouillir,
perpendiculairement au menton, et de la bouche un flux sortit
suivi d’un affreux «Couic!» (ou
Quick?, en version anglaise).

Perfide! Toi, que René venait border dans ton lit!
Est-ce bien toi qui vient de me frapper ainsi?

Puis, la seconde âme sinistre approcha,
portant une immense tête géante aux cheveux montés,
tenant sous son manchon le poignard empoisonné
par une ciguë que son mari concocta
dans des fonds de jarre de vin de son cépage.
Cette fois-ci, la Césarienne l’entendit, crier avec rage:
À l’Élysette je finirai par t’empêcher d’y entrer!

Tu te venges, chienne, car de ton Jacquot
de belle-mère je l’ai réduit en petit chiot?

Enfin, d’un autre sexe, mais au sourire surdenté
qui ne pouvait que bien l’identifier,
le troisième, par un saisissant contraste
sous son grand chapeau noir, la face voilée d’un masque,
frappa avec toute la force de son bras de comédien
que la politique avait réduit à un presque-rien, un histrion.
C’est alors que la Césarienne fut saisie d’une vision
sous ce coup vicieux, entendant cette voix dans un nuage
sortir dessous sa cape, nasillarde, ricanant, glapissant:
Non, je n’étais pas avec Pauline à la plage.

Tu quoque mi fili!
Ah! ce méchant Curzi.

Exhala-t-elle dans un souffle amer.
Atteinte par les coups portés par les sicaires,
la Césarienne expulsa son polichinelle, mort.
Le crime était irréparable. Et le Sénat, à tort,
jugea que le rejet d’ovaire pouvait être transféré
sur la rue Beaubien, chez Urgel Bourgie où le salon
était dans le comté même de la scélérate de Rosemont,
là où on le recyclerait dans le cercueil bien nettoyé
dans lequel, la semaine précédente, Alys Roby avait reposé.

Et c’est ainsi que s’acheva la vie fœtale du Québec souverain en devenir,
saisi par la mort à l’intérieur même de l’utérus de ma tante Pauline,
étendue en pleine assemblée, estomaquée et avortée. Les triumvirs,
au-dessus de cette petite dépouille hirsute et sublime,
se désolèrent de voir le tyran Charestio se tordre les côtes et la bedaine.
Qui, reprenant la réplique finale du bouffon Pagliacci,
de l’opéra de Léoncavallo, après avoir trucidé femme et ami,
lança ainsi à la face de l’Opposition, sinistre calembredaine,
à travers un rire strident et des spasmes violents:
La commedia è finita!
P.S. Les heures d’ouverture du Salon Urgel Bourgie de la rue Beaubien sont de 2 h. à 4 h. l’après-midi et de 7 h. à 9 h. en soirée. Prière, n’apportez pas de fleurs, mais une contribution financière serait appréciée afin de payer la robe post-partum de la Césarienne⌛


Montréal,
8 juin 2011

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire